L’optimisme sans frontières !

« Une personne optimiste ne refuse pas de voir le côté négatif des choses, elle refuse de s’attarder dessus ».

Alexander Lockart (1841-1900 )

Photo : Gregory Criteau du blog http://gregorycriteau.wordpress.com/

Photo : Gregory Criteau du blog http://gregorycriteau.wordpress.com/

Depuis quelques semaines, je découvre régulièrement dans la presse des articles qui abordent sous différents angles le pessimisme des Français.  J’ai donc décidé de rééquilibrer la balance, en vous parlant aujourd’hui d’un mouvement philosophique et intellectuel qui s’étend à travers le monde depuis quelques années : la ligue des optimistes sans frontières.  Cette association a été créée par un homme tout à fait surprenant, Luc Simonet. Il y a quelques jours, il a laissé un commentaire sur ce blog. J’ai naturellement été intriguée par sa démarche et j’ai voulu en savoir plus.

Luc Simonet : Fondateur de la ligue des optimistes sans frontières

Luc Simonet : Fondateur de la ligue des optimistes sans frontières

Luc Simonet est un avocat fiscaliste belge. En 2005, il fonde la Ligue des optimistes de Belgique. Un mouvement destiné à promouvoir l’optimisme et l’enthousiasme comme philosophie de vie. Aujourd’hui son association s’est développée dans plusieurs pays : en France, aux Pays-Bas, au  Bénin, en Allemagne, entre autres.

La ligue des optimistes regroupe des intellectuels, des écrivains, des chercheurs autour de valeurs positives. En France, La ligue des optimistes compte actuellement près d’un millier de membres parmi lesquels : les écrivains Eric-Emmanuel Schmitt, et Erik Orsenna, le moine bouddhiste Mathieu Ricard, Philippe Bobola, physicien, biologiste et anthropologue ou encore Philippe Gabilliet, docteur en sciences de gestion.

 

Photo : Christophe du blog photobach.wordpress.com

Photo : Christophe du blog photobach.wordpress.com  *

Rencontre avec optimiste réaliste !

– Bonjour Luc Simonet. Qu’est- ce qui vous a poussé à créer l’association La ligue des optimistes ?

– Tout a commencé il y a presque 7 ans. J’étais avocat fiscaliste et puis un jour je me suis rendu compte que lorsque mes clients m’appelaient, je ne les écoutais plus. J’avais perdu l’enthousiasme. J’ai réuni mes collaborateurs et je leur ai dit, je vous laisse les clés de la boutique. Je leur ai annoncé que je prenais un congé sabbatique d’un an. J’ai d’abord occupé mes journées à jouer au golf et puis il y a eu un déclic pendant des vacances en Toscane. Mes enfants n’arrêtaient pas de se plaindre de la pluie. Je leur disais :  » Mais non , dîtes plutôt que c’est une belle journée de pluie » ! J’ai eu l’idée de créer des parapluies avec cette inscription ! En rentrant en Belgique, j’ai décidé de faire fabriquer 50 parapluies avec cette phrase, juste pour mon plaisir ! J’ai raconté cette histoire à des amis et on s’est dit que nous devrions créer une association pour promouvoir l’optimisme. Il y a  tout de suite eu un élan et un enthousiasme incroyables ! En 2005, on a commencé avec 175 membres, aujourd’hui l’association en compte 5000 en Belgique et 15000 personnes sont abonnées à notre Newsletter dans le monde ! Finalement, je n’ai jamais autant travaillé que durant ce fameux « congé sabbatique  » !

– Quel est le message que vous souhaitez faire passer à travers cette association?

– Je ne défends pas un optimisme béat. Je pense plutôt que nous sommes maîtres de nos pensées et que nous sommes responsables de notre bonheur. L’optimisme n’est pas une aptitude congénitale au bonheur qui nous affranchirait des problèmes douloureux et des grands chagrins de notre vie. Je crois que l’optimisme est un apprentissage par lequel, à partir d’une décision consciente, l’homme se construit dans la connaissance de lui-même, grâce à une forme de discipline intérieure. La confiance est lumineuse. Elle est à l’opposé de nos peurs,  qui souvent sont arrimées à l’ignorance et en particulier la peur de l’autre dans ses différences, de l’autre si différent de moi socialement et culturellement, de l’autre dont la peau n’a pas la même couleur que la mienne, de l’autre qui pratique une autre religion, de l’autre qui parle une autre langue.

Notre association ne cherche pas à convaincre les pessimistes, les sceptiques ou autres cyniques. Elle s’adresse aux personnes qui ont opté pour l’optimisme. En se réunissant, elles augmentent ainsi la force et l’efficacité de leur enthousiasme.

– Mais n’est-ce pas utopique en ces temps de crise ?

– Justement la crise est peut-être l’ opportunité de changer notre façon de regarder le monde. Quand je vois ces financiers qui dominent la planète, je me dis que cela ne peut pas durer ainsi. On va droit dans le mur si on suit le modèle d’expansion occidentale. On épuise les ressources et la vie finira par ne plus être possible sur la Terre. Je crois qu’il est temps de nous demander ce que nous voulons. Nous avons le devoir d’inventer un nouveau modèle. Et pour moi, l’être humain doit revenir au centre de ce nouveau paradigme.

– Et vous ? Comment faites-vous pour rester optimiste ?

-Je pense être optimiste de nature mais je suis toujours sur le fil du rasoir. C’est pour cela que l’optimisme, cela demande une sorte de discipline. Il faut constamment réajuster ses pensées. Mon expérience m’a démontrée que lorsqu’on est optimiste on attire les gens. On rencontre souvent les personnes dont on a besoin pour évoluer. Il y a une véritable énergie qui naît de ces rencontres. Je fonctionne beaucoup comme cela. Un jour par exemple, une dame à l’issue d’une conférence en Belgique, m’a parlé d’un jeune garçon libanais, qui avait perdu ses bras et ses jambes et qui était passionné par internet. Son prénom m’a interpellé, il s’appelait Saad Saad. En anglais cela veut dire triste. En arabe, cela signifie heureux. Et je me suis dit , ce garçon, je vais l’embaucher car j’ai besoin de quelqu’un pour gérer le site web de l’association. Et je ne regrette pas mon choix ! Il est formidable. Mon ami, Eric-Emmanuel Schmitt à qui j’avais raconté cette anecdote, l’a repris dans l’un des ces livres, d’ailleurs.

– Quels sont vos projets en cours ? Et quels sont vos objectifs ?

– Nous avons organisé de nombreux évènements en Belgique. Nous avons par exemple habillé un tram de Bruxelles de rose en pleine crise politique. Les gens ont bien réagi ! Nous avons également financé un projet fou : une voiture a fait le Paris-Dakar sans une goutte de pétrole .

Le Paris-Dakar sans pétrole !

Le Paris-Dakar sans pétrole !

Cela fait parler de notre philosophie d’une manière légère. Nous organisons également des conférences et de nombreux intellectuels nous rejoignent dans cette aventure. J’aimerais vraiment que ce mouvement touche toutes les classes sociales et pas seulement les intellectuels. Nous avons également créé un nouvel état que j’ai appelé « l’Optimistan ». L’Optimistan, est un état métaphorique, sans territoire physique, dont les optimistes sont les citoyens. C’est l’état de conscience selon la pensée de Pierre Teilhard de Chardin qui disait qu’à mesure que le monde se complexifiera, il conviendra d’en élever l’état de conscience. J’espère que de nombreuses personnes nous rejoindrons ! Je crois aussi beaucoup au partage de connaissances. Il y a tant de choses à découvrir sur l’être humain, sur ses forces, mais aussi sur les liens qu’il entretient avec l’univers. C’est une aventure passionnante et je suis heureux d’y prendre part !

 

 

 

 

 

 

 

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin :

Le programme des conférences en Belgique

La ligue des optimistes de France

*Merci à Christophe du blog photobach et à Grégory du blog Macro Polo d’avoir accepté de collaborer avec la Révolution intérieure  ! Grégory a réalisé sa photo spécialement pour cet article ! C’est une joie d’être dans la co-création !

Et si l’intelligence collective pouvait changer le monde ?

Il y a quelques semaines, ma route a croisé celle d’Audrey Jammes à Paris. Cette jeune diplômée française a suivi un MBA Managment à l’Université Laval de Québec au Canada. Initiée aux systèmes d’intelligence collective, elle a consacré son mémoire à l’innovation participative. Elle a conforté une intuition qui trotte dans ma tête depuis toujours : la collaboration est plus efficace à long terme que la compétition !

L’intelligence collective  c’est quoi ?

C’est le chercheur Jean -François Noubel qui a défini cette notion. L’idée est que dans des groupes humains  (de la tribu, en passant par l’équipe sportive ou l’entreprise ),  la répartition des tâches se fait naturellement en fonction des talents de chacun. Lorsque les conditions sont réunies pour favoriser cette collaboration naturelle, émerge alors une  sorte d’énergie supérieure au groupe qui naît de l’harmonisation de la créativité de chacun. Les individus travaillent alors ensemble pour un objectif commun.

L’intelligence collective s’observe principalement chez les insectes sociaux (fourmis, termites et abeilles), les animaux se déplaçant en formation (oiseaux migrateurs, bancs de poissons) et, dans une moindre mesure, les mammifères sociaux chassant en meute (loups, hyènes, lionnes). Les points communs de ces diverses espèces sont exactement ceux qui caractérisent l’intelligence collective. Cette définition fait écho à  l’être humain qui est aussi  un animal social. Il a besoin fondamentalement de lien. Il s’épanouit lorsqu’il se sent utile et lorsqu’il aime ce qu’il fait.

Audrey Jammes est consultante et experte en intelligence collective des organisations. Au quotidien son métier consiste à développer la créativité  dans une équipe de travail. Elle propose aux entreprises d’appliquer les principes de l’intelligence collective dans le but de de stimuler l’innovation. Selon elle, pour qu’un groupe fonctionne et soit créatif,  il est important que les relations interpersonnelles soient bienveillantes.

«  Les idées nouvelles  ne peuvent pas naître dans un espace où les propositions de chacun sont constamment jugées « , précise Audrey. «  Il est important lors des réunions d’apprendre à parler au « je « . Lors des brainstorming on a tendance à évaluer les propositions des autres de manière automatique à grand renfort de c’est génial ou de pas terrible. Du coup en réagissant ainsi, on va forcément exclure ceux qui ne partagent pas les idées  du groupe. C’est ce qui fait que bien souvent dans certaines réunions, de nombreuses personnes ne s’expriment pas, par peur de s’opposer à la majorité. Si on suit les enseignements de l’intelligence collective, en revanche, on privilégie un tour de table où chacun rebondit sur les idées des autres ! Cela nécessite une bonne qualité d’écoute! On sort alors du rapport de force, de la lutte pour le pouvoir et on peut vraiment construire collectivement un projet, avec les idées de chacun « , développe la jeune consultante.

Audrey constate que cette façon de procéder rencontre des résistances dans les entreprises françaises.  » Nous vivons en France dans une culture où la hiérarchie est très importante« , observe-t-elle. Elle se souvient de ce dirigeant  qui ne voyait pas l’intérêt d’ inclure les agents d’entretien dans le projet de l’entreprise. » Ces patrons ont du mal à déléguer les tâches et à faire participer chaque salarié dans la vie de l’entreprise« , précise-t-elle.

Les conditions qui favorisent l’innovation !

 » Innover ce n’est pas avoir une nouvelle idée, c’est arrêter d’avoir une vieille idée »

 Edwin Hebert Land inventeur et physiscien.

Dans un monde en constante mutation, l’innovation est la seule manière pour les entreprises de s’adapter à un marché de plus en plus concurrentiel. Pour faire émerger des idées innovantes, il faut pouvoir créer les conditions favorables à l’expression de la créativité. Alors comment faire pour permettre à des idées nouvelles de naître ? Certaines entreprises particulièrement innovantes comme Google appliquent déjà  certains  principes. Ces entreprises ont compris que mettre ses salariés sous pression était contre-productif.

 » Du coup ces entreprises laissent du temps à leurs employés, ils travaillent dans un espace agréable où tout est fait pour encourager des pauses. Il n’y a pas la pression du résultat et cela stimule la créativité« , explique Audrey Jammes.

Mais l’innovation ne s’arrête pas au seuil de l’entreprise. Une société humaine peut aussi évoluer grâce à de nouveaux courants de pensée artistique ou scientifique. Et on constate que ces sauts de conscience se produisent lorsque des personnes partageant les mêmes valeurs se regroupent pour développer et diffuser des idées nouvelles.

Selon le journaliste et écrivain américain Kevin Kelly : “Nous devrions considérer les idées comme des connexions entre les neurones de notre cerveau, comme entre les gens. Les idées ne sont pas des choses en elles-mêmes. Elles s’apparentent plus à des écologies ou à des réseaux. Elles voyagent en groupe.

Kevin Kelly est un journaliste et écrivain américain basé  à Pacifica, une petite ville côtière au sud de San Francisco en Californie. Il a contribué au lancement du magazine Wired dont il a été le rédacteur en chef pendant 7 ans dans les années 90. Il a écrit pour le New York Times , The Economist , et  le Wall Street Journal. Il est l’auteur d’ Out of Control et de différents best-sellers dans lesquels il développe de nouvelles règles pour une  nouvelle économie. Son site web est ici www.kk.org . Et j’y ai trouvé plein de choses intéressantes !

Cela nous enseigne l’ importance du réseau. Il est essentiel de se regrouper par centres d’intérêts et de valeurs pour commencer à créer les conditions favorables à l’innovation et à l’émergence de nouvelles idées. Il semble également important de nouer des relations authentiques et bienveillantes pour créer l’espace où chacun pourrait  s’exprimer. Les cerveaux connectés comme des ordinateurs  pourraient ainsi mettre en commun leur capacité de stockage et d’analyse, ce qui serait plus efficace et plus puissant.

Internet nous offre déjà la possibilité de nous relier quelque soit le lieu où nous vivons sur cette planète. Je constate régulièrement que mes amis blogueurs qui partagent mes passions, écrivent régulièrement sur des sujets qui font écho aux miens, au même moment, alors que nous ne nous concertons  pas et que nous vivons dans des pays différents ! Et cela renforce et nourrit notre inspiration collective.

Alors regroupons- nous, inspirons-nous les uns des autres, et nous changerons peut-être le monde  !

 » Rien dans l’univers ne saurait résister à l’ardeur convergente d’un nombre suffisant d’intelligences regroupées et organisées »

Theilhard de Chardin