Comment trouver son chemin ?

 » Il faut parfois toute une existence pour parcourir le chemin qui mène de la peur et l’angoisse au consentement à soi-même. À l’adhésion à la vie. »  Charles Juliet

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C’était l’année dernière. En septembre, plus précisément. Je venais de m’installer à Paris, de quitter un poste et une vie qui ne me convenaient plus pour plonger la tête la première dans l’inconnu. Je marchais dans la rue près de chez moi, quand mon regard a été happé par ce message inscrit au sol. Il semblait avoir été écrit pour moi, tant il résonnait avec ce que je vivais. Je venais d’arriver à Paris et hésitais à suivre un projet professionnel qui sur le papier semblait riche de promesses, mais qui au fond ne me satisfaisait pas pleinement. Le message était clair. Je n’étais pas sur le bon chemin.  Mon coeur le savait déjà, mais ma tête refusait de l’entendre. Il a fallu quelques pas dans cette rue un matin de septembre pour réconcilier ma raison et mon intuition. « Dans la vie il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » , nous dit le poète Paul Eluard.

Les mots des poètes ne sont pas justes beaux à écouter, ils ont vraiment du sens. Alors j’ai écouté ces mots laissés par un poète inconnu sur un bout de trottoir parisien avec attention et quelque chose en moi s’est détendu. J’ai donc refusé ce projet qui au fond ne me convenait pas mais auquel je m’accrochais car il n’y a rien de pire que l’incertitude. Dire non, sans savoir si autre chose de mieux se présentera est source d’anxiété. Nous sommes habitués à vouloir contrôler notre vie. Depuis deux ans que j’anime ce blog la révolution intérieure, j’ai appris pourtant, que s’attendre au meilleur crée des miracles. Alors j’ai fait un pas de plus vers la confiance. J’ai dit non à ce projet et je pense que j’ai bien fait.

Savoir ce qu’on ne veut plus est une chose plutôt facile à identifier. Tout votre corps dit stop. Arrive un moment où l’incohérence entre  qui on est et ce que l’on fait devient si insupportable que toute votre âme dit  » non « . Il n’y a plus d’envie, il n’y a plus de vie tout court. Tout en vous se serre. La gorge, le coeur, le ventre. Tout votre corps crie : » ça suffit ! » C’est ce  qui m’est arrivée un an auparavant.

J’étais journaliste, j’occupais un poste très bien rémunéré au sein d’une télévision régionale publique, je bénéficiais de la sécurité de l’emploi. Un statut en or que de nombreuses personnes m’auraient enviée. Pendant des années, j’ai travaillé à ce poste sans me poser de questions, heureuse d’avoir atteint l’un de mes objectifs de vie. Je bénéficiais de la sécurité de l’emploi et j’exerçais le métier qui me plaisait. J’aurai dû être heureuse. Accomplie. Remplie d’énergie. Cela a duré un temps.Et puis au fil des années quelque chose a changé.

J’ai commencé à m’intéresser à des tas de sujets : la psychologie, le développement personnel. J’ai travaillé sur moi. Beaucoup. J’ai appris à me connaître mieux, à m’accepter, à m’apprivoiser, à prendre conscience de mes besoins et de mes valeurs profondes. Ce genre de travail n’est pas sans conséquences, il bouscule votre petit monde intérieur et arrive un moment où si l’extérieur ne reflète pas ce changement, un conflit intérieur se met en place.

Pendant des années, j’ai été coupée en deux. Ma tête m’indiquait une direction, mon coeur me murmurait autre chose. J’ai mis du temps à vraiment écouter mon coeur. Je ne me fiais qu’à mon intellect, totalement déconnectée de mes émotions et de mes aspirations, je suivais la route qu’on m’avait apprise à suivre. La voie de la raison. Le problème c’est qu’au bout d’un moment, la raison ne vous aide plus. Le coeur sanglote de ne pas être entendu. Et la souffrance s’installe, sans que votre intellect ne comprenne pourquoi. Et puis un jour quelque chose s’est passé et a amorcé un changement qui allait s’avérer radical.

Un jour donc où je me rendais sur le terrain pour réaliser un reportage tout à fait banal à la demande d’un de mes chefs, quelque chose de déterminant s’est manifesté en moi. A peine arrivée sur le lieu du reportage, j’ai commencé à sentir monter en moi une angoisse terrible qui m’a coupée le souffle. C’était totalement irrationnel. J’avais déjà fait ce genre de reportage des centaines de fois, sans me poser de questions, en bonne élève, j’éprouvais la satisfaction du devoir accompli. Mes chefs étaient contents de moi, c’était l’essentiel. Mais ce jour là, cette angoisse asphyxiante a pris toute la place. Et ce que j’entendais en moi disait : » Si tu continues, tu vas mourir « . Ce ne sont pas des mots anodins.  A ce moment, j’étais si fébrile, que je n’ai pas eu d’autre choix que  de m’asseoir en  laissant le soin à mon collègue caméraman de faire les images nécessaires à notre reportage . Et c’est là que mon collègue que ne je remercierai jamais assez, a fait une chose totalement irrationnelle lui aussi et que j’ai découvert une fois rentrée au bureau, en salle de visionnage.

Ce moment est resté gravé en moi. Alors que je regarde les images de ce sujet, une autre image est apparue.  C’est moi.  Je suis assise sur la marche d’un escalier, recroquevillée, les yeux vides, le visage pâle comme une vierge morte. Et cette image de moi-même habitée par l’angoisse m’a fait l’effet d’un électrochoc.

Nous vivons tous des moments d’angoisse à un moment ou à un autre, mais nous nous prenons rarement en photo à ce moment là. La sensation d’anxiété est avant tout une sensation intérieure, que l’on perçoit avec les yeux du dedans. Me voir dans cet état avec le recul de l’observateur a été une chance. Je me suis dis :  » Tu ne peux pas continuer à faire ça comme ça « . Quelque chose devait changer.

J’ai compris que le message intérieur qui venait à moi ne devait pas être négligé. Il était vital. Pourquoi mon collègue avait- t-il fait cela ? Pourquoi me filmer à ce moment là ? Lui-même n’a jamais su me l’expliquer. Il a agi comme par réflexe. Et m’a offert une belle occasion d’avancer sur mon chemin. J’ai donc  appris à dire non. Plusieurs mois après cette expérience, je négociais mon départ de cette entreprise et décidais de m’installer à Paris. Nouvelle vie. Nouvelles perspectives. Nouveaux défis. Une multitude de chemins possibles. Mais comment trouver le bon ?

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Marcher tout droit ?

La vie serait tellement plus simple, s’ il suffisait de suivre une ligne droite pour arriver à la plénitude. Notre éducation nous enseigne qu’ en respectant les règles nous arriverons à la réalisation : bien travailler à l’école, être discipliné, collectionner les diplômes, répondre en bon petit soldat aux demandes de nos supérieurs. Tout cela devrait suffire à nous épanouir.  Il suffit d’observer la réalité du monde du travail pour comprendre à quel point ce n’est pas  vrai. Des sur-diplômés ne trouvent pas d’emploi. Des employés dévoués qui ne comptent pas leurs heures ne sont jamais augmentés. Le sacrifice amène rarement à la reconnaissance. Quelque chose cloche entre la théorie et la pratique. L’expérience de la vie nous enseigne bien plus de choses.

Un chemin tout tracé nous éviterait bien des errances. Si les choses se passaient comme elles devraient se passer en théorie alors il n’y aurait pas de drames, pas de souffrances. Un chemin tout tracé n’est-il pas l’assurance de la sécurité maximum ?

Si je suis cette ligne droite, il ne pourra rien m’arriver. D’ailleurs en existe-t-il une autre ? C’est peut-être probable mais il est risqué de sortir du cadre et de faire un pas de côté pour aller explorer le reste du monde pour la trouver. Et pourtant.  Tous les explorateurs font l’expérience de la peur. Leur courage est à la hauteur de leur angoisse d’affronter seul l’inconnu.

Qu’est- ce qui pousse les explorateurs à tenter l’aventure malgré tout ? L’inconscience ? Ou la conscience ? La conscience qu’un autre monde existe , une autre vie, une autre façon d’être au monde, un autre chemin qui mène à une terre fertile et abondante ? Comment en être sûr ? Il n’y a aucune certitude. Il faut donc apprendre à faire confiance ou s’arrêter. Mourir d’immobilisme ou mourir de peur ? A chacun de choisir sa mort. Quoiqu’il arrive, quelque chose va mourir.

Tout changement  entraîne la perte de repères, la déconstruction de nos croyances. Quelque chose doit mourir, pour que quelque chose d’autre puisse renaître. Je dis bien renaître et pas naître. Car tout est déjà en nous. Et tout le chemin consiste finalement à accoucher de cette autre partie de nous, qui désire être en cohérence avec le monde.

On peut l’appeler comme on veut. Moi je l’appelle l’âme. J’utilise ce mot en dehors de tout courant religieux spécifique. Le mot âme vient du latin anima qui signifie « animé« . Laisser parler l’âme , c’est libérer la voix de ce qui nous anime en profondeur. Le dictionnaire Larousse nous éclaire encore davantage avec cette définition :  » L’âme est le siège de l’activité psychique et des états de conscience de quelqu’un, ensemble des dispositions intellectuelles, morales, affectives qui forment son individualité, son moi profond ; esprit, intellect, cœur, conscience « .

L’âme est unité, pas séparation. Peut-être que le chemin consiste à relier des points lumineux pour lui faire de la place dans ce monde. Après avoir dit non à quelque chose, il est  nécessaire de dire oui à quelque chose d’autre. Pas un oui timide mais un oui qui vient du coeur. Le oui du coeur, c’est le cri de joie de l’âme.  Cela explose en-dedans comme un soleil. Cela éclaire vos yeux d’une étrange lumière. Il n’y a que les enfants qui offrent ce rayon au monde en toute innocence. C’est la lumière de l’émerveillement. De la joie pure.

Une fois approuvée l’idée du oui il faut cependant encore répondre à cette question : un oui d’accord, mais un oui , à quoi ?

 

Un petit pas lumineux

Un petit pas lumineux

Depuis ce  » non  » qui m’a invitée à respecter le rythme de ma quête intérieure de sens, de nombreuses choses positives se sont présentées dans ma vie. Le chemin que j’emprunte est toujours incertain, mais sur la route, des puits de lumière m’ont confortée dans l’assurance que j’avais fait le bon choix.

Cela ne signifie pas que le voyage est facile. Je prends des détours, j’avance, je recule, je me perds et d’un coup je retrouve ma route, comme si des anges bienveillants s’arrangeaient pour me faire rencontrer certaines personnes au bon moment juste pour m’aider à avancer. La liste des rencontres improbables et essentielles ne cesse de s’allonger.  La magie de la vie se déploie à mesure que je fais de la place à mon coeur.

La vie m’a fait de jolis cadeaux sur le chemin et en même temps j’ai été obligée avant de récolter ces fruits d’abondance de passer par une période de chaos où tous mes schémas se sont effondrés.  Il me faudrait plus d’espace pour tout vous raconter. Cela viendra sûrement.

Honnêtement, quand j’ai créé ce blog la révolution intérieure, j’avais surtout besoin d’air, d’oxygène pour laisser libre cours à ma curiosité, à mon inspiration, à ma quête de sens. Je ne pensais pas une seconde à cet instant que ce titre « la révolution intérieure  » qui s’est présenté à moi , -un matin au réveil comme une évidence-, j’allais par la suite le vivre en profondeur dans différents  aspects de ma vie : sur le plan professionnel ET personnel. Mais c’est une autre histoire. Ou plutôt le prolongement de celle-ci. Et cet article est déjà bien long. Alors je vais m’arrêter là.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis pour le moment toujours journaliste. Je collabore avec un magazine positif et inspirant : Happinez. Vous pourrez lire certaines de mes contributions dans le numéro de juillet.  D’autres projets sont en cours et même incertains ils remplissent déjà mon coeur de joie. J’y crois ! Je crois qu’il est possible de vivre la vie qui nous ressemble !

Ce que je sais aujourd’hui c’est que l’artiste en moi à besoin d’exister. Créer est devenu pour moi aussi vital que respirer. Si vous me suivez sur Facebook vous comprendrez mieux mes inspirations du jour ! J’aime tant écrire ! J’aime tant partager. Il ne s’agit pas d’imposer une quelconque vérité. Ce monde est fait de vérités multiples. Il s’agit juste de partager un peu de lumière. Un peu d’énergie positive.

Je connais la valeur des moments heureux, des instants lumineux, car j’ai traversé de nombreuses ombres. J’ai été touchée par des gens qui ont affronté bien des épreuves et sont toujours vivants. Leurs témoignages m’ont apporté tant de lumière ! Tant de clarté ! A mon tour, j’ai envie de la partager.

J’espère vous transmettre cette énergie à travers mes mots. Vos nombreux retours positifs m’encouragent à poursuivre ce blog et surtout à continuer d’écrire. Mon rêve est de publier. Ecrire. Créer. Inspirer. Laissez- moi faire cela. Laissez -moi être cela et je rendrai grâce. Je serai heureuse. Je serai enfin totalement moi. Voilà ce que j’ai envie de dire à Dieu s’il existe ! Peut-être qu’il m’entendra ! Alors, je vais avancer pour concrétiser cette idée.

Et vous ? Où dort votre rêve ? Nous irons le chercher  pour le réveiller !

Nous sommes tous sur le chemin. Et je pars devant en éclaireur. Tout ce que je découvrirai. Je le partagerai. Pourquoi faites-vous ça me direz-vous ? Parce que quand je fais ça, je me sens en accord total avec l’Univers. En paix. En joie. Reliée à vous, reliée à tout. Et cette sensation, je vous le dis, pour moi, c’est ce que j’appelle, le bonheur.

Oui je sais,c’est un peu mystique tout ça, surtout n’ayez pas peur. J’ai les deux pieds bien ancrés dans la Terre. Je lève les yeux au ciel, parfois. Comme un arbre, je me déploie. Et vous êtes avec moi chers lecteurs. Entre ciel et terre. Une forêt de papillons lumineux. Voilà ce que nous sommes ensemble, lorsque nous nous permettons de rayonner notre lumière. N’est-ce pas cela que nous cherchons ici -bas ?

 

Lumineuses pensées à tous.

Sandra C.

©larevolutioninterieure.com

 

 

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Libérez l’artiste en vous !

 » La créativité est contagieuse. Faites-là tourner ». Albert Einstein

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Chez mon amie Karine !

Un matin, ma fille de 6 ans se lève et me dit au petit -déjeuner : «  Maman. Je suis sourde la nuit« . Elle voulait tout simplement me dire que le bruit du dehors ne l’avait pas dérangée. Je lui réponds :  » C’est joli ma chérie ce que tu dis. On dirait un poème« . Et je m’empresse de noter sur mon carnet sa jolie phrase. Elle poursuit alors :  » Je suis sourde la nuit. Je n’entends aucun bruit. Je n’entends que les moineaux chanter. Le ciel est tout calme. Et la lune dit : faites de beaux rêves ». C’était frais, spontané, et si joli !

Cette conversation avec ma fille  m’a fait remonter le temps, à l’époque ou j’étais comme elle inspirée par tout et rien, plongée dans mon imaginaire fertile, qui créait mille poèmes, mille histoires,  mille spectacles et mille danses. Pourquoi tout ceci s’est arrêté un jour?

Je me revois jeune adulte, bonne élève, focalisée sur mes études universitaires. Je n’ai plus de rêves mais des objectifs : réussir, gagner ma vie, trouver du travail, faire ma place, monter haut sur l’échelle sociale. Plus question d’avoir la tête dans les étoiles. La lune n’a jamais nourri personne me disait-on.

Et pourtant. Ma fille me rappelle tous les jours à quel point c’est faux. Elle se nourrit de jolis mots, de dessins colorés  et elle me nourrit également, car quand je regarde ses créations cela me fait du bien. Elles éclairent ma journée.  Au quotidien, mon travail me pousse à écrire froidement, sans affects, je dois être objective, synthétique, informative. Ma créativité est limitée. C’est pour cette raison que j’ai créé ce blog, pour retrouver de la liberté.

Et si la créativité était finalement plus essentielle que je ne le pensais ?  Ma question a trouvé une réponse grâce à ma rencontre sur le net avec la blogueuse québécoise Manon Lavoie, créatrice du site mcommemuses.com.

Manon Lavoie, créatrice de mcommemuses.com

Manon Lavoie, créatrice de mcommemuses.com

Manon est une jeune femme de 37 ans. Elle vit à 40 km de Montréal. Il y a 4 ans, elle a décidé de mettre la créativité au coeur de son existence. Pendant de nombreuses années, comme de nombreuses femmes, elle a délaissée l’artiste en elle, pour se consacrer à sa  » carrière ». Manon travaillait dans la communication et le marketing. A la naissance de son premier enfant pourtant, quelque chose s’est passé. Un déclic, un changement, une subtile transformation. La créatrice en elle s’est réveillée. La muse tapie au creux de son coeur avait besoin d’espace pour exister. Un besoin si vital que Manon a eu le courage de quitter son emploi, pour créer la vie dont elle rêvait et pour motiver les autres à faire de même.

Elle partage avec nous son histoire, son parcours et sa vision de la créativité.

Sa  révolution intérieure  m’a enthousiasmée. Je remercie ici Manon, d’avoir pris le temps d’échanger avec moi via Skype et je remercie la photographe québécoise Anne Jutras de m’avoir fait découvrir son univers !

J’espère que l’histoire de Manon vous inspirera comme elle m’a inspirée !

« La créativité, c’est percer le banal pour trouver le merveilleux « . Bill Moyers

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– Bonjour Manon. Peux-tu nous parler de ton parcours. Comment  la créativité s’est -elle imposée à toi ? 

– Je crois que petite déjà j’avais une grande soif de quelque chose. Mais je ne savais pas exactement de quoi. En grandissant, mon esprit rationnel a pris le dessus. Plus j’avançais dans mes études en relations publiques où je réussissais plutôt bien, plus je me mettais de pression. Je pensais toujours à la prochaine étape. Quand je suis entrée sur le marché du travail, c’était l’aboutissement d’une longue lutte. J’aurai dû être heureuse. Et pourtant je ne l’étais pas. J’ai commencé à travailler dans le milieu de la mode mais je ne m’y reconnaissais pas. J’ai changé d’emploi, j’ai travaillé dans la communication. J’aimais relier les gens entre eux. Et puis je suis tombée enceinte de mon premier enfant. Et quelque chose a changé. Ici au Québec, nous avons un an de congé maternité . Je me suis dit que j’allais en profiter pour faire le point. Le fait est que lorsque j’ai tenu mon bébé dans mes bras, je n’avais plus envie de retourner travailler. Je n’avais plus envie de déployer autant d’énergie pour mon job. Je me sentais tellement vivante pendant cette grossesse. C’est ce qui m’a donné le courage de quitter mon travail. Le jour où j’ai démissionné a été le plus beau de ma vie.

– Comment as-tu géré ce passage. Toi qui était indépendante financièrement ?

– Quand j’ai déposé ma démission. Mon boss voulait me retenir en me proposant un meilleur salaire. Et pourtant cela n’a pas suffit à me faire changer d’avis. Moi qui avait tellement peur de l’insécurité financière, j’ai réussi à me dire :  » Non ! Maintenant je suis riche même si sur mon compte c’est tout l’inverse ». Alors biensûr mon mari a été super. Il a suivi.  Je suis restée active, j’ai commencé à travailler depuis chez moi en free-lance. Je rédigeais des communiqués de presse. J’ai eu mon second enfant. J’ai été également rédactrice-en-chef d’un magazine web.  Mais là encore j’étais dans le syndrome de la performance. Comme si je devais prouver à l’extérieur que je méritais de vivre. Un jour j’ai décidé, de lâcher prise et de cesser de courir après tout. La semaine suivante,  j’apprenais que j’étais enceinte de mon troisième enfant. Je crois que chaque enfant que nous portons nous apporte une énergie particulière. Et ma petite Olivia m’a apporté énormément. J’ai renoué avec ma créativité. Moi qui avais toujours pensé ne pas être manuelle, je me suis mise à faire de la couture. J’ai acheté une vieille machine à coudre. Je ne savais même pas comment mettre le fil. Et puis un soir, je me suis dit :  » Arrête ! » J’ai donné mon bébé à mon mari, j’ai pris un verre de vin et je me suis mise à fabriquer ma première pochette en tissu.

– La porte de ta créativité s’est ouverte alors ?

-Oui. J’ai commencé à faire des photos, à écrire. Cela m’a transformée. J’avais le sentiment de me mettre au monde. Moi qui projetais tout le temps ma vie dans le futur. J’ai commencé à vivre l’instant présent. Et puis j’en suis venue à créer des ateliers pour développer la créativité d’autres femmes. J’ai créé un blog, puis j’ai organisé des escapades avec des femmes pour les aider à se reconnecter avec elles-mêmes grâces aux arts -créatifs. Un jour une ancienne connaissance m’a demandé de faire une conférence sur la créativité. Je me disais, mais pourquoi moi, je ne suis pas légitime, j’étais touchée par le syndrome de l’imposteur.  Mais j’y suis allée. Malgré tout je me suis dit qu’il fallait guérir quelque chose en moi. J’ai suivi une formation de coaching et cela apaisé mon mental. Mais j’ai compris que j’avais déjà tout en moi pour faire ce que je voulais faire : aider les femmes à renouer avec leur créativité. J’ai décidé de partager ce que j’avais appris sur mon propre chemin. M comme Muse est né comme cela.

– Quel est l’objectif de ce projet ?

– J’utilise toute forme d’expression et j’invite les femmes à vider leur tête pour renouer avec leur coeur. Ce qui compte ce n’est pas le résultat, c’est le processus. C’est faire quelque chose qui nous fait du bien. C’est un retour vers soi. J’ai beaucoup de clientes qui sont des femmes d’affaires, toujours pressées. Des dirigeantes débordées. Je leur offre un espace où elles peuvent s’oxygéner.

– En quoi cela est-il important de se relier à sa créativité ?

– J’ai appris que à force de vivre dans le mental on finit par subir notre vie. Nous fonctionnons alors en pilote automatique. Je crois que la créativité c’est un espace à explorer. Elle est en chacun de nous. C’est un état naturel, notre part intuitive. Nous sommes tous uniques. Nous ne pouvons pas être heureux en nous censurant sans cesse. Beaucoup de femmes vivent également dans la culpabilité, elles ne prennent pas de temps pour elles. Pourtant, lorsque nous faisons des choses pour nous-mêmes, nous nous remplissons d’une énergie que nous redonnons aux autres. Quand tu donnes beaucoup d’énergie pour quelque chose qui ne te remplit pas. Tu te vides. C’est un chemin de tous les jours d’apprendre à se faire confiance, à oser s’exprimer. Mais c’est un processus qui fait grandir et qui amène à un bien-être durable.

– Quel est le message que tu souhaites faire passer aux femmes et aux hommes aujourd’hui ?  

– Je crois qu’il est sain d’oser prendre le temps de ne rien faire. Nous sommes tous tellement sollicités. C’est important de s’offrir son espace à soi, car c’est dans le moment présent que tout se joue. C’est important également d’être bienveillant avec soi, de pleurer ses doutes, ses colères. On peut exprimer ses frustrations à travers l’écriture par exemple, c’est libérateur. Ce processus est guérisseur et il nous permet d’aller plus loin dans notre vie. On devient alors des créateurs !

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin :

– Un très beau coffret-jeu pour renouer avec sa créativité féminine !

-Et le site de Manon Lavoie !

Carl G. Jung : le psychanalyste de l’âme !

« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. »

Carl Gustav Jung ( 1875-1961 )

Carl Gustav Jung ( 1875-1961 )

Carl Gustav Jung

Carl Gustav Jung est un psychanalyste oublié. Sa pensée, ses concepts, sa façon même d’appréhender la psyché humaine sont restés ces dernières décennies, en particulier en France,  dans l’ombre du célèbre Sigmund Freud, dont il a été par ailleurs le disciple, avant de suivre sa propre voie.

Pionnier de la psychologie des profondeurs, Carl Gustav Jung n’a jamais cessé d’explorer la réalité de l’âme, en recherchant l’équilibre entre le monde matériel et le monde spirituel. C’est en m’intéressant à ce médecin suisse boudé par les facultés de psychologie françaises, au profit de Freud et de Lacan que j’ai découvert le centre européen d’études jungiennes, situé à Strasbourg. Cette association a pour objectif de faire connaître la pensée de Jung dans sa diversité et dans sa modernité.

J’ai profité d’une escapade dans la capitale alsacienne pour échanger avec le Président de cette association, Jean-François Alizon. L’oeuvre de Carl Gustav Jung éclaire son chemin personnel depuis près de 30 ans. Je le remercie ici d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Jean-François Alizon Président du centre européen d'études jungiennes

Jean-François Alizon Président du centre européen d’études jungiennes

-Bonjour Jean-François Alizon. Pouvez -vous nous présenter votre association ? Quelle est sa vocation?

– Le centre européen d’études jungiennes réunit un cercle de personnes issues de milieux très divers qui s’intéressent à l’oeuvre de Carl G. Jung . C’est une association qui compte une soixantaine d’adhérents et près de 150 sympathisants. Elle a été créée par la psychanalyste jungienne Brigit Soubrouillard il y a une quinzaine d’année. Nous comptons parmi nous des psychologues bien sûr mais aussi des étudiants en psychologie, en sociologie, des éducateurs et des artistes. Nous organisons régulièrement des conférences destinées à un public large. Cette année nous parlerons du célèbre « Livre rouge « de Jung. Le thème de cette année au CEEJ est “Folie et inspiration” la folie au sens des Grecs, dans ce qu’elle peut avoir de positif pour nous révéler à nous mêmes. Nous recevrons par exemple un égyptologue qui nous parlera du pouvoir symbolique des hiéroglyphes pour comprendre la folie dans l’Egypte ancienne. Notre objectif est de mettre la pensée de Jung en perspective avec d’autres disciplines.

Comment Carl G. Jung est-il entré dans votre vie ? 

– On peut dire que Jung a éclairé mon chemin personnel et pourtant je ne suis pas psychanalyste. Je suis diplômé de théologie protestante et je suis musicien. Je joue de la flûte ancienne dans un ensemble de musique de chambre.  J’ai enseigné pendant de nombreuses années la musique au conservatoire de Strasbourg. Dans les années 80,  j’enseignais la musique et puis vers l’âge de 36 ans, j’ai vécu une sorte de crise de sens. Comme beaucoup de gens, à cet âge de la vie, je me suis remis en question. J’avais suivi une formation en théologie, mais elle ne m’apportait plus les réponses dont j’avais besoin. A cette époque je me sentais  » à côté  » de ma vie. J’avais besoin de réconcilier mon chemin spirituel et ma pratique d’enseignant.

Un jour, par hasard, je découvre dans une libraire un livre qui retient mon attention. C’était un livre de Jung  » Psychologie et alchimie« . Cela m’a interpellé. Pour moi, l’alchimie n’avait aucun rapport avec la psychologie.  Je n’ai pas compris grand chose à ce livre, mais il a aiguisé ma curiosité. Petit à petit j’ai découvert le symbolisme et surtout la démarche de Jung qui propose de réconcilier le matériel et le spirituel. Toute son oeuvre est une recherche d’équilibre entre des notions opposées : le masculin et le féminin, le bien et le mal, le conscient et l’inconscient. Jung nous invite aussi à écouter notre inconscient, à négocier avec lui. Ce processus permet de trouver des réponses à des questions insolubles.

-En quoi cette découverte  a-t-elle influencé votre vie par la suite  ?

– J’ai donné un autre sens à mon métier. J’ai réfléchi sur moi. J’ai décidé de donner autre chose à mes élèves qu’une simple technique et je me suis davantage concentré sur leur bien-être. Je me suis rendu compte que en étant davantage tourné vers ma propre sensibilité et en me concentrant sur ma façon d’être, je pouvais alors par symbiose leur offrir une autre relation avec la musique. Je me suis autorisé à vivre mon intériorité à l’extérieur.

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Quels sont les concepts qui vous ont aidé à réaliser votre propre alchimie intérieure ?

– Alors que pour Freud, l’inconscient est un placard où l’on aurait mis tout ce que l’on ne voulait pas, pour Jung au contraire l’inconscient est un espace qui contient une grande richesse. Il est constitué de nos difficultés mais aussi de nos potentialités niées.  Jung nous invite donc à nous mettre à l’écoute de notre inconscient afin de nous relier à une sorte de matrice vivante et créatrice. Lorsque nous nous écoutons, que nous nous tournons vers l’intérieur, nous donnons la possibilité à notre inconscient de dire des choses à travers les rêves par exemple. C’est fondamental pour un artiste d’être en contact avec ce champ là. Jung a mis des mots et des concepts sur ce que je cherchais à comprendre rationnellement et que je vivais intérieurement.

-Jung a été le disciple de Freud, avant de prendre ses distances. Qu’est ce qui les opposait ?

-Freud était  préoccupé de construire une théorie scientifique qui puisse rendre compte des mécanismes de l’inconscient. Il était marqué par le rationalisme et le scientisme de son époque. Jung au contraire était marqué par Kant et le romantisme allemand, ce qui l’a poussé à considérer avant tout son expérience intérieure. Il pensait que nous ne  pouvions nous connaître qu’à travers notre subjectivité. Il a observé son propre monde intérieur,  il était très réceptif, il avait conscience de la dualité. Ses concepts sont nés de sa propre exploration intérieure. Leurs divergences sont nombreuses.  Alors que Freud voit les rêves comme l’expression de nos désirs refoulés, Jung en revanche estime que les rêves nous révèlent notre vie intérieure et nous indiquent le chemin de notre réalisation profonde.

Jung a aussi beaucoup voyagé en Afrique notamment et il a compris que nous étions constitués de forces originelles, qui sont présentes dans chaque être humain au -delà de la culture, c’est ainsi qu’il a défini le concept d’archétypes.

C’est lui aussi qui a découvert ce qu’il a appelé la “synchronicité”. Lorsqu’une coïncidence se produit entre des faits matériels et un tournant important de notre évolution intérieure, on peut parler de “synchronicité ». Ce n’est pas une simple coïncidence, mais un évènement marquant, qui surprend et frappe la personne à ce moment là. Une rencontre, un livre peuvent arriver jusqu’à nous et répondre à nos préoccupations profondes et ainsi accélérer notre évolution.

Jung va donc très rapidement émettre des réserves sur la prédominance de la sexualité et des désirs refoulés de la théorie freudienne et Freud va regarder d’un très mauvais oeil le goût de son disciple pour l’irrationnel. Si Jung est accueilli les bras ouverts dans les pays anglo-saxons, un air de suspicion flottera toujours sur son oeuvre en France à cause de son intérêt pour le monde invisible, les expériences paranormales et le spiritisme, qu’il voit avant tout comme des manifestations de forces inconscientes et aussi à cause de la manière souvent déconcertante de ses ouvrages, qui sont souvent plus une descente dans l’expérience et une ouverture pluridisciplinaire que des écrits dans le mode universitaire en usage en France.

– En quoi la pensée de Jung peut-elle selon vous répondre aux interrogations de notre époque ?

-Nous constatons que de nombreuses personnes sont à la recherche de sens dans leur vie. Actuellement  notre société matérialiste est traversée par une crise économique et une crise intérieure. Quelque soit leur âge ou leur métier, les personnes qui viennent vers nous souhaitent retourner à la source de l’être humain. Jung apporte des réponses car il n’a jamais opposé le matériel et le spirituel, il a cherché au contraire à en faire des forces complémentaires. Ce qu’on constate également c’est que les personnes qui se tournent vers Jung réalisent un travail des profondeurs et ils deviennent ainsi plus créatifs. De nombreux artistes et pédagogues s’inspirent de sa pensée.

Je crois que le matérialisme de notre époque ne répond pas aux aspirations profondes de l’être humain. Il est peut-être temps de réinventer une religion qui n’est pas reliée à un Dieu extérieur à nous. Une religion où l’on apprendrait à lire à l’intérieur de nous-même pour vivre en relation avec nos  forces profondes. C’est peut-être cela le réel défi du 21ème siècle.

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Liens pour aller plus loin :

– Le programme des conférences du centre européen d’études jungiennes de Strasbourg

-Les associations jungiennes en France

-L’association des analystes jungien au Québec

-La biographie de Carl Gustav Jung

-Un site d’information sur Jung

Un livre pour découvrir Jung :  » Ma vie : souvenirs, rêves et pensées  »

8, 60 euros chez Folio