Eloge de la sensibilité !

 » Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière « 

Michel Audiard

" Quiétude " Sandra C.

 » Quiétude  » par Sandra C.

J’aime bien cette toile. Elle reflète l’aspect mouvant de mes états d’âme. Du bleu au gris. Du gris au bleu. La palette de mes émotions change constamment comme la mer en mouvement. Il faut donc apprendre à aller avec le courant. Ne pas retenir mais laisser être ce qui a besoin de s’exprimer dans l’instant. Ce n’est pas toujours facile de mettre des mots sur ce que l’on ressent, encore moins de l’exprimer à un autre. De plus en plus, j’apprends à le faire et surtout à réhabiliter cette partie de moi qui m’aide à appréhender le monde d’une manière souvent beaucoup plus directe que ma raison : ma sensibilité.

Ma raison analyse, trie, catalogue , étiquette, range, les données que le monde m’envoie.  Ma sensibilité accueille, ouvre, embrasse  et me relie aux autres et au monde, sans filtres. Bien souvent, c’est elle qui m’aide à voir et à sentir le beau, le bien, le bon autour de moi et surtout en moi.

Quand je plonge dans un rayon de soleil, en ouvrant tous mes canaux sensoriels, le temps s’arrête et je deviens le soleil. C’est comme si je respirais le soleil et qu’il me nourrissait de l’intérieur de sa bienfaisante chaleur.

Longtemps, pourtant je me suis coupée de ma capacité à ressentir. Mon rapport au monde était essentiellement intellectuel. Je pensais le monde. Je me réfléchissais en permanence. En réalité, j’étais sous anesthésie. Je me suis lancée corps et âme dans les études, j’envisageais mon existence en terme de stratégie, j’étais très forte pour créer avec mon esprit des plans qui en toute logique devaient aboutir aux meilleurs résultats.

Bref, tout était sous contrôle par le seul pouvoir de ma volonté. Ce n’est pas que je ne ressentais rien. Je n’étais simplement pas à l’écoute de mes ressentis. Je les mettais de côté quand ils me dérangeaient afin que la réalité colle avec mes plans. Les émotions me faisaient très peur. Perdre le contrôle me terrifiait.

Jusqu’au jour ou cette façon de fonctionner a volé en éclat comme j’en témoigne dans le billet Les bienfaits d’une crise intérieure. Perdre tout contrôle a sans doute été l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’a faite.

En me découvrant, un potentiel artistique, j’ai compris qu’en fait, au plus profond de moi j’étais d’abord un être sensible avant d’être un être pensant.

Et que cette sensibilité était une force.

Longtemps, j’ai cru qu’elle était mon ennemie, voire un cadeau empoisonné, et même une compétence socialement inacceptable car souvent associée à la faiblesse d’âme.

Enfant, je me souviens, que les films tristes me faisaient pleurer à sanglots si forts que mes parents me sermonnaient en me disant : » Mais ce n’est qu’un film, tu es trop sensible ! « .

Depuis l’enfance , il n’y a pas de différences entre moi et un autre être humain. Je me sens spontanément reliée à ses émotions. Je peux les ressentir dans mon propre corps.

Cette empathie a longtemps été une sorte de boulet, car si en théorie tout le monde s’accorde pour dire que l’empathie est une qualité humaine positive, en réalité, elle est rarement accueillie à sa juste valeur par exemple dans le monde du travail qui manque de nos jours cruellement de bienveillance et donc d’empathie.

L’empathie et le chacun pour soi ne font pas bon ménage.

L’empathie est pourtant essentielle car c’est elle qui nous permet de nous mettre à la place d’un autre afin de le comprendre. Il s’agit de trouver le juste équilibre. Ne pas absorber les souffrances des autres, mais être capable de prendre en considération cette source d’information directe qui passe par le corps et non par la pensée.

La sensibilité n’a rien à voir avec la sensiblerie. Elle a été tant dénigrée que pour nous protéger de la moindre émotion, du moindre élan sincère de notre coeur, nous avons construits des armures qui nous amènent à nous combattre plutôt qu’ à nous rencontrer.

Aujourd’hui j’ai remis ma sensibilité au coeur de mon existence. C’est elle qui me permet de m’émouvoir de la beauté, c’est elle qui me guide quand mon esprit analytique ne sait plus très bien quelle direction prendre, c’est elle qui fait de moi un être humain et pas un robot calculateur et froid.

Je suis sensible. Je suis même hypersensible. La violence du monde a pu me faire vaciller. Parfois c’était si insoutenable, que j’ai prié de devenir une pierre pour enfin ne plus rien sentir. Mais ce n’est pas la bonne méthode.

La violence du monde existe c’est un fait. Mais suis-je obligée de m’y connecter en permanence ? Non. Aujourd’hui j’essaie juste d’être à l’écoute de mes émotions, de les accepter, de les accueillir, puis de les transformer à travers la peinture et l’écriture.

Ma sensibilité m’aide aujourd’hui à transmettre une forme d’énergie positive.

Si votre sensibilité est plus développée que la moyenne, soyez encouragez à la mettre au service des autres. Aujourd’hui je peux affirmer que c’est un don et pas un cadeau empoisonné. Un don qui fait de vous un être pleinement humain.

Et ce monde à besoin d’humain comme vous, pour se souvenir, que l’essentiel se trouve à l’intérieur de chacun, derrière les apparences.

Osez exprimez vos ressentis à travers des pratiques qui vous inspirent, car chaque expression est unique et apporte quelque chose aux autres.

La vie émotionnelle, c’est un peu une terre inconnue. L’exploration en vaut la peine. Au coeur de ce territoire réside pourtant notre intelligence intuitive, directe.

Dans un monde en perpétuel mouvement, il est plus que jamais important à mes yeux d’apprendre à l’utiliser et à en faire une force lumineuse.

Aujourd’hui les gens pensent trop et ne ressentent pas assez.

Sandra C.

 

Les héroïnes du présent !

Héroïne : Sens 1 : Femme qui fait preuve d’un grand courage

                   Sens 2 : Femme qui tient le rôle principal dans une histoire

Dictionnaire Larousse

" La joueuse de Saz " Wontner ( 1857-1930)

 » La joueuse de Saz  » Wontner ( 1857-1930)

N’est-il pas saisissant ce portrait de femme ? J’y vois une femme déterminée à jouer sa propre musique. Elle est belle,  un peu mystérieuse, évanescente, présente. Les oeuvres des artistes agissent souvent comme des miroirs. On y plonge sans trop comprendre pourquoi et quelque chose s’allume en vous. C’est le vrai pouvoir de l’art. Une oeuvre n’a pas besoin d’être expliquée. Elle résonne en vous ou elle vous laisse indifférent. Ce qui compte ce n’est pas ce qu’on en pense ou ce qu’on devrait en penser mais ce que ça nous fait.

Notre sensibilité devrait être notre seule boussole, car elle est toujours vraie pour nous.

Quand je pense aux héroïnes de l’Histoire, je pense immédiatement à Jeanne d’Arc. Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être parce que j’admire cette femme forte qui a réussi à mener une armée, pour libérer la France, sur la base d’une vision. Malheureusement, elle a terminé son existence au milieu des flammes d’un sinistre bûcher. Pas très positif tout ça.

Une héroïne ? A qui pensez-vous en premier ? Moi, je pense aussi à Simone de Beauvoir, parce qu’elle a osé briser des tabous à une époque où les femmes n’étaient pas libres d’être juste l’égale des hommes, et puis je pense aussi à Lucie Aubrac, résistante pendant la seconde guerre mondiale, elle s’est engagée pour la paix et a fermement milité contre l’utilisation de l’arme atomique. Il y en a tant d’autres. Combien sont-elles à continuer à vivre au sein de notre inconscient collectif ?

