Voyage dans le nouveau monde !

 » Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux »

Marcel Proust

Portal Maya, Playa del Carmen, Mexique

Portail Maya, Playa del Carmen, Mexique

Cette porte colossale ouverte sur la mer est sûrement tout ce qui reste des festivités autour de la fin du monde prédit par le calendrier maya en décembre 2012. Sur cette plage de Playa del Carmen, située environ à une heure de route de la ville de Cancun,  au Mexique,  le renouveau a pris la forme d’une rencontre entre un homme et une femme.  J’y vois l’alliance des forces contraires qui nous habitent. L’alliance de la raison et de l’intuition.  J’y vois aussi une sorte de portail qui s’ouvre sur un nouveau monde unifié. Si j’en crois la pancarte explicative qui se trouve à proximité de cette superbe sculpture, le nouveau cycle dans lequel va s’engager l’humanité  devrait favoriser l’émergence d’un nouveau paradigme. La bienveillance, l’ouverture, la confiance, l’esprit de collaboration prendraient peu à peu le dessus sur la peur, le repli, la méfiance et l’esprit de compétition. L’individualisme actuel pourrait mener à une joyeuse responsabilisation personnelle plutôt qu’à un égoïsme funeste, basé sur la crainte.

Que ces prédictions soient exactes ou totalement utopiques, m’importe peu au fond. Elles m’inspirent. Les crises individuelles et collectives que nous traversons nous poussent de toute manière à changer : de regard, de valeurs, de façon de penser. Chaque être humain qui devient plus conscient de lui-même participe à la transformation du monde. C’est en nous reconnectant avec nos aspirations profondes et à notre propre vérité que nous pouvons redonner du sens à nos existences. Encore faut-il réussir à se trouver et à se re-connaître derrière la couche épaisse de nos peurs et de nos conditionnements. Heureusement, le voyage, parce qu’il nous pousse à laisser nos repères rassurants derrière nous et parce qu’il ouvre un champ d’horizons nouveaux, peut agir comme un magnifique révélateur de soi.

Me voilà donc au Mexique, en terre maya, à la recherche de sérénité, de soleil et de rencontres inspirantes. Je rejoins des amis qui y vivent. Maria et Jean-Claude. Il y a 10 ans, je les ai rencontré à Cuba. Notre amitié est née d’un concours de circonstances totalement improbable. Maria tenait alors une chambre d’hôte, j’étais sa cliente. Deux jours après mon arrivée, je la revois ,affolée, me demandant ce que j’ai prévu ce matin-là. J’ai alors levé les yeux de mon livre, étonnée. J’apprends qu’elle doit ce marier avec Jean-Claude, un français rencontré à La Havane, mais son témoin, vient d’avoir un empêchement de dernière minute, elle me demande donc de le remplacer au pied lever, tout simplement, parce que je suis là et cette perspective m’enthousiasme. Je n’hésite pas. Je dis oui avec un grand sourire. Et c’est ainsi que je suis devenue par pur hasard la marraine de leur histoire d’amour. 10 ans plus tard, ils sont toujours amoureux comme au premier jour et les revoir au Mexique, est source d’une grande joie pour moi. Les hasards de la vie me surprendront toujours. C’est cela la magie des rencontres. C’est cela la puissance de l’instant présent.

Mexique, Yucatan

Mexique, Yucatan

Bien sûr, la mer des caraïbes offre ici des plages stupéfiantes, mais ce n’est pas cela qui me ravit le plus. Ce qui me bouleverse, c’est la lumière. Les rayons du soleil semblent  ici éclaircir vos pensées et les nettoyer avec patience et affection. Je comprends mieux pourquoi les mayas vouaient un culte à cet astre majestueux. Ce peuple avait fait de l’ astronomie une science essentielle et la lecture du ciel avait une grande importance dans la vie quotidienne. Je découvre tout cela à Tulum, un site archéologique situé à une heure de la maison de mes amis. Cette ancienne citée maya fondée en 564 après JC  était une ville dédiée à la planète Vénus. Tulum est l’une des premières villes mayas découvertes par les conquistadors espagnols au 16ème siècle. Elle surplombe la mer du haut d’une superbe falaise. La ville baigne dans le ciel. C’est un lieu magique.

images

Les ruines de Tulum sont très visitées, les touristes y viennent en nombre. J’aurai aimé avoir ce lieu, rien que pour moi. Passer une nuit, au coeur de ces vieilles pierres. Il y a dans ces vestiges du passé, quelque chose de sacré. Je me suis sentie là-bas comme chez moi. J’ai aimé arpenter les allées, me reposer à l’ombre de ces arbres aux fleurs rose fuschia dont je n’ai pas retenu le nom mais dont les effluves délicates ont envoûté chacune de mes cellules. Dans cet endroit, la beauté de la nature a la douceur d’une caresse. Et les caresses réveillent toujours l’enfant en nous qui a soif d’émerveillement. Si vous êtes capables de vous émerveiller devant un arbre ou une fleur, alors réjouissez-vous. Vous venez de recontacter une ressource intérieure inestimable qui a les traits d’un petit garçon ou d’une petite fille aux grands yeux curieux.

Moi qui venait chercher de la sérénité, j’ai été exaucée. J’ai été baignée dans un environnement qui ne connaît pas le stress. Cela ne signifie pas que la vie est facile pour tout le monde évidemment, dans ce pays. Le Mexique connaît des problèmes économiques et sociaux, la précarité est présente, tout comme la corruption et la violence. Les apparences du paradis cachent des réalités souvent complexes, mais si je m’en tiens à mon ressenti, il y a quelque chose dans l’air du Yucatan qui nourrit l’âme. Une énergie particulière qui vous enveloppe et dénoue tous vos noeuds.

On peut voyager avec la tête.  » Faire » un pays. J’ai réappris à voyager sans but, sans pression, sans aucune autre intention que de me reconnecter à ce qui est autour de moi dans l’instant. Chaque jour s’écoulait avec paresse. J’ai perdu la notion du temps. J’ai oublié qu’il faudrait rentrer un jour. J’ai fait de jolies rencontres. J’ai goûté à des plats savoureux. J’ai failli mourir immolée après avoir avalé par mégarde une sauce au « chile morita ». J’ai ri avec une vieille femme sans comprendre toujours ce qu’elle me disait. Je me suis baignée dans une eau délicieusement chaude. J’ai admiré un ciel étoilé tellement vaste que j’ai cru m’y perdre. J’ai accueilli tous ces moments précieux avec la gratitude d’un nouveau-né qui est déposé pour la première fois sur le sein de sa mère.

Ah que c’est facile d’être heureux, au paradis ! La gratitude vous transporte alors dans un état de joie qui semble alors indestructible.

Mais il a bien fallu rentrer. Quitter cette parenthèse enchantée. Revenir à la réalité parisienne. Au ciel gris et aux gens pressés.

