La vie est belle au coin de ma rue !

« La plus belle vie est celle qui exprime ce que la vie a de beau ». Christian Bobin

Le retour du printemps !

Le retour du printemps !

Il y a quelques semaines je suis tombée sur une étude qui indiquait que 80 pour cent des conversations banales tournaient autour de propos négatifs. En France, peut-être plus qu’ailleurs, nous avons pris l’habitude de relever ce qui ne va pas en oubliant bien souvent de mettre l’accent sur ce qui va bien. Quand il pleut, on se plaint, quand il fait beau, il fait vite trop chaud. Les mots que nous prononçons au quotidien ne sont pourtant pas anodins, ils nous enferment inconsciemment dans une certaine forme d’énergie. Quand nous disons de quelque chose que nous aimons : » C’est pas mal  » , cela ne produit pas le même effet que si nous disions tout simplement : » C’est bien ! ». C’est exactement ce que nous explique Philippe Bloch, entrepreneur et conférencier dans son livre  : «  Ne me dites plus jamais bon courage ! ».

Le bonheur s’entretient aussi avec les mots. Encore faut-il avoir l’occasion de se connecter en pensées et en paroles à ce qui est beau, bien et bon dans nos vies. Du coup, j’ai eu envie de créer cet espace d’énergie positive en allant interroger les commerçants que je croise au quotidien, près de chez moi, dans le 17ème arrondissement de Paris.

Je leur ai donc posé cette question toute simple  : qu’est-ce qui rend votre vie belle ?

Au début, certains m’ont regardée avec des yeux étonnés. On ne leur avait jamais posé la question avant. Très chaleureusement, ils ont pourtant accepté de jouer le jeu. J’ai fait ainsi de très belles rencontres, que je partage avec vous aujourd’hui.

Camille, la boulangère

Camille, la boulangère de la boulangerie Basso

Camille était  ingénieure dans l’agro-alimentaire. Il y a deux ans, elle a changé de vie en ouvrant avec une amie sa propre boulangerie. Lassée de vendre des poudres chimiques, elle a ressenti le besoin de se tourner vers une activité plus vraie, plus authentique. Qu’est -ce qui fait aujourd’hui que la vie est belle pour elle ? Voici ce qu’elle me confie :

 » Ce qui fait mon bonheur aujourd’hui c’est la satisfaction de créer de mes propres mains quelque chose de sain, de bon. Du coup, je suis toujours motivée pour aller travailler, parce que je fais quelque chose que j’aime et que j’ai choisi. J’aime faire plaisir aux gens et c’est important pour moi de garder le sourire, de toujours voir le bon côté des choses. J’ai remarqué justement, les jours où ça ne va pas que le fait de sourire permet justement d’oublier les problèmes. Mon moral remonte aussitôt. Un sourire partagé, c’est tout simple, mais pour moi c’est ce qui rend la vie belle au quotidien « .

Marguerite, du Pressing de la rose blanche

Marguerite, du Pressing de la rose blanche

Marguerite lave, repasse et plie des vêtements du matin au soir. Elle gère le pressing de la Rose blanche avec son mari depuis près de 20 ans. Quand je lui parle de l’idée de cet article, elle pense immédiatement au film de Roberto Benigni. Elle s’arrête un instant pensive et explique  que ce film l’a touchée car il met en avant la beauté de l’existence dans un moment pourtant terriblement tragique. Elle poursuit sa réflexion en partageant ceci :

 » Le fait de savoir que mes enfants sont en bonne santé suffit à faire mon bonheur. Pour moi, la famille c’est très important. J’ai la chance d’avoir toujours mes parents et mes grands -parents. C’est important pour moi de me sentir entourée et soutenue. J’ai eu cinq enfants avec le même homme. Nous sommes mariés depuis 25 ans et je sais que de nos jours, cela relève du miracle. Vous savez je suis originaire du Laos. Dans ce pays, on manque de tout. J’ai conscience de la chance que mes enfants ont de pouvoir bénéficier d’une bonne éducation ici à Paris. J’ai un toit sur la tête, je fais un métier que j’aime. Tout cela, c’est une chance. Ce qui rend la vie belle aussi ce sont les relations humaines. J’aime discuter avec les gens, nouer des liens de proximité, prendre des nouvelles des uns et des autres. Il y a des clients qui viennent chez moi juste pour discuter. Cela fait du bien, de se sentir connecté aux autres « .

Katia, la libraire de l'Usage du monde

Katia,  libraire à l’Usage du monde

Katia est libraire indépendante. Elle aussi s’est installée dans le quartier  il y a deux ans avec son compagnon Jean-Philippe. Ils travaillent ensemble et créent régulièrement des rencontres littéraires dans leur librairie. Voici ce qu’elle partage avec nous.

 » Je crois que ce qui rend la vie belle c’est le fait de faire un métier qu’on aime, en se donnant les moyens de réussir. J’ai ouvert cette librairie alors que le contexte n’était pas évident, mais malgré les difficultés des débuts, je ne regrette pas ce choix, car je me sens en cohérence avec mes valeurs. Ce que j’aime c’est partager du lien social, organiser des rencontres entre les gens du quartier, participer à la vie locale. C’est ça qui est magique dans le quotidien, ce sont les rencontres, les échanges. C’est cela qui me nourrit et qui donne du sens à mon travail. « 

Philippe, de la maison de la presse

Philippe, de la maison de la presse

Philippe vend des journaux et des cartes postales souvent très inspirantes. Lui aussi a changé de vie. Il y a quatre ans, il a quitté le milieu de l’industrie pour ouvrir cette maison de la presse. Voici ce qu’il partage avec nous :

 » La vie est belle parce que nous sommes capables d’aimer : un sourire, des mots, une montagne et l’autre. C’est notre capacité à ressentir la beauté sous toutes ces formes qui rend la vie belle. La beauté peut être partout : dans la nature, dans l’art, dans tout ce qui nous entoure. La vie est imprévisible, elle peut aussi être tragique, mais en même temps c’est ce qui lui donne toute son intensité. C’est aussi notre capacité à jouir des bons moments de la vie qui rend la vie belle. « 

Entre nous, j’ai adoré préparer cet article. Partir à la rencontre de ceux qui peuplent mon quotidien et leur offrir cette fenêtre d’expression est une grande source de joie pour moi. Parler de la vie et des belles choses qu’elle nous permet aussi de vivre, cela redonne de l’énergie positive.

Et vous ? Qu’est-ce qui vous procure du bonheur ? Qu’est-ce qui rend votre vie belle ?

Sandra C.

©larevolutioninterieure.com

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Deux histoires de renaissance !

Cet été, ma route a croisé deux femmes âgées toutes deux de 45 ans passés.  Deux femmes bléssées qui ont tout donné et tout perdu au nom de l’amour.  Jusqu’à leur âme. Le coeur en miettes, elles ont toutes deux, chacune à leur manière sombrés dans cet espace où le désespoir semble étouffer à jamais toute parcelle de confiance en la vie. Et pourtant. Ces femmes poussées par une incroyable force plus grande qu’elles -mêmes, plus grande que leur malheur ont malgré tout trouvé en elles d’incroyables ressources pour renaître de leurs cendres. Je vous offre ici leurs histoires respectives. Deux histoires comme des lanternes incandescentes lancées dans l’obscurité de la nuit.

Artiste : Nicole Fernandez

 

 » Ne sous-estime pas l’endurance de la vieille femme sage. Même déchirée et maltraitée, elle possède un autre soi sous celui qui est assiégé, un soi primaire, rayonnant, incorruptible, un soi lumineux à jamais entier. »

Clarissa Pinkola Estès « La danse des grands-mères »

La renaissance de Sabine!

Elle a le rire facile. Sabine est une petite femme blonde, au teint hâlé, et au corps longiligne. Je l’ai rencontré sur la plage. C’est l’ amie d’une amie. Dès le premier contact elle est chaleureuse. Converser avec elle est un bonheur. Chaque mot dans sa bouche se ponctue toujours par un éclat de rire. Elle est présente, vivante, joyeuse.  » Maintenant ma vie c’est l’instant présent », déclame-t-elle, les yeux pétillants. Je me rapproche, attirée comme un aimant par cette femme solaire. Je me fais une place à côté de sa serviette, car mon coeur a bien envie d’en savoir plus. Et Sabine me raconte. Elle m’offre son histoire, que je reçois comme un cadeau, car la jeune femme que je suis est impatiente de découvrir  la vieille femme sage que je devine en elle. Une femme sage et lumineuse, qui a pourtant traversé les ténèbres avant de retrouver la lumière.

 » Je suis restée 16 ans avec un homme. 16 ans de bonheur. Il était musicien, saxophoniste, j’étais sa choriste. On travaillait ensemble, on vivait ensemble. Le milieu des artistes tu sais :  la fête, les concerts, les tournées. On a pas eu d’enfants. J’aimais notre vie. Après 16 ans de vie commune , il m’a demandé en mariage. J’avais rien demandé. J’étais heureuse. On a fait un beau mariage. Un grand mariage. J’étais sur un nuage. « , murmure-t-elle. Une semaine après, il est parti, comme ça, sans explications, sans donner de nouvelles. Il est sorti et puis je l’ai pas revu. Au début je me suis pas inquiétée. Les artistes tu sais, c’est spécial. Ils sont lunatiques, imprévisibles. Intérieurement j’étais angoissée. Je comprenais rien.  »

Elle poursuit, le regard plus sombre: » Une semaine passe. Toujours pas de nouvelles. Je me rends au marché. L’une des vendeuses sur la place m’interpelle. Ton mari, je l’ai croisé hier, avec une brunette me lance-t-elle avec un grand sourire. Tout le village était au courant, sauf moi. L’humiliation. Et toujours pas d’explications. La veille de son départ, on venait de faire l’amour. Il m’a demandé en mariage, alors pourquoi ? Pourquoi est-il parti avec une autre. J’ai jamais compris. Il ne m’a jamais donné d’explications. Je l’ai revu au divorce. Je l’ai supplié de m’expliquer. Le plus terrible c’est quand il m’a dit qu’il  n’avait rien à me reprocher. »

Le divorce laisse Sabine à genoux. Du jour au lendemain, elle perd son amour, sa maison, son travail. Le jeunette l’a remplacé dans le groupe  de musique de son ex-mari.  » Je suis partie avec un sac de fringues, sans rien « , explique-t-elle.

Et le gouffre du désespoir l’avale au fil des mois. Elle perd le goût de manger, devient anorexique.  » J’ai fini à l’hôpital, je pesais 34 kg« .  Je sursaute, je la questionne mais comment as-tu fait Sabine  pour te sortir de ça ? « J’ai touché le fond. Je pouvais pas aller plus bas, alors j’ai enfin pu remonté, je crois que c’est ça » . Elle sourit.

Mais son histoire ne s’arrête pas là. Sabine sort de l’hôpital, elle revient à la vie doucement, sur la pointe des pieds. Mais son estime de soi est en miettes. La trahison est une blessure qui  fait des ravages jusque dans les tréfonds de l’âme . Mais la vie la pousse à avancer tant bien que mal. Elle retrouve alors un nouveau compagnon. La relation est destructrice.  » C’était un pervers narcissique, et pourtant je suis restée, persuadée que mon amour allait le changer. » L’histoire va durer 5 ans.

Pendant ces années de brouillard, son corps lâche. L’anorexie a laissé des traces. Une banale chute, et la voilà avec un poumon perforé. Elle fait un arrêt cardiaque aux urgences.  » Je suis morte 14 secondes avant qu’on me réanime. Je me suis vu partir, j’avais plus d’air, comme quelqu’un qui se noie. J’au vu ma vie défiler. J’ai vu mon père décédé. Il m’a dit non pas encore. C’était pas le moment pour moi  de mourir« , m’explique-t-elle.

Lorsqu’elle revient de cet entre -deux mondes, elle est comme baignée dans une énergie nouvelle.

« Aujourd’hui, je vis l’instant présent, il y a toujours eu un fond de joie en moi, d’optimisme. Cette expérience m’a juste rappelée que rien dans la vie n’est acquis. Alors mieux vaut  voir les choses positives, cultiver l’amitié, passer des bons moments tant que c’est possible. »

Sabine ne croit pas en Dieu, mais elle a la foi. Elle imagine qu’il y a une force quelque part qui nous dépasse. Son coeur reste malgré tout  fragile. Faire confiance à un homme ?  » J’aimerais mais ça risque d’être difficile. Je donne tout, je suis entière. Et j’ai peur encore d’être bléssée « , conclut-elle.

 » Intuitivement, dans sa psyché, une femme comprend qu’être en bonne santé c’est avoir une santé florissante. Lorsqu’elle est bléssée, il y a dans son esprit et dans son âme, un filament vibrant et vivifiant qui envers et contre tout, pousse en direction de la vie nouvelle »

Clarissa Pinkola Estes, conteuse et psychotérapeute 

L’éveil de Fabienne

Quelques mois après cette rencontre, je découvre Fabienne. Elle a à peu près le même âge que Sabine. Elle est infirmière. Elle soigne les malades et les coeurs. C’est une femme très spirituelle, elle s’intéresse à tout ce qui fait grandir l’âme. Un centre d’intérêt commun qui nous pousse à avoir un échange plus profond. Elle m’explique que son cheminement intérieur est récent, mais que la spiritualité l’accompagne depuis toujours. Jusqu’a 7 ans, c’est une petite fille sensible, qui ne comprend pas comment Dieu peut être amour et créer la guerre.  A 20 ans, le décès de son frère l’interroge sur la vie après la mort. Elle est curieuse, son esprit est ouvert aux mystères. Elle se relie encore un peu plus avec cette conscience impalpable qui nous invite à regarder de l’autre côté du miroir.

Mais son vrai chemin spirituel commence au moment où elle vit  une crise très profonde. » J’ai fait une dépression, et en même temps j’ai tout perdu , mon compagnon m’a quitté, en emmenant toutes mes économies et en plus en me laissant des dettes. » Une descente au enfers dont elle s’est pourtant relevée.  » J’ai alors du me tourner vers l’intérieur pour vivre« , explique-t-elle. Elle poursuit :  » J’étais à la limite du suicide et puis la lumière intérieure était là. J’ai trouvé la force en focalisant sur le positif. Je t’assure qu’on en trouve. Tu sais maintenant je suis plus heureuse en ayant beaucoup moins. Je n’ai plus peur de perdre quelque chose. Je me réjouis de peu comme de beaucoup, ce sont des petites victoires de chaque jour ».

Je lui demande ce qui l’a empêché de passer à l’acte, et de mettre fin à ses jours. Elle répond :  » Je me disais que c’était trop facile et qu’il faudrait que je recommence dans une autre vie donc pas question j’étais horrifiée d’avance et donc j’ai retroussé mes manches « .

Fabienne est heureuse de partager son expérience, elle en parle facilement autour d’elle. « Souvent les gens me disent oui mais toi t’es courageuse et là j’éclate de rire. Moi courageuse ? Pas du tout j’ai surtout pas eu le choix« , poursuit-elle.   » Je n’en retire aucunement de lauriers car je ne suis pas fière de toute mes responsabilités. J’ai refusé de voir pendant deux ans les manigances de mon compagnon. Tout le monde le voyait et pas moi. Il y avait pourtant des signes. » Fabienne explique qu’elle s’est oubliée : « Je n’ai pas voulu voir parce que je ne connaissais pas encore le côté … la souffrance des autres n’est pas la tienne et j’étais trop dans l’empathie. Je me niais toujours pour les autres.  Encore un héritage inconscient de la pensée judéo-chrétienne. »

Ce parcours chaotique a malgré tout fait grandir cette femme hypersensible : » Chaque jour est un apprentissage. Aujourd’hui je vis essentiellement dans le moment présent. Je ne vis plus dans le passé et je n’ose pas me projeter encore dans le futur. Je suis aussi plus consciente de ce que je vis. Je vis intensément chaque minute. Cela veut dire que lorsque je suis avec mes neveux par exemple, je joue. Quand je  suis devant l’ordinateur je lis, je réfléchis et quand  je fais le ménage dans ma maison, je fais le ménage en moi ».

La renaissance intérieure de Fabienne sonne comme une seconde chance. » Je deviens de plus en plus moi, mais n’y suis pas encore. Celle d’avant est devenue presque une inconnue ».

Fabienne tout comme Sabine sont les preuves vivantes que la transformation intérieure est possible. Les épreuves de la vie nous poussent  à changer. Mais c’est finalement toujours un choix qui enclenche cette mutation. Un choix guidé par l’énergie même de la vie, cette source mystérieuse et puissante qui prend naissance dans les profondeurs de la psyché féminine.

Leurs témoignages sont comme des phares dans la tempête de nos incertitudes et de nos peurs. Elles  nous apprennent également une chose qui me paraît essentielle : l’énergie vitale dont nous sommes tous constitués est toujours plus forte que  la peur et que le désespoir ! Faut-il attendre d’être aux portes de la souffrance pour découvrir cette énergie au fond de nous-mêmes ?

Demain vous aussi vous pouvez renaître à vous-même si vous le choisissez. La douleur n’est pas un passage obligé de la (re) naissance, si vous pouvez consciemment comprendre le voyage intérieur de ces femmes et leurs lumineux messages.

« Le chaos est rempli d’espoir parce qu’il annonce une renaissance. »  Coline Serreau, réalisatrice française

Pézénas, Hérault, France

Liens pour aller plus loin :

Un livre : La femme au miroir d’Eric-Emmanuel Schmitt Une belle histoire de portraits croisés de femmes

Le travail de Clarissa Pinkola Estés

Les oeuvres et le site de l’artiste Nicole Fernandez

Photos : Sandra C.