Il y a ces héroïnes du passé, inspirantes, fragiles et déterminées, courageuses : elles sont la somme de la beauté et de la force des femmes à travers les âges. Et puis, il y a les héroïnes du présent, qui n’apparaîtront jamais dans les livres d’Histoire, ces femmes dont on ne parle pas et qui pourtant portent le monde avec leur joie, leur courage et leur amour de la vie. Vous en connaissez au moins une autour de vous. C’est peut-être votre mère, votre voisine, votre grand-mère, une amie ou peut-être juste vous.

" Les trois âges de la femme " Klimt

 » Les trois âges de la femme  » Klimt

J’ai la chance d’en connaître quelques-unes autour de moi. Laissez-moi vous parlez d’elles.

Il y a Larissa, d’abord. Je l’ai rencontré devant l’école où nos filles respectives sont scolarisées. Larissa a fui la Tchétchénie avec sa petite, il y a quelques années. Elle parle un français hésitant. Je ne comprends pas toujours ce qu’elle me dit, mais elle est très expressive, alors on s’en sort. Nous rions souvent. Cette femme est un soleil. Toujours le sourire. Et pourtant sa vie a été dure. Elle a connu la guerre. Un jour, elle m’a raconté, avec des mots hésitants, son histoire. Je ne comprenais pas un mot, tant son français était submergé par les larmes qu’elle ne s’étaient jamais autorisée à verser. Elle s’est mise alors a dessiner sur une feuille blanche qui traînait sur la table de mon salon : les chars, l’école bombardée, en pleurant, elle me raconte qu’elle a vu mourir des enfants.  C’est ce qui l’a poussé à partir, à prendre le risque de l’exil, sans papiers, elle est arrivée en France dans l’espoir d’offrir à sa fille, une vie meilleure. Elle se bat avec une force qui me laisse souvent sans -voix.

Je me souviens de ce jour où paniquée elle m’a demandé de garder sa fille, car elle devait se rendre quelque part en urgence. Je n’ai pas tout compris mais j’ai accepté tout de suite. Pour me remercier, elle a sonné chez moi avec un sac rempli de ces victuailles qu’elle reçoit régulièrement du Secours Catholique. Larissa vit dans un hôtel, dans une chambre avec sa fille en attendant que sa demande de régularisation soit examinée. Elle vit avec très peu d’aides. Et là voilà qui vient m’offrir le peu de choses dont elle dispose.

Parfois elle n’a pas le moral, elle pleure, proche du désespoir, je me contente de l’écouter, et puis elle retrouve l’énergie, elle essuie ses larmes et elle rit, en disant «  S’il vous plait Dieu  » en levant les yeux au ciel, et puis on éclate de rire, car elle me fait penser au mime Marceau, elle ne comprend pas et on rigole quand même, parce que quand la vie est dure et triste il n’y a que les larmes ou les rires qui libèrent le coeur de cette insupportable détresse.

Il y a Larissa, mais il y a aussi toutes ces femmes qui élèvent leurs enfants seules, abandonnées par des maris infidèles, et qui gardent la tête haute, offrent leur aide, partagent leurs repas, avec les voisines, se préoccupent du petit vieux du quartier.

Je les vois, je les observe. Je discute de temps en temps avec elles, au parc, à la boulangerie. J’aime les écouter. Je suis comme ça.

Ce sont des femmes simples, qui ont eu leur lot d’épreuves, de souffrances, de désillusions, mais qui sont toujours debout. Ce ne sont pas forcément des guerrières, bien sûr elles pleurent, elles sont angoissées, elles subissent l’injustice, mais elles ont en elles, cette lumière, cette force de vie qui fait que de leurs larmes naissent des oasis, où l’on vient se ressourcer avec bonheur. Elles donnent avec leur âme, elles donnent avec leur coeur. Leur sacrifice a fait grandir des enfants conscients de la valeur des choses.

Ce sont des femmes entourées d’amour. Il y a toujours quelqu’un pour leur rendre visite toujours quelqu’un pour les dépanner. Le sacrifice. La souffrance. Combien de femmes connaissent le vrai sens de ces deux mots ? Nos mères et nos grands-mères nous ont transmis leurs douleurs intimes au creux de tous les non-dits de nos alcôves féminines, mais elles nous ont également transmis la force et le courage, la joie et le sens du partage.

Aujourd’hui plus que jamais, c’est aux femmes d’aujourd’hui de leur rendre hommage, en étant totalement et complètement elles-mêmes. C’est la prochaine étape de l’histoire des Femmes. Incarner la femme libre, la créative, la mystérieuse, la mère, la guérisseuse, la visionnaire, l’amoureuse. Tous ces archétypes du féminin qui nous composent et nous montrent la voie. C’est à nous aujourd’hui de choisir la femme que nous voulons être.

Un mouvement est en marche. Il ne s’arrêtera pas. J’ai une amie chorégraphe Iaro qui va travailler cette année sur  » Les héroïnes du présent« , une création chorégraphique ouverte à toutes et qui démarre en octobre à Paris, et que je vous invite à découvrir : http://www.bare-dance.com/. C’est un très beau projet, qui va revisiter les figures mythiques du féminin pour en extraire l’essence à travers la danse.

J’ai une autre amie, Hélène, qui a l’intention de créer «  L’encyclopédie des femmes « , des capsules destinées aux entreprises pour ouvrir les esprits sur la thématique de l’égalité Hommes-Femmes.

Regardez autour de vous. Les femmes s’investissent chacune à son niveau. Et c’est très beau à observer. Ce renouveau.

 

"Le baiser " Constantin Brancusi ( 1876- 1957 )

« Le baiser « 
Constantin Brancusi
( 1876- 1957 )

Et nous les Hommes me direz-vous chers lecteurs ? Ne voyez pas dans ces lignes, un pugilat féministe. Le féminin n’est pas le féminisme. La guerre est finie. L’heure est à la réconciliation. On ne veut plus prendre votre place, mais trouver notre place à vos côtés, afin de marcher ensemble dans la même direction.

En aimant les femmes pour elles-mêmes, en vous laissant toucher, en acceptant votre propre sensibilité et en exprimant vos émotions, vous deviendrez plus fort, plus complet. Quand à nous les Femmes en devenant plus autonomes, en nous réalisant dans le monde, en libérant notre créativité, nous deviendrons nous aussi plus complètes, plus unifiées. L’animus et l’anima, théorisés par Carl Jung, enfin réconciliés.

En acceptant chacun en nous-même nos forces masculines Et féminines, nous pourrons faire alliance et nous engager non plus dans un combat mais dans la coopération, dans le partage, dans la créativité.

Imaginez ce que serait le monde, si nous étions tous les héros et les héroïnes de nos existences. Si nous écrivions les scénarios de nos vies non plus en répétant les schémas du passé, sur la base de cette incessante lutte entre dominant et dominé, entre victime et bourreau, qu’est-ce qui changerait ?

On serait peut-être un peu plus libres.

La liberté se gagne avec la conscience.

Arrive un moment où il faut choisir. Regarder en soi. Repérer les répétitions inconscientes, les scènes que nous rejouons fidèles à nos ancêtres, puis décider en conscience de lâcher tout ça, et juste d’être soi.

Je rends hommage aux femmes qui se relèvent, aux femmes qui continuent d’aimer malgré les désillusions, aux femmes vulnérables, aux courageuses, qui cherchent la lumière, quand tout autour il fait noir. Ces femmes qui apprennent à devenir des femmes en s’aimant et en aimant les Hommes.

Je rends hommage aux hommes qui pleurent, aux hommes qui reconnaissent leurs erreurs, aux hommes qui regardent à l’intérieur, écoutent leur intuition alors qu’ils se heurtent à des préjugés d’un autre âge, des hommes qui apprennent à devenir des hommes en s’aimant et en aimant les Femmes.

Ne  sommes-nous pas  avant tout des êtres humains, avant d’être des hommes ou des femmes ?

Puissions-nous chercher à nous comprendre et créer ensemble, un monde meilleur.