Bizarrement, c’est à mon retour que j’ai compris une chose essentielle, quand la nostalgie s’est immiscée en moi, quand j’ai commencé à me dire, que non vraiment, là-bas c’était mieux qu’ici. C’est  à ce moment  que j’ai réalisé que ce voyage ne servirait à rien, si je n’étais pas capable de conserver un regard curieux et émerveillé, dans mon quotidien, si je n’arrivais pas à ressentir de la gratitude dans ma vie de tous les jours. Le soleil brille aussi à Paris, après tout. Moins souvent, certes. Mais il brille quand même.

Le moment présent, quelque soit le lieu où nous nous trouvons, est la seule chose qui nous appartient vraiment. A chaque minute, je peux choisir, de m’ouvrir ou de me fermer aux autres, de me plaindre ou de me réjouir, d’avoir peur ou de rester confiante. Cela ne dépend que de moi.

J’ai compris que le monde extérieur n’est au fond que la projection de mon propre monde intérieur. Si je suis détendue, je suis plus présente à ce qui se passe autour de moi. Si je suis ouverte, je fais des rencontres improbables. Si je suis curieuse, je découvre de nouvelles choses passionnantes. Si je suis sereine, j’apprécie la beauté qui m’entoure.

Le défi, sera donc maintenant de garder mes yeux ouverts et de continuer le voyage, où que je sois, avec la même énergie, avec la même quantité de lumière. C’est notre regard qui éclaire la beauté du monde. C’est notre état d’ouverture et de réceptivité qui crée l’espace favorable aux rencontres bienveillantes. Ne l’oublions pas.

©larevolutioninterieure.com

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L’âme des Mohawks !

« Quand tu te lèves le matin, remercie pour la lumière du jour, pour ta vie et ta force. Remercie pour la nourriture et le bonheur de vivre. Si tu ne vois pas de raison de remercier, la faute repose en toi -même. » Proverbe amérindien

J’ai toujours été fascinée par les amérindiens. Enfant, j’ai beaucoup pleuré devant des films cultes :  Little Big Man et Danse avec les loups. L’histoire de ces rencontres avec des peuples autochtones me touchait droit au coeur. C’est peut-être lié au fait qu’ils incarnaient à mes yeux la liberté originelle et sauvage. L’enfant que j’étais alors était en accord total avec cette façon d’envisager la vie. J’étais également émerveillée par le lien qu’entretenait les indiens avec la nature et les esprits. Mon âme d’enfant était sous le charme de leur magie.

En grandissant, je n’ai pas forcément cherché à en savoir davantage sur les premières nations d’Amérique du Nord. Mes voyages m’ont conduite vers d’autres contrées. Et j’ai appris ailleurs des visions du monde tout aussi inspirantes. Mais ce qui naît dans nos coeurs d’enfant finit toujours par se rappeler à nous un jour.

Quand je suis partie au Québec, une petite voix m’a soufflé à l’oreille : Et si tu en profitais pour aller visiter une réserve indienne ? J’ai entendu cette petite voix en faisant mine de ne pas l’écouter. Sa demande s’est malgré tout imprimée en moi. Je n’avais absolument pas prévu de visiter une réserve et je n’avais aucune idée de la manière dont j’allais m’y prendre.

Encore une fois le hasard et de jolies synchronicités m’ont amenée exactement là où je devais aller.

Et je suis donc arrivée  jusqu’à la réserve Mohawk de Kahnawaké. Elle est située à 10 km au sud de Montréal, de l’autre côté de l’île Saint-Louis. Je m’y suis rendue avec mon amie québécoise Suzie.

La réserve n’a pas forcément bonne réputation et ma demande paraissait donc un peu incongrue. J’ai compris par la suite que les relations avaient été très tendues entre les habitants de la réserve et le gouvernement canadien dans les années 90. A l’époque, un projet d’agrandissement d’un terrain de golf avait mis  le feu aux poudres. Le projet empiétait sur des terres considérées comme sacrées. Le ton était alors monté et des guerriers mohawks s’étaient alors rebellés en mettant en place des barrages routiers. Certains d’entre eux étaient armés et un policier avait alors été tué. Un passé trouble qui résonne encore dans les mémoires 20 ans plus tard. En 2010, le conseil de la réserve a décidé d’expulser tous les non -mohawks et cette décision n’a certainement pas aidé à apaiser les choses. Le territoire est également connu pour abriter des organisations criminelles armées. Tout n’est pas toujours tout rose au pays des indiens.

Mais au moment où mon désir d’aller dans cette réserve résonne fort en moi, ces informations ne me découragent pas.  Je suis dans l’instant présent et  j’ai juste envie d’aller voir, c’est plus fort que moi. Je me dis juste que c’est trop bête d’être si près et de ne pas aller voir à quoi ressemble cette réserve.

Après bien des péripéties mon amie et moi-même  arrivons  donc à Kahnawaké. 10 000 personnes y vivent. Il y a des grandes maisons en bois, comme on en voit dans tous les villages canadiens. Des citrouilles d’Halloween décorent  les jardins. Il pleut.  Nous ne croisons pas grand monde dans les rues.

Nous décidons de visiter la petite église catholique de la réserve. Elle abrite le tombeau d’une jeune amérindienne du 17 ème siècle, Kateri Tekakwitha qui vient d’être canonisée par le Vatican. C’est la première amérindienne reconnue officiellement  comme une sainte. De nombreux amérindiens catholiques voient en elle l’incarnation du féminin sacré. Elle aurait provoqué des guérisons miraculeuses et elle est vénérée pour cela jusqu’au  Mexique et jusqu’aux Etats-Unis. L’église est magnifique, elle est lumineuse et colorée.

Nous rencontrons Trudy, une mohawk , fervente catholique. Elle est bénévole au sein de cette église. Elle nous explique  le rapport qu’elle entretient avec cette sainte. Pour elle, Dieu est partout : dans la nature, dans le coeur des hommes et dans l’esprit de Kateri, qui occupe tout l’espace dans cette église. C’est une femme vraiment positive et fervente. Elle dégage une grande sérénité et son sourire est lumineux.

Trudy nous indique ensuite l’adresse du centre culturel où sont enseignés l’art et la langue mohawk.  Nous y entrons timidement. L’accueil est chaleureux.

Le centre culturel de Kahnawaké

Je me réjouis à l’idée d’en apprendre plus sur les traditions et les us et coutumes de cette tribu, qui fait partie des six grandes nations iroquoises.  Nous rencontrons Martin Akwiranoron Loft, l’un des responsables du centre, il prend le temps de nous  guider au sein du petit musée qui est consacré à l’histoire de la communauté. Il nous explique qu’il y a 50 ans, 90 pour cent des habitants de la réserve parlait la langue mohawk. Aujourd’hui ils ne sont plus que 10 pour cent. Au sein de la réserve, l’anglais est davantage utilisé que le français. De nombreux mohawks ont travaillé aux Etats-Unis, ils ont contribué à construire les buildings des grandes villes et la communauté compte quelques milliers de membres dans l’état de New-York.

