L’intelligence émotionnelle au service du leadership !

 » Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas des hommes et des femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour dire où trouver chaque chose, si tu veux construire un bateau, fais naître dans le coeur des hommes et des femmes le désir de la mer ».

Antoine de Saint-Exupéry

Photo : Gerry Barry

Photo : Gerry Barry

Il y a quelques semaines j’ai participé à Paris à un séminaire tout à fait passionnant autour du thème de l’intelligence émotionnelle. Ce séminaire organisé par l’Institut Repère,  un organisme de formation en Programmation-neuro-linguistique, était animé par l’un des grands experts mondiaux de la discipline, le californien Robert Dilts. 

Robert Dilts

Robert Dilts

Robert Dilts, est un auteur, formateur et consultant américain expert de la Programmation-neuro-linguistique depuis sa création en 1975, à Santa Cruz en Californie. Ses sujets de prédilection sont depuis 40 ans, le leadership et les stratégies du génie. Il a modélisé le fonctionnement des leaders d’exception et a découvert que ces hommes et ces femmes, utilisaient avec succès une forme d’intelligence, qu’on appelle l’intelligence émotionnelle. L’intelligence émotionnelle est la capacité d’interagir avec les émotions, en les comprenant, en ayant une attitude bienveillante face à elles et en les sélectionnant de manière appropriée. L’intelligence émotionnelle a été popularisée et définie par le psychologue américain Daniel Goleman.

Robert Dilts conseille aujourd’hui partout dans le monde des patrons de très grandes entreprises.

C’est un homme charmant et tout à fait passionnant. Il a bien voulu répondre à mes questions et je l’en remercie.

Rencontre avec un homme qui bouscule les règles du management !

Robert Dilts en plein séminaire

Robert Dilts en plein séminaire

– Bonjour Robert Dilts. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par  » intelligence émotionnelle « ?

-Il y a deux mots-clés dans ce concept. L’intelligence et les émotions. Qu’est -ce que l’intelligence ? C’est la capacité à rassembler, collecter et sélectionner une connaissance ou un savoir-faire approprié. Qu’est-ce qu’une émotion ? C’est une réponse à des évènements de vie significatifs. Nous vivons tous des expériences et nous les éprouvons à travers notre corps via les émotions. Vivre une émotion est une expérience somatique, au sens grec du terme, elle se déroule donc dans le corps. L’émotion est relative au corps, ce n’est pas une expérience cognitive.

La raison d’être de nos émotions est d’apporter une certaine énergie dans le corps dans le but de répondre à des évènements extérieurs. Le mot émotion est issu du latin « motio » qui signifie  » action de mouvoir, mouvement« . L’émotion est un signal qui nous pousse à agir d’une certaine manière. Il y a des évènements qui peuvent entraîner de l’excitation, de l’inspiration, de la joie, et il y a des évènements qui produisent de la peur, de la colère, de la frustration. Ces émotions sont présentes en nous dès la naissance, nous n’apprenons pas à ressentir des émotions. Les neuro-scientifiques nous diraient qu’elles siègent dans notre système limbique, notre deuxième cerveau qui est connecté à notre cerveau reptilien, notre cerveau ancestral, qui gère les comportements de survie ( se nourrir, se reproduire ). Mais nous disposons également d’un troisième cerveau, le néo-cortex, c’est le siège de la créativité, de la conscience.

L’intelligence émotionnelle est donc la capacité à reconnaître et à accueillir, sans les juger, les émotions afin de les utiliser dans un but constructif et positif, pour interagir de manière efficace avec son environnement, en les exprimant de la meilleure manière qui soit.

-Pourquoi est-il si important au sein de l’entreprise, que les leaders soient intelligents émotionnellement ?

-Je travaille sur le thème du leadership depuis 40 ans. Le mot « leader « est issu d’un ancien mot anglais qui signifie  » aller vers « . Le leadership est donc l’action de guider. Un leader est une sorte d’éclaireur. Pour aller quelque part, il est nécessaire d’avoir d’abord une direction. Il faut savoir où on veut aller, mais pour aller quelque part, il faut aussi de l’énergie. Si vous n’avez pas d’énergie, même si vous savez où vous voulez aller, vous n’irez nulle part. Les émotions fournissent par définition de l’énergie. Cette énergie peut être débloquée en réaction à quelque chose. Par exemple lorsqu’on se sent menacé, la peur active le besoin de protection, la colère nous sert à contourner un obstacle. Mais l’énergie de l’émotion peut aussi être un moteur qui apporte du courage, de la détermination, de l’enthousiasme.

