De la guerre… à la paix intérieure !

Spencer Biegel

Spencer Biegel a 31 ans.  Ce vétéran américain s’est engagé chez les marines à l’âge de 18 ans, il a servi plusieurs fois en Irak . La guerre a failli le détruire.  Comme de nombreux soldats à travers le monde  il a été victime à son retour des combats d’un syndrôme de stress post-traumatique.  Il a connu l’enfer de la dépression, de l’alcoolisme et des cauchemars nocturnes.

La méditation zen l’a sauvé de ce piège de souffrances. Spencer Biegel a quitté l’armée en avril 2012.  Il vit aujourd’hui dans l’état de Hawaï et donne des conférences à travers les Etats-Unis. Il y partage son parcours et le chemin qui l’a mené à la paix intérieure.

Il est aujourd’hui le co-fondateur d’un programme de prévention à but non lucratif destiné aux anciens combattants souffrants du syndrôme de stress post – traumatique.

Il a créé le blog http://riversflownewmexico.wordpress.com/ afin d’aider les vétérans américains à soulager les souffrances psychologiques liées à la  guerre grâce à l’utilisation de la méditation contemplative.

J’ai découvert Spencer grâce à Paul un blogueur canadien. Interpellée par son histoire, j’ai voulu en savoir plus. Très gentiment, Spencer Biegel a bien voulu répondre à mes questions et je l’en remercie.

« La guerre n’est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus. »
Antoine de Saint-Exupéry   extrait de Pilote de guerre

Bonjour Spencer. Peux-tu nous parler de ton parcours. Comment as-tu décidé de rejoindre l’armée ?

-Je suis né et j’ai grandi à Albany dans l’Oregon. Quand j’avais 18 ans, je rêvais d’étudier aux Beaux-Arts. J’étais très intéressé par le dadaïsme et le surréalisme primitif.  J’avais été accepté à divers instituts d’art, y compris à la Rhode Island School of Art and Design. J’avais 18 ans et j’étais cependant incroyablement impulsif. Je me disais que je n’allais pas réussir dans le monde de l’art sans avoir eu une « réelle »  expérience de la vie. J’avais besoin de trouver mon chemin. J’ai donc décidé de suivre l’exemple de mon grand-oncle qui avait été  marine durant la guerre de Corée. Il a toujours émané de lui une véritable compassion et il y avait un mystère en lui que je voulais comprendre. A mes yeux,  le Corps des Marines était également très mystérieux. Je savais que c’était une force de combat d’élite, mais je ne savais pas vraiment ce que cela signifiait. Je me suis engagé sans savoir vraiment ce que cela impliquerait, c’était en 1999.

J’ai fait deux déploiements en Irak. Le  premier a eu lieu en 2004 et le deuxième entre 2005 et 2006. Je venais de me réengager  en 2003 pour pouvoir combattre dans l’opération Iraqi Freedom. Je me sentais comme un athlète professionnel  surentraîné qui avait été jusqu’à maintenant forcé de rester sur le banc de touche. Je voulais mettre ma formation et mon dévouement au service de ceux qui se battaient déjà. Les Marines m’ont dit : « Fait attention à ce que tu souhaites« . Je comprends vraiment ces mots aujourd’hui.

Que s’est-il  passé durant ton déploiement en Irak ?

-Ce qui s’est passé pendant mes deux déploiements en Irak pourrait probablement remplir un livre. La première fois, je faisais partie de la Cie Alpha, au sein du premier bataillon de blindés légers.  Je commandais un véhicule de reconnaissance. J’aimais mon travail. Et puis il y a eu cette fusillade. Des explosions. Je m’en suis sorti indemne.

Au  retour de ce premier déploiement pourtant, j’ai commencé à avoir des absences. J’avais oublié que j’avais un deuxième enfant par exemple. Je ne buvais pas et pourtant  j’ai commencé à boire. Je ne savais pas que j’avais un problème. J’ai fini par ingurgiter jusqu’à 1 litre de rhum par nuit. Je dormais peu. J’étais une pile électrique et j’essayais de compenser en courant plusieurs km par jour.

Je suis malgré cela reparti pour une seconde opération.  J’étais très motivé. Nous avions  organisé un raid au milieu de nulle part en Irak. On avait pour mission de prendre un immeuble qui était aux mains de nos ennemis. C’était une mini forteresse. Il y a eu de violents échanges de tirs. Peu importe combien de fois on tirait, nos adversaires ne mourraient pas. On a réalisé qu’ils étaient sous endorphines.  Ils continuaient à tirer même avec des bras arrachés. J’avais l’impression de me battre contre des zombies. On a perdu plusieurs marines. C’était le chaos. Des corps déchiquetés partout. Des amis morts. Tout cela m’a  alors rempli de haine. Et puis un peu plus tard j’ai été envoyé à Arutbah, mon véhicule a heurté un engin explosif. Je m’en suis sorti encore une fois. J’ai découvert plus tard que j’avais eu une commotion cérébrale assez grave. Sur le moment je n’avais pourtant rien senti. Je n’avais pas réalisé à quel point mon psychisme avait été touché par tout ce que j’avais vécu. Tout simplement parce que au quotidien un soldat est entraîné à tuer. C’est ancré dans nos corps et nos esprits.

Que s’est-il passé à ton retour ?

-Une fois de retour de la zone de combat, j’ai continué mes entraînements dans une base américaine, en Californie à Camp Pendleton. Et puis il y a eu cette banale blessure au genou qui  m’a cloué à la maison. Impossible de courir, de me dépenser et donc de libérer des endorphines dans mon corps pour me soulager. C’est à partir de ce moment  là que mes troubles sont apparus.

Je revoyais les personnes que nous avions tué en Irak. Ils entraient dans ma chambre la nuit et chuchotaient  à mon oreille. J’entendais des sons de transmission radio. Ce qui était très étrange. Je revoyais inlassablement les images de mes amis tués au combat. Je perdais le contrôle.  J’ai alors recommencé à boire. Beaucoup. J’ai finalement demandé de l’aide. Je suis allé voir un conseiller familial, car ça n’allait plus de tout avec ma femme. L’armée m’a envoyé voir un psychiatre et  j’ai suivi une thérapie  EMDR. Cela a été un premier pas vers la guérison. Cela m’a fait avancé.  Cela m’a aussi obligé à aller regarder profondément en moi. En même temps cela m’a remué. Malgré toutes les thérapies il y a eu un moment où je voulais mourir. J’étais au fond du trou. C’est à ce moment là que j’ai découvert la méditation zazen. J’ai eu besoin de savoir quel était mon but dans cette vie et qui j’étais vraiment .

-Comment la pratique du zazen t’a-t-elle aidée à guérir tes traumatismes ?

-Je crois qu’on peut guérir si on a vraiment envie de vivre. J’avais des raisons de vivre, mais je ne les voyais plus. J’ai passé des heures à méditer et ce n’était pas facile. Quand j’ai compris que la douleur que je ressentais venait de l’intérieur, la méditation m’a aidé à remettre en question la vie et la mort et à faire face aux images et aux souvenirs de la guerre. Le zazen m’a aussi aidé à trouver de la compassion et de la paix. La paix a toujours été présente mais elle était recouverte par mes peurs et mon chaos interne. Faire du zazen m’a mis face à tout et le fait encore. Je pense que la méditation me purge de la douleur, de la peur et de l’agitation qui s’est accumulée en moi toute ma vie.

La pratique du zazen met l’accent sur la respiration profonde.  Elle nous demande de nous concentrer sur le souffle prolongé. Le Sus’sokan est la technique de respiration qui m’a aidé le plus dans mon processus de guérison. En se concentrant sur la respiration prolongée, l’esprit ne peut aller nulle part ailleurs. Cela nécessite une attention rigoureuse et une mise au point qui ne laisse aucun espace pour analyser ou pour réfléchir sur les problèmes, les souvenirs, le futur, ou n’importe quoi d’autre. Les pensées ne disparaissent pas. Il n’y a tout simplement plus d’énergie projetée vers elles. Le Zazen demande beaucoup de pratique. Une pratique qui ne coûte pas d’argent. Toute personne, indépendamment de sa foi ou de ses croyances peut la suivre. Aujourd’hui , j’ai été ordonné moine bouddhiste Zen Rinzai, mais je rassure tout le monde, ce n’est pas une obligation !

-En quoi ces expériences ont-elles changé ta vie ?

-A l’heure actuelle, je crois que je n’aurai jamais découvert le sens profond du mot compassion, si je n’avais pas traversé ces terribles moments. Les épreuves que j’ai traversé durant les combats m’ont obligé à me questionner sur le sens de la vie et de la mort. J’ai aujourd’hui trouvé une grande paix en moi-même et avec tout ce qui m’entoure. A présent, j’ai envie d’aider les autres.  J’ai décidé de partager mes découvertes avec d’autres anciens combattants qui souffrent. Les suicides au sein de l’armée américaine ne cessent d’augmenter. 293 en 2011. 237 en 2012 et l’année n’est pas terminée. C’est un chiffre record. Il est urgent d’agir. C’est aussi pour cela que j’ai créé une association.

-Est-il possible de guérir définitivement les traumatismes de la guerre ?

-Je crois vraiment qu’un ancien combattant peut guérir du traumatisme de la guerre. Toutefois, il doit d’abord y croire. Si on est coincé dans le passé, on laisse les expériences traumatisantes prendre le contrôle sur tous les aspects de notre vie. Je ne dis pas que les souvenirs douloureux doivent être oubliés. Je dis qu’il est important d’accepter ce qui est arrivé. Nous ne pouvons pas changer le passé, mais on peut vivre avec lui. Une fois qu’on a accepté cela, on peut vraiment commencer à guérir. Ceci est mon avis bien sûr et c’est ce qui a fonctionné pour moi. Où sont mes données et mes preuves scientifiques ? Juste ici, avec moi. C’est moi.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur  la guerre ?

-La guerre provoque des douleurs et le chaos depuis des générations. Elle bouscule ceux qui la font et leurs familles. Lorsque la haine et la douleur deviennent si fortes, comment voulez-vous mettre un terme à cela ? L’avidité, la colère et l’illusion créent la  guerre. Nous devons combattre cela à l’intérieur de nous-même afin de changer nos perspectives en tant qu’êtres humains. Nous devons aller au delà de la peur et au -delà  de nos différences religieuses et culturelles. Nous devons ressentir de la compassion envers un étranger, le même type de compassion que nous attendons de notre propre mère. Bien sûr je pense aussi à tous mes amis qui sont encore déployés en Afghanistan et en Irak. Ces guerres ne sont pas toutes noires ou toutes blanches. La zone grise est extrême.  Nous devons toutefois jeter un regard critique sur les choix politiques qui conduisent à la guerre et regarder attentivement quelles sont les motivations et les raisons qui nous poussent à envoyer des soldats dans des zones de combat. Personnellement, je serai ravi de voir ces guerres se terminer.

Aujourd’hui quelle est ta philosophie de vie ?

-Ma philosophie de vie aujourd’hui me conduit à me poser cette question : « Est-ce que ce que je fais peut faire du mal à moi-même ou à quelqu’un d’autre  mentalement, physiquement, émotionnellement ou spirituellement ? « Si c’est le cas, alors je ne dois pas prendre part à cette action. Si tout le monde se pose cette question au moins une fois par jour, alors peut-être que les choses iraient  mieux dans le monde. Peut-être que si les gens se souciaient de leurs propres besoins en réalisant que nous sommes tous dans le même bateau, le monde se porterait beaucoup mieux. Nous sommes tous des Homo-Sapiens. Nous sommes liés pour le meilleur ou pour le pire.

Liens pour aller plus loin :

Le blog de Spencer Biegel

Une vidéo pour découvrir la méditation zazen

Les soldats français et les blessures psychologiques de la guerre en Afghanistan

Les bienfaits de la méditation!

On connaissait les flashmob, ces chorégraphies improvisées dans des lieux publics ! Voici à présent venu le temps des medmob !

Depuis un an ces méditations collectives organisées dans des parcs, via les réseaux sociaux, ont fleuri un peu partout sur la planète : aux Etats-Unis, en passant par le Brésil, la France, la Grande-Bretagne, l’Australie, l’Inde et même la Jordanie! Ces medmob ont déjà eu lieu dans près de 300 villes du globe et le mouvement prend de l’ampleur.

L’objectif ?

Réunir des gens de tous horizons pour un partage silencieux d’une heure  dans des zones d’affluence, afin de promouvoir la méditation comme moyen de découverte de Soi. Ce mouvement est indépendant de toute organisation religieuse. Chaque méditation collective est destinée à envoyer des intentions positives dans ce monde et pas besoin d’être moine bouddhiste pour y participer!

La méditation : une folie New-Age ?

Cette affirmation serait tout simplement un préjugé de plus!

Aujourd’hui des psychologues, des médecins utilisent des techniques de méditation pour accompagner leurs patients vers la guérison.

Les scientifiques ont démontré que la méditation modifiait  l’organisation de notre cerveau. Une pratique régulière favoriserait la concentration et améliorerait la stabilité émotionnelle. La méditation permettrait également de soulager l’anxiété et la dépression.

Une étude publiée l’année dernière dans la revue Social Cognitive and Affective Neuroscience Advance Access  par Véronique Taylor chercheuse en psychologie à  l’Université de Montréal  révèle que la méditation aurait une influence sur le réseau cérébral au repos de personnes ayant une longue expérience de cette pratique. Les adeptes de la méditation de pleine conscience apprennent en effet  à accueillir les sensations, les émotions et les pensées sans leur résister ni les juger. Ils cherchent simplement à être dans le moment présent.

Les chercheurs ont étudié grâce à l’imagerie cérébrale le cerveau de 13 adeptes de méditation ayant plus de 1000 heures d’entrainement et celui de 11 débutants.

Ces analyses ont permis aux chercheurs de repérer le réseau cérébral par défaut des sujets, c’est-à-dire un ensemble de régions s’activant au repos, lorsque la personne n’effectue aucune activité particulière. Le réseau par défaut est associé à la rêverie, aux pensées relatives à soi quand nous ne faisons « rien ». Selon l’hypothèse des chercheurs, le réseau cérébral par défaut des adeptes de la méditation serait structuré autrement car ces individus sont habitués à être dans le moment présent et leurs pensées ne partent donc pas dans tous les sens lorsqu’ils sont au repos.

Comment ça marche la méditation?

La méditation est centrée sur l’attention et la respiration. L’idée est de placer la conscience  sur les mouvements respiratoires. Au cours d’une méditation, cet exercice naturel se fait consciemment.Il ne s’agit pas de faire le vide, mais plutôt de laisser aller les pensées, les émotions, et  les sensations et de les observer,  de les accueillir pour mieux s’en détacher et ne plus s’identifier à elles.

Mathieu Ricard, le célèbre moine bouddhiste français en parle très bien:

Alors pourquoi ne pas tenter l’expérience?

Prochain medmob à Paris le 30 juin 2012  au Trocadéro  à partir de 15h

« Il n’est pas nécessaire de méditer au nom de Jésus, de Bouddha ou de qui que ce soit. Il suffit de méditer, tout simplement. Méditer. « 
 Yehudi Menuhin, violoniste américain


Liens utiles :

https://www.facebook.com/pages/MedMob-francophone/165812563480994?sk=info

http://www.mediter-pour-etre-heureux.com/

http://www.psychologies.com/Culture/Philosophie-et-spiritualite/Meditation/Articles-et-Dossiers/Mediter-le-meilleur-des-antistress