Les bienfaits de l’optimisme !

 « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit une opportunité dans chaque difficulté « .

Winston Churchill

Photographe : Isabelle Debraye

Photographe : Isabelle Debraye *

On l’appelle la  » science du bonheur »,  depuis une dizaine d’années la psychologie positive étudie les conditions et les processus qui contribuent à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des individus. Popularisée à la fin des années 90 par les travaux du chercheur américain Martin Seligman, cette discipline a beaucoup à nous apprendre car elle nous aide à comprendre scientifiquement ce qui nous rend heureux et ce qui favorise en nous le sentiment de bien-être.

Si ce sujet vous intéresse alors je vous invite à vous rendre au congrès francophone de psychologie positive qui se tiendra à l’Université de Metz du 21 au 22 novembre 2013. Ce congrès organisé à l’initiative du professeur en psychologie messin Cyril Tarquinio et de Charles-Martin Krumm,  président de l’association française et francophone de psychologie positive, réunira des chercheurs passionnants. Ils partageront leurs découvertes autour des thèmes de l’empathie, de l’éducation positive ou encore de l’optimisme. Le congrès est ouvert aux psychologues, aux thérapeutes et aux coachs mais aussi aux enseignants, aux éducateurs et à toutes personnes curieuses d’en savoir plus sur ces thématiques. Des conférences seront également proposées au grand public.

larevolutioninterieure.com étant partenaire de cet évènement, je partagerai avec vous dans les mois qui viennent mes rencontres avec les meilleurs spécialistes de la discipline. De beaux entretiens en perspective !

Pour vous faire patienter jusque là, je vous propose de découvrir l’un des organisateurs de ce congrès.

Charles-Martin Krumm, président de l'association française de psychologie positive

Charles-Martin Krumm, président de l’association française et francophone de psychologie positive

Le parcours de Charles-Martin Krumm est très inspirant. Cet ancien athlète de haut niveau,  a été membre de l’équipe de France junior d’aviron, avant d’enseigner l’éducation physique et sportive pendant 18 ans dans l’enseignement secondaire. Il s’intéresse depuis longtemps à la psychologie du sport. Il a d’ailleurs consacré une thèse à l’optimisme dans laquelle il a tenté de comprendre pourquoi certaines personnes étaient capables de rebondir après un échec dans le sport ou à l’école et d’autres non. Maître de conférences à l’Université de Rennes ( Bretagne ) en sciences et en psychologie du sport, Charles-Martin Krumm se passionne pour la psychologie positive depuis de nombreuses années et se rend régulièrement aux Etats-Unis et dans des congrès européens pour échanger avec les meilleurs spécialistes de la discipline. Rencontre avec un humaniste optimiste !

 » J’ai décidé d’être heureux, parce que c’est bon pour la santé  » Voltaire

  • Bonjour Charles-Martin Krumm. Comment l’optimisme est-il devenu un thème de recherche pour vous ? Qu’avez-vous découvert ?

-Initialement professeur d’éducation physique et sportive en collège et lycée, j’ai réalisé un travail de thèse reprenant des thématiques de terrain,  empruntées aux domaines de l’enseignement ou du sport. La question était de savoir  pourquoi certains individus étaient capables de rebondir après un échec alors que d’autres non.  Ce que les deux principales études de ma thèse ont montré sur les 1200 collégiens interrogés au cours de cette recherche, c’est que ceux qui avaient le meilleur niveau d’optimisme étaient moins anxieux et avaient plus de facilités à surmonter leur échec que les élèves pessimistes. Les optimistes avaient par ailleurs moins peur d’échouer et cette attitude leur a permis de rebondir plus facilement que les autres.  Le second volet de l’étude a montré que le fait d’avoir une vision optimiste du monde, permettait d’inhiber le fait de penser ne pas être bon dans un domaine particulier.  C’était intéressant de pouvoir mesurer cela scientifiquement car cela  nous aide à envisager de nouvelles réponses face à l’échec scolaire. Il y a bien une relation entre l’optimisme et la résilience et entre l’optimisme, la motivation et la performance.

  • Qu’est ce que la psychologie positive ? En quoi cette discipline est-elle différente des autres champs de la psychologie ?

-La psychologie positive est d’abord une science. En cela elle est différente de la simple « pensée positive « . Les chercheurs s’efforçent de mesurer et de comprendre les mécanismes qui mènent au sentiment de bonheur. Cette discipline est complémentaire des autres champs de la psychologie, car elle se focalise sur les aspects qui contribuent à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des personnes. C’est ce qui est novateur, car pendant longtemps la recherche en psychologie était centrée sur les pathologies, la souffrance psychique. Pour 21 études réalisées sur ce thème, une seule était consacrée au bien-être, à la joie et aux bienfaits des émotions positives . La psychologie positive permet de rééquilibrer la balance tout en gardant à l’esprit la prise en charge des troubles psychologiques.

  •  Que nous apprend cette discipline ? En quoi apporte-t-elle une autre vision du monde  ?

-Elle nous propose de focaliser notre attention sur nos forces et pas uniquement sur nos faiblesses. Elle nous aide aussi à comprendre les bienfaits qu’on peut tirer des bonnes choses qui nous arrivent dans la vie et que nous sommes parfois incapables de percevoir parce que nous sommes happés par  la négativité ambiante. En prenant conscience de cela nous ne sommes plus tournés vers  le passé et vers l’inconscient, mais vers l’instant présent et le futur.

  • Lors du congrès, une conférence sera organisée autour du thème de l’éducation. Que démontrent les dernières recherches en psychologie positive en lien avec l’éducation ?

-Des recherches récentes montrent qu’en développant le bien-être des élèves à l’école, nous pouvons les aider à progresser. Nous pouvons également leur enseigner à surmonter un échec, en les aidant par exemple à prendre conscience de leurs monologues intérieurs négatifs. On peut aussi les accompagner en leur proposant de se focaliser sur les solutions. Il existe différents programmes innovants dans ce domaine qui ont montré des résultats très encourageants. Des chercheurs comme Ilona Boniwell en Angleterre ou encore Michael Bernard en Australie, ont développé des programmes autour de l’éducation positive tout à fait intéressants. On constate que près de trois ans après la fin de ce type de programme on peut encore en mesurer les effets positifs sur les élèves.  En France, l’éducation positive pourrait répondre à un enjeu de santé publique, car une part importante de nos adolescents va mal.  Selon la dernière enquête PISA sur le bien-être des élèves à l’école, la France est à la traîne. De nombreux enfants et adolescents français traversent de plus en plus d’ épisodes dépressifs.  Le suicide est l’une des premières causes de mortalité des jeunes en France.  Par ailleurs plus généralement, les Français sont les premiers consommateurs au monde d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques. Une politique volontariste mise en œuvre tôt, dès l’enseignement primaire par exemple, aurait sûrement un impact sur le bien-être psychologique des adultes de demain.

  • En quoi la psychologie positive peut-elle nous aider au quotidien ?

– L’être humain semble s’habituer aux bonnes choses de l’existence. Il ne sait plus les reconnaître à leur juste valeur. La psychologie positive nous aide à prendre conscience de l’impact des émotions positives dans notre vie, mais elle peut aussi nous aider à mieux gérer les aléas de la vie. Elle nous enseigne qu’il est important de se focaliser sur nos réussites plutôt que sur nos échecs, elle peut aussi nous aider à interpréter différemment les évènements auxquels nous sommes régulièrement confrontés.

  •  Que faut-il retenir du fonctionnement humain vu sous l’angle de la psychologie positive ?

-Je dirai que l’être humain a longtemps fonctionné en réaction à des conditions environnementales difficiles. D’une certaine manière, c’est toujours le cas, puisque nos sociétés occidentales sont face à une crise économique que nous semblons avoir du mal à maîtriser. Je pense que l’être humain pourrait apprendre à rééquilibrer sa vision du monde qui l’entoure en regardant ce qu’il y a aussi de positif dans l’existence. A force de regarder les informations ( souvent négatives ) nous ne percevons  plus les belles choses autour de nous, qui existent pourtant.  De mon point de vue, il y a par exemple beaucoup plus de personnes dignes de confiance, gentilles, honnêtes que de personnes qui ne le sont pas. Pourtant, nous avons souvent une tendance à généraliser l’omniprésence “des méchants”.

  •  Comment voyez-vous l’avenir êtes -vous optimiste ?

-Je suis optimiste parce que je considère qu’il y a des solutions pour chacun à chaque niveau de la société. Certes il semble que nous n’ayons qu’un pouvoir limité sur ce qui se passe à l’échelle mondiale, en tous les cas en ce qui me concerne, mais  je considère que beaucoup de choses dépendent de moi : l’attention que je porte aux autres, ma manière de voir les choses. Force est de constater que le bien-être ou le bonheur deviennent des sujets à la mode. Il y a eu des émissions TV, il y a des programmes d’accompagnement qui se mettent en place dans les entreprises, le modèle de la santé semble petit à petit venir compléter le modèle de la maladie et même l’Education Nationale se penche sur les problèmes que rencontrent les élèves afin de proposer des solutions et de comprendre ce qui se passe. Alors oui, les choses me semblent avancer et cela me rend optimiste. On peut être réaliste et optimiste, ce n’est pas contradictoire !

* N’hésitez pas à aller encourager mon amie photographe Isabelle Debraye, qui a joyeusement accepté d’illustrer cet article. Son blog est ici !

©larevolutioninterieure.com

Liens :

-Le programme complet du congrès francophone de psychologie positive de Metz

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Comment se protéger de la négativité des autres ?

 » Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d ‘en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d ‘oublier ce qu’il faut oublier.

Je vous souhaite des passions. Je vous souhaite des silences.

Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de résister à l’enlisement et aux vertus négatives de notre époque.

Je vous souhaite d’être vous « .

Jacques Brel ( 1929-1978 )

 

Photo : Sandra C.

Photo : Sandra C.

Il y a des matins où le simple de fait de contempler le ciel qui s’éveille suffit à mettre mon coeur en joie. J’aime ces matins-là car ils me remplissent d’une énergie certes impalpable mais néanmoins bienfaisante. Le monde m’ apparaît alors chaleureux et accueillant. Je me sens heureuse, vivante, c’est comme si un soleil bien jaune venait se blottir au creux de mon plexus, éclairant de sa lumière rayonnante tout ce qui m’ entoure.

Vous avez certainement vous aussi expérimenté ce sentiment un jour ou l’autre. Malheureusement par un curieux mécanisme que j’ai cherché à analyser, cette belle énergie s’évapore à chaque fois que j’entre en contact avec la négativité des autres. 

Imaginez. Vous vous levez un matin et vous vous sentez enveloppé sans raison particulière d’une belle énergie positive, vous êtes débordant d’optimisme et de foi en la vie. Vous sortez de chez vous et vous vaquez à vos occupations quotidiennes. Et vous voilà à la poste, par exemple. Vous attendez patiemment votre tour, un sourire aux lèvres. Derrière vous, une personne se met à râler, pestant contre cette file d’attente  interminable. Vous essayez tant bien que mal de garder le sourire, mais quelque chose a déjà changé en vous, insidieusement, une vague ombre menace la luminosité de votre soleil intérieur.

Vous continuez votre chemin et vous croisez quelqu’un, une vague connaissance dans la rue, s’en suit une conversation banale :  » Comment allez-vous ? Bien merci, répondez-vous. Vous enchaînez : Et vous ? Et voilà l’autre parti dans une longue plainte listant tous ces petits soucis du moment. Bizarrement à l’issue de cette conversation, vous vous sentez fatigué, vous constatez que votre dos s’est voûté.

Vous arrivez sur votre lieu de travail et là, vous poursuivez vos échanges avec vos collègues. Vous leur racontez que vous comptez déménager. Cette décision vous met en joie et c’est précisément au moment où vous l’exprimez que l’un de vos collègues en profite pour dresser un bilan  effrayant de l’état du marché de l’immobilier, en ne manquant pas de vous rapporter toutes les difficultés  qu’il a lui-même rencontré pour trouver un logement.

Un passage nuageux vient alors subitement obscurcir votre ciel et vous avez bien du mal à y discerner les rayons du soleil. Votre belle énergie positive semble subir de plein fouet une perturbation atmosphérique qui mérite selon moi d’être regardée d’un peu plus près.

Photo : Sandra C.

Photo : Sandra C.

En échangeant récemment avec le président de l’association francophone de psychologie positive, j’ai appris qu’il fallait ressentir au moins trois émotions positives ( joie, satisfaction ) pour neutraliser les effets d’une émotion négative ( peur, tristesse, colère ). Cette information a retenu mon attention.

En réfléchissant ces derniers jours à cela, je me suis rendue compte que les personnes positives et optimistes, sont des proies de choix pour ceux que j’appellerai  » les vampires énergétiques ».

Que nous apprennent la tradition et les mythes sur ces créatures de l’ombre que sont les vampires ? Les vampires vivent la nuit, lorsque les humains vivent le jour. Ce sont en quelque sorte des morts-vivants. Ils se nourrissent de sang humain ( l’énergie ). On peut les reconnaître car leur image ne se reflète pas dans un miroir ( ils n’ont pas conscience d’eux-même ? ) et surtout, fait très intéressant à mes yeux, ils ne peuvent entrer chez quelqu’un sans d’abord y avoir été invité. Et ce dernier élément a subitement éclairé ma réflexion du jour, que je vous soumets à titre tout à fait personnel et en toute humilité, car je ne suis pas diplômée en psychologie, ce qui ne m’empêche pas de chercher des réponses aux questions que je me pose.

Les personnes rayonnantes, remplies d’énergie, optimistes et gaies, disposent d’une énergie vitale qui attire à elles celles qui en ont moins. Les personnes négatives, c’est-à-dire des personnes  qui ne cessent de se plaindre, qui ruminent constamment  leurs échecs, qui sont incapables de se réjouir pour l’autre, celles qui voient toujours le verre à moitié vide, quel que soit le sujet de discussion, sont inconsciemment à la recherche de cette énergie vitale. La plupart du temps elles sont à mes yeux ignorantes de ce processus. Espérer les convertir sans leur accord à une vision positive de l’existence est une cause perdue d’avance, car elles restent enfermées dans leurs expériences négatives passées et voient le monde à travers ces filtres.

Le grand défi des personnes positives serait donc de rester positives malgré la négativité des autres. Il faut donc apprendre à se protéger. Et pour arriver à faire cela il est nécessaire de mettre en place une sorte de bouclier. Pour repousser une personne négative, le collier d’ail vanté par les mythes et les légendes peut être une option, mais elle est difficile à mettre en pratique de nos jours.

Ce que nous pouvons peut-être faire, en revanche, c’est  ne pas donner notre entière attention à la négativité des autres, car en accordant notre pleine attention aux paroles négatives, nous invitons  sans le savoir le vampire dans notre espace intérieur. Et une fois qu’il est entré, nous voilà bien démunis face à lui.

En restant centrés sur notre bien-être intérieur, grâce à la respiration, entre autres, nous renforçons le pouvoir de notre bouclier protecteur. Si nous ne pouvons pas agir sur les émotions négatives diffusées par les autres, nous pouvons peut-être en revanche décider consciemment de ne pas les laisser entrer en nous. C’est d’ailleurs ce que propose l’Américaine Judith Orloff, professeur de médecine pionnière de la psychiatrie énergétique qui a écrit un chapitre sur ce sujet dans son ouvrage «La liberté émotionnelle» (Ariane Editions, 2009). Dans ce livre elle propose différents outils très simples pour  justement tenir à bonne distance les ondes négatives. ( Voir le lien proposé à la fin de cet article ).

Les personnes négatives nous enseignent malgré tout aussi une chose très importante : il est bon de faire régulièrement le tri dans nos relations, en privilégiant les interactions avec des personnes qui cultivent le positif, car ainsi  nous renforçons l’énergie positive qui est déjà présente en nous.

Les chercheurs en psychologie positive nous apprennent que nous pouvons cultiver notre énergie positive en savourant les petits plaisirs de la vie. Ils nous expliquent également qu’en renforçant notre bien-être intérieur nous renforçons par la même occasion notre système immunitaire. Nous sommes donc responsables de notre bonheur !

Si vous êtes doté d’une nature optimiste alors vous avez hérité d’un cadeau dont il faut savoir prendre soin.  Toutefois si ce n’est pas le cas, pas d’inquiétude, de récentes découvertes ont démontré que nous pouvons apprendre à le devenir.

Je vous en parlerai prochainement, car en m’intéressant à la psychologie positive, j’ai découvert des chercheurs passionnants, qui ont démontré scientifiquement ce que nous expérimentons parfois intuitivement dans la vie de tous les jours.

Lorsqu’un rayon de soleil s’invite dans notre espace intérieur, honorons-le comme un don précieux. C’est un cadeau que la vie nous offre et notre devoir est d’en prendre soin.

A méditer ! Et n’hésitez pas à partager vos réflexions personnelles  !

©larevolutioninterieure.com

Pour aller plus loin :

Un article très instructif sur le sujet publié dans le journal suisse « Le matin « 

Emile Coué : le père de la psychologie positive !

Emile Coué

Emile Coué est l’un des inventeurs  de la psychologie positive au 20ème siècle. Ce pharmacien français, pionnier des thérapies brèves orientées vers les « solutions » a connu une renommée internationale dans les années 1920 avant de sombrer dans l’oubli. 

Une erreur que tente de réparer aujourd’hui le coach français Luc Teyssier d’Orfeuil,  co-directeur de la société Pygmalion Communication.  Luc Teyssier d’Orfeuil a publié différents livres sur Emile Coué dont  l’excellent ouvrage, disponible actuellement en librairie :«  Etre heureux avec la méthode Coué » co-écrit avec Jean-Pierre Magnes. Il est également le fondateur du site internet methodecoue.com. Il nous livre ici l’histoire d’Emile Coué et partage avec nous les découvertes de cet homme visionnaire.

 » Ce n’est pas la volonté qui est la faculté première de l’homme, mais l’imagination » Emile Coué ( 1857-1926 )

 » Le petit marchand de bonheur »

Comment Emile Coué est-il devenu ce thérapeute avant-gardiste qu’il fût pourtant à l’aube du 20ème siècle ? Rien ne prédestinait le jeune Emile à devenir le conférencier international qu’il a été dans les années 1920. Pour la petite histoire, Emile Coué naît en 1857 à Troyes. Elève brillant, il rêve de devenir chimiste mais la situation financière précaire de sa famille l’empêche de suivre cette voie. Il choisit alors le métier de pharmacien et ouvre sa propre officine à l’âge de 26 ans dans sa ville de naissance.  Emile Coué est un homme naturellement chaleureux et sympathique. Il ne se contente pas de vendre des remèdes.  « Chaque patient qui venait se fournir en médicaments chez lui repartait toujours avec une petite phrase d’encouragement.  » Il leur disait par exemple  : Vous verrez après 5 jours de ce traitement, ça ira mieux. Et il constatait que sa manière de s’exprimer influençait de manière positive l’état de santé des malades qui venaient le voir. Il découvre à ce moment là de manière empirique ce qu’on appelera l’effet placebo. Les mots qu’il utilisait avait un effet guérisseur sur les patients qui venait dans son officine« , explique Luc Teyssier d’Orfeuil.

Ce coach français, ancien comédien, et animateur d’ateliers autour de la communication est passionné depuis de nombreuses années par le parcours fascinant et les découvertes visionnaires d’Emile Coué. Il a passé beaucoup de temps à épousseter les archives concernant cet apothicaire atypique.  » Ce qui est vraiment intéressant avec Emile Coué, c’est qu’ il commence à élaborer de manière intuitive les premiers concepts de ce qui deviendra une véritable méthode de guérison« , explique Luc Teyssier d’Orfeuil.

Emile Coué observe que les paroles positives entraînent des effets bénéfiques sur l’état de santé des malades. Il décide donc de comprendre  les mécanismes psychologiques de la guérison. Il découvre alors l’existence d’un médecin original, le docteur Ambroise-Auguste Liébeault qui exerce à Nancy et obtient des résultats étonnants par la pratique de l’hypnose. Il lui rend en 1886 une première visite et se passionne dès lors pour cette discipline relativement nouvelle fondée sur la suggestion verbale. Il prend également connaissance des travaux du professeur Hippolyte Bernheim, dans lesquels il trouve la confirmation des principes qu’il pressent et expérimente. Ces deux personnalités représentent l’École de Nancy, courant qui se distingue à l’époque, dans ses conceptions relatives à l’hypnose, de l’École de la Salpêtrière du docteur Charcot.

( Source Wikipédia )

 A l’aube du 20ème siècle, l’Europe ne jure que par Freud. Les psychiatres se concentrent  sur les causes de la souffrance psychique et l’analyse apparaît comme le traitement le plus adapté. Emile Coué s’intéresse à une toute autre voie. Il ne cherche pas à comprendre l’origine des maladies et préfère se focaliser sur le processus  de  guérison. Une seule question guide son travail  : Comment faire pour aller mieux ? Jour après jour, l’apothicaire affine ses méthodes. Il obtient des résultats, travaille dans le Nord de la France avec  » les gueules cassées « , ces soldats défigurés par les gaz et les obus durant la première guerre mondiale. Il utilise avec eux des techniques de visualisation, afin de les aider à accepter leur nouvel état. Emile Coué rassemblera ses découvertes au sein d’un seul livre publié en 1922 » La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente ». Cet homme curieux et discret ne cherchera pas le succès, c’est le succès qui viendra cependant à lui.  » Dans les années 20 ses conférences sont pleines à craquer. Ses découvertes font le tour de la planète. Certaines personnes viennent alors du monde entier pour bénéficier de ses techniques. A la fin de sa vie, juste avant sa mort en 1926 , il organisera  jusqu’à 6 conférences par jour« , relate Luc Teyssier d’Orfeuil.

La maîtrise de l’auto-suggestion consciente

La force des découvertes empiriques d’Emile Coué réside dans leur simplicité. Pour le pharmacien initié à l’hypnose par les psychiatres de l’Ecole de Nancy, l’état de transe est un état naturel de l’être humain, une sorte d’état de veille. Il considère que l’état hypnotique n’est pas pathologique mais qu’au contraire, on peut  le provoquer consciemment et s’en servir pour transformer les croyances négatives. Une position qui va à l’encontre de celle défendue par les adeptes de l’école de Charcot qui considèrent que l’état de transe est un état pathologique spécifique propre aux hystériques.

«  Emile Coué a observé que nos croyances, nos pensées ou les mots que nous utilisons créent la réalité que nous vivons et que la multiplication de paroles positives neutralise les pensées négatives« , précise Luc Teyssier d’Orfeuil. Dans son livre  « Etre heureux avec la méthode Coué« , il propose de façon pratique et ludique un résumé de la pensée du père français de la psychologie positive.

Il y livre les 2 postulats de base d’Emile Coué :

1) Toute pensée que nous avons en tête devient réalité dans la limite du raisonnable ( la définition du mot raisonnable dépend de chacun ).

2) Contrairement à ce que l’on nous enseigne, ce n’est pas la volonté qui nous fait agir mais notre imagination.

«  Ce qui est dommage, explique Luc Teyssier d’Orfeuil, c’est que la pensée d’Emile Coué a été détournée. » La fameuse affirmation -Quand on veut, on peut- lui est souvent associée, mais c’est une erreur. Il s’agit d’un vieil adage gaulois qu’on lui attribue à tort. Emile Coué nous dit au contraire que notre plus grande force c’est  l’imagination et non la volonté. Dans de nombreuses situations, notre volonté est impuissante. Nous avons tous débuté une phrase qui commence par Je veux et qui se termine par …mais je ne peux pas. En fait plus je veux moins je peux », résume le coach français.

« Pour Emile Coué inconscient et imagination sont synonymes. Il ne fait pas de différence entre les deux. Il explique qu’entre la volonté et l’imagination, c’est toujours l’imagination qui l’emporte. L’imagination peut être conduite par l’autosuggestion. L’autosuggestion n’est rien d’autre que l’implantation d’une idée en soi-même par soi-même. On peut le faire grâce à la répétition de certaines formules, en utilisant la visualisation ou en écrivant ce que l’on souhaite », poursuit -il.

Dans son unique ouvrage l’apothicaire éclairé explique  » que c’est bien la répétition consciente d’une  parole positive qui agit« . « Emile Coué  observe également que le conditionnel crée le doute et programme notre cerveau à la possibilité d’échouer.  » Les mots Je voudrais bien amènent toujours …mais je ne peux pas.  Emile Coué  comprend également que l’utilisation du présent renforce ce qui est déjà positif en nous. C’est exactement ce que dit aujourd’hui la psychologie positive ou la programmation-neuro-linguistique « , conclut Luc Teyssier d’Orfeuil.

Emile Coué : un avant- gardiste oublié 

Les travaux d’Emile Coué font très vite le tour du monde. Il se rend fréquemment en Grande-Bretagne, en Suisse et en Belgique pour y donner des conférences. L’acceuil y est toujours chaleureux. En 1923, Emile Coué traverse l’Atlantique pour rejoindre les Etats-Unis. Il est acceuilli à sa sortie de bateau comme un héros. Il sera reçu par le Président américain Calvin Coolidge et donnera une conférence à New-York devant un public enthousiaste. Ses idées résonnent très fortement avec l’état d’esprit du  » Nouveau Monde ».    » Emile Coué expliquera cet engouement par le fait que les Etats- Unis, comme toute jeune nation , sont davantage tournés vers l’avenir que l’Europe restée focalisée sur le passé », précise Luc Teyssier d ‘Orfeuil.

Malgré cette reconnaissance internationale, la méthode développée par Emile Coué fait grincer des dents en France. Il est régulièrement menacé de procès par l’ordre des médecins pour pratique illégale de la médecine. Dans les textes officiels consultés par Luc Teyssier d’Orfeuil, les médecins constatent que les résultats sont là, mais comme il n’y a pas de preuve scientifique qui valide ces résultats, ils se mobilisent pour que les Instituts Coué ne soient pas reconnus d’utilité publique.« Il faut comprendre que ces découvertes ébranlent deux lobbys très puissants en France à l’époque : les médecins et l’Eglise« , souligne Luc Teyssier d’Orfeuil. « En France l’héritage judéo-chrétien est encore très présent.  Il y a cette idée qu’il est nécessaire de souffrir dans cette vie pour obtenir quelque chose. La simplicité de sa méthode est donc jugée suspecte « .  Les élites de l’époque n’ont semble-t-il pas intérêt à ce que les concepts du pharmacien soient largement appliqués. Emile Coué s’éteint en 1926 à l’âge de 69 ans. Après le seconde guerre mondiale, ses amis souhaitent transmettre ses enseignements. Ils tenteront de créer des instituts dédiés aux méthodes d’Emile Coué à Paris, à Nancy et à Lausanne en Suisse mais ces projets seront constamment freinés , surtout en France. Dans le même temps la psychanalyse s’imposera dans l’hexagone comme la seule réponse ,scientifiquement valable, à la souffrance psychique.

Le message d’optimisme et d’espoir d’Emile Coué, la simplicité et l’efficacité de ses méthodes méritent selon moi d’être éclairées à nouveau à la lumière du 21ème siècle.

Alors n’hésitez pas à découvrir ou redécouvrir le travail de cet homme visionnaire  !!!!

“Si vous souffrez ne dites jamais : je vais essayer de faire disparaître cela mais je vais faire disparaître cela, car lorsqu’il y a doute, il n’y a pas de résultat.” Emile Coué

« L’homme est ce qu’il pense. S’il se croit riche, il est riche. S’il se croit pauvre, il est pauvre »  Emile Coué

Liens utiles :

Le site methodecoue.com

Ecoutez Emile Coué en mp3