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Le fabuleux destin de Sandra Jayat !

 » Si tu ne sais plus où tu vas, tu dois savoir au moins d’où tu viens « .

Sandra Jayat, peintre et poétesse tzigane

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Ma rencontre avec Sandra Jayat a d’abord été littéraire. Il y a quelques mois, une amie m’a offert un livre «  La zingarina ou l’herbe sauvage « . Ce cadeau inattendu a vraiment ouvert bien des portes en moi.

J’ai été captivée par ce récit poétique et autobiographique, qui raconte l’incroyable parcours d’une jeune adolescente tzigane. A 15 ans, au début des années 50, Sandra Jayat fuit un mariage arrangé, quitte l’Italie et décide de rejoindre Paris, à pied, pour retrouver un cousin, le célèbre guitariste  Django Reinhardt.

Elle connaîtra, la solitude, le rejet, la peur, mais une bonne étoile veille sur elle. Sa vie sera jalonnée de rencontres essentielles et de hasards bienheureux.

Après un long périple d’une année qui ressemble à une véritable quête initiatique, Sandra Jayat arrive à Paris. Autodidacte, elle peint, écrit des poèmes, danse les couleurs de son âme.  Une vie de bohème et d’abondance qu’elle partage, avec d’autres artistes , tels que Marcel Aymé ou  Jean Cocteau qui seront de fidèles compagnons sur le chemin de la création. La vie et le parcours de cette femme montrent qu’il est possible de vivre une vie en accord avec les couleurs de la liberté, de la confiance et de l’intuition, à condition d’apprendre à lâcher le passé pour suivre l’appel de l’inconnu.

J’ai eu envie de rencontrer Sandra Jayat car au-delà de son parcours , j’ai aimé sa façon de peindre son monde intérieur, avec grâce et légèreté.

Très gentiment, Sandra Jayat a accepté d’échanger avec moi et je la remercie.

C’est une dame aujourd’hui âgée de 73 ans. Elle vit toujours à Paris. Grâce à elle, j’ai encore une fois beaucoup appris.

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Sandra Jayat : peintre et poète

Nous nous rencontrons au Cabinet de Paris, dans le 5ème arrondissement. Drôle d’endroit pour une rencontre. Le cabinet de Paris n’est pas une galerie d’art, mais une agence immobilière. C’est pourtant là que sont exposées de nombreuses toiles de Sandra Jayat. Et ce n’est pas un hasard. Dans les années 60, ce lieu était un club où défilait les plus grands poètes. C’est le fils des anciens propriétaires, aujourd’hui responsable de l’agence immobilière qui par attachement pour le passé bohème de ses parents, a décidé de rendre hommage aujourd’hui encore  au travail de l’artiste tzigane.

J’ai le sentiment d’explorer encore une fois une maison abandonnée, où la lumière n’a jamais cessé de briller malgré les années. L’époque a changé, mais les murs vibrent. Ils se souviennent d’un temps où des artistes idéalistes se retrouvaient pour créer un autre monde. Un monde d’une beauté nouvelle.

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Elle apparaît avec ses grands yeux bleus qui n’ont rien perdu de leur éclat mystérieux. Sandra Jayat est une dame élégante, le cou serti d’un ruban bleu. J’ai des dizaines de questions qui me viennent et qui s’entrechoquent entre mes lèvres tant ma curiosité est grande. Elle me regarde avec un sourire amusé. «  Vous savez, je sens les gens, je ne peux pas vous l’expliquer, c’est peut-être l’instinct, mais je sens les gens », me dit-elle. Je ris, soulagée. Si elle est restée, c’est qu’elle est prête pour la conversation. Le courant passe. Je suis comblée.

Qu’est-ce qui me fascine chez cette artiste ? Qu’est -ce qui m’a poussé à la rencontrer ? Voilà la véritable question. En lisant ses poèmes, en écoutant ses chants, en plongeant le coeur dans ses toiles, j’ai senti que l’art, la créativité était bien plus qu’un passe-temps ou qu’un don.

Créer aide à vivre. C’est aussi simple que cela. Et c’est le plus grand secret que m’a révélé Sandra Jayat.

Ses errances, sa solitude, son passé difficile, les souvenirs de la guerre, où ,enfant, elle est cachée pendant des mois dans un grenier avec son grand-père pour éviter les camps de concentration où les tsiganes seront amenés au même titre que les juifs, les homosexuels et tous les êtres jugés déviants, sous l’ère nazie, tout cela est resté figé dans sa mémoire. Elle m’en parle, avec émotion.  » Peut-on jamais guérir du passé ? Aujourd’hui à mon âge, les souvenirs douloureux refont surface », me lance-t-elle, le regard perdu dans ses pensées. J’ai envie de lui dire que oui, on peut guérir, mais je me tais. Je sais que je suis venue ici écouter comment cette magicienne, a transformé la douleur en lumière.

Qu’est-ce que le destin  ? Est-il menaçant, injuste où se présente-t-il simplement à nous lorsque notre âme ressent l’appel de la liberté  ? Sandra Jayat a répondu à cette question avec le recul de ses 73 printemps.

En quittant une vie sécurisée au sein de son clan, la jeune tzigane a suivi sa propre voie, au prix d’une grande  solitude. Chez les nomades  quand sonne l’heure du départ, aucun retour en arrière n’est possible. «  Le gitan part à ce signal que personne ne donne et auquel tous obéissent », me souffle-t-elle. L’ âme de Sandra Jayat  avait choisi un autre destin que celui que sa condition lui avait attribuée et elle a eu le courage de partir sans savoir où elle allait.

Commence alors une vie d’errance dans l’Europe des années 50. Elle est seule sur les routes,  elle sait qu’elle doit rejoindre Paris, c’est sans doute sa seule certitude. Le reste ne sera qu’infinie solitude.  Elle marche donc seule, rejetée par des villageois souvent cruels et ignorants. « Je pouvais passer de longues semaines sans croiser ou parler à quelqu’un, mais dans ma tête je n’étais pas seule. Je créais des tableaux dans mon esprit. Je parlais aux pierres et à la lune. J’écrivais déjà des mots sur le papier  invisible de mon monde intérieur.  J’ai appris la vie comme ça. Le grand livre de la vie, c’est la Nature« , m’explique-t-elle.

Un chemin solitaire qui sera malgré tout éclairé par des rencontres bienfaisantes. Dans les pires moments de désespoir, une âme charitable lui tend toujours la main. C’est quand elle n’attend plus rien, que le ciel lui envoie des anges terrestres qui la laveront, rempliront son ventre affamé, avant de la remettre sur la route, revigorée.

Un jour, elle rencontre un peintre. Il lui apprendra tout ce qu’elle ne sait pas encore. Elle se sent bien à ses côtés mais elle sait aussi qu’elle ne peut pas restée dans son ombre. Pas après pas, elle arrive à Paris. Ce souvenir, provoque une vive émotion :  » Quand je suis arrivée à Paris, je suis arrivée porte d’Italie. J’ai pleuré de découragement, après tout ce voyage, je croyais que je n’avais fait que tourner en rond, je pensais que je n’avais jamais quitté l’Italie« , poursuit-elle, dans un éclat de rire.

C’est pourtant là que sa vie commence.  Elle était venue pour retrouver son cousin Django Rheinardt mais il est déjà mort. Elle ne pourra pas compter sur lui. Elle erre seule. Une femme la recueille. Aussi incroyable que cela paraisse, cette dame qui a perdue sa fille dans les camps de concentration croit revoir sa chère enfant disparue dans les grands yeux bleus sauvages de la petite tzigane. Sandra Jayat jouera le jeu pour éviter à cette femme une douleur atroce. Mais très vite, elle sent, que ce mensonge ne pourra pas durer. Elle quitte alors encore une fois un foyer sécurisant mais malsain, pour l’inconnu.