Dans le couloir du centre culturel, je suis saisie par un portrait représentant un chef Mohawk en 1710.  » C’est une pièce de collection « , explique Martin.

Un chef mohawk ( 1710 )

Nous découvrons aussi le travail d’une jeune artiste locale, Margaret. Ses tableaux représentent les différents clans mohawks : les clans de l’ours, de la tortue et du loup. Elle nous explique que le clan est transmis par la mère. La société mohawk est une société matrilinéaire. Les femmes y jouent un rôle central. Voici quelques-unes des toiles exposées par Margaret.

Au sein du musée , nous découvrons également des photos datant du début du siècle dernier et représentant des familles mohawks.

Martin nous explique que dans sa culture il est important de remercier. Une prière commence toujours par une pensée de gratitude. Il poursuit en nous disant que lui-même remercie chaque matin le soleil de briller. Les amérindiens se sentent reliés très fortement à la nature. Il continue en nous narrant  le mythe de la création du monde, à travers la légende de la femme tombée du ciel. The skywoman.

By Shelley Niro (1954)

Voici ce que révèle la légende.

« Il y a très longtemps, il y avait un monde du ciel peuplé des gens du ciel. Un grand arbre fournissait la lumière au Monde du Ciel. Il était formellement interdit de blesser cet arbre qui illuminait le Monde du ciel. Une jeune femme du ciel qui était enceinte persuada un jour son mari de creuser autour des racines de l ‘arbre. La femme du ciel se pencha pour regarder dans le trou et plus bas, elle vit un autre monde recouvert d’eau. La femme du ciel tomba dans le trou vers le monde du dessous.

Un aigle qui volait en altitude la vit tomber et avertit rapidement les autres oiseaux, qui s’élevèrent rapidement pour attraper la Femme du ciel. Ils demandèrent à la tortue géante s’ils pouvait la poser sur son dos. La femme du ciel dansa 13 fois  autour de la tortue , à chaque fois la tortue grandit jusqu’à ce qu’elle devienne un continent entier. La tortue est aujourd’hui le symbole de l’Amérique du Nord pour les amérindiens.

La femme du ciel donna naissance à  des jumeaux. Le premier né était le Bon Esprit. L’autre jumeau causa la mort de sa mère et devint l’Esprit du Mal. Le bon Esprit pris la tête de sa mère et l’ accrocha dans le ciel, ce qui forma le soleil. Le mauvais jumeau façonna les étoiles et la lune à partir du corps de sa mère. Il enterra les parties restantes de la Femme du Ciel sous la terre. C’est ce qui explique que  les êtres vivants peuvent toujours trouver de la nourriture dans le sol de la Terre-Mère. Le bon jumeau se mit  à créer les bonnes créatures de la Terre. Son frère fit l’inverse. Quand le premier créa les roses, le second créa les épines. L’un devint le maître du Jour et l’autre le maître de la Nuit. Mais tous deux sont nécessaires à un monde équilibré. »

Sandra et Martin, notre guide

Cette histoire m’a vraiment enthousiasmée. Tout simplement car elle met l’énergie féminine au coeur de tout ce qui existe, personnellement, je trouve cela très poétique.

Il arrive que nous ayons une sorte d’impulsion à vouloir faire quelque chose, sans vraiment comprendre pourquoi. On  nous a appris à ne pas écouter cette impulsion irrationnelle. Qui sait si elle ne nous conduirait pas à notre perte ?Je crois pourtant qu’il n’y a rien de plus efficace que de se faire sa propre opinion en explorant soi-même le monde avec un regard bienveillant.

Avoir un regard bienveillant, permet à l’autre d’offrir le meilleur de lui-même.

Je suis également persuadée qu’on peut transcender les conflits du passé grâce à la valorisation de l’art et de la culture. L’art et la culture c’est ce qui révèle l’âme d’un peuple. Quand on commence à s’intéresser aux traditions, à la vision du monde de l’autre, aussi différente soit-elle de la nôtre, on commence à le comprendre et on peut alors commencer à dialoguer, à partager. On se rend compte alors que si notre rapport au monde est différent, nous cherchons tous la même chose : la reconnaissance, la paix, le bonheur. Je rêve parfois d’un monde où l’on porterai davantage attention à ce qui nous unit plutôt qu’à ce qui nous divise et où on encouragerait les rencontres interculturelles.

J’aime regarder ce qu’il y a de meilleur chez l’être humain. Et vous savez quoi ? Quand on commence à faire cela, je vous garantis qu’on se sent chaque jour plus heureux.

Je remercie les mohawks que j’ai rencontré pour leur accueil ! Je remercie la petite voix qui m’a conduite jusqu’à eux. Et je remercie mon amie Suzie de m’avoir suivie dans cette expédition.

La vie est un voyage chers fidèles lecteurs, votre boussole, c’est votre intuition. Votre passeport, c’est votre sourire. Ce qui compte ce n’est pas la destination. C’est le voyage. Nous sommes tous des explorateurs.

Liens pour aller plus loin :

Le musée canadien des civilisations

La réserve de Kahnawaké

La spiritualité autochtone à l’Université du Québec à Montréal

Le congé solidaire : l’expérience de Florence !

Florence Guimezanes

Florence Guimezanes revient du Népal. Cette jeune parisienne consultante dans un cabinet de conseil a passé trois semaines en septembre dernier auprès de jeunes femmes victimes de violences domestiques et de trafic humain à Katmandou.  Durant ce voyage peu ordinaire, organisé dans le cadre d’un congé solidaire, elle a animé des ateliers à vocation thérapeutique au sein d’une association locale Planète Enfants. Une expérience très riche qu’elle partage avec nous ici.

« Chacun de nous peut représenter une différence réelle et substantielle sur cette planète. En vous engageant personnellement dans une quête de la conscience, vous assumerez vraiment un rôle marquant dans la transformation du monde. »
de Shakti Gawain extrait de La Transformation intérieure

