La vie est belle au coin de ma rue !

« La plus belle vie est celle qui exprime ce que la vie a de beau ». Christian Bobin

Le retour du printemps !

Le retour du printemps !

Il y a quelques semaines je suis tombée sur une étude qui indiquait que 80 pour cent des conversations banales tournaient autour de propos négatifs. En France, peut-être plus qu’ailleurs, nous avons pris l’habitude de relever ce qui ne va pas en oubliant bien souvent de mettre l’accent sur ce qui va bien. Quand il pleut, on se plaint, quand il fait beau, il fait vite trop chaud. Les mots que nous prononçons au quotidien ne sont pourtant pas anodins, ils nous enferment inconsciemment dans une certaine forme d’énergie. Quand nous disons de quelque chose que nous aimons : » C’est pas mal  » , cela ne produit pas le même effet que si nous disions tout simplement : » C’est bien ! ». C’est exactement ce que nous explique Philippe Bloch, entrepreneur et conférencier dans son livre  : «  Ne me dites plus jamais bon courage ! ».

Le bonheur s’entretient aussi avec les mots. Encore faut-il avoir l’occasion de se connecter en pensées et en paroles à ce qui est beau, bien et bon dans nos vies. Du coup, j’ai eu envie de créer cet espace d’énergie positive en allant interroger les commerçants que je croise au quotidien, près de chez moi, dans le 17ème arrondissement de Paris.

Je leur ai donc posé cette question toute simple  : qu’est-ce qui rend votre vie belle ?

Au début, certains m’ont regardée avec des yeux étonnés. On ne leur avait jamais posé la question avant. Très chaleureusement, ils ont pourtant accepté de jouer le jeu. J’ai fait ainsi de très belles rencontres, que je partage avec vous aujourd’hui.

Camille, la boulangère

Camille, la boulangère de la boulangerie Basso

Camille était  ingénieure dans l’agro-alimentaire. Il y a deux ans, elle a changé de vie en ouvrant avec une amie sa propre boulangerie. Lassée de vendre des poudres chimiques, elle a ressenti le besoin de se tourner vers une activité plus vraie, plus authentique. Qu’est -ce qui fait aujourd’hui que la vie est belle pour elle ? Voici ce qu’elle me confie :

 » Ce qui fait mon bonheur aujourd’hui c’est la satisfaction de créer de mes propres mains quelque chose de sain, de bon. Du coup, je suis toujours motivée pour aller travailler, parce que je fais quelque chose que j’aime et que j’ai choisi. J’aime faire plaisir aux gens et c’est important pour moi de garder le sourire, de toujours voir le bon côté des choses. J’ai remarqué justement, les jours où ça ne va pas que le fait de sourire permet justement d’oublier les problèmes. Mon moral remonte aussitôt. Un sourire partagé, c’est tout simple, mais pour moi c’est ce qui rend la vie belle au quotidien « .

Marguerite, du Pressing de la rose blanche

Marguerite, du Pressing de la rose blanche

Marguerite lave, repasse et plie des vêtements du matin au soir. Elle gère le pressing de la Rose blanche avec son mari depuis près de 20 ans. Quand je lui parle de l’idée de cet article, elle pense immédiatement au film de Roberto Benigni. Elle s’arrête un instant pensive et explique  que ce film l’a touchée car il met en avant la beauté de l’existence dans un moment pourtant terriblement tragique. Elle poursuit sa réflexion en partageant ceci :

 » Le fait de savoir que mes enfants sont en bonne santé suffit à faire mon bonheur. Pour moi, la famille c’est très important. J’ai la chance d’avoir toujours mes parents et mes grands -parents. C’est important pour moi de me sentir entourée et soutenue. J’ai eu cinq enfants avec le même homme. Nous sommes mariés depuis 25 ans et je sais que de nos jours, cela relève du miracle. Vous savez je suis originaire du Laos. Dans ce pays, on manque de tout. J’ai conscience de la chance que mes enfants ont de pouvoir bénéficier d’une bonne éducation ici à Paris. J’ai un toit sur la tête, je fais un métier que j’aime. Tout cela, c’est une chance. Ce qui rend la vie belle aussi ce sont les relations humaines. J’aime discuter avec les gens, nouer des liens de proximité, prendre des nouvelles des uns et des autres. Il y a des clients qui viennent chez moi juste pour discuter. Cela fait du bien, de se sentir connecté aux autres « .

Katia, la libraire de l'Usage du monde

Katia,  libraire à l’Usage du monde

Katia est libraire indépendante. Elle aussi s’est installée dans le quartier  il y a deux ans avec son compagnon Jean-Philippe. Ils travaillent ensemble et créent régulièrement des rencontres littéraires dans leur librairie. Voici ce qu’elle partage avec nous.

 » Je crois que ce qui rend la vie belle c’est le fait de faire un métier qu’on aime, en se donnant les moyens de réussir. J’ai ouvert cette librairie alors que le contexte n’était pas évident, mais malgré les difficultés des débuts, je ne regrette pas ce choix, car je me sens en cohérence avec mes valeurs. Ce que j’aime c’est partager du lien social, organiser des rencontres entre les gens du quartier, participer à la vie locale. C’est ça qui est magique dans le quotidien, ce sont les rencontres, les échanges. C’est cela qui me nourrit et qui donne du sens à mon travail. « 

Philippe, de la maison de la presse

Philippe, de la maison de la presse

Philippe vend des journaux et des cartes postales souvent très inspirantes. Lui aussi a changé de vie. Il y a quatre ans, il a quitté le milieu de l’industrie pour ouvrir cette maison de la presse. Voici ce qu’il partage avec nous :

 » La vie est belle parce que nous sommes capables d’aimer : un sourire, des mots, une montagne et l’autre. C’est notre capacité à ressentir la beauté sous toutes ces formes qui rend la vie belle. La beauté peut être partout : dans la nature, dans l’art, dans tout ce qui nous entoure. La vie est imprévisible, elle peut aussi être tragique, mais en même temps c’est ce qui lui donne toute son intensité. C’est aussi notre capacité à jouir des bons moments de la vie qui rend la vie belle. « 

Entre nous, j’ai adoré préparer cet article. Partir à la rencontre de ceux qui peuplent mon quotidien et leur offrir cette fenêtre d’expression est une grande source de joie pour moi. Parler de la vie et des belles choses qu’elle nous permet aussi de vivre, cela redonne de l’énergie positive.

Et vous ? Qu’est-ce qui vous procure du bonheur ? Qu’est-ce qui rend votre vie belle ?

Sandra C.

©larevolutioninterieure.com

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La fin du monde aura-t-elle lieu ?

« La fin du monde, c’est quand on cesse d’avoir confiance  »  

Madeleine Ouellette-Michalska

La fin du monde approche.  Le 21 décembre 2012, l’humanité pourrait bien disparaître. Cette croyance, insidieusement, s’est infiltrée au fil des mois dans nos esprits et même si la plupart d’entre nous fait mine d’en rire, je suis sûre qu’ à la veille de la date fatidique certains auront cette pensée furtive : et si il n’y avait pas de demain ? Et si tout devait effectivement brutalement s’arrêter ? Cette question a de quoi effrayer et je conçois que peu de personnes souhaite se la poser, car elle bouscule notre petit confort intérieur.

Personnellement, si le monde devait disparaître demain, je ne pleurerais pas sur son sort.

A première vue, l’état actuel de la planète en 2012 n’inspire rien de bon.