Pour survivre, elle vend les pierres bleues qu’elle portait avec elle depuis sa fuite. C’est comme cela qu’elle gagnera ses premiers deniers. La jeune femme a un talent certain. Ses dessins se vendent. Elle écrit des poèmes chaque jour dans un café, puis les déchire aussitôt. Ecrire est une manière pour elle de vider son âme tourmentée par toutes les émotions traversées. Un jour un homme lui demande s’il peut lire ses poèmes. Cet homme, c’est Marcel Aymé. Le célèbre poète deviendra l’un de ses plus fervents admirateurs et un précieux allié.

En plein coeur des années 60, Sandra Jayat représente la femme sauvage, libre, authentique, elle devient alors une muse, crée, danse, inspire. Suivra alors une ascension créatrice qui fera d’elle une pionnière. Elle deviendra la première ambassadrice du peuple tzigane. Elle ira raconter son histoire dans des écoles, tout en poursuivant une prolifique vie créatrice à travers la poésie et la peinture.

La recherche de la liberté est à son apogée à cette époque de grand changement. Les années 70 célèbrent l’amitié, le partage, la créativité. Son histoire et sa personnalité fascinent tous ceux qui s’éveillent à cette nouvelle réalité, au moment où de nombreux schémas sociétaux s’effondrent.

Tout ce qu’elle me dit résonne avec justesse en moi. J’ai toujours ressenti ce même besoin de liberté. Malgré les désillusions, la période  » Flower Power »  a ouvert bien des voies et distillé des germes d’espoir, d’amour et d’unité qui continuent de vivre aujourd’hui dans de nombreuses oeuvres d’art.

Sandra Jayat me l’avoue. Elle n’aime pas notre époque, si éloignée de ce temps béni où la vie était fluide, les amitiés sincères, l’abondance toujours au rendez-vous malgré le manque d’argent. Elle s’affole des hoquets du monde tenté à nouveau par le repli, la xénophobie, la peur de l’autre, la peur de perdre. » Aujourd’hui les gens ont peur les uns des autres. L’autre dans ses différences est pourtant d’une incroyable richesse », médite-t-elle.

Elle conclut notre entretien, avec des vérités qui font trembler mon coeur de joie.

Voici ce qu’elle me confie :  » Il n’y a pas de liberté possible en dehors de soi-même. Il faut apprendre à se créer sa propre liberté intérieure. Etre libre, c’est apprendre à respirer seul. A chacun de définir son bonheur. Pour moi, le bonheur, c’est être soi-même, s’accepter. Il faut d’abord être bien avec soi-même, pour être bien avec les autres. J’ai vécu des moments difficiles, mais je peux vous dire, que c’est en tombant très bas, que j’ai aperçu la lumière. J’ai appris aussi qu’il ne fallait pas se laisser influencer par les autres. On doit se créer son idéal, s’entourer de personnes positives et surtout écouter sa petite voix intérieure. »

Tout est dit. Je suis prise d’une émotion à ces mots que je ne comprends pas moi-même. Mon âme sait. Aujourd’hui, je sens qu’il est possible de trouver la lumière dans l’obscurité. Il n’y a qu’à suivre les signes que l’univers a laissé pour nous dans le noir.

Je plonge mes yeux dans le regard bleu de Sandra Jayat et je vois alors avec une clarté nouvelle le monde qui m’entoure.

partir de ce jour, je comprends que moi aussi j’ai le droit de suivre ma voie. J’accepte le défi. Je continue le chemin, sans savoir où il me mènera, en acceptant de laisser derrière moi, mes peurs, mes blessures et tout ce qui me pèse. 

Je pars devant en éclaireur chers amis et lecteurs. Cela fait plus d’un an que je cherche ,via ce blog, des réponses. Je ne les ai pas toutes, mais j’avance, à vos côtés, dans la confiance, portée par votre bienveillante énergie.

Ressentez-vous vous aussi, ce puissant appel qui nous pousse à changer notre façon de vivre et d’être au monde ?

Quoi qu’il arrive, vous pourrez compter sur moi, pour transmettre toutes mes découvertes. Nous avançons ensemble, chacun à notre rythme. Et nous irons ensemble au bout du chemin.

N’avez-vous pas vous aussi envie de savoir où il mène ?

Sandra C.

©larevolutioninterieure.com

"Hiver" de Sandra Jayat

« Hiver » de Sandra Jayat

Liens pour aller plus loin :

La biographie de Sandra Jayat

Où trouver ses oeuvres ?

Et si on se permettait de rêver ?

« Je crois qu’un homme se termine vers 16-17 ans. A 16-17 ans, un homme a eu tous ses rêves. Il ne les connaît pas tous mais ils sont passés en lui. Il sait s’il a envie de brillance ou de sécurité ou d’aventure. Il a senti le goût des choses et il passe ensuite sa vie à vouloir réaliser ses rêves ».

Jacques Brel, extrait d’un entretien à Knokke ( 1971)

Photo : Etats-Unis

Photo : Etats-Unis

Plonger le regard dans cette photo, c’est comme faire un pas de plus vers un horizon dégagé. Tout paraît possible, au milieu de ce décor dépouillé. Le désert doit avoir une âme. Il attire les rêveurs et les aventuriers, qui ne doivent pas au fond être si différents.

Dans le langage commun cependant, il y a de nombreuses expressions, qui confondent le rêve avec une chimère, une illusion, un manque de pragmatisme. « Que la réalité ne corresponde pas au rêve, seuls les naïfs s’en étonneront. D’abord, il y eut autant de rêves que de rêveurs. […]. Enfin, et surtout, si les hommes pouvaient réaliser leurs utopies, cela se saurait. — écrit l’historien israélien Élie Barnavi. Cette vision de choses me fait toujours bondir. Car on oublie vite que c’est bien aux rêveurs que nous devons de nombreuses avancées. Il a bien fallu que des hommes et des femmes portent en eux des rêves plus grands qu’eux-même pour arriver au contraire à transformer l’environnement autour d’eux. Et de nombreux auteurs et artistes ont transmis ce message au cours des siècles.

A mon sens, rêver signifie en réalité s’écouter. C’est créer cet espace intérieur, ou tous les sens sont tournés vers le dedans. Rêver c’est d’une certaine manière, visiter l’enfant, l’adolescent, l’être spontané, qui ressentait sans barrières le monde et qui en même temps apprenait à construire le sien.

Où peuvent bien naître les rêves des gens ? Certainement pas dans le mental. On ne rêve pas avec la tête. On écrit des scénarios imaginaires, avec la tête. C’est très différent. Rêver c’est appeler une énergie qui saura quoi faire de nos rêves. Mais comment la mobiliser cette énergie là, celle qui nourrit le rêve, et le nourrit tellement bien, qu’il prend forme, et que progressivement ses contours se dessinent dans la réalité ?

Un rêve doit avoir été bercé aux creux de nous. Il vient du coeur. Pas de la tête. Un rêve, c’est comme un souvenir dont on aurait une image floue. Et puis à force de le regarder, on découvre ses couleurs,  l’image devient soudainement plus nette, à mesure qu’on prend le temps de regarder vers l’intérieur. On peut ignorer un rêve, l’abandonner ou l’embrasser en sautillant, heureux de ces retrouvailles inattendues.

Il y a toujours un rêve, qui attend qu’un homme le retrouve. Le rêve se réjouit quand un homme le cherche. L’âme du monde sourit. L’univers est en ordre. Les étoiles ne retiennent plus leur souffle. Les rêveurs qui marchent vers leur rêve sont enfin éveillés.

Le thème du rêve a occupé mes pensées, car  je suis tombée  » par hasard » il y a quelques jours, sur une lettre. Elle était glissée dans un livre, que j’ai saisi machinalement dans ma bibliothèque pour meubler un moment d’ennui. J’ouvre le livre et je trouve cette lettre pliée entre deux pages.