Un voyage solidaire

« Je n’ai pas le sentiment d’être partie en mission pour sauver le monde. J’avais juste envie de faire quelque chose à mon modeste niveau  » , résume-t-elle dans un éclat de rire. Florence est une jeune trentenaire. L’altruisme, l’empathie sont des valeurs qui ont du sens pour elle depuis toujours. Cela aurait pu rester de belles idées, mais la jeune femme  décide de défendre ces valeurs  en s’engageant dans des actions concrètes. Ses recherches sur internet la mènent alors sur le site de  Planète Urgence, cette association met en relation des volontaires potentiels avec des associations en quête de compétences dans des pays en voie de développement.  « En allant sur leur site, j’ai tout de suite accroché sur cette association au Népal qui proposait d’aider des femmes victimes de trafic et de violences domestiques « , relate-t-elle. Elle commence par faire le bilan de ce qu’elle a à offrir. Et son goût pour la danse et le théâtre s’est tout de suite imposé. « La danse est un bon moyen d’exprimer les émotions et de se réconcilier avec le corps. Je me suis dit que je pouvais animer des ateliers autour de cela. Cela a plu à l’association. Planète Urgence ne recherche pas forcément des experts de l’humanitaire mais plutôt des gens motivés qui ont envie de transmettre un savoir. Avant de partir on est formé pour bien avoir en tête notre rôle de volontaire au cours de la mission« , explique-t-elle. Florence signe une convention avec l’association et son entreprise. Elle partira  sur ses congés, elle sera logée et nourrie par l’association qui l’accueille et les frais de mission seront en partie pris en charge par son employeur : c’est le principe d’un congé solidaire. Le projet est bien avancé quand, au dernier moment, son entreprise renonce à financer le voyage de Florence, restrictions budgétaires obligent. Elle décide malgré tout de partir. Pas question d’abandonner ce projet. L’engagement pousse à ne pas reculer au premier obstacle. Et la voilà qui atterrit à Katmandou en septembre dernier, accompagnée d’une autre volontaire, Sybille, une architecte qui l’accompagne pour animer des ateliers d’arts plastiques au sein de la même association.

 » Au début c’était difficile, à cause de la barrière de la langue. La plupart des femmes du foyer ne parlaient pas anglais. J’ai un peu tâtonné « , raconte la  jeune femme.  » J’avais bien réfléchi à ce que je voulais faire avant de partir. J’ai passé du temps à préparer ma  mission en lisant des livres sur l’art -thérapie et en recherchant des musiques variées. Ne sachant pas comment ça allait se passer, j’ai prévu un large éventail d’activités pour pouvoir m’adapter et j’ai affiné mes ateliers une fois sur place. »

Florence  découvre alors la terrible condition des femmes népalaises :  » Une partie des femmes qui se retrouve dans ces foyers a été chassé par leur belle- famille et leur mari. Au Népal, une femme ainsi répudiée ne peut pas retourner chez ses parents. C’est culturel.  Elle est donc souvent livrée à elle-même, sans qualification et sans moyens de s’assumer seule. La prostitution est également très répandue. Elle est plus ou moins choisie. Cela permet à des filles issues des campagnes de gagner de l’argent et d’en envoyer sous couvert d’un emploi  » honorable  » à leur famille restée au village. Nombreuses sont celles aussi qui sont kidnappées ou trompées par de fausses promesses d’emploi et se retrouvent vendues dans des bordels en Inde ». Certaines de  ces jeunes filles viennent de régions éloignées, où les conditions de vie sont dures. Elles ne sont jamais allés à l’école, ne savent ni lire, ni écrire et certaines n’ont  jamais tenu un crayon de leur vie. Le contexte est donc délicat mais Florence décide de faire confiance à son intuition. Au fil des jours, grâce à des activités simples et ludiques, la jeune femme finit par tisser un lien avec ces femmes du bout du monde.

Elle réussit à décrocher les premiers sourires en leur faisant imiter des animaux et danser la Macarena.  » J’ai commencé avec des danses et des jeux de groupe pour stimuler l’énergie collective et travailler la coordination « , explique-t-elle. Peu peu Florence tente de nouvelles choses et propose des séances de plus en plus construites. « Je leur ai proposé, par exemple, de danser les yeux bandés pour travailler le ressenti. L’objectif était d’être en accord avec la musique tout en faisant abstraction du regard des autres. « 

Florence utilise aussi la danse libre et le yoga pour les amener à prendre conscience de leur corps et à lâcher-prise. « On sentait que les femmes victimes de violences  avaient du mal à assumer leur personnalité. Leur corps était fermé, les bras souvent croisés, le regard fuyant. C’est sans doute chez elles que, paradoxalement, j’ai pu observé le plus de progrès » , raconte la jeune volontaire.

Au fil des jours, Florence commence à voir une subtile transformation s’opérer dans l’attitude de ces jeunes femmes bléssées par la vie.  » Au bout de trois semaines, certaines d’entre elles étaient plus souriantes, moins agressives. L’activité de groupe les stimulait. Ces ateliers artistiques ont permis je crois, de libérer des choses. Et puis on a beaucoup ri ensemble. C’est sans doute ce que je retiendrais de ce voyage. Les moments de joie partagés ! »

Une petite goutte d’eau dans un océan de misère 

 » J’ai eu un grand plaisir à observer les  progrès de ces femmes. C’est gratifiant. C’est peut-être une goutte d’eau  à l’échelle des problèmes de la planète mais en même temps je pense que c’est par ce type d’ actions aussi modestes soient-elles qu’on plante des graines de conscience » , explique Florence. D’autant que l’action des volontaires ne se limite pas à des ateliers ponctuels. Dans le cadre d’un congé solidaire, l’objectif est de rendre progressivement autonomes les personnes aidées localement. L’un des volets de la  mission de Florence consistait  à  former les membres de l’encadrement des foyers afin qu’ils puissent poursuivre eux-même les activités proposées.  » Nous étions heureuses l’autre volontaire française et moi même de voir qu’ils avaient envie de poursuivre certains ateliers. On a travaillé avec eux sur un plan d’action. Ils ont constaté que les arts plastiques étaient intéressants aussi pour les enfants.  Ils vivent avec leurs mères dans les foyers mais ils ne sont pas stimulés. Ils ne dessinent jamais. Leur mères n’ont pas été sensibilisées à cela. Ce n’est pas dans les mentalités »,  poursuit la jeune femme.

Au-delà de la satisfaction de se sentir utile Florence explique que cette expérience lui a aussi beaucoup apporté sur un plan plus intime : « En aidant les autres , je m’aide moi aussi à me développer, c’est un échange qui va dans les deux sens ». Elle mesure aussi sa chance de vivre dans un pays comme la France. Elle relativise aujourd’hui plus facilement les petits du tracas du quotidien et sait mieux apprécier ce qu’elle a :  » C’est tout bête, mais je fais aujourd’hui attention à ne pas gaspiller l’électricité. Au Népal  l’énergie est une denrée rare. La vie est rythmée par les coupures de courant. Alors une fois ici, je suis davantage consciente de mon confort de vie ».

Sa mission au Népal l’a aussi interrogée sur le système économique mondial et sur la notion même de développement. « La clé du développement passe forcément pour moi par l’éducation des femmes et des enfants. Dans des pays comme le Népal il y a encore beaucoup de travail. Je pense que l’objectif ce n’est pas d’ imposer nos solutions d’occidentaux , au contraire, il s’agit plutôt d’accompagner les habitants afin qu’ils deviennent des acteurs du changement dans leurs pays ».

