Et si on se permettait de rêver ?

« Je crois qu’un homme se termine vers 16-17 ans. A 16-17 ans, un homme a eu tous ses rêves. Il ne les connaît pas tous mais ils sont passés en lui. Il sait s’il a envie de brillance ou de sécurité ou d’aventure. Il a senti le goût des choses et il passe ensuite sa vie à vouloir réaliser ses rêves ».

Jacques Brel, extrait d’un entretien à Knokke ( 1971)

Photo : Etats-Unis

Photo : Etats-Unis

Plonger le regard dans cette photo, c’est comme faire un pas de plus vers un horizon dégagé. Tout paraît possible, au milieu de ce décor dépouillé. Le désert doit avoir une âme. Il attire les rêveurs et les aventuriers, qui ne doivent pas au fond être si différents.

Dans le langage commun cependant, il y a de nombreuses expressions, qui confondent le rêve avec une chimère, une illusion, un manque de pragmatisme. « Que la réalité ne corresponde pas au rêve, seuls les naïfs s’en étonneront. D’abord, il y eut autant de rêves que de rêveurs. […]. Enfin, et surtout, si les hommes pouvaient réaliser leurs utopies, cela se saurait. — écrit l’historien israélien Élie Barnavi. Cette vision de choses me fait toujours bondir. Car on oublie vite que c’est bien aux rêveurs que nous devons de nombreuses avancées. Il a bien fallu que des hommes et des femmes portent en eux des rêves plus grands qu’eux-même pour arriver au contraire à transformer l’environnement autour d’eux. Et de nombreux auteurs et artistes ont transmis ce message au cours des siècles.

A mon sens, rêver signifie en réalité s’écouter. C’est créer cet espace intérieur, ou tous les sens sont tournés vers le dedans. Rêver c’est d’une certaine manière, visiter l’enfant, l’adolescent, l’être spontané, qui ressentait sans barrières le monde et qui en même temps apprenait à construire le sien.

Où peuvent bien naître les rêves des gens ? Certainement pas dans le mental. On ne rêve pas avec la tête. On écrit des scénarios imaginaires, avec la tête. C’est très différent. Rêver c’est appeler une énergie qui saura quoi faire de nos rêves. Mais comment la mobiliser cette énergie là, celle qui nourrit le rêve, et le nourrit tellement bien, qu’il prend forme, et que progressivement ses contours se dessinent dans la réalité ?

Un rêve doit avoir été bercé aux creux de nous. Il vient du coeur. Pas de la tête. Un rêve, c’est comme un souvenir dont on aurait une image floue. Et puis à force de le regarder, on découvre ses couleurs,  l’image devient soudainement plus nette, à mesure qu’on prend le temps de regarder vers l’intérieur. On peut ignorer un rêve, l’abandonner ou l’embrasser en sautillant, heureux de ces retrouvailles inattendues.

Il y a toujours un rêve, qui attend qu’un homme le retrouve. Le rêve se réjouit quand un homme le cherche. L’âme du monde sourit. L’univers est en ordre. Les étoiles ne retiennent plus leur souffle. Les rêveurs qui marchent vers leur rêve sont enfin éveillés.

Le thème du rêve a occupé mes pensées, car  je suis tombée  » par hasard » il y a quelques jours, sur une lettre. Elle était glissée dans un livre, que j’ai saisi machinalement dans ma bibliothèque pour meubler un moment d’ennui. J’ouvre le livre et je trouve cette lettre pliée entre deux pages.

C’est un petit papier à carreaux, une écriture à l’encre bleue, autant dire que de nos jours c’est une relique d’un autre temps. Il s’agit d’une lettre datée de la fin des années 90. Je la parcours et je comprends que c’est la réponse d’un écrivain belge, Xavier Deutsch, à une lettre que je lui avais envoyé. Je l’avais rencontré au lycée, à l’occasion d’un cours de français, il était venu rencontrer un groupe d’élèves. J’avais établi avec lui une correspondance, car j’étais curieuse d’en savoir plus sur lui et j’avais réalisé une interview dans le journal de mon lycée. C’était alors un tout jeune écrivain passionné, timide, et en même temps habité. Il m’avait à l’époque vraiment interpellée.  Aujourd’hui il a écrit près d’une quarantaine de livres et obtenu divers prix littéraires.

Mais revenons à cette lettre. Voici ce qui a retenu mon attention.

 » Vous me demandez si je me sens différent des autres. Non je ne sais pas. Non pas différent. Mais peut-être que par rapport aux autres, j’ai l’audace de mes idéaux. Nous avons tous des rêves, des idéaux. Mais ils sont difficiles à réaliser, parce qu’il y a l’éternel problème de l’argent, du métier, des enfants, de la maison…Tout cela empêche ( sauf quand l’idéal est dans l’argent,  le métier, les enfants, la maison, là tout va bien ).

Alors les gens finissent par se séparer de leur idéal parce qu’ils trouvent que c’est beaucoup trop difficile à réaliser. Moi, la seule différence, c’est que je prends mes rêves au sérieux. Je leur obéis. Résultat : pas d’argent, pas de métier, pas d’enfants, pas de maison…mais je rencontre mon idéal . Je ne dis pas c’est mieux ou c’est moins bien. Je dis : chaque vie est différente et la mienne est comme ça ».

Jusqu’à aujourd’hui cette lettre a dormi au creux de ce livre, et voilà qu’elle apparaît comme exhumée d’un autre temps. Je n’ai jamais repensé à cet écrivain pendant de nombreuses années et voilà qu’il délivre sans le savoir un message qui m’amène à m’interroger.

Rencontrer son idéal. Rêver sa vie. Vivre ses rêves. Qu’est -ce qui changerait si on se le permettait ?

Voilà de quoi méditer tous ensemble sur la plage cet été.

Je vous souhaite de prendre le temps de rêver. Sans contraintes. Excellentes vacances à tous. Et à très vite. J’ai hâte de partager avec vous l’histoire et le parcours de deux femmes qui ont réalisé leurs rêves, à l’issue d’un chemin guidé par le coeur et l’intuition. Vous les connaîtrez bientôt.

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin :

La bibliographie de Xavier Deutsch

Une très belle interview de Jacques Brel 

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Et si on prenait soin de notre joie de vivre ?

  » Ce qui compte c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. Une apparition, une seule et tout est sauvé ».

Christian Bobin, écrivain français

Photo Florence Bonnet

Photo Florence Bonnet

Regardez ces enfants. Ils jouent. Ils s’amusent. Ils sont pleinement vivants. Cela n’aura peut-être duré qu’un instant, mais lorsque je contemple cette image, je plonge toute entière dans leur joie. Je m’y reflète et mon côté sombre s’y noie. J’aime me baigner dans cette joie transparente. Elle me lave et me nettoie. Je brille alors comme une poussière d’or. Le souci, c’est qu’il suffit d’une bourrasque pour mettre cette joie à terre. Un conflit, une frustration, un échec la piétinent en un instant.

Le baromètre de mes humeurs est aussi inconstant qu’un ciel breton. Des nuages passent entre deux éclaircies. Il pleut. Il fait beau.Il fait froid. Il fait chaud. En une seule journée, je peux vivre toutes les saisons. Un coup d’oeil sur les informations du jour et me voilà morose. Un changement imprévu et me voilà fébrile et angoissée. Une incertitude et me voilà anxieuse. Des changements climatiques si troublants que parfois ils dérèglent ma boussole intérieure.

Comment faire alors pour retrouver un peu de cette stabilité joyeuse qui m’habite pourtant la plupart du temps ? C’était ma question du moment. Et comme d’habitude la réponse est arrivée par le biais d’une rencontre.

 

 

Patricia Delahaie

Patricia Delahaie

 

Patricia Delahaie est l’auteur de  » Comment garder le moral même par temps de crises« . Ce livre nourri par de nombreux témoignages est un véritable travail d’investigation. Psychosociologue de formation, Patricia Delahaie a été journaliste avant de devenir conférencière et coach de vie . Elle est l’auteur de plusieurs best-sellers parmi lesquels  » Ces amours qui nous font mal  » et  » Etre la fille de sa mère« .

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Rencontre avec une femme qui a choisi le bonheur !

 » J’ai écrit ce livre, parce que je voulais comprendre pourquoi à difficultés de vie égales, certaines personnes arrivaient à garder le moral et d’autres non « , m’explique Patricia Delahaie. Nous avons tous été confrontés  un jour ou l’autre  au deuil, à une perte d’emploi, à une rupture amoureuse. Autant de tremblements de terre intérieurs qui nous secouent et nous laissent parfois en ruine. La tentation est grande alors de s’enfermer dans une souffrance asphyxiante. Pourtant, certains parmi nous arrivent à se reconstruire avec une force d’âme qui défie les lois de la gravité. Ils deviennent plus légers quand d’autres sont irrémédiablement attirés vers les abîmes. Qu’ont-ils de plus que les autres, ces êtres qui regardent toujours vers le haut ? »La première chose qui m’a interpellée, c’est que les personnes qui gardent le moral, ont toujours leur bonheur dans le viseur. Elles pensent toujours à être les plus heureuses possibles quelque soit  leur situation. Elles ne culpabilisent pas de se faire du bien. Au contraire, quand elles vont mal, elles inventent des stratégies pour aller mieux« , détaille l’auteur.

Quand la déprime guette, il est souvent très facile de s’enrouler dans la confortable couverture de la victime en attendant que le monde ou les autres changent pour retrouver le sourire. Une attitude que refuse d’emblée les personnes positives.  » La force des personnes qui ne se laissent pas abattre, c’est qu’elles sont réalistes. La vie est parfois difficile, elles le savent. Elles savent aussi que si elles ne prennent pas soin de leur bonne humeur, elle s’en ira. Il suffit d’un rien pour avoir le moral à zéro, alors elles se protègent« , explique-t-elle. Elle poursuit :  » Les personnes positives sont créatives. Elles se connaissent bien et ne s’attardent pas sur leurs traumatismes. Elles savent dire ce qu’elles ressentent avec précision et vont adapter le monde extérieur à leur monde intérieur. Si elles sont hypersensibles, elles vont éviter les films sombres et les discussions plombantes. Elles font très peu de choses par obligation. Elles assument le fait de vouloir aller bien « .

Garder le moral serait ainsi une posture à prendre. Une posture qui nous donnerait le droit de refuser tout ce qui mine notre bien-être intérieur. Une posture qui nous inviterait à ne pas ajouter du malheur au malheur surtout dans les situations de crise. Mais quand rien ne va comment garder le cap ?

 » Notre humeur n’est pas linéaire. Nous devons l’accepter. Ne culpabilisons pas de parfois baisser les bras. On fait comme on peut« , explique la conférencière. Pas question de céder non plus à une sorte de tyrannie du bonheur qui nous interdirait des passages à vide. Les émotions négatives existent. Il serait même sain de s’y abandonner. Mais pas trop longtemps. Un passage dans la machine à laver émotionnelle, peut certes nous essorer, nous nettoyer en profondeur, mais il faudrait savoir stopper le programme au bon moment, pour ensuite entamer un nouveau cycle : la recherche de solutions pour retrouver un peu de bien-être intérieur. Pour cela, à chacun ses stratégies. La créativité humaine est sans limites.  » Ce que j’ai noté , c’est que quels que soient les problèmes que nous avons à affronter, le fait de porter notre attention sur les bienfaits qui existent déjà dans nos vies, permet de neutraliser la puissance des idées noires. On retrouve alors de l’énergie pour agir et surtout pour être créatif« , conclut-elle.

La joie de vivre se cultive !

Et quand tout va bien ? Quand rien ne devrait venir nous perturber et que malgré tout, le spleen s’engouffre au coeur de notre monde intérieur comme  un courant d’air glacé ? C’est peut-être le signe qu’une fenêtre est restée ouverte trop longtemps. Selon Patricia Delahaie les baisses de moral seraient avant tout des messages à prendre en compte  :  » Les chutes de moral sont des signaux d’alarmes, elles indiquent une sensibilité particulière à des pensées, des situations, des remarques. La fatigue, le changement, les doutes, l’éparpillement favorisent les baissent d’énergie« , note-t-elle. C’est pour cette raison qu’il est si important de revenir à soi : « Les personnes qui gardent le moral se sont installées dans leur propre style. Elles savent ce qui fait leur bonheur et elles le recherchent à chaque moment de leur existence. Elles cultivent la joie de vivre en la nourrissant au quotidien. Quand elles sont tristes ou déprimées, elles s’arrêtent et se demandent ce qui ne va pas « , développe Patricia Delahaie.

Prendre soin de sa joie serait l’une des conditions d’un bonheur intérieur durable. Il serait également  primordial de connaître nos besoins et de faire le tri dans nos pensées, car notre mental est puissant.  80 000  pensées nous traversent ,parfois à notre insu, chaque jour. Faut-il toutes les retenir ? Dans son livre, Patricia Delahaie évoque le cas de Zinédine qui explique comment il essaie au quotidien de ne pas se laisser dominer par ses pensées. Maîtriser son monologue intérieur en n’accordant pas autant d’importance à la voix qui dénigre, qui râle, qui voit tout en noir demande une certaine discipline. C’est vrai. Mais c’est une manière de ne pas abdiquer, de continuer à avancer. Pour Patricia Delahaie, garder le moral signifierait donc avant tout  » ne pas se décourager de vivre « . Qu’est-ce qui nous donne envie de vivre ? Voilà la question qui mériterait d’être posée plus souvent. Les réponses se cachent dans les profondeurs de notre âme, cet oasis où nous irons puiser nos forces lorsque nous traverserons des déserts.

Patricia Delahaie avoue que l’écriture de ce livre l’a transformée. Elle m’explique qu’aujourd’hui, elle se laisse beaucoup moins démoraliser.  » Avant quand j’étais malheureuse, j’y croyais totalement. Maintenant au lieu de me dire que je suis malheureuse, je me dis que j’ai été contrariée par ceci ou cela. C’est très différent. Je me donne aussi beaucoup plus le droit d’éviter ce qui m’enfonce. C’est important de prendre soin de son moral. Si je ne prends pas soin de moi, qui va le faire ? »

Je retiens que prendre soin de soi est un devoir, un pacte que nous devons conclure avec nous-même au quotidien. Je retiens également que nos tempêtes intérieures ne sont que passagères, et que nous les traversons tous un jour où l’autre. Je retiens enfin qu’il est plus judicieux de regarder passer nos pensées avec le détachement d’un brin d’herbe. Nos pensées sont comme les nuages, elles ne font que courir dans le ciel. Où peuvent donc bien aller les nuages ? Ne finissent-ils pas par se dissoudre ?

C’est drôle le pouvoir des mots. Il me suffit d’écrire ces dernières lignes, et l’image d’un soleil jaune  comme une orange s’impose sous mes doigts et éclaire mon clavier. C’est sans doute le temps qu’il fera demain. Demain est un mot ensoleillé. Il est juteux de promesses. Mais il y a un autre mot plus fort encore. C’est « maintenant ». Maintenant. Je peux lui mettre du bleu, du jaune, de la nuit ou du jour. Maintenant je peux en faire ce que je veux, car au fond l’artiste de ma vie, c’est toujours moi, ici et maintenant.

Et vous ? A quoi ressemble votre soleil ? Qu’est-ce qui vous fait du bien ? Qu’est -ce qui vous remonte le moral ?

N’hésitez pas à partager vos expériences sur le sujet !

NB : Merci à la photographe Florence Bonnet pour avoir collaboré à cet article ! Ses portraits d’enfants sont fabuleux ! Allez voir !

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin :

-Le blog de Patricia Delahaie

Comment garder le moral, même par temps de crises  

6, 10 euros Le livre de poche 

L’étreinte de l’amour !

Amma est considérée comme une sainte en Inde. Son combat en faveur de la paix et sa lutte contre la misère et l’analphabétisme lui ont valu de recevoir en 2002 le Prix Gandhi -King pour la paix et la non-violence.

 Sa présence rayonnante et son sourire radieux ont illuminé le parc des expositions de Pontoise le week -end dernier. Pendant trois jours elle a offert son darshan, son étreinte, à des milliers de personnes quelque soient leurs religions, leurs croyances ou leurs origines. La compassion, l’altruisme et la tolérance sont au coeur de ses enseignements. Une grande âme dont certaines de mes amies m’avaient beaucoup parlé.

A ce jour, Amma a serré dans ses bras près de 31 millions d’être humains à travers la planète.

Je vais vous livrer ici mon expérience de cette étreinte mais aussi celle de tous les inconnus qui ont croisé mon chemin au cours de cette journée auprès d’Amma.  Pauline, Agnès, Anne-Gaëlle, Emilie, Julien, Stéphane, Aimé-Charles je vous remercie tous chaleureusement de vos témoignages.

 » La grâce c’est l’ouverture. C’est une connaissance spirituelle intuitive qui s’expérimente dans l’action » Amma

 » Il est impossible d’atteindre la perfection sans être prêt à s’abandonner  » Amma

A quelques mètres de la porte d’entrée, mon esprit ne peut s’empêcher de me torturer avec des questions. Vais-je réussir à m’abandonner dans les bras de cette femme ? Mon corps ne va-t-il pas résister à son étreinte ? Et si je ne sentais rien ? Mon mental s’ emballe. Il fait cela à chaque fois qu’il se confronte à l’inconnu, sans doute parce qu’il sait qu’il va devoir se taire, pour faire de la place à l’expérience. Les heures d’attente qui me séparent des bras d’Amma ont au moins cette vertu : elles m’obligent à lâcher-prise. L’ambiance est festive et familiale. Les couleurs, les odeurs et les sons de l’Inde sont partout et occupent mon esprit qui ainsi distrait, finit par se tenir tranquille.

Me voilà à présent dans la file qui mène aux bras d’Amma. Elle est composée de toutes sortes de personnes : des jeunes couples, des enfants, des adolescents, des personnes âgées, des handicapés. Il y a parmi eux de fervents disciples et de simples curieux. Nous sommes tous différents. Nous voici cependant réunis au sein de cette rangée mouvante, tels les affluents d’ un fleuve. Un fleuve qui coule doucement vers la mer. Amma. La mère divine en sanskrit. Nous nous apprêtons tous à plonger en elle.

Elle est maintenant à quelques mètres de moi. Curieusement, le volume de mon habituel monologue  intérieur baisse d’un ton à chacun de mes pas. Je ne pense plus à rien. J’observe. J’attends. Me voilà finalement à genoux face à elle. Les bénévoles qui l’encadrent se chargent de poser ma tête sur son coeur. Je suis comme enfouie en elle. J’ai l’impression d’être une poupée de chiffon. Je ferme les yeux, pour mieux apprécier toutes les sensations qui me viennent. C’est doux, enveloppant. Un puissant parfum de rose empli mes narines. Je suis anesthésiée par cette odeur et je suis comme plongée dans un profond sommeil réparateur. Je suis bien. Je savoure. Je ne m’inquiète plus de rien. Cela a peut-être duré quelques secondes ou une éternité, je ne saurai le dire. Dans cet espace, au creux de ses bras, le temps n’a plus de prise.

Les mains des bénévoles me relèvent et me soutiennent. J’ouvre les yeux et je tangue. Ma tête tourne. Je note qu’un sourire s’est imprimé sur mon visage. Je décide de m’asseoir sur le côté, pour continuer à observer les autres et prolonger cet état de bien-être. Je les regarde plonger un à un dans la mère. Et le spectacle de leur abandon fait monter une vague de joie en moi. C’est si beau l’abandon. Et si rare. Je contemple le visage d’ Amma et ne perçois aucun signe de fatigue sur ses traits. Cela fait presque quatre heures pourtant qu’elle ouvre et referme inlassablement ses bras autour de ces gens et de leurs âmes. Elle les berce, elle les enlace, elle leur murmure des mots au creux de l’oreille. Son sourire n’en finit pas de rayonner.

Derrière moi, des sanglots étouffés attirent mon attention. Une femme pleure. Son regard brouillé de larmes paraît captivé par le flux ininterrompu de ces dizaines d’étreintes. Elle semble bouleversée. Mon regard s’arrête ensuite sur le visage d’un jeune homme installé près d’Amma. Il a peut-être une trentaine d’années. Lui aussi a les yeux fixés sur cette rivière humaine. Je remarque ses petites lunettes en acier et sa chemise à carreaux. Un jeune homme bien sous tous rapports, comme on dit. Il retient quelque chose, mais sa bouche tendue révèle son émotion. Ses yeux brillent. Ce n’est plus un jeune homme, c’est un petit garçon. Un petit garçon qui s’apprête à lâcher toutes ses douleurs et toutes ses peines. Comme si la simple présence d’Amma permettait enfin cela, sans culpabilité et sans honte.

Amma console encore et encore et j’ai la sensation d’être emportée  par ce flot d’amour inconditionnel. Je suis heureuse. Je suis émue. Je sais à présent que si Dieu existe, il loge certainement dans le coeur de cette femme. Je me lève, revigorée. J’ai envie de savoir comment les autres ont vécu cette expérience. Pour garder une trace. Pour comprendre. Pour mettre d’autres mots que les miens sur ce mystère. Et peut-être pour m’assurer que je n’ai pas rêvé toutes ces sensations nouvelles. J’ai envie d’interroger tout le monde et de demander : Et vous, qu’avez-vous ressenti ? C’est plus fort que moi. Je suis curieuse.

« Amma,  m’a ouvert le coeur « 

Je croise Aimé-Charles à l’extérieur du parc des expositions de Pontoise. Il semble avoir une cinquantaine d’années. Aimé-Charles est aveugle. Il marche tranquillement un sourire aux lèvres, les yeux cachés par d’imposantes lunettes noires. Il est guidé par son ami Stéphane. C’est lui qui lui a fait découvrir Amma, il y a quelques années. Stéphane m’ explique qu’il ne manque aucun darshan depuis 19 ans  » Je viens chercher ici une vision, du sens , peut-être de la lumière. Cette femme transmet une énergie incroyable. On la sent totalement imprégnée d’amour. Elle est limpide. Moi, elle m’a juste ouvert le coeur. J’ai l’impression qu’elle me nettoie à chacune de ses étreintes. Même si on ne croit pas à la grâce,  le don de soi qu’elle manifeste est juste hallucinant. Qui peut étreindre autant de personnes, avec une telle énergie ? « , lance-t-il. Son ami Aimé -Charles poursuit. Il explique qu’ il était un peu sceptique avant de venir ici, mais qu’il était néanmoins curieux.  » J’avoue que j’ai été émerveillé par cette femme. C’est quelqu’un qui met en pratique une sagesse universelle. Je suis d’origine africaine et les valeurs qu’elle défend résonnent avec les valeurs véhiculées par la sagesse de l’Afrique. J’ai été cueilli par ses bras. Je me suis senti à son contact inondé d’une chaleur intense. Cette énergie a traversé mon corps de haut en bas. Cela m’a laissé sans voix. Vous savez, j’ai perdu l’usage de la vue il y a quelques années. Progressivement. C’est une épreuve. Mais en perdant mes yeux, j’ai trouvé mon coeur. Mon ressenti s’est décuplé. J’ai beau vivre dans les ténèbres, cette femme, je la vois brillante. Quand on a plus ses yeux pour voir, on ne s’arrête pas aux apparences. On se fie à ses ressentis. On sent peut-être même plus facilement la sincérité des autres « . 

Ressentir. C’est bien la seule chose qu’Amma demande à ceux qui viennent à elle. Son darshan est totalement libre de tout enseignement religieux. Ses messages sont aussi universels que ceux délivrés par le Dalai-Lama.

 » Pour moi, Amma c’est un vrai miracle « . Voilà ce que me livre Anne-Gaelle quand je lui demande ce que la sage indienne représente pour elle. Elle est attablée à côté de moi dans la salle de restauration du parc des expositions et accepte avec plaisir de répondre à mes questions. Elle m’explique qu’elle vient à Pontoise pour la troisième année consécutive.  » Je ne connaissais pas Amma, il y a trois ans. C’est une amie qui m’en a parlé. La première fois où je suis venue j’étais très tendue, crispée au moment du darshan. Il faut dire qu’à cette époque -là j’avais de graves problèmes. J’étais mal dans ma vie, je me sentais constamment persécutée. Je me suis assise près d’Amma et puis je ne sais pas ce qui s’est passé. Elle a plongé son regard dans le mien pendant dix minutes. Je sentais son amour me transpercer. Mes yeux ont commencé à convulser. Je n’ai rien compris à ce qui m’arrivait. Tout ce que je sais c’est qu’après cette expérience , je me suis sentie mieux. Cela m’a donné le courage de tout faire pour me sortir de mes problèmes. » Anne -Gaëlle raconte tout cela d’une voix douce et posée. A ses côtés, son amie Agnès acquiesce :   » Lorsqu’on est près d’Amma, on ressent une réelle énergie de bien-être. On se sent régénéré. La première fois que j’ai reçu le darshan, j’ai senti de la chaleur à l’intérieur de moi. Comme si son énergie passait à l’intérieur de mes cellules « . Agnès et Anne -Gaëlle sont loin d’être des adeptes de l’hindouïsme, mais elles semblent avoir trouvé en Amma, le symbole du féminin sacré.  » Elle incarne pour moi le réconfort, la protection et l’amour. Le féminin sacré, c’est justement ce qui a été négligé dans toutes les religions« , précise Anne-Gaëlle. Des propos qui font écho à ceux de Pauline. Cette artiste parisienne ne manque aucune des visites d’Amma en France. Son sourire joyeux m’attire. Elle m’explique :  » Amma m’a ouvert le coeur. Avant ma vie était faite de batailles, de blocages, de noeuds et de douleurs. Aujourd’hui je vis dans la transparence, dans l’acceptation et dans la paix « , me glisse-t-elle l’oeil pétillant. Elle me confie que la seule présence d’Amma suffit à son bien-être. Et que les effets de sa rencontre annuelle avec elle se prolongent dans sa vie quotidienne.  » Ses enseignements nous poussent à écouter notre coeur. Et il ne nous déçoit jamais « , conclut-elle.