La guerre brise des vies au Moyen-Orient, la Syrie est à feu et à sang, les israéliens et les palestiniens n’en finissent pas de se déchirer. Les révolutions arabes ont rallumé la flamme de l’espoir dans des pays oppressés par de terrifiants dictateurs et le combat entre la lumière et l’ombre est loin d’être terminé en Egypte ou en Tunisie. L’obscurantisme plane comme un mauvais esprit au-dessus des âmes qui se sont laissées piéger par la peur.

La pollution a rendu malade la terre. Elle se nettoie violemment. Les tornades et les tempêtes s’abattent ici et là à chacun de ses hoquets. Les taux de cancer n’ont jamais été aussi élevé dans nos pays occidentaux, mais des industriels de l’agro-alimentaire continuent de déverser leurs produits toxiques en contestant énergiquement tout lien de cause à effet.

Nos journaux télévisés ont déjà oubliés Fukushima et la plus grande catastrophe nucléaire de tous les temps car ils ont bien trop à faire avec  la guerre atomique qui a fait explosé  l’UMP. Cet épisode de la vie politique française en dit d’ailleurs long sur le motivations qui animent certains élus de la République : ils sont prêts à tout pour le pouvoir.  La politique est devenue un grand jeu télévisé. La communication et la stratégie priment sur les idées.  Il n’y a plus guère de différence entre la télé-réalité et la real-politik.

Le chômage s’est installé en Europe et dans le même temps en France des personnes se suicident sur leur lieu de travail. Les travailleurs pauvres sont devenus une catégorie sociale à part entière. On dit aux jeunes qu’il n’ont pas assez d’expérience et aux vieux qu’ils coûtent trop chers. Aujourd’hui pour décrocher un emploi, mieux vaut déjà en avoir un.

Allez donc trouver du sens à tout cela. Il y a de quoi être perdu.

" Révolution du jasmin" de Abbes Boukhobza

 » Révolution du jasmin » de Abbes Boukhobza

Les religions divisent les hommes, chacune défendant sa vérité qui est forcément supérieure aux autres. Dieu a pris le visage d’un vieil homme pas commode qui juge et condamne ceux qui s’écarteraient de la vérité biblique, promettant le paradis à ceux qui se sacrifient pour lui et l’enfer à ceux qui décideraient juste de vivre la vie qu’ils désirent. Tout cela aussi n’a à mes yeux aucun sens.

Si le monde que je viens de décrire doit disparaître, alors je suis prête pour l’apocalypse.

Ce monde est traversé de tant de contradictions, de tant de vents contraires, qu’assurément, il ne peut nous mener nulle part. Si l’alignement des planètes doit se faire le 21 décembre, alors je prie pour que la Terre soit aspirée dans un trou noir. Black-out instantané pour tout le monde. Amnésie générale. On débranche tout et on rallume la lumière. On efface toutes les données et les virus qui ont court-circuité  la machine humaine depuis 26000 ans et le 21 décembre à minuit, on relance un nouveau programme. C’est ce qui pourrait arriver de mieux.

Si ce monde devait disparaître, alors je me demanderais plutôt ce que je ferais de ma dernière nuit de vie sur la planète Terre. Elle est intéressante cette question. Que feriez-vous si vous saviez que vous alliez mourir demain ? Qu’est ce qui serait le plus important ? De quoi auriez-vous envie de profiter une derrière fois avant de quitter les lieux ?

Imaginez. Pensez à tout ce que vous avez voulu faire dans votre vie et que vous avez remis à plus tard. A cause de l’argent, à cause du travail, à cause de toutes ces barrières qui nous entravent.

Continuons sur notre lancée et imaginons encore. Avec qui seriez-vous ? Que feriez- vous de ces dernières heures ? Avec qui auriez-vous envie de faire la paix ? Qui auriez-vous envie de serrer une dernière fois dans vos bras ?

Personnellement, pour cette ultime nuit,  je crois que je me contenterais d’une veillée sous un ciel étoilé. Emmitouflée dans une confortable couette, je regarderais les étoiles , un verre de champagne à la main. A mes côtés, il y aurait tout ceux que j’aime. On ferait un feu et cela nous réchaufferait. On se raconterait des histoires pour avoir moins peur. On se dirait combien on s’aime. Combien on a été heureux de se connaître dans cette vie. Je ferais la paix avec le passé, qui ne peut être changé. Je ferais une croix sur un futur qui  n’existe de toute façon pas encore. Je serais alors obligée juste d’être là, présente, aimante, sereine. Je fermerais les yeux après avoir regardé une derrière fois l’immensité du ciel et ses milliers d’étoiles. Je savourerais chaque bulle de champagne qui viendrait s’échouer sous mon palais. Et j’attendrais la fin du monde. La fin des guerres, la fin de la souffrance, la fin de l’absurdité d’une humanité qui a oublié de vivre en harmonie avec la nature, qui a oublié jusqu’à sa raison d ‘exister.

J’ai beau être optimiste. Je ne crois pas à cette version de l’histoire. Trop romantique. Il y a de fortes chances pour que nous soyons malheureusement tous bien vivants  au matin du 22 décembre. Et il est fort probable que nous ayons tous un peu la gueule de bois. Et pas uniquement à cause du champagne. Car évidemment le monde ne va pas disparaître du jour au lendemain. Ce serait trop facile.

Malgré tout cette échéance nous interroge tous, intérieurement. La question essentielle à mon sens est la suivante : qu’est ce qui est vraiment important pour moi ici et maintenant ? Qu’est ce qui fait que je me sens vivant ? Qu’est ce qui est essentiel ?

Si je réponds honnêtement à cette question voilà ce qui me vient : l’amour, la paix, la beauté, le partage, le rire, le plaisir de déguster des plats savoureux, de cueillir une pomme croquante et acidulée à l’automne et de manger des fraises juteuses et sucrées en été, le bonheur de marcher dans la forêt  avec les enfants, la joie de se sentir utile, d’offrir au monde le meilleur de soi, la solidarité dans les moments difficiles, la satisfaction d’apprendre de nouvelles choses, d’entrer en communication avec les autres, la collaboration, la découverte, le voyage, l’amitié, l’authenticité, l’art et tant d’autres choses encore, qui sont essentielles et qui font qu’on se sent heureux de vivre sur cette planète et qu’on se sent réellement vivant.

A force de regarder les infos, on a fini par oublier de penser à tout cela.

Où se cache la vérité dans un monde dénué de sens ? A l’intérieur de nous-même. A chaque fois qu’un être humain, sourit, aime, prie, espère, s’ouvre, se transforme il met de la lumière là où il n’y avait que les ténèbres de l’ignorance, de la haine, de l’intolérance, de la domination, de la souffrance.

Le monde n’est peut-être que le miroir de nos pensées et de nos émotions. Si c’est le cas, il ne tient peut-être qu’à nous de changer de rêve.

Si nous pouvions changer notre façon de voir le monde, de le vivre, de le ressentir, en nous connectant à l’essentiel, à notre propre vérité, celle qui se révèle lorsque nous sommes à la fin du film, au moment où le dénouement approche, au moment où les masques tombent alors peut-être pourrions-nous enfin devenir non plus les simples acteurs, mais bien les scénaristes et les réalisateurs de notre vie. Et ainsi écrire une nouvelle histoire.

Pour créer une oeuvre d’art, il faut juste avoir beaucoup d’imagination. Alors pourquoi ne pas imaginer le meilleur ? Le meilleur pour soi d’abord. Puisque ce monde est absurde pourquoi ne pas en rire ? Puisque rien n’a de sens et que personne n’est à l’abri du chômage ou d’une catastrophe naturelle pourquoi ne pas décider de suivre sa propre voie. Pour se sentir enfin réellement vivant.

Personnellement, j’ai bien l’intention de partager encore avec vous de belles rencontres et de nouveaux témoignages de personnes qui se sont engagées vers cette transformation intérieure et qui ont commencé ainsi à changer leur vision du monde. Des personnes inspirantes et positives qui nous prouvent qu’au milieu de ce chaos, il est possible d’être soi sans peur d’être jugé, qu’il est possible d’aimer et d’être aimé, qu’il est possible de se réaliser, de changer, de surmonter les épreuves, de trouver le courage, de réussir l’impossible. Il y a en ce monde des milliers d’exemples et je compte bien les mettre en valeur sur ce blog.

Finalement du coup, vu comme ça, ce monde là je n’ai pas envie de le voir disparaître. J’ai envie de le voir naître.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

« Sans imagination, il ne pourrait y avoir création. »  

Albert Jacquard

 

imagine

Liens pour aller plus loin :

Le 21 décembre 2012. Ce qu’en disent les Mayas !!!

Un livre : Petit traité de l’abandon

 »

Alexandre Jollien est un philosophe qui me parle. Tout simplement car sa quête de vérité s’inscrit dans la matière. Elle est nourrie par sa propre expérience. Handicapé de naissance, Alexandre Jollien a passé 17 ans dans une institution spécialisée, ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre de brillantes études de philosophie à l’Université de Fribourg en Suisse et de collectionner les prix littéraires en France. Son premier ouvrage Éloge de la faiblesse paru en 1999 a obtenu le prix Mottart de l’Académie française et le prix Montyon 2000 de littérature et de philosophie. Une reconnaissance qui ne pèse pourtant pas lourd face aux regards moqueurs qu’il continue de croiser dans la rue. Dans son dernier ouvrage Petit Traité de l’abandon, Alexandre Jollien, nous parle de ce corps physique douloureux, dont il ne maîtrise pas les gestes. Il y évoque ses blessures qui se reflètent dans le regard des autres. Il partage  ses moments de  colère et de désespoir. Loin d’être une plainte, ce livre est plutôt une invitation à le suivre dans son voyage intérieur. Il y partage ses avancées sur le chemin du lâcher -prise avec une sincérité bouleversante. Il nous guide sur la voie du détachement et nous propose « d’oser la non-lutte ». Mais attention. La route qui  le mène à l’abandon est bordée de pièges : le manque, l’ego, la peur. Alexandre Jollien nous raconte comment en explorant les ténèbres, il a découvert la lumière du dépouillement, de la gratitude et de l’humilité. L’abandon permet d’accepter ce qui est dans l’instant présent. Alexandre Jollien parle d’acceptation et non de résignation. Il nous invite à accueillir nos émotions, sans les juger. Pour lui c’est cela l’héroïsme, « c’est goûter à fond le réel « . Il nous propose de vivre dans le flux de la vie et non à contre-courant. Et cela demande de la détermination et du courage. Le courage d’avancer chaque jour vers la paix intérieure pas à pas, en se demandant comment être dans la joie ici et maintenant. Dans cet ouvrage, le philosophe nous révèle qu’il est possible de vivre avec ses blessures si on est déterminé à avancer vers le soi véritable : cette partie de nous-même qui est libérée des projections, des attentes et des peurs et qui n’attend qu’une chose : sortir de l’ombre. Alexandre Jollien est une sorte d’éclaireur. La vie l’a poussé avec violence sur le chemin de l’exploration intérieure. Son témoignage est précieux et nous enseigne l’essentiel. N’hésitez plus. Si vous avez perdu le contact avec votre coeur. Ce livre sera votre GPS.

Petit traité de l’abandon Alexandre Jollien
Editions du Seuil 14,50 euros

L’école de demain est à inventer !

Gabriel Michel est maître de conférences à l’Université de Lorraine à Metz située dans l’est de la France, à 50 km à peine de l’Allemagne. Diplômé de psychologie cognitive et d’informatique il travaille au sein du laboratoire de recherche Interpsy  ETIC.  Il y étudie  au côté d’autres chercheurs les mécanismes de l’apprentissage, de la perception, de l’attention et de la communication. A l’heure où le décrochage scolaire en France inquiète l’OCDE, Gabriel Michel nous éclaire sur les méthodes éducatives qui fonctionnent et partage avec nous le fruit de près de 10 années de recherche autour du thème de la transmission des savoirs. Pour lui, l’enfant doit revenir au coeur du système éducatif  français. Rencontre avec un humaniste optimiste!

« L’ignorant n’est pas celui qui manque d’érudition mais celui qui ne se connaît pas lui-même »

Jiddu Krishnamurti, philosophe indien ( 1895-1986 )

 

On apprend mieux  en collaborant !

 » Un prof arrive dans sa classe et dit Bonjour à ses élèves. Dans les pays nordiques , les élèves répondent Bonjour sur le même ton que le prof. En Angleterre, ils répondent Bonjour Monsieur. En France ils ouvrent leurs cahiers et ils écrivent Bonjour ». La plaisanterie est lancée sur un ton goguenard, mais elle en dit long sur le sentiment de Gabriel à propos du système éducatif français.  Depuis de nombreuses années cet enseignant étudie sous tous les angles possibles les mécanismes de l’apprentissage.  Pour examiner ce vaste sujet il s’est entouré de collègues psychologues, ergonomes,  informaticiens, ingénieurs et de spécialistes en sciences  humaines. » Dans ce laboratoire nous essayons de trouver de nouveaux modèles pour mieux comprendre les comportements humains« , explique-t-il. Comment  transmettre les savoirs ? Quelles sont les pédagogies qui fonctionnent ? Voilà le genre de questions que se posent les membres de cette équipe pluridisciplinaire. Au moment où le gouvernement français lance une vaste consultation sur l’avenir de l’école, leurs observations ne sont pas sans intérêt.

Pour Gabriel Michel les données récoltées ces dernières années ont le mérite d’être claires. La qualité de l’apprentissage est indissociable d’une bonne relation entre un maître et ses élèves. La transmission d’un savoir passe forcément par un échange. En France cet échange est bâti sur un modèle qui met l’enseignant au coeur du système.  » On considère l’enseignant comme celui qui sait et qui offre son savoir à des élèves priés d’intégrer des connaissances. Dans notre pays, les enseignants ont peu de temps à consacrer individuellement à chaque élève. Le savoir est donc transmis de manière globale or de récentes recherches  ont démontré que cette façon de procéder n’est pas très pertinente » , relève Gabriel Michel.  » On sait que l’apprentissage collaboratif est plus efficace. Prenez deux classes, par exemple.  La première est une classe avec un apprentissage dit frontal c’est -à -dire avec un schéma classique maître-élèves et une autre classe où l’on privilégie un apprentissage collaboratif, c’est-à-dire un apprentissage co-construit entre les élèves et entre le professeur et les élèves. Et bien,  les résulats d’un point de vue expérimental montrent que les enfants de la classe collaborative savent plus de choses que les enfants de la classe classique et s’en souviennent plus longtemps« , précise le maître de conférences.

La transmission d’un savoir serait ainsi plus efficace lorsqu’elle est enrichie par un échange constructif . « Lorsque vous avez une idée en tête, tant que vous ne l’évoquez pas oralement devant d’autres, ou que vous le n’écrivez pas , elle reste incomplète », détaille le chercheur. » On doit préciser les choses , aller dans les détails car transmettre un savoir , c’est aussi se confronter à l’autre . C’est cet échange qui fait avancer, parce que cet échange enrichit et affine les connaissances que l’on souhaite faire passer ».

Au sein d’une classe collaborative, les enfants découvrent eux-même les exercices. Ceux qui comprennent plus vite sont chargés d’expliquer ce qu’ils ont compris aux autres. Ils choisissent les sujets  qu’ils souhaitent aborder en classe et avancent à leur rythme. C’est exactement ce que propose  des écoles alternatives comme les écoles Montessori ou Freinet. Ces établissements privilégient l’autonomie  et stimule le désir d’apprendre des élèves. En France ces écoles, toujours privées, restent encore confidentielles.

« L’éducation devient de la plus grande importance. L’éducation n’étant pas simplement l’acquisition de connaissance technique, mais la compréhension, avec sensibilité et intelligence, du problème global de vivre – dans lequel est inclus la mort, l’amour, le sexe, la méditation, la relation, et aussi le conflit, la colère, la brutalité et tout le reste – ce qui est la structure de l’existence humaine dans son ensemble »

Jiddu Krishnamurti

Et si l’école enseignait la connaissance de soi ?

Gabriel Michel m’explique que les résultats des chercheurs actuels sur les classes collaboratives ne font que valider les idées diffusées au  siècle dernier par le grand philosophe et pédagogue indien Jiddu Krishanmurti ( 1895- 1986). Il s’agit du  philosophe contemporain le plus connu en Inde.  Il est primordial selon ce philosophe  de stimuler la créativité des enfants car c’est la meilleure façon de favoriser l’émergence d’esprits libres et ouverts sur le monde.

Les 3 principes défendus dans son livre Réponses sur l’éducation sont les suivants :

1) L’éducation sert à trouver son chemin dans la vie

2) L’éducation, c’est l’apprentissage de la connaissance de soi

3) L’éducation doit être fondée sur le  plaisir d’apprendre et non sur  la peur du châtiment ou de la punition

En 1952, il s’adresse à de jeunes enfants en Inde en leur disant ceci : « L’éducation vraie devrait vous aider à être si intelligent qu’avec cette intelligence vous puissiez choisir un travail que vous aimez, quand bien même ne suffirait-il pas à vous nourrir, mais à ne pas faire quelque chose de stupide qui vous rendrait malheureux pour le reste de votre vie. »

Une philosophie qui semble bien éloignée de notre système éducatif, obsédé par les évaluations, les résultats et la compétition. L’école sert à décrocher un diplôme, ultime sésame destiné à obtenir un emploi rémunérateur. Au sein de notre culture matérialiste, la performance, le résultat, la compilation de connaissances sont mieux valorisées que la curiosité, les ressources personnelles ou la créativité. Mais ces diplômes nous permettent-ils pour autant de devenir des êtres humains accomplis et de trouver notre  place dans le monde ? Sommes-nous plus heureux lorsque nous accumulons les connaissances théoriques ? A quoi donc peut bien servir tout ce savoir ? Nous aide-t-il vraiment à nous sentir utile dans un travail épanouissant ?

 

Gabriel Michel  est depuis plusieurs années responsable d’un cursus franco-allemand à l’Université de Lorraine. Il explique qu’à chaque rentrée , il est abasourdi de constater le gouffre qui sépare les étudiants français et allemands.  « Vous connaissez  la différence entre étudiant français et allemand ? L’étudiant français est un étudiant, l’étudiant allemand est une personne » . Derrière cette boutade se cache un constat :  » Après le lycée un  jeune allemand sur deux  décide de voyager pendant un an. Il fait des stages de langues dans des pays étrangers ou alors il s’engage dans des associations pour savoir ce qu’il veut faire. En France, dès la seconde un lycéen doit se positionner. La Fac ou les Grandes écoles. Il faut être productif et performant. On conseille aux jeunes  de ne surtout pas prendre de break. Résultat tout le monde a peur. Les étudiants se battent pour rentrer dans le moule. C’est ainsi que l’on fabrique des étudiants soumis.  Voyager, c’est aussi s’ouvrir au monde et développer son esprit critique. Et visiblement la société française ne favorise pas cela » , développe Gabriel Michel.

Un autre système éducatif est-il possible ?

Longtemps vanté comme l’un des meilleurs au monde , le système éducatif français peine actuellement à réduire la fracture sociale. Selon le dernier rapport de l’OCDE sur l’éducation en Europe, les jeunes adultes dont les parents ne sont pas diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire ont toujours moins de chance de suivre des études supérieures. Pour Gabriel Michel, c’est bien la preuve que notre pays n’innove pas suffisamment :  » On est toujours au 18ème siècle. La classe dirigeante a intérêt à conserver le système actuel car il reproduit les inégalités sociales. Nous vivons ,comme le disait le sociologue Pierre Bourdieu, dans une société de caste. L’élite essaie de garder son capital social. On voit bien que si le système éducatif français était plus efficace, ça voudrait dire que les enfants défavorisés accèderaient plus facilement aux postes de pouvoir. »

Pourtant, certaines expériences ont démontré que le recrutement de jeunes issus de milieux sociaux dits « défavorisés » donnaient de bons résultats.  » A l’Université de Lorraine, nous avons créé un cursus avec obligation de recruter 50 pour cent de boursiers. La moitié des élèves était allemande, l’autre moitié française. Nous avons construit un programme où chaque étudiant passe obligatoirement  6 mois à l’étranger et anime des cours.  Les résultats ont été très prometteurs : de nombreux jeunes ont ensuite monté leur entreprise. L’un de ces étudiants est devenu le webmaster de Greenpeace à Amsterdam, un autre a ouvert une start up en Inde autour de l’apprentissage des langues », explique l’enseignant.

A l’heure où le nouveau gouvernement français affirme vouloir faire évoluer l’école, il serait peut-être temps que les spécialistes de la pédagogie et de l’apprentissage soient enfin entendus. On connaît la lourdeur de l’éducation nationale, ce « Mamouth » que certains jugent impossible à réformer. Pour Gabriel Michel, s’attaquer au système ne servirait à rien. Il faudrait  plutôt selon lui, le changer de l’intérieur. Philippe Meirieu, l’un des spécialistes français des sciences de l’éducation, professeur à l’Université Lumière de Lyon ne dit pas autre chose sur son site internet :  » Il est important que les militants pédagogiques s’inscrivent dans des réseaux et communiquent entre eux« , écrit-il. Cela signifie que les enseignants doivent s’entraider, échanger et se rassembler autour de valeurs communes pour innover et créer l’école de demain.

Le réseau européen COMENIUS propose déjà de fédérer les enseignants et les éducateurs de toute l’Europe. Ce projet a pour but d’étudier les meilleures pratiques pédagogiques. L’objectif  est de vraiment généraliser ce que l’on fait de mieux en matière d’éducation à tous les pays de la communauté européenne. L’idée serait ensuite de diffuser gratuitement des vidéos comprenant à la fois des outils théoriques et des études de cas sur internet, afin que chaque  enseignant qui le souhaite puisse accéder à une formation continue enrichie par les expériences de leurs collègues européens. Le projet prévoit également d’envoyer des enseignants français dans des écoles pilotes, dans des pays comme la Finlande, connus pour l’ efficacité de leur école publique.  Pour Gabriel Michel le salut éducatif de la France passera peut-être par des décisions à l’échelle européenne. Contrairement à certains de ses collègues il a décidé de ne pas céder au pessimisme ambiant. Il ose dire qu’il est confiant pour l’avenir ! Alors pourquoi ne pas commencer à y croire ?

Rêvons de cette école du future. C’est sans doute la meilleure façon de commencer à la construire !

Je vous suggère la lecture de ce livre : On achève bien les élèves de Peter Gumbel. Edifiant !

Liens utiles :

Regards sur l’éducation 2012 : l’étude de l’OCDE

L’éducation selon Jiddu Krishnamurti

L’histoire de la pédagogie

Le réseau européen COMINUS sur les meilleures pratiques pédagogiques 

L’école finlandaise un exemple pour la France ?