On pourrait lui objecter que ces changements paraissent dérisoires face aux immenses défis que doivent relever les pays pauvres, mais Florence  ne veut surtout pas se laisser piéger par cette vision pessimiste du monde :  « On ne sait jamais d’avance quelles seront les retombées à long terme de nos actions. J’ai semé des graines en ne sachant pas quelles fleurs vont pousser. Mais si ça se trouve, de proche en proche, c’est tout un jardin qui va fleurir. C’est ça le mystère de la vie, on sème et on laisse la vie faire son oeuvre. Si ce que j’ai fait a des effets positifs sur le long terme, je pourrai dire que j’ai réussi ma mission. Pour moi c’est cela l’engagement. Agir à son niveau, avec ses moyens, mais agir. C’est la somme de ces petites actions qui créera selon moi un changement global ».

Liens pour aller plus loin :

Le congé solidaire avec Planet Urgence

Un rapport de l’ONU sur la condition des femmes au Népal

La terre n’est qu’un seul pays !

Ils ont l’air de se connaître depuis toujours. Ces quatre jeunes -là si vous les regardez , vous vous dîtes peut-être que ce sont des amis d’enfance en vacances dans la maison familiale de l’un d’entre eux. Et pourtant, ces quatre trentenaires se connaissent depuis quelques heures à peine, au moment où je prends cette photo. Je les rencontre à l’occasion d’un reportage. Anthony, à gauche de la photo acceuille  les trois autres gracieusement pour le week -end. C’est un adepte du couchsurfing. Oui , je sais, encore un mot anglais qui veut rien dire pour les Français 🙂 ! Il s’agit en fait d’un réseau dont l’objectif est de mettre en relation des voyageurs et des hébergeurs potentiels à travers la planète. Anthony  a 29 ans. Il est journaliste pour un magazine spécialisé dans la restauration à Paris. C’est l’un des ambassadeurs du couchsurfing  en France. Rencontre avec un nomade éclairé et ouvert sur le monde !

« Le tour du monde est la meilleure des Universités »

André Brugiroux : voyageur et auteur français dans   » La terre n’est qu’un seul pays « 

Le couchsurfing : une aventure humaine !

Ils parlent anglais parce que c’est plus facile de se comprendre comme ça. Laura est espagnole, Moritz est allemand.  Pierre est parisien.  Anthony les reçoit pour le week-end dans la maison de ses parents , dans un petit village situé à 10 minutes de Metz. Tous les quatre prennent un petit déjeuner tardif sur la terrasse ensoleillée de la maison. Anthony et ses trois invités sont à l’aise. Ils ne se connaissent pourtant que depuis la veille.  » C’est la magie du couchsurfing, quand on se  rencontre pour de vrai, le contact est  la plupart du temps facile« , sourit Anthony. Laura, Moritz et Pierre sont arrivés chez Anthony,  grâce au couchsurfing. Ce réseau  mondial met en relation des voyageurs sans le sou mais curieux de découvrir un pays  et des habitants prêts à ouvrir leurs maisons à de sympathiques étrangers.  Anthony a découvert l’Europe par ce moyen-là et depuis cinq ans, il reçoit régulièrement des couchsurfers chez lui, la plupart du temps à Paris où il vit et travaille.  » Quand je suis arrivé à Paris, je me suis vite rendu compte que les relations avec les gens étaient superficielles. On rencontre plein de gens au début,  mais personne n’a jamais vraiment le temps de rien. Du coup, j’ai commencé à chercher des sorties. Un soir, j’ai atterri dans une soirée apéro-métro. Le concept était de partager un verre et des chips avec d’autres personnes. Je me suis retrouvé avec plein d’étudiants étrangers. J’ai adoré cet état d’esprit d’ouverture. Ce sont eux qui ont commencé à  me parler ensuite du couchsurfing  » , raconte Anthony.

Le couchsurfing est né il y a plus de 10 ans. L’association Couchsurfing.com a elle été fondée par un Américain, Casey Fenton. En 2000, ce routard partait quelques jours en Islande mais n’avait aucune envie de dormir tout seul dans un hôtel. Il eut l’idée d’envoyer un mail à 1 500 étudiants de Reykjavik en leur demandant si certains étaient prêts à le loger pour quelques nuits. Il reçut des dizaines de propositions. L’expérience fut au-delà de ses espérances. À son retour, il eut l’idée de lancer le projet CouchSurfing. Il permet de se loger gratuitement dans le monde entier et surtout offre la possibilité de rencontrer les habitants des pays visités, de partager pour quelques jours leur quotidien et de bénéficier de leurs conseils avisés. Vous découvrez ainsi un pays à travers le regard des personnes  qui vous accueillent. Le couchsurfing n’a pas de frontières : le principal site d’échange d’hospitalité, couchsurfing.com, compte 3 millions de membres dans 247 pays ! (1)

Anthony est aujourd’hui un membre actif de cette communauté.  » J’ai hébergé chez moi plus de 100 personnes  et j’ai été moi-même reçu dans les quatre coins du monde chez au moins une trentaine de personnes. « J’adore cette façon de voyager, grâce au site internet on se choisit vraiment en fonction de nos affinités, de nos centres d’intérêt. Le surfcouching c’est plus qu’un site d’hébergement gratuit, c’est un véritable échange culturel. Ce qui fait qu’il y a rarement de mauvaises surprises« , précise le jeune voyageur au coeur nomade.

Le jeune homme est ouvert , il aime par dessus « comprendre l’autre et découvrir une nouvelle culture, une autre façon de vivre et de penser ». « On rencontre des gens qui nous parlent de leur pays, ils nous préparent des plats typiques, nous racontent avec émotions l’histoire de leur famille et de leur vie. Ils nous font visité des lieux qu’ils aiment. On est plus un touriste, on est un voyageur. On part à la rencontre des autres. On apprend  vraiment ainsi à comprendre l’autre, malgré les différences« . « Ce qui est bien aussi, poursuit-il, c’est que lorsqu’on recoit des gens, on redécouvre aussi  notre ville, notre quotidien. Les gens que je reçois à Paris sont si enthousiastes. Paris pour eux,c’est un rêve éveillé. Du coup, on s’émerveille avec eux. J’ai redécouvert Paris grâce à des voyageurs étrangers. Je me rends compte, que souvent les parisiens n’arrivent  plus à apprécier cette ville si belle, car ils sont emprisonnés dans le stress de leur vie quotidienne. Grâce au couchsurfing, je suis un parisien heureux ! », sourit-il.

Une planète sans frontières : une utopie ? 

Si les frontières existent bien sur les cartes du monde et dans les ministères des états, elles disparaissent d’années en années dans les esprits. Ce sont les  20- 30 ans qui ont appris a surfer sur cette nouvelle vague. Victimes de la crise, ils ont été obligé de trouver d’autres solutions pour continuer à voyager sans argent. Grâce à  internet on se connecte facilement  au reste du  monde, mais ce n’est pas tout. Ils ont bénéficié de l’ouverture d’esprit de leurs parents. Je rencontre la mère d’Anthony et je comprends tout de suite que c’est aussi grâce à elle qu’il est aujourd’hui l’homme curieux qu’il est devenu . Sylviane m’explique qu’elle n’a jamais été effrayée à l’idée d’imaginer son fils chez des inconnus à l’autre bout de la planète.  » Même si une maman, est toujours un peu inquiète« ,rigole-t-elle.  » Nous avons toujours voyagé avec nos enfants. Lorsqu’ils étaient petits on partait à travers l’Europe en camping-car. On a fait ça pendant 10 ans « . « Aujourd’hui Anthony est devenu ambassadeur du couchsurfing en France et sa soeur a tout lâché pour devenir comédienne à Berlin. L’ouverture d’esprit ça se transmet, on dirait !

Mais cette ouverture , cet attrait pour le voyage qui ne nécessite qu’un billet d’avion, un peu d’argent de poche et surtout un grand désir d’évasion fait encore peur au plus grand nombre.  » J’ai encore beaucoup d’amis, qui me prennent pour un fou« , relève Anthony. Beaucoup de gens en effet, n’envisagent pas une seconde de débarquer chez des inconnus et de partager avec eux leurs vacances. Il y a encore beaucoup de peurs et de méfiances ancrées dans les mentalités. L’expérience d’Anthony démontre pourtant, que l’ouverture d’esprit amène de belles rencontres.  » Le sens de l’hospitalité est universel. Et je garde de magnifiques souvenirs , je me suis fait des amis de coeur sur toute la planète. On se sent tous reliés. Et j’adore ça « !

Alors pourquoi Anthony n’a-t-il jamais eu peur de l’étranger ? Il réfléchit puis répond ceci : « Sans doute parce que je viens d’un petit village, quand j’étais enfant on fermait pas les portes à clé, on prenait l’apéro sur la place du village tous les soirs. J’ai grandi entouré d’adultes qui cultivait la convivialité. La convivialité, ça fait partie de la culture française  » . En l’écoutant, je me dis que le mot apéro ou apéritif ne trouve pas forcément d’équivalent à l’étranger. Quand le mot existe, bien souvent , c’est parce qu’il a été intégré par les autres cultures au temps où la France était ce pays que tout le monde admirait pour son savoir-vivre.

Ma rencontre avec Anthony a réveillé le souvenir d’une autre rencontre, avec le voyageur André Brugiroux, dix ans plus tôt. Ce français est l’ auteur de la « Terre n’est qu’un seul pays « , un livre publié en 1993. Dans cet ouvrage, il raconte son tour du monde en stop. Un voyage de 400 000 km qui a duré 18 ans, réalisé  avec seulement 1 dollar en poche par jour.  J’avais décidé de rencontrer cet homme incroyable après avoir découvert son livre dans un marché aux puces. Je suis alors étudiante à l’école de journalisme de Bordeaux et son témoignage m’inspire  mon mémoire de fin d’étude : un projet d’ émission de radio autour de la thématique du voyage et de l’échange culturel. Au cours de ma vie professionnelle et personnelle j’ai suivi ma route en voyageant à mon tour. J’ai ensuite compris de manière empirique la force du message de cet homme né après la guerre et poussé, à l’aube de ses vingt ans, par le désir de sortir des carcans de la société des années 60 . En rencontrant Anthony, plus de 10 ans plus tard, et en écrivant cet article je me dis que ce rêve d’une planète unie, imaginé par André Brugiroux n’était peut-être pas si utopique que ça. Je comprends d’autant mieux ce qu’il disait dans son livre dont voici un extrait :

 » J’ai appris durant mon tour des hommes, que chacune de nos actions se traduit par l’émission de « vibrations » qui, à la manière d’un boomerang, nous reviennent. Si nous agissons en parfait accord avec notre conscience et notre coeur, écrit-il, nous émettons de bonnes vibrations qui, en retour, créeront autour de nous une atmosphère de paix et de générosité : le paradis c’est sur la terre que l’on peut le vivre ».

Alors peut-on rêver aujourd’hui que demain, cette planète unie émerge du désir des hommes de se connecter autour des valeurs humanistes que sont : l’ouverture, l’acceptation de la différence, la générosité et le partage ? On peut commencer à le souhaiter avant de dire que ceci n’est qu’une utopie de plus .

Le couchsurfing a de toute façon déjà commencé à révolutionner le monde en mettant en contact des gens issus des quatre coins de la planète.

Comme le dit si bien Anthony : « Nous sommes  des millions actuellement à utiliser ce réseau. Après libre aux autres de venir nous rejoindre ou pas. »

(1) Source : Guide du routard

« J’ai remarqué qu’il n’y a que l’Europe seule où l’on vende l’hospitalité. Dans toute l’Asie on vous loge gratuitement ; je comprends qu’on n’y trouve pas si bien toutes ses aises. Mais n’est-ce rien que de se dire : Je suis homme et reçu chez des humains ? C’est l’humanité pure qui me donne le couvert. Les petites privations s’endurent sans peine quand le coeur est mieux traité que le corps. »

Les rêveries du promeneur solitaire  de Jean-Jacques Rousseau ( 1712-1778 )

Liens utiles:

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Mon voyage en Inde !

Imaginez . L’Inde. Un pays mythique. Des couleurs franches et chatoyantes qui accrochent la rétine. Des effluves épicées, l’odeur à la fois âcre et parfumée de l’encens.  Les murmures de la rue où se mêlent le brouhaha de la foule, les cris des enfants et des marchands ambulants. Au coin d’une ruelle s’échappent des mélopées enveloppantes. L’air est moite. Vous cherchez la fraîcheur, alors vous enlevez votre veste qui n’a plus son utilité dans cet environnement étouffant. Vous pouvez maintenant laisser votre respiration s’accorder au rythme de cette nouvelle atmosphère. La France n’est plus qu’un lointain souvenir. Ici, c’est une explosion de sensations nouvelles. Une vague de sérénité envahie chaque parcelle de votre corps. Vous avez plongé le coeur grand ouvert dans l’âme d’une des contrées les plus mystérieuses et sacrées du monde. Vous êtes en Inde. Et vous êtes arrivé dans ce pays sans avoir dépensé un seul euro.

Je vois déjà vos sourcils se froncer, votre nez se retrousser, et votre esprit affirmer que c’est impossible!

Et pourtant ! Tout cela est bien vrai.  Je suis dans un temple, à quelques mètres du Dieu Ganesh et je participe à une cérémonie organisée à l’intention de ce dieu protecteur au milieu de femmes drapées dans des saris soyeux et brillants. Mes vêtements sont   imprégnés de l’odeur de l’encens. Les fins bâtonnets se consument doucement  au pied de statuettes colorées représentant des divinités aux noms mystérieux.  Je picore des aliments inconnus. Mes papilles sont prises au piège par un incendie de saveurs piquantes et sucrées. Je suis bien en Inde, à 7000 km de Paris. Et je m’y suis rendue totalement gratuitement!

Comment ai-je pu réussir cette prouesse???

Grâce à mes 5 sens, et à mon goût pour l’aventure.

Il y a quelques jours, une amie m’a conduite en plein coeur du 18 ème arrondissement de Paris, à 2 pas du métro La Chappelle. Dans un autre monde, un autre temps. Nous avons assisté à une puja, une cérémonie hindoue dans le  Temple du Dieu-Eléphant Ganesh.

Ganesh a un pouvoir incroyable. Dans son ventre il contient tous les mondes, ses grandes oreilles n’entendent que les bonnes paroles, et rejettent les mauvaises. Ganesh est un Dieu plus attaché à la terre, qu’à l’ordre cosmique comme Shiva ou Vishnou. C’est ce qui le rend populaire. On le prie  pour obtenir le succès d’une entreprise, et donc pour enlever les obstacles.

Il y a quelques jours Ganesh a réussi à me faire voyager jusqu’à lui sans me faire quitter Paris!

Il m’a indiqué que c’était possible de réussir ce tour de magie,  juste en étant présent, à la vie, à l’instant, et à notre désir d’évasion.

Il y a quelques mois mon coeur m’a murmuré son envie de découvrir l’Inde. Ma raison s’est empressée de le  sermonner en lui expliquant  que mon compte en banque ne lui permettrait pas cette folie. Mon coeur a insisté. Et il y a quelques jours une amie a fini par entendre son appel. Et comme cette amie est un peu magicienne,  elle  m’a amenée aux portes de ce temple dédié à Ganesh. Nous avons ôté nos chaussures, et sommes alors entrées dans un autre monde. Mon coeur a bondi de joie, revigoré. Mon esprit n’a rien compris. Et il n’aime pas cela, car il s’est fait berné, d’une bien belle manière.

Bien sûr mon esprit sait très bien que je ne suis pas en Inde. Dans ce temple pourtant, les chants hypnotiques des brahmanes, ont eu raison de ses dernières résistances. Et au bout d’un moment il s’est fait à l’idée. « Nous » étions bien en Inde, moi, mon coeur et mon esprit réunis dans l’harmonie de l’instant présent.

Mon esprit en a profité pour ancrer en moi une leçon essentielle :

Nos 5 sens sont des portes qui nous ouvrent la voie du coeur. Lorsque ces passages sont dégagés, le mental ne peut plus nous convaincre que ce que nous vivons n’est pas la vérité.

Qu’est ce que la vérité? C’est le sentiment d’être ici et maintenant dans la juste émotion, à la juste place,  dans l’instant présent. L’Illusion représente tout ce qui nous empêche de voir la beauté et la joie, là où elles se trouvent.

Il y a quelques jours mon coeur m’a fait un  magnifique cadeau. Il a contacté l’âme d’une magicienne qui m’a emmené en Inde. Et mon mental a approuvé cette affirmation car il ne peut rien contre le pouvoir des sens.

Cela m’a amené à construire cette réflexion :

Lorsque vous doutez et que vous ne savez pas si la vérité se situe du côté de la raison ou du coeur, du côté du mental ou des sensations, du côté de  l’analyse  ou des émotions ….Posez vous cette question….Si vous étiez privé de la vue, du toucher, du goût, de l’odorat et de l’ouïe, qu’est ce qui vous resterait pour vous représenter le monde qui vous entoure? Et si à l’inverse vous étiez privé de la faculté de penser, comment aborderiez-vous votre environnement?

La superbe leçon que m’a offert mon coeur avec le soutien du Dieu Ganesh, c’est que la réalité prend d’abord  forme dans notre corps à travers nos ressentis avant d’être conceptualisé par notre mental et non l’inverse!

Alors oui je suis bien allée en Inde , tout simplement parce que mon coeur en avait besoin!

Et vous ? Que vous dit votre coeur ? Allez-vous suivre son chemin?

 »

« La nature qui ne nous a donné qu’un seul organe pour la parole, nous en a donné deux pour l’ouïe, afin de nous apprendre qu’il est plus important d’écouter que de parler»  Proverbe turc

« Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût diffèrent et créent autant de vérités, qu’il y a d’hommes  sur la terre » Guy de Maupassant

Sur la route du bonheur!

 « N’ayez jamais peur de la vie, n’ayez jamais peur de l’aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d’autres espaces, d’autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. »

Henry de Montfreid  (1879-1974)

Cet écrivain français, aventurier légendaire, a hanté pendant près de quarante ans les rivages de la mer Rouge et de la corne de l’Afrique.

Festival Nomade in Metz septembre 2011

Au moment où sort sur les écrans  français le film de Walter Salles Sur la Route  adapté du roman de Jack Kerouac, l’inspiration du jour me conduit à porter mon attention sur l’intérêt de s’abandonner à l’inconnu. Un voyage, c’est finalement toujours une invitation à lâcher ses croyances et à s’ouvrir aux surprises de l’existence. Partir, signifie également pour moi , quitter l’ancien pour le nouveau et cette seule perspective met toujours mon coeur en joie.

Ce que je préfère dans les voyages, ce sont  les rencontres. Déconnectés de nos repères traditionnels, nous sommes souvent obligés à l’étranger, de retirer nos  manteaux de protection pour nous adapter à un nouvel environnement. Nous nous trouvons alors dans un état d’ouverture qui permet d’attirer à nous de belles rencontres. Certaines expériences m’ont démontrées que l’être humain est  fondamentalement plus altruiste et plus généreux qu’on ne le pense.

Sur la route de Budapest!

Il y a quelques années, mon compagnon et moi-même avions décidé de découvrir la Hongrie .

Au départ de Paris, nous voilà dans un bus Eurolines en route pour  Budapest. Nous sommes en décembre.  L’hiver est glacial. Dans le bus, nous nous amusons à apprendre quelques rudiments de langue magyare avec  le dictionnaire franco-hongrois que je viens d’acheter. Notre prononciation hasardeuse semble faire sourire un jeune hongrois, d’une trentaine d’années, installé devant nous. Il porte les cheveux longs, et des lunettes rondes. Il parle très bien français. Nous échangeons quelques mots. Il nous explique qu’il est obstétricien et qu’il travaille dans l’un des hôpitaux publics de Paris. Le voyage se déroule ensuite sans davantage  de contact.

Nous arrivons à Budapest, le guide du routard en main. Nous n’avons rien réservé de précis. C’est alors que le jeune médecin, se tourne vers nous, et murmure timidement dans un français parfait :  » Si vous ne savez pas où dormir, je peux vous inviter chez moi, j’ai de la place« .   Mon conjoint et moi-même nous regardons avec étonnement. L’effet de surprise passé, nous décidons d’accueillir les bras ouverts cette nouvelle aventure. Nous voilà dans le métro en route vers l’inconnu, aux côtés d’un jeune homme que nous connaissons à peine.

Daniel, notre hôte, ne nous a posé aucune question. Tout au long du parcours, je me sens obligée de lui donner quelques informations sur nous, mais il ne semble pas s’en  préoccuper. Au bout d’une petite heure de trajet,  nous arrivons dans un quartier populaire de Budapest. Au 3ème étage d’un immeuble évoquant l’ère soviétique , Daniel nous invite à entrer dans un petit appartement lumineux. « Il appartient à ma mère. J’y viens de temps en temps, quand je ne suis pas en France »,  précise-t-il. Une brève visite et il nous indique notre chambre:   » Vous dormirez ici dans le salon, moi je ne serai pas souvent là, je suis ici pour un stage de tango » . Ce garçon est décidément surprenant. Nous allons dormir chez un gynécologue  hongrois travaillant à Paris, danseur amateur de tango argentin. La vie nous offre parfois des rencontres improbables.

Dans ce salon qui sera notre chambre, mon regard s’arrête sur une rangée de livres : la collection complète des romans de Zola.  » Je les ai tous lu, j’adore Zola », sourit-il. Intérieurement j’admire sa culture, il lit parfaitement le français, maîtrise le russe, et le hongrois, quand moi-même  je dois fournir un effort pour retrouver au fond de ma mémoire un vague souvenir scolaire de Germinal.

«  Voici les clés , vous êtes ici chez vous« , nous lance-t-il. Nous ne le reverrons quasiment pas de la semaine. Il part tôt, rentre tard. Chaque jour, nous faisons l’objet d’ une petite attention. Une paire de gants, un matin.  La veille, j’avais relevé,  histoire de bavarder, que le vent était glacial. Le lendemain, nous nous réveillons avec un petit-déjeuner déjà servi. Daniel, tel une bonne fée prend soin de ses invités surprises avant de partir chaque matin aux aurores. Nous sommes restés chez lui 5 jours.

A l’issue de notre séjour, il finit par accepter une  invitation au restaurant. Nous lui sommes tellement reconnaissants !  Discret, voir timide, Daniel a du mal à se livrer davantage. Nous n’en saurons pas beaucoup plus sur lui!

Avant de reprendre le bus, nous échangeons nos coordonnées. Nous le remercions encore chaleureusement : « N’hésite pas à venir nous voir Daniel, tu es le bienvenu  chez nous« . Il ne nous a jamais rappelé, et nous ne l’avons jamais revu. Des années après cette rencontre, nous essayons de  rendre à notre tour, ce que Daniel nous a donné. Nous avons plusieurs fois prêté notre appartement à de lointaines connaissances. Mais la vie ne nous a pas encore offert  l’opportunité d’accueillir  un voyageur, rencontré au hasard.

La  générosité désintéressée de Daniel m’a profondément marquée.

Cette expérience m’est revenue en mémoire lors de ma découverte il y a quelques semaines  du  livre du professeur en psychologie français Jacques Lecomte paru en mai dernier et  intitulé  » La Bonté humaine« . Dans ce livre il démontre que la bonté s’exprime dans des situations où l’on s’attendrait bien plus à la violence et à l’égoïsme.

 

« La bonté, la beauté et la vérité furent les idéaux qui ont illuminé ma route et qui, jour après jour, m’ont redonné le courage d’affronter la vie dans la bonne humeur ». Albert Einstein

Cambodge : un pays inspirant !

J’ai découvert le Cambodge l’année dernière et j’avais envie de partager avec vous quelques photos !

C’était il y a plus d’un an. Un voyage au Cambodge à Battambang chez Mathieu et Sothy.

Un couple qui est allé au bout de son rêve. Ce sont aussi mes amis.

Fin 2010, les voilà qui ouvrent une chambre d’hôte à Battambang.  Après 4 ans de préparation, ils quittent la France pour construire leur nouvelle vie.

Mathieu était journaliste, en rencontrant Sothy d’origine cambodgienne, il se prend de passion pour ce pays. Plusieurs voyages confirmeront cette attirance. Il décide qu’il vivra un jour au milieu des temples bouddhistes. Pour comprendre ses beaux-parents , il  s’informe sur  les blessures du  passé :  il lit , découvre  le génocide perpétré par les Khmers rouges.

Sothy est arrivée en France à l’âge de 5 ans, elle a fui le Cambodge avec ses parents et ses frères et soeurs , chassés par Pol Pot et les Khmers rouges. Elle passe ses jeunes années dans un camp de réfugié avant d’être acceuillie en Lorraine. C’est Mathieu qui l’amènera à envisager un retour dans un pays qu’elle n’a pas connu.

L’idée de Mathieu est d’ouvrir une « Guest House  » dans ce pays encore peu ouvert au tourisme.

Changer de vie n’est pas simple, mais pas à pas,  leur projet prend forme : ils trouvent un terrain avec l’aide de la famille restée au Cambodge, ils convainquent  une banque de miser sur leur projet immobilier, ils dessinent les plans, font construire leur « Cabaret Vert », en respectant l’écologie, en faisant vivre l’économie locale, en misant sur un tourisme durable et respectueux des gens.

Et puis vient le moment de partir, de quitter leurs boulots respectifs en France, leur famille, leurs amis  pour vivre leur histoire à eux .

Leur « Cabaret Vert « ,  inspiré d’un poème de Rimbaud, est un clin d’oeil de Mathieu à Charleville-Mézières et  aux Ardennes où il a grandi.

Ce lieu leur ressemble !


Aujourd’hui Mathieu  me dit que rien ne manque à son bonheur. Il se sent en harmonie avec son environnement, avec sa vie. Cela ne signifie pas qu’il est exempté de tous les petits tracas du quotidien, mais ils ne font que passer. Tout à cette nouvelle existence, il se rend compte que la consommation a pris moins de place, il n’est plus toujours en train de  répondre à de nouveaux désirs matériels. Il savoure chaque instant, et chaque avancée, avec ce sourire, qui le caractérise. Mais depuis qu’il vit au Cambodge, ce sourire est devenu plus lumineux que jamais!

Mathieu s’implique aussi au niveau local pour l’association Phare Ponleu Selpak (PPS), qui signifie  « la lumière de l’art », une organisation non gouvernementale cambodgienne qui oeuvre pour l’éducation des enfants et l’enseignement des arts dans une approche communautaire.

http://www.phareps.org/index.php?option=com_content&view=article&id=45&Itemid=49&lang=fr

Certains élèves très talentueux ont même exposé leurs toiles à New-York !

Regardez de quoi ils sont capables :

Cette école est surprenante et elle prouve à quel point la fatalité ne fait pas le poids face à la créativité !

Mathieu et Sothy sont la preuve vivante, qu’il est possible de réaliser ses rêves. Ce sont des éclaireurs. Ils nous ouvrent la voie !N’hésitez pas à regarder  ce qu’ils ont créé !

Liens pour aller plus loin :

http://www.visitbattambang.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Khmers_rouges                          

L’école de cirque de Battambang