Un leader doit donc être capable de fournir à ses équipes une vision, de donner une direction , mais il doit aussi être capable de mobiliser ses troupes pour les mettre en action. Il doit aussi pouvoir faire face aux émotions des autres quand ils se sentent menacés, confus, notamment en situation de crise ou de grands bouleversements stratégiques. Il peut y avoir de la peur, de la colère, des conflits. Un bon leader doit donc être à l’écoute de ses propres émotions et de celles des autres, pour amener de la résilience.

Les êtres humains ne sont pas des robots. Les émotions jouent un rôle très important dans nos vies, on ne peut donc pas les nier au sein du monde de l’entreprise. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on doit se laisser dominer par nos émotions. L’intelligence, c’est plutôt d’apprendre encore une fois à accepter les émotions, et à les maîtriser. Un bon leader doit savoir quel type d’émotion est nécessaire pour faire face à des défis difficiles.

Je n’ai jamais rencontré aucun leader d’exception, qui arrivait à mener loin son entreprise, sans utiliser l’ intelligence émotionnelle.

-En France pourtant, ce concept n’est pas intégré. On l’a encore vu aujourd’hui au cours de ce séminaire, où une femme témoignait de ses années passées dans une école de commerce. Elle expliquait qu’ on demandait aux étudiants au contraire de  » laisser leurs émotions à la maison « .

-Le meilleur contre- exemple à cette façon de voir les choses est Steve Jobs. Il a toujours répété qu’il fallait avoir le courage de suivre son coeur et son intuition. Steve Jobs a mené très loin Apple sur la scène du business mondial. Il a toujours dit qu’il n’avait pas réussi cette prouesse en s’appuyant uniquement sur sa raison. Mais il a également dit que l’intuition et la passion ne servent à rien, si elles ne sont pas utilisées au service d’une vision. Pour accéder à son intuition il est nécessaire d’être en relation avec ses ressentis. Les émotions sont des signaux qui nous indiquent nos états internes. Les ignorer revient à s’ignorer soi-même. On se coupe de certaines informations qui nous indiquent des messages très importants.

-Pensez-vous que cette façon de penser est plus développée aux Etats-Unis qu’en Europe ?

-Cette façon de voir les choses est davantage enseignée aux Etats-Unis. Cela ne signifie pas que tous les grands patrons l’appliquent. Ce qui est important, c’est que les chefs d’entreprises réalisent davantage que l’intelligence émotionnelle a de la valeur. Elle est extrêmement importante pour développer le bien-être au travail. Aujourd’hui on sait que le stress est contre-productif. Il peut même tuer. Vous avez ici en France, des exemples marquants, avec près de 25 suicides qui se sont produits ces dernières années au sein d’une très grande entreprise. De mon point de vue, on ne peut pas ignorer les émotions, dire qu’elles n’existent pas. Ne pas tenir compte de l’état émotionnel de ses salariés, peut conduire à des drames.

Si Steve Jobs a fait d’Apple l’une des sociétés les plus innovantes et les plus brillantes de la planète, c’est bien parce qu’il a réussi à motiver, à inspirer les personnes qui travaillaient avec lui. Il n’a pas planifié le succès de manière rationnelle. Cela ne veut pas dire qu’il était irrationnel. La sensibilité, l’intuition n’ont rien à voir avec l’irrationalité.  Il s’agit avant tout d’être à l’écoute de ses ressentis.

– Le mot clé que vous avez beaucoup prononcé au cours de ce séminaire c’est « l’accueil ». Comment fait-on pour accueillir ses ressentis, ses émotions ?

-D’abord, il est nécessaire de créer de l’espace en nous pour observer sans les juger nos émotions. Ensuite, l’autre point important est de reconnaître l’intention positive de l’émotion. Les émotions ne sont pas uniquement des réactions à quelque chose. La peur, la tristesse, la colère, toutes ces émotions, que l’on juge « négatives », la plupart du temps, ont en fait une intention positive. L’intelligence serait donc de connaître l’intention positive de ces émotions pour les intégrer avec créativité et sagesse. L’intention positive de la peur, cela peut être  la protection. L’intention positive de la colère, cela peut être poser des limites, se défendre. L’intention positive de la tristesse, c’est le besoin de libération.