C’est un petit papier à carreaux, une écriture à l’encre bleue, autant dire que de nos jours c’est une relique d’un autre temps. Il s’agit d’une lettre datée de la fin des années 90. Je la parcours et je comprends que c’est la réponse d’un écrivain belge, Xavier Deutsch, à une lettre que je lui avais envoyé. Je l’avais rencontré au lycée, à l’occasion d’un cours de français, il était venu rencontrer un groupe d’élèves. J’avais établi avec lui une correspondance, car j’étais curieuse d’en savoir plus sur lui et j’avais réalisé une interview dans le journal de mon lycée. C’était alors un tout jeune écrivain passionné, timide, et en même temps habité. Il m’avait à l’époque vraiment interpellée.  Aujourd’hui il a écrit près d’une quarantaine de livres et obtenu divers prix littéraires.

Mais revenons à cette lettre. Voici ce qui a retenu mon attention.

 » Vous me demandez si je me sens différent des autres. Non je ne sais pas. Non pas différent. Mais peut-être que par rapport aux autres, j’ai l’audace de mes idéaux. Nous avons tous des rêves, des idéaux. Mais ils sont difficiles à réaliser, parce qu’il y a l’éternel problème de l’argent, du métier, des enfants, de la maison…Tout cela empêche ( sauf quand l’idéal est dans l’argent,  le métier, les enfants, la maison, là tout va bien ).

Alors les gens finissent par se séparer de leur idéal parce qu’ils trouvent que c’est beaucoup trop difficile à réaliser. Moi, la seule différence, c’est que je prends mes rêves au sérieux. Je leur obéis. Résultat : pas d’argent, pas de métier, pas d’enfants, pas de maison…mais je rencontre mon idéal . Je ne dis pas c’est mieux ou c’est moins bien. Je dis : chaque vie est différente et la mienne est comme ça ».

Jusqu’à aujourd’hui cette lettre a dormi au creux de ce livre, et voilà qu’elle apparaît comme exhumée d’un autre temps. Je n’ai jamais repensé à cet écrivain pendant de nombreuses années et voilà qu’il délivre sans le savoir un message qui m’amène à m’interroger.

Rencontrer son idéal. Rêver sa vie. Vivre ses rêves. Qu’est -ce qui changerait si on se le permettait ?

Voilà de quoi méditer tous ensemble sur la plage cet été.

Je vous souhaite de prendre le temps de rêver. Sans contraintes. Excellentes vacances à tous. Et à très vite. J’ai hâte de partager avec vous l’histoire et le parcours de deux femmes qui ont réalisé leurs rêves, à l’issue d’un chemin guidé par le coeur et l’intuition. Vous les connaîtrez bientôt.

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Liens pour aller plus loin :

La bibliographie de Xavier Deutsch

Une très belle interview de Jacques Brel 

L’histoire de la maison abandonnée !

« Mais il n’est point de hasard. Lorsque un homme trouve une chose qui lui est nécessaire, ce n’est pas au hasard qu’il le doit, mais à lui-même. C’est son propre désir qui la lui procure ».

Herman Hesse, romancier et poète allemand ( 1877-1962 )

La maison abandonnée

L’entrée de la maison abandonnée

Cela fait un moment que j’avais envie de raconter cette histoire. Une drôle d’histoire qui m’a profondément marquée. Une histoire absolument authentique. Elle remonte à quelques mois déjà. C’était la fin de l’été. Une période creuse du point de vue de l’actualité. Je suis au bureau, il fait chaud. La température avoisine les 30 degrés. Rien de bien passionnant à se mettre sous la plume. Un mail atterrit dans ma boîte professionnelle et vient me sortir de ma torpeur. Il vient de mon rédacteur-en-chef. Ce dernier me demande d’aller faire un tour dans un « squatt« . Il vient de recevoir un message outré d’un habitant d’un quartier bourgeois. L’homme dénonce avec une grande vivacité la présence  » d’intrus  » dans une belle maison de maître qui se situe à proximité de sa demeure. Il est en colère contre les forces de police  » qui laissent faire« . Le message n’est pas signé, ce qui arrive rarement, mais il semble cohérent, bien écrit. Ce n’est visiblement pas l’oeuvre d’un fou. Il n’y a rien de bien urgent à couvrir ce jour -là, nous voilà donc mon collègue et moi-même missionnés pour aller jeter un oeil à ce qui semble être un gîte de luxe pour âmes en errance. L’idée de mon chef est transparente comme une vitre fraîchement nettoyée : des squatteurs, des retraités fortunés scandalisés, des pouvoirs publics défaillants, les ingrédients essentiels d’ un bon sujet polémique sont en théorie réunis. Je soupire. J’ai horreur de ce genre de sujet. Il n’y a pas de surprises. Le monde est toujours divisé entre les gentils et les méchants. La vie est rarement aussi simple et tranchée.

Nous arrivons sur place, sans conviction. Rien ne semble indiquer à première vue que le lieu est habité. C’est une belle maison des années 20, de grande stature, aux volets fermés. Les ronces et la végétation entourent les murs défraîchis de ce qui semble avoir été la propriété d’une famille aisée. Nous interrogeons des passants, mais aucun ne semble avoir prêté attention à ce qui se tramait derrière la porte d’entrée condamnée de cette maison abandonnée.  Il n’y a pas d’ordures, pas de signe de vie. Pas l’ombre d’un  » punk à chien »  à l’horizon.

Nous aurions pu en rester là. Rentrer tranquillement au bureau. Après tout, nous n’avions pas matière à alimenter la polémique. Cependant,  poussés par un dernier sursaut de curiosité, nous décidons mon collègue et moi-même de contourner la maison et d’aller inspecter le jardin qui se trouve à l’arrière de cette grande bâtisse. Il n’y a pas de clôture, ce n’est pas bien compliqué. Nous découvrons alors cette verrière  d’un autre âge, ouverte à tous les vents et ce déconcertant petit escabeau , qui illustrent le début de ce post.

Il semblerait que la maison accueille bien finalement des invités surprises. Il n’y a toujours pas de bruit, aucun signe de vie, rien que cette fenêtre ouverte, qui vient titiller encore davantage notre curiosité. Nous aurions pu en rester là. Encore une fois. Mais cette fenêtre  semblait nous inviter à entrer.  Qui pouvait bien vivre dans cette maison ? C’était l’occasion de le savoir enfin. Mon collègue entre le premier. Je l’attends à l’extérieur, le coeur fébrile, en me demandant si le comité d’accueil allait être assuré par une armée de toxicomanes ou par des militants du collectif  » Droit au logement« .

Je l’avoue, ce petit moment de suspens a pimenté une journée qui s’annonçait bien morne. J’attends donc toujours bien sagement dans le jardin pendant que mon collègue s’engouffre dans une pièce sombre . Sa voix enjouée me parvient soudain.  Je l’entends dire :  » Bonjour Madame ! Ah, vous êtes toute nue « ! J’éclate de rire, interloquée. N’y tenant plus, je me hisse sur l’escabeau branlant, convaincue, que mon collègue est en train de me faire une bonne blague.

Je pose un pied dans la véranda, je lève les yeux et j’aperçois mon collègue en grande conversation avec une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle est loin d’être nue. En vérité, elle se rhabille. Elle vient de se lever. Dans le coin de la pièce où elle semble avoir pris ses quartiers d’été, j’aperçois un canapé élimé, quelques livres de philosophie, éparpillés, un duvet rouge et des vêtements chiffonnés. C’est le petit coin de  » Christine ». Elle nous reçoit, un sourire aux lèvres. Nous lui expliquons rapidement, qui nous sommes, mais elle ne semble  pas s’en soucier. Elle a les yeux ensommeillés. Des miettes de cannabis traînent sur la planche en contreplaqué qui lui sert de table basse.  L’atmosphère est détendue mais pas du tout glauque. Je ne saurai sans doute jamais pourquoi  » Christine « , ne s’est pas offusquée ce matin-là de notre présence impromptue. Elle nous explique qu’elle est étudiante. Elle est ici « en transition ». Elle ne s’étend pas sur elle, nous raconte juste qu’elle vit ici la plupart du temps toute seule.  » Venez, je vais vous faire visiter. Elle est extraordinaire cette maison« , nous lâche-t-elle d’une voix traînante. C’est le genre d’invitation qui ne se refuse pas lorsqu’on a l’âme aventureuse. Et vous l’aurez compris, il y a en moi un capitaine téméraire, qui ce jour là n’avait aucunement l’intention de rentrer au port, sans avoir goûter les saveurs d’une terre inconnue.