Le coeur. L’amour. L’acceptation. Le lâcher-prise. Ces mots reviennent souvent dans la bouche de ceux que j’interroge. Mon regard est attiré par un jeune couple d’une trentaine d’années. Julien et Emilie sont venus avec Quentin, leur fils de 15 mois. Julien m’explique que le darshan lui allège le coeur :   » On se sent bien. Les soucis s’évacuent. » Il partage avec sa compagne, Emilie, une philosophie basée sur la confiance en la vie. Emilie a découvert Amma en Inde. Elle a passé un mois au sein de son ashram dans le Kerala. Et ses enseignements ont résonné fort en elle  :  » Elle ne fait pas de prosélytisme. Elle incarne ce qu’elle dit. Elle nous apprend à nous respecter en profondeur. Si quelque chose ne va pas dans notre vie, elle nous suggère qu’il y a peut-être quelque chose à comprendre. Elle nous invite à nous poser cette question : qu’est ce qui n’est pas juste dans votre vie pour que se répète continuellement des choses négatives. Elle ne parle pas de justice divine, mais de justice pour soi-même. Elle nous explique aussi que c’est la paix intérieure qui amène la paix à l’extérieur « .

En relisant ces témoignages, je comprends que ce qui fédère toutes ses personnes autour d’Amma, ce ne sont ni des dogmes, ni des écritures, mais bien des valeurs universelles : l’amour, la compassion, la paix, la tolérance, le respect de soi et des autres. La spiritualité n’a pas besoin de temples, de divinités ou de textes sacrés pour exister, car elle naît et vibre dans  le coeur des hommes. Amma nous démontre que l’amour n’a pas besoin de la religion pour croître. L’amour se donne et se reçoit. Tout simplement.

  » La spiritualité demande d’abord une  culture du coeur, une immense force, une intrépidité sans faille. Les couards ne peuvent satisfaire à une morale «  Gandhi

 

A écouter les bhajans…les chants indiens d’Amma…magique…ensorcellant…un voyage gratuit en Inde !

 

Liens pour aller plus loin : 

La biographie d’Amma 

Ses oeuvres caritatives 

Sa reconnaissance internationale à l’ ONU

Le documentaire de Jan Kounen : Darshan

Amma vue par une dessinatrice de BD

Prochaines visites d’Amma en Europe :

23.10.2012 – 25.10.2012 – Londres, Grande-Bretagne
27.10.2012 – 29.10.2012 – Houten (Utrecht), Pays-Bas
31.10.2012 – 02.11.2012 – Toulon, France

NB : L’entrée est gratuite.

 

Mon voyage en Inde !

Imaginez . L’Inde. Un pays mythique. Des couleurs franches et chatoyantes qui accrochent la rétine. Des effluves épicées, l’odeur à la fois âcre et parfumée de l’encens.  Les murmures de la rue où se mêlent le brouhaha de la foule, les cris des enfants et des marchands ambulants. Au coin d’une ruelle s’échappent des mélopées enveloppantes. L’air est moite. Vous cherchez la fraîcheur, alors vous enlevez votre veste qui n’a plus son utilité dans cet environnement étouffant. Vous pouvez maintenant laisser votre respiration s’accorder au rythme de cette nouvelle atmosphère. La France n’est plus qu’un lointain souvenir. Ici, c’est une explosion de sensations nouvelles. Une vague de sérénité envahie chaque parcelle de votre corps. Vous avez plongé le coeur grand ouvert dans l’âme d’une des contrées les plus mystérieuses et sacrées du monde. Vous êtes en Inde. Et vous êtes arrivé dans ce pays sans avoir dépensé un seul euro.

Je vois déjà vos sourcils se froncer, votre nez se retrousser, et votre esprit affirmer que c’est impossible!

Et pourtant ! Tout cela est bien vrai.  Je suis dans un temple, à quelques mètres du Dieu Ganesh et je participe à une cérémonie organisée à l’intention de ce dieu protecteur au milieu de femmes drapées dans des saris soyeux et brillants. Mes vêtements sont   imprégnés de l’odeur de l’encens. Les fins bâtonnets se consument doucement  au pied de statuettes colorées représentant des divinités aux noms mystérieux.  Je picore des aliments inconnus. Mes papilles sont prises au piège par un incendie de saveurs piquantes et sucrées. Je suis bien en Inde, à 7000 km de Paris. Et je m’y suis rendue totalement gratuitement!

Comment ai-je pu réussir cette prouesse???

Grâce à mes 5 sens, et à mon goût pour l’aventure.

Il y a quelques jours, une amie m’a conduite en plein coeur du 18 ème arrondissement de Paris, à 2 pas du métro La Chappelle. Dans un autre monde, un autre temps. Nous avons assisté à une puja, une cérémonie hindoue dans le  Temple du Dieu-Eléphant Ganesh.

Ganesh a un pouvoir incroyable. Dans son ventre il contient tous les mondes, ses grandes oreilles n’entendent que les bonnes paroles, et rejettent les mauvaises. Ganesh est un Dieu plus attaché à la terre, qu’à l’ordre cosmique comme Shiva ou Vishnou. C’est ce qui le rend populaire. On le prie  pour obtenir le succès d’une entreprise, et donc pour enlever les obstacles.

Il y a quelques jours Ganesh a réussi à me faire voyager jusqu’à lui sans me faire quitter Paris!

Il m’a indiqué que c’était possible de réussir ce tour de magie,  juste en étant présent, à la vie, à l’instant, et à notre désir d’évasion.

Il y a quelques mois mon coeur m’a murmuré son envie de découvrir l’Inde. Ma raison s’est empressée de le  sermonner en lui expliquant  que mon compte en banque ne lui permettrait pas cette folie. Mon coeur a insisté. Et il y a quelques jours une amie a fini par entendre son appel. Et comme cette amie est un peu magicienne,  elle  m’a amenée aux portes de ce temple dédié à Ganesh. Nous avons ôté nos chaussures, et sommes alors entrées dans un autre monde. Mon coeur a bondi de joie, revigoré. Mon esprit n’a rien compris. Et il n’aime pas cela, car il s’est fait berné, d’une bien belle manière.

Bien sûr mon esprit sait très bien que je ne suis pas en Inde. Dans ce temple pourtant, les chants hypnotiques des brahmanes, ont eu raison de ses dernières résistances. Et au bout d’un moment il s’est fait à l’idée. « Nous » étions bien en Inde, moi, mon coeur et mon esprit réunis dans l’harmonie de l’instant présent.

Mon esprit en a profité pour ancrer en moi une leçon essentielle :

Nos 5 sens sont des portes qui nous ouvrent la voie du coeur. Lorsque ces passages sont dégagés, le mental ne peut plus nous convaincre que ce que nous vivons n’est pas la vérité.

Qu’est ce que la vérité? C’est le sentiment d’être ici et maintenant dans la juste émotion, à la juste place,  dans l’instant présent. L’Illusion représente tout ce qui nous empêche de voir la beauté et la joie, là où elles se trouvent.

Il y a quelques jours mon coeur m’a fait un  magnifique cadeau. Il a contacté l’âme d’une magicienne qui m’a emmené en Inde. Et mon mental a approuvé cette affirmation car il ne peut rien contre le pouvoir des sens.

Cela m’a amené à construire cette réflexion :

Lorsque vous doutez et que vous ne savez pas si la vérité se situe du côté de la raison ou du coeur, du côté du mental ou des sensations, du côté de  l’analyse  ou des émotions ….Posez vous cette question….Si vous étiez privé de la vue, du toucher, du goût, de l’odorat et de l’ouïe, qu’est ce qui vous resterait pour vous représenter le monde qui vous entoure? Et si à l’inverse vous étiez privé de la faculté de penser, comment aborderiez-vous votre environnement?

La superbe leçon que m’a offert mon coeur avec le soutien du Dieu Ganesh, c’est que la réalité prend d’abord  forme dans notre corps à travers nos ressentis avant d’être conceptualisé par notre mental et non l’inverse!

Alors oui je suis bien allée en Inde , tout simplement parce que mon coeur en avait besoin!

Et vous ? Que vous dit votre coeur ? Allez-vous suivre son chemin?

 »

« La nature qui ne nous a donné qu’un seul organe pour la parole, nous en a donné deux pour l’ouïe, afin de nous apprendre qu’il est plus important d’écouter que de parler»  Proverbe turc

« Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût diffèrent et créent autant de vérités, qu’il y a d’hommes  sur la terre » Guy de Maupassant