Faire ce travail, est un travail proche de la  » pleine conscience « . La conscience est le socle de l’intelligence émotionnelle. Cela permet d’intégrer nos différentes expériences de vie. Ce que j’ai pu observé en interviewant des centaines de leaders ces dernières années, c’est qu’ils ont tous en commun, une sorte de cohérence entre leur façon d’être et leur façon d’agir. C’est cela, le charisme, une cohérence entre l’être et le faire. Ils savent alors inspirer les autres, ils rayonnent, et attirent à eux ce dont ils ont besoin pour réussir. Ils ont une autorité humble, une confiance tranquille, une présence particulière. On n’obtient pas des autres de l’implication et de l’engagement sans être d’abord soi-même en relation avec sa sagesse profonde, sans être conscient de ce qui se joue à l’intérieur de soi. Que se soit dans le monde de l’entreprise ou dans la vie en général, l’accueil bienveillant de ses ressentis est un pas essentiel vers le leadership de soi-même et le leadership tout court.

Liens pour aller plus loin:

Un livre sur l’intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle au travail

Toutes les formations de l’Institut Repère

Photo : Découvrez le fabuleux travail de l’artiste irlandais Gerry Barry !

Et si on prenait soin de notre joie de vivre ?

  » Ce qui compte c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. Une apparition, une seule et tout est sauvé ».

Christian Bobin, écrivain français

Photo Florence Bonnet

Photo Florence Bonnet

Regardez ces enfants. Ils jouent. Ils s’amusent. Ils sont pleinement vivants. Cela n’aura peut-être duré qu’un instant, mais lorsque je contemple cette image, je plonge toute entière dans leur joie. Je m’y reflète et mon côté sombre s’y noie. J’aime me baigner dans cette joie transparente. Elle me lave et me nettoie. Je brille alors comme une poussière d’or. Le souci, c’est qu’il suffit d’une bourrasque pour mettre cette joie à terre. Un conflit, une frustration, un échec la piétinent en un instant.

Le baromètre de mes humeurs est aussi inconstant qu’un ciel breton. Des nuages passent entre deux éclaircies. Il pleut. Il fait beau.Il fait froid. Il fait chaud. En une seule journée, je peux vivre toutes les saisons. Un coup d’oeil sur les informations du jour et me voilà morose. Un changement imprévu et me voilà fébrile et angoissée. Une incertitude et me voilà anxieuse. Des changements climatiques si troublants que parfois ils dérèglent ma boussole intérieure.

Comment faire alors pour retrouver un peu de cette stabilité joyeuse qui m’habite pourtant la plupart du temps ? C’était ma question du moment. Et comme d’habitude la réponse est arrivée par le biais d’une rencontre.

 

 

Patricia Delahaie

Patricia Delahaie

 

Patricia Delahaie est l’auteur de  » Comment garder le moral même par temps de crises« . Ce livre nourri par de nombreux témoignages est un véritable travail d’investigation. Psychosociologue de formation, Patricia Delahaie a été journaliste avant de devenir conférencière et coach de vie . Elle est l’auteur de plusieurs best-sellers parmi lesquels  » Ces amours qui nous font mal  » et  » Etre la fille de sa mère« .

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Rencontre avec une femme qui a choisi le bonheur !

 » J’ai écrit ce livre, parce que je voulais comprendre pourquoi à difficultés de vie égales, certaines personnes arrivaient à garder le moral et d’autres non « , m’explique Patricia Delahaie. Nous avons tous été confrontés  un jour ou l’autre  au deuil, à une perte d’emploi, à une rupture amoureuse. Autant de tremblements de terre intérieurs qui nous secouent et nous laissent parfois en ruine. La tentation est grande alors de s’enfermer dans une souffrance asphyxiante. Pourtant, certains parmi nous arrivent à se reconstruire avec une force d’âme qui défie les lois de la gravité. Ils deviennent plus légers quand d’autres sont irrémédiablement attirés vers les abîmes. Qu’ont-ils de plus que les autres, ces êtres qui regardent toujours vers le haut ? »La première chose qui m’a interpellée, c’est que les personnes qui gardent le moral, ont toujours leur bonheur dans le viseur. Elles pensent toujours à être les plus heureuses possibles quelque soit  leur situation. Elles ne culpabilisent pas de se faire du bien. Au contraire, quand elles vont mal, elles inventent des stratégies pour aller mieux« , détaille l’auteur.

Quand la déprime guette, il est souvent très facile de s’enrouler dans la confortable couverture de la victime en attendant que le monde ou les autres changent pour retrouver le sourire. Une attitude que refuse d’emblée les personnes positives.  » La force des personnes qui ne se laissent pas abattre, c’est qu’elles sont réalistes. La vie est parfois difficile, elles le savent. Elles savent aussi que si elles ne prennent pas soin de leur bonne humeur, elle s’en ira. Il suffit d’un rien pour avoir le moral à zéro, alors elles se protègent« , explique-t-elle. Elle poursuit :  » Les personnes positives sont créatives. Elles se connaissent bien et ne s’attardent pas sur leurs traumatismes. Elles savent dire ce qu’elles ressentent avec précision et vont adapter le monde extérieur à leur monde intérieur. Si elles sont hypersensibles, elles vont éviter les films sombres et les discussions plombantes. Elles font très peu de choses par obligation. Elles assument le fait de vouloir aller bien « .

Garder le moral serait ainsi une posture à prendre. Une posture qui nous donnerait le droit de refuser tout ce qui mine notre bien-être intérieur. Une posture qui nous inviterait à ne pas ajouter du malheur au malheur surtout dans les situations de crise. Mais quand rien ne va comment garder le cap ?

 » Notre humeur n’est pas linéaire. Nous devons l’accepter. Ne culpabilisons pas de parfois baisser les bras. On fait comme on peut« , explique la conférencière. Pas question de céder non plus à une sorte de tyrannie du bonheur qui nous interdirait des passages à vide. Les émotions négatives existent. Il serait même sain de s’y abandonner. Mais pas trop longtemps. Un passage dans la machine à laver émotionnelle, peut certes nous essorer, nous nettoyer en profondeur, mais il faudrait savoir stopper le programme au bon moment, pour ensuite entamer un nouveau cycle : la recherche de solutions pour retrouver un peu de bien-être intérieur. Pour cela, à chacun ses stratégies. La créativité humaine est sans limites.  » Ce que j’ai noté , c’est que quels que soient les problèmes que nous avons à affronter, le fait de porter notre attention sur les bienfaits qui existent déjà dans nos vies, permet de neutraliser la puissance des idées noires. On retrouve alors de l’énergie pour agir et surtout pour être créatif« , conclut-elle.

La joie de vivre se cultive !

Et quand tout va bien ? Quand rien ne devrait venir nous perturber et que malgré tout, le spleen s’engouffre au coeur de notre monde intérieur comme  un courant d’air glacé ? C’est peut-être le signe qu’une fenêtre est restée ouverte trop longtemps. Selon Patricia Delahaie les baisses de moral seraient avant tout des messages à prendre en compte  :  » Les chutes de moral sont des signaux d’alarmes, elles indiquent une sensibilité particulière à des pensées, des situations, des remarques. La fatigue, le changement, les doutes, l’éparpillement favorisent les baissent d’énergie« , note-t-elle. C’est pour cette raison qu’il est si important de revenir à soi : « Les personnes qui gardent le moral se sont installées dans leur propre style. Elles savent ce qui fait leur bonheur et elles le recherchent à chaque moment de leur existence. Elles cultivent la joie de vivre en la nourrissant au quotidien. Quand elles sont tristes ou déprimées, elles s’arrêtent et se demandent ce qui ne va pas « , développe Patricia Delahaie.

Prendre soin de sa joie serait l’une des conditions d’un bonheur intérieur durable. Il serait également  primordial de connaître nos besoins et de faire le tri dans nos pensées, car notre mental est puissant.  80 000  pensées nous traversent ,parfois à notre insu, chaque jour. Faut-il toutes les retenir ? Dans son livre, Patricia Delahaie évoque le cas de Zinédine qui explique comment il essaie au quotidien de ne pas se laisser dominer par ses pensées. Maîtriser son monologue intérieur en n’accordant pas autant d’importance à la voix qui dénigre, qui râle, qui voit tout en noir demande une certaine discipline. C’est vrai. Mais c’est une manière de ne pas abdiquer, de continuer à avancer. Pour Patricia Delahaie, garder le moral signifierait donc avant tout  » ne pas se décourager de vivre « . Qu’est-ce qui nous donne envie de vivre ? Voilà la question qui mériterait d’être posée plus souvent. Les réponses se cachent dans les profondeurs de notre âme, cet oasis où nous irons puiser nos forces lorsque nous traverserons des déserts.

Patricia Delahaie avoue que l’écriture de ce livre l’a transformée. Elle m’explique qu’aujourd’hui, elle se laisse beaucoup moins démoraliser.  » Avant quand j’étais malheureuse, j’y croyais totalement. Maintenant au lieu de me dire que je suis malheureuse, je me dis que j’ai été contrariée par ceci ou cela. C’est très différent. Je me donne aussi beaucoup plus le droit d’éviter ce qui m’enfonce. C’est important de prendre soin de son moral. Si je ne prends pas soin de moi, qui va le faire ? »

Je retiens que prendre soin de soi est un devoir, un pacte que nous devons conclure avec nous-même au quotidien. Je retiens également que nos tempêtes intérieures ne sont que passagères, et que nous les traversons tous un jour où l’autre. Je retiens enfin qu’il est plus judicieux de regarder passer nos pensées avec le détachement d’un brin d’herbe. Nos pensées sont comme les nuages, elles ne font que courir dans le ciel. Où peuvent donc bien aller les nuages ? Ne finissent-ils pas par se dissoudre ?

C’est drôle le pouvoir des mots. Il me suffit d’écrire ces dernières lignes, et l’image d’un soleil jaune  comme une orange s’impose sous mes doigts et éclaire mon clavier. C’est sans doute le temps qu’il fera demain. Demain est un mot ensoleillé. Il est juteux de promesses. Mais il y a un autre mot plus fort encore. C’est « maintenant ». Maintenant. Je peux lui mettre du bleu, du jaune, de la nuit ou du jour. Maintenant je peux en faire ce que je veux, car au fond l’artiste de ma vie, c’est toujours moi, ici et maintenant.

Et vous ? A quoi ressemble votre soleil ? Qu’est-ce qui vous fait du bien ? Qu’est -ce qui vous remonte le moral ?

N’hésitez pas à partager vos expériences sur le sujet !

NB : Merci à la photographe Florence Bonnet pour avoir collaboré à cet article ! Ses portraits d’enfants sont fabuleux ! Allez voir !

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin :

-Le blog de Patricia Delahaie

Comment garder le moral, même par temps de crises  

6, 10 euros Le livre de poche 

L’EMDR pour surmonter les traumatismes !

« Un traumatisme est défini comme tout évènement extérieur au sujet qui a eu un effet négatif durable sur le soi et la psyché »

 Francine Shapiro, psychologue américaine fondatrice de la thérapie EMDR

Le congrès international des praticiens EMDR

Il y a quelques jours, je me suis rendue au congrès international des praticiens EMDR qui se tenait à Metz ( Est de la France ). Le traitement des traumatismes de l’enfant était le thème central de ce congrès.

L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing ) est une thérapie popularisée en France, il y a quelques années par David Servan-Schreiber. Cette technique utilise la stimulation sensorielle via des mouvements oculaires pour traiter les souvenirs traumatiques. L’EMDR ne peut ni effacer, ni changer le passé, mais permet de le rendre moins douloureux émotionnellement. On devient alors capable d’évoquer un souvenir traumatisant sans ressentir avec autant d’intensité l’émotion ( peur, colère, tristesse ) qui s’est manifestée au moment où l’expérience a été vécue. Depuis juillet 2012, l’EMDR est une thérapie recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé pour le traitement du stress-post-traumatique.

Lors de ce congrès, j’ ai rencontré deux psychologues très intéressants. Le français Michel Silvestre *et sa collègue anglaise Joanne Morris -Smith*.

Michel Silvestre et Joanne Morris-Smith

Rencontre avec deux pionniers des psychothérapies EMDR  

-Bonjour Michel Silvestre. Vous êtes psychologue et vous travaillez essentiellement avec les enfants. Pour quels types de troubles viennent-ils consulter ?

– Je reçois beaucoup d’enfants qui ont des problèmes de comportement à la maison ou à l’école. Certains ont été victimes de violences domestiques ou d’abus sexuels. Je travaille avec les services judiciaires spécialisés qui m’envoient des enfants hébergés en foyer. Il y a des cas lourds liés à une histoire familiale compliquée, mais je vois aussi des enfants ou des adolescents qui présentent  des formes d’inadaptation scolaire. Certains d’entre eux sont aussi simplement mal dans leur peau, tristes ou présentent des troubles du sommeil et de l’apprentissage.

-Quelles sont les causes des troubles du comportement ou de l’attention chez l’enfant ?

-Il y a plusieurs types de traumatismes qui peuvent être à l’origine de ces troubles. Il y a les traumatismes majeurs : les accidents, les deuils, les agressions et les violences. Mais il y aussi des traumatismes dits « mineurs », qui naissent dans la vie quotidienne. Ce sont des blessures psychologiques qui paraissent anodines mais qui affectent l’estime de soi de l’enfant. Par exemple, si l’enfant entend régulièrement qu’il n’est bon à rien, qu’il n’y arrivera jamais, qu’il est gaucher des deux mains. A force d’être répétées ces phrases impriment  dans le psychisme de l’enfant la croyance irrationnelle qu’il est nul et qu’il n’arrivera à rien. Cela affecte sa confiance en lui. Il peut alors développer des troubles de l’anxiété, des cauchemars par exemple. Il faut bien comprendre qu’un commentaire négatif  isolé ne va pas affecter la confiance de l’enfant. C’est la répétition de ces phrases dévalorisantes qui va poser problème et perturber l’enfant.

-En quoi dans ces cas là, l’EMDR est-elle une thérapie pertinente ?

-Les troubles du comportement sont la plupart du temps la manifestation d’évènements traumatiques qui n’ont pas été digérés. Il y a des filtres dysfonctionnels qui ont été mis en place par le trauma et qui perturbent le développement de l’enfant, comme s’il revivait indéfiniment la situation traumatisante. L’EMDR, permet de modifier ces filtres. C’est une technique intéressante, car elle va permettre non pas de changer le passé mais plutôt d’aider l’enfant à vivre avec le passé et de s’en détacher émotionnellement. On va ainsi l’aider à mobiliser de nouvelles ressources qui vont lui donner la possibilité de ne plus être prisonnier de l’évènement traumatique.

La plupart du temps on ne traite pas l’enfant seul. Une thérapie familiale est souvent appropriée. On ne s’occupe pas d’un enfant sans avoir d’abord étudié la stabilité du système familial. Si les parents sont dépassés, il est souvent nécessaire de les traiter eux aussi pour les aider à gérer leurs propres traumas, afin qu’ils puissent mieux accompagner l’enfant. J’ai reçu par exemple un jeune garçon de 8 ans qui présentait un comportement violent. Il avait perdu son père un an auparavant. Il avait des crises de colère à la maison et à l’école. Nous avons d’abord traiter le souvenir traumatique du deuil de sa mère. Il n’a fallu ensuite que quelques séances pour aider l’enfant à se libérer de sa colère. L’enfant réagit aussi souvent aux émotions de son environnement familial. Il faut comprendre que plus tôt on agit avec les enfants, plus vite on lui permet de se reconstruire. On évite alors que la souffrance s’installe et se prolonge dans sa vie d’adulte. Le traumatisme s’imprime dans l’esprit et dans le corps de l’enfant. Ces souvenirs, les font se sentir parfois perdus, angoissés, rejettés ou dévalorisés. L’EMDR permet de cicatriser les blessures de l’estime de soi.

-Cela signifie que l’EMDR est plus efficace pour soigner les troubles du comportement des enfants que les psychotropes ?

-Pour moi la réponse médicamenteuse ne doit pas être la première réponse. Parfois les psychotropes peuvent être utiles pour soulager les souffrances de l’enfant ou de l’adolescent, mais cela doit toujours être temporaire. Pour moi la première chose à faire c’est un entretien familial. Puis il faut comprendre quels filtres doivent être changé et quelles ressources on doit mobiliser pour amener l’enfant ou l’adolescent à se sentir mieux dans sa vie. L’intérêt de l’EMDR c’est aussi son efficacité. Quelques séances suffisent parfois à soulager l’enfant.

Vous Joanne, vous utilisez l’EMDR depuis plus de 20 ans  en Angleterre. Cette technique est-elle plus développée  dans votre pays qu’en France ?

– Oui, il y a plus de praticiens en Angleterre, parce que notre pratique de cette technique est plus ancienne. Mais je viens régulièrement en France et dans d’autres pays en Europe pour former des collègues. L’EMDR est déjà recommandé par notre sécurité sociale pour le traitement des gros traumatismes. Pour l’instant il n’y pas suffisamment d’études sur l’efficacité de l’EMDR sur les enfants, mais les résultats que nous avons obtenu sont très encourageants . Il y a aujourd’hui de plus en plus de conférences et de publications en Europe dans ce domaine.

-Pourquoi la thérapie EMDR est-elle davantage proposée aux patients dans votre pays en comparaison à la France ?

– Je crois que cela tient à l’histoire de la France qui met l’accent davantage sur l’approche psychanalytique. En Grande-Bretagne notre approche est plutôt orientée vers les thérapies comportementalistes. Nous proposons différentes techniques. Le patient a le choix. Dans notre pays on se pose d’abord cette question : dans cette situation de souffrance psychologique quelle est la thérapie la plus appropriée ? C’est un avantage par rapport à la France où l’approche analytique est largement privilégiée. Nous n’avons pas chez nous qu’une seule corde à notre arc , nous en avons plusieurs.

Michel, vous êtes d’accord avec cette façon de voir les choses ?

– En France, la seule discipline enseignée à la Faculté de psychologie, est basée sur l ‘approche psychanalytique. On reste enfermé encore dans la vision freudienne ou lacanienne de la psyché humaine. On est influencé par cette vision analytique, c’est presque culturel. La psychanalyse a été présentée en France comme la seule voie de traitement possible. On nous a dit qu’en dehors de cela, il n’y avait point de salut. Quand j’ai présenté mon mémoire de fin d’ études en 1978 sur la thérapie familiale, le jury m’a dit : » Tu vas revenir dans le droit chemin d’ici 5 ans« . A l’époque, si on ne suivait pas les maîtres de la psychanalyse on était considéré comme déviant. En 1995, j’ai fait partie des premiers psychologues français à me former à l’EMDR. Le changement prend du temps, mais ça évolue. De nombreux  praticiens se forment à de nouvelles approches. Et c’est tant mieux. Freud a dit des choses intéressantes, mais c’était au siècle dernier. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses . Nous sommes en retard par rapport aux pays anglo-saxons. Mais de nombreux thérapeutes, pédopsychiatres et psychologues sont aujourd’hui formés à l’EMDR. La Faculté de Metz est pour l’instant la seule en France à proposer un diplôme universitaire d’EMDR. C’est une petite révolution dans notre milieu et c’est positif.

*Michel Silvestre est psychologue à Aix-en-Provence, c’est l’un des pionniers en France des thérapies familiales. Il est Vice-Président de l’association EMDR France et il utilise l’EMDR depuis 1995 avec les enfants présentant des troubles du comportement, de l’attention et de l’apprentissage ainsi que des enfants victimes de violences domestiques. Il forme aujourd’hui de nombreux praticiens à l’EMDR.

*Joanne Morris-Smith est également psychologue en Grande-Bretagne. Elle travaille avec  le Great Ormond Street Hospital, un hôpital pour enfants à Londres. Elle est médecin-conseil pour la Sécurité sociale britannique ( le NHS) .C’est une formatrice accréditée par l’association EMDR -Europe. Elle forme elle aussi de nombreux praticiens en Europe à cette technique pour soigner  les traumas spécifiques de l’enfant.

Liens pour aller plus loin :

Comment fonctionne l’EMDR 

Le parcours de Michel Silvestre

Un article de Joanne Morris-Smith

La liste des praticiens EMDR en France

Un livre :

Des yeux pour guérir : EMDR la thérapie pour surmonter l’angoisse, le stress et les traumatismes Francine Shapiro et Margot Silk Forrest