A ce moment là, je ne suis plus journaliste. Plus tout à fait. Je suis redevenue une enfant, explorant le grenier d’une vieille tante éloignée. Il y a en moi une grande excitation. Je suis une exploratrice, une archéologue, découvrant un temple perdu au milieu d’une forêt épaisse. J’ai 10 ans, je sais bien que je n’ai pas le droit d’être là, mais je n’ai pas peur. Dans l’instant présent, j’ai un trésor à découvrir. Je sais qu’il n’attend que moi. Le temps s’est arrêté, paralysant par la même occasion mon mental  et mes appréhensions. L’adulte responsable est restée dans le jardin. Et je ne regrette pas du tout d’avoir laissé l’enfant en moi prendre les commandes de ce curieux périple. Si je ne l’avais pas fait, je n’aurai pas été en mesure de vous raconter cette histoire. Et elle est loin d’être finie.

Premier constat, la maison est en très bon état : pas de tags, pas de déchets, les squatteurs de passage semblent prendre grand soin de cette imposante maison. Ce qui me frappe, c’est que l’électricité fonctionne. L’armoire à fusibles est pourtant loin d’être aux normes. Les pièces sont immenses, les plafonds, vertigineux. Il y a une salle de bal, un escalier en colimaçon sculpté dans un bois précieux, qui craque délicatement sous nos pas prudents. Tout est vide et d’une propreté stupéfiante. Un squatt 4 étoiles. Une arche de Noé de luxe. J’ai le sentiment d’ausculter le ventre d’un paquebot. Cette  maison est décidément colossale.

Nous découvrons deux étages, mais ils sont inaccessibles. De gros cadenas nous arrêtent d’emblée à chaque pallier. Nous poursuivons notre chemin jusqu’à un grenier poussiéreux. Et c’est dans cette atmosphère étrange et paradoxalement  tout à fait chaleureuse que nous découvrons, sous les toits, deux chambres absolument saisissantes. Il y a des lits en fer forgé, des gants de femmes taillés dans une fine dentelle blanche, une coiffeuse encombrée de poudres d’un autre âge, des boîtes de chocolats élégamment enrubannées, une armoire débordante de livres de biologie et de philosophie. Le sol est jonché de papiers. Il y a des affiches collées au mur. Tous ces documents jaunis datent de 1948. Je suis téléportée dans un autre temps. Tout est resté comme figé, comme si quelqu’un était parti précipitamment, laissant derrière lui un chaos ordonné. Chaque objet stocké dans ces deux chambres s’imprime au creux de ma rétine. J’ai la drôle de sensation de chercher quelque chose. Cela n’a pourtant aucun sens !

Puis, soudain, mon regard est attiré par un petit bout de papier coloré, étalé bien en évidence sur le sol à quelques centimètres de moi. Je m’empresse de le ramasser. Ce n’est pas un simple papier. C’est une carte. Elle est extrêmement bien conservée.

Et voilà à quoi elle ressemble.

Fra Angelico ( 1395-1455)

Fra Angelico ( 1395-1455)

Je ne suis pas particulièrement adepte des icônes religieuses. D’ailleurs ,entre nous, je suis profondément laïque. Tout ce qui touche à la religion, n’a pour moi rien de spirituel. Je crois en l’Homme pas dans les dogmes hérités d’obscurs livres saints. Mais malgré cela, cette carte m’interpelle. Je la trouve jolie. Elle dégage beaucoup de douceur. Je la retourne et là mon coeur s’emballe.  Des mots griffonnés à l’encre bleue. Une écriture soignée.  Un message venu d’un autre temps. Je viens de trouver mon trésor. J’ai des étincelles dans les yeux.

Voici donc ce que je découvre au dos de cette carte :

 » Je veux ! Qu’il a de force ce mot lancé tout court. Il aspire aux étoiles et les atteint toujours. Dans les difficultés de tes études, dans tes résolutions, n’oublie pas cette parole Julien. Si tu veux devenir un homme de caractère, mets-là en pratique. Sans volonté l’homme est une bête. Dans ta formation à la rude école de la vie, invoque la Vierge. Elle t’exaucera ».

Jos. B. 25 décembre 1942

Sans réfléchir, j’ai alors glissé cette carte dans mon sac. L’heure tournait. Il fallait penser à partir. Nous avons rapidement salué Christine et nous sommes repartis. La visite était terminée. Nos aventures avaient beau avoir été trépidantes,  je savais bien que je n’allais rien en faire de  » rentable« . Il n’y avait pas d’histoire au sens où l’entendait mon rédacteur -en -chef. Pas de toxicomanes hargneux, pas même un voisin en colère.  Juste une jeune fille et un grenier débordant de trésors oubliés.

Le lendemain, j’apprenais que les lointains propriétaires de la maison avaient finalement réussi à faire venir la police pour sécuriser les lieux. La véranda a été murée. Christine n’a pas pu rentrée  » chez elle « . Je ne l’ai jamais revue. Mon collègue et moi-même avons donc été les derniers à approcher les secrets de cette maison abandonnée. J’apprendrais plus tard qu’elle était délaissée depuis 7 ans. Les héritiers dont j’ai retrouvé vaguement la trace quelques semaines plus tard n’ont jamais fait mine de vouloir la vendre, au grand désarroi de tous les agents immobiliers de ce quartier huppé. Conflit de succession visiblement.

Etrange maison. Etrange découverte. Mystérieuse aventure. Qui pouvait bien être l’auteur de ce message oublié ? Pendant des jours, cette question n’a cessé de me hanter.

L’épilogue

Je ne suis pas en mesure de pouvoir le divulguer, mais la carte que j’ai glissé dans mon sac est loin d’être anonyme. Il y a un nom et le début d’un prénom. Je lis et relis cette carte. Et je m’interroge. Est-ce une femme ? Un homme ? Joseph ? Joséphine ? Josette ?  Pendant plusieurs jours, je n’ose pas aller plus loin. Puis je me lance. Sans réelles attentes, mais avec le besoin d’en savoir davantage. Avec une facilité déconcertante, je trouve un nom et un prénom qui correspondent à ceux de la carte. J’ai un numéro de téléphone, mais je n’ose pas appeler. Comment allais-je bien pouvoir expliquer que je me trouvais en possession d’une carte qui dormait dans un grenier depuis 70 ans alors que je n’étais pas sensée m’y trouver ? Le numéro est là, sur mon calepin. Je tente de l’ignorer. Un jour pourtant, sans réfléchir je prends mon téléphone et je compose le numéro. Un vieil homme décroche. Il a une voix claire mais néanmoins fatiguée. Je lui explique que je suis journaliste et que je travaille sur la seconde guerre mondiale. Je n’ai rien trouvé de mieux pour  l’aborder en douceur. Je trouve une astuce pour évoquer la carte, sans me confondre. Le monsieur est ravi de me parler de cette époque. Il a 94 ans. Il est bien l’auteur de cette carte. Et il me raconte. En 1942, il donne des cours de Français à l’un des jeunes garçons de cette famille de notable qui vit alors dans cette magnifique maison  » Arts déco ». Le fameux Julien du message était donc son élève. Il m’explique  ensuite qu’il a été enrôlé de force dans l’armée allemande en 1943, car il est alsacien. Il est envoyé sur le front russe, il vit des heures terribles, mais il s’en sort. A la fin de la guerre, il tente de renouer avec la famille de Julien, mais elle a déménagé. Il ne reverra jamais l’adolescent.

Longtemps, je me suis demandé si j’avais trouvé cette carte pour retrouver Julien, et permettre ainsi à Joseph de peut-être le revoir avant de mourir. Réflexe du mental.  Il fallait bien que je trouve une explication  » rationnelle » à cette aventure. Le fait est que je n’ai jamais réussi, malgré mes efforts,  à retrouver les coordonnées du fameux Julien. C’était peut-être le signe que je devais m’arrêter là.

En revanche, ce que je sais, c’est que cette carte ne me quitte plus. Je la conserve comme une relique sacrée dans mon carnet de notes. Elle est devenue mon talisman. A chaque fois que je doute  ou que je suis tentée de baisser les bras face aux difficultés de la vie, je récite le texte qu’elle contient comme on récite un mantra. Il y a une musique dans ces mots là qui me donne des frissons à chaque fois. Et quelque chose en moi dit : ce message, était pour toi.

Le hasard m’a mis cette carte entre les mains. Une carte lumineuse rédigée au coeur d’un des moments les plus sombres de notre Histoire. Tout un symbole. Un magnifique symbole.

 » Je veux ! Qu’il a de force ce mot lancé tout court. Il aspire aux étoiles et les atteint toujours »

Cette phrase est une lueur d’espoir qui nous incite à ne pas nous résigner, à avancer, à croire en la Vie, à la puissance du désir.

Peut-être que si ce message m’a été confié, c’est tout simplement pour que je conte son histoire aujourd’hui. Peut-être que ce message est arrivé jusqu’à moi  pour me rappeler, qu’il y a toujours quelqu’un qui veille sur nous, même dans les épisodes les plus sombres de notre vie.

Que retenir de cette aventure ? Rien de bien rationnel en tous cas. A vous d’écouter ce qu’elle murmure à votre coeur. Le mien me dit que cette histoire n’est sans doute pas arrivée par hasard. Depuis, je m’autorise à confier mes souhaits aux étoiles et vous savez quoi ? Elles me répondent toujours.

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Liens pour aller plus loin:

Qui était Fra Angelico ?

Le mystère de l’intuition !

 » Intuition. Force mystérieuse qui explique pourquoi des hommes sans pensées, sans culture et sans aucun bagage que leur petite spécialité prennent spontanément la décision la meilleure. »  

Jean-Charles Harvey , journaliste et écrivain québécois

Artiste : Leah Piken Kolidas

Artiste : Leah Piken Kolidas

* N’hésitez pas à visiter la galerie virtuelle de l’artiste américaine Leah Piken Kolidas. Elle vit près de Boston. Son travail est sublime et inspiré ! A voir

Nous avons tous eu, à un moment ou à un autre, de l’intuition. Mais ne nous faisons pas toujours confiance à ces informations qui se manifestent en dehors de tout processus rationnel. L’intuition (mot issu du latin intuitum qui signifie regarder attentivement ) reste un mystère pour beaucoup d’entre nous, elle effraye, elle interpelle, elle questionne. Comment discerner l’intuition de l’imagination ? Comment mieux se servir de ses capacités intuitives pour réaliser ses objectifs ? Comment les cultiver  ? J’ai posé toutes ces questions à un homme qui a mis sa raison au service de son intuition depuis près de 20 ans.

Michel Giffard

Michel Giffard

Michel Giffard est l’auteur de  » Votre intuition au service du succès », publié aux Presses du Châtelet en 2009. Diplômé d’HEC, il a exercé différents postes à responsabilité au sein de grandes entreprises avant de s’intéresser au développement personnel. Il a passé plusieurs années en Afrique noire ( Tchad, Burkina-Faso, Côte d’ivoire ) où il s’est ouvert à d’ autres visions du monde.  Il dirige aujourd’hui  la filière executive coaching au sein du groupe HEC. Michel Giffard donne régulièrement des conférences sur l’intuition. Son public est large : il comprend des chefs d’entreprises, des consultants, des coachs, des directeurs en ressources humaines et des artistes.

 » On tient pour suspectes l’induction et l’intuition : l’induction le grand organe de la logique. L’intuition, le grand organe de la conscience « . Victor Hugo 

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Bonjour Michel Giffard. Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel. Comment est né votre intérêt pour l’intuition ?

– Je suis sorti d’HEC dans les années 70. J’ai travaillé ensuite en tant que contrôleur de gestion puis en tant que directeur financier dans des grandes entreprises. Dans les années 80, j’ai changé de métier et je suis devenu consultant en organisation, puis je suis devenu directeur des services informatiques chez Bulh SA.  En 1989, j’ai été licencié et j’en ai profité pour créer mon activité de conseil et de formation en management et en développement personnel. J’ai ensuite créé l’école de coaching d’HEC en 2002. Parallèlement à ce parcours professionnel au sein de l’entreprise, j’ai suivi une psychanalyse jungienne. Je me suis intéressé aux rêves et aux symboles. Dans les années 80, j’ai rencontré Alexandre Jodorowsky, c’est lui qui m’a ouvert de nombreuses portes, grâce à l’étude des tarots de Marseille. Les symboles me parlaient. J’ai approfondi mes connaissances sur les archétypes et j’ai appris à écouter mon intuition.

– Quelle est justement la définition de l’intuition ?

– Il y en a plusieurs. L’intuition, c’est d’abord la perception d’une information qui ne passe pas par le rationnel. Elle est soudaine et certaine, même si on ne peut pas la démontrer. L’intuition permet également de communiquer avec son inconscient ou celui des autres, par le biais des rêves par exemple.

-Qu’est -ce qui facilite cet état intuitif ?

-Ce qui facilite l’état intuitif c’est ce qu’on appelle l’état alpha. C’est un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. On traverse tous cet état deux fois par jour : au moment de l’endormissement et juste avant le réveil. L‘état alpha est un état modifié de conscience. Les scientifiques ont démontré que ces ondes sont émises par notre cerveau lorsque nous sommes dans un état de détente. On peut donc développer son intuition en se mettant volontairement en état alpha. Par exemple en pratiquant le yoga, la relaxation, et même la course à pied. La méditation, les pratiques artistiques, une sieste, une simple promenade dans la nature mais aussi de profondes respirations favorisent également cet état.

Il faut comprendre que pendant le sommeil, nos défenses rationnelles sont plus faibles. La sagesse populaire nous révèle que la nuit porte conseil, de nombreux scientifiques  s’en remettent à l’intuition lorsqu’ils bloquent sur des problèmes. Dormir permet de se connecter avec son intuition, avec sa sagesse profonde.

– Comment se manifeste une information intuitive ?

-L’intuition, qu’on appelle souvent le 6ème sens, se manifeste curieusement à travers les 5 sens. Nous avons tous un sens dominant. Certains vont entendre des phrases, d’autres vont voir des images, d’autres encore vont ressentir des sensations physiques dans leur corps. Il faut donc apprendre à identifier l’information qui arrive par l’un de nos 5 sens et la valider, pour pouvoir s’y fier.

-Justement comment savoir que l’image, les mots ou les sensations que nous recevons relèvent de l’intuition et non pas de l’imagination ?

-Nous devons pour cela apprendre à nous écouter et à ressentir. Il faut bien comprendre également que si l’information qui arrive se révèle fausse alors c’est que ce n’était pas une intuition. Une intuition est toujours vraie, car c’est la meilleure partie de nous-même qui s’exprime par cette voie.

Pour identifier les messages intuitifs, il faut donc travailler d’abord sur ce que l’intuition n’est pas.

L’intuition, ce n’est pas une projection, c’est à dire le fait de projeter son monde intérieur sur les autres. L’intuition ce n’est pas non plus une émotion ( la peur par exemple ). Enfin, l’intuition n’est pas guidée par l’expérience, ce n’est pas parce que l’on a jamais fait quelque chose, qu’on ne peut pas le faire.

Il est donc très important d’apprendre à se connaître, de faire un travail personnel pour avoir sa propre grille de lecture. L’intuition semble être un outil trop facile pour certains, mais en fait son utilisation est difficile, car cela demande du courage. Le courage de travailler sur soi, de comprendre ses fonctionnements et ses schémas internes. Il faut d’abord réaliser un long travail de déconditionnement pour accéder à notre intuition.

– Votre livre est intitulé « Votre intuition au service du succès« . En quoi l’intuition est-elle pour vous la clé de la réussite ?

-Si vous discutez avec des personnes qui ont réussi leurs objectifs de vie, elles vous diront d’une part que rien n’aurait pu les empêcher de réaliser leurs désirs ou leurs idées et d’autre part, qu’elles se sont senties guidées par quelque chose : une conviction, une certitude, une foi qui s’inscrit parfois en dehors de toute logique. Le rationnel n’a jamais créé de nouvelles idées. Regardez les artistes, leurs oeuvres ne sont pas le fruit d’un long travail analytique, mais bien le fruit de leurs inspirations et donc de leur part intuitive. Einstein le premier a eu l’idée de la relativité en rêve avant de la démontrer rationnellement. A mes yeux, une personne qui ne sert pas de son intuition ne peut pas sortir du lot et obtenir ce qui lui convient dans la vie.

-Alors pourquoi en France en particulier, l’intuition est jugée moins fiable que la raison ?

-D’abord notre culture judéo-chrétienne a véhiculé l’idée que si quelque chose est facile, cela n’a pas de valeur. Il faut travailler dur pour réussir, gagner son salaire à la sueur de son front, enfanter dans la douleur. L’être humain serait sur terre pour souffrir. Si je vous dis que mon statut professionnel est le fruit d’une longue lutte et d’une longue réflexion, vous allez applaudir des deux mains, si je vous dis qu’au contraire ma position actuelle est le fruit d’intuitions, vous serez déstabilisée. Pourtant c’est bien le cas. Les choix que nous faisons et qui sont importants pour nous ne sont pas le résultat d’une longue réflexion. Quand vous tombez amoureux ou lorsque vous avez un coup de coeur pour une maison, ce n’est pas votre raison qui s’exprime, c’est votre intuition. Si votre relation s’avère un échec ou que des problèmes se succèdent dans votre maison, peut-être n’avez-vous pas alors suffisamment écouté votre intuition !

Ensuite, il y a des résistances liées à la construction de l’individu. A l’école on privilégie les capacités analytiques. Le système scolaire et l’éducation parentale n’encouragent pas l’enfant à développer son intuition. Pourtant avant 3 ans, les enfants sont très intuitifs.

Il faut admettre aussi qu’il y a eu certains abus, l’intuition a quelque chose de magique, certains en ont profité pour servir leur intérêt au détriment des autres.

Malgré tout aujourd’hui  les spécialistes en neurosciences nous indiquent que le cerveau droit est moins utilisé chez les occidentaux que le cerveau gauche. Pourtant le cerveau droit nous permet d’avoir une vision globale, il est créatif, il va vers le nouveau, le mouvement, il est à l’aise avec le changement, il est ouvert. Notre cerveau gauche en revanche est à l’aise avec les détails, le connu, le rationnel, il aime les catégories, il est plus fermé. Carl Gustave Jung ( 1875-1961) disait déjà que le cerveau gauche était le siège de la raison et le cerveau droit le siège de l’intuition. Nous devons apprendre à nous servir davantage de notre cerveau droit.

-Il est donc temps d’apprendre à faire davantage confiance à notre partie intuitive ?

-Oui, il est important de faire confiance à notre intuition, à condition de la fiabiliser. C’est en travaillant sur soi que l’on peut apprendre à faire cela. Et pour ceux qui doutent encore de l’ efficacité de l’intuition je proposerai cette citation d’Albert Einstein :  » Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel un fidèle serviteur. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et qui a oublié le don « .

Liens pour aller plus loin :

La voie du Tarot d’Alexandre Jodorowsky

Le site de Michel Giffard 

L’état alpha du cerveau

Un exercice audio pour contacter son intuition

Un livre : Les prodiges du cerveau

La spiritualité mène-t-elle au bonheur ? Récit du parcours initiatique d’Andrea !

Andrea a 33 ans. Cette jeune colombienne vit depuis plusieurs années près de Carcassonne, en plein coeur du pays cathare en France. Elle travaille au quotidien auprès d’adultes handicapés. Il y a 7 ans, lors d’un séjour sur sa terre natale, elle expérimente lors d’un rituel chamanique les effets de l’Ayahuasca. Cette plante sacrée d’ Amérique du Sud est connue pour provoquer des états modifiés de conscience.  Cette expérience a changé sa perception du monde.  Elle poursuit depuis, un chemin  peu fréquenté : celui de la quête spirituelle.

Rencontre avec une âme éclairée !

 

 » La véritable spiritualité se reconnaît dans sa façon de vivre et d’aborder l’existence, et non dans ce que l’on transmet de ses croyances » Nathaniel Branden :  écrivain et psychothérapeute

Le retour aux sources

« Lorsque j’ai décidé de retourner en Colombie , c’était comme un appel. J’étais en France depuis quelques années, et j’ai toujours eu beaucoup de mal à m’ adapter à cette société  très différente de la mienne. Mon arrivée en France a été plus compliquée que ce que j’imaginais. N’ayant pas les mêmes codes,  je me suis sentie incomprise, en perte de repères, rejetée. En Colombie, j’ étais quelqu’un, en France, personne. Je n’avais plus ma famille et mes amis ou les gens au quotidien qui reconnaissaient qui j’ étais. J’ai dû renoncer à mon identité et apprendre à vivre autrement. J’ai donc eu besoin de revenir sur mes terres pour me reconnecter avec moi-même. « 

Le parcours initiatique d’Andrea débute au milieu de la forêt colombienne. Entourée de chamanes, elle se prépare à suivre le rituel de l’Ayahuasca. Pendant 10 jours  on lui demande de se nourrir  exclusivement de fruits et de légumes. L’objectif est alors de purifier le corps avant d’ingérer la plante. La cérémonie chamanique se tient la nuit en pleine nature, autour d’un feu. Les premières heures qui suivent l’absorption de la potion hallucinogène ne lui ont pas laissé un souvenir très agréable.  » Cela a été très violent. J’ai été prise de vomissements interminables. C’était comme un immense nettoyage. Puis ces sensations inconfortables se sont calmées. Et je me suis sentie en grande connexion avec la nature, les bruits de la forêt. Je me suis sentie fortement reliée avec mes racines indiennes. L’espace d’un instant je suis comme sortie de la colère et de la haine présentent dans ce monde. Cela m’a laissé une très forte impression« , poursuit Andrea.

Comme Andrea des milliers de personnes issues de tous les continents du globe ont vécu une expérience similaire auprès de chamanes d’Amérique du Sud.

Le réalisateur français Jan Kounen auteur de Doberman et de Blueberry avec Vincent Cassel est fasciné depuis toujours par le chamanisme. Il évoque ce sujet dans son documentaire intitulé « D’autres Mondes » dont voici un extrait :

 A l’issue de cette expérience chamanique, le  retour  en France a été difficile.  » Je ne pouvais plus vivre la vie  que j’avais avant cette expérience », explique-t-elle. Elle poursuit : « J’étais dans l’ignorance, l’illusion , j’étais comme endormie. Je subissais ma vie, je n’étais pas heureuse en amour, je n’avais pas confiance en moi. J’ai décidé après cette expérience chamanique de reprendre ma vie en main et de faire un pas supplémentaire vers moi-même », se souvient-elle. Andrea  quitte son mari, déménage, reprend tout à zéro. Elle découvre alors le tarot de Marseille et  travaille sur les archétypes. Un support comme un autre pour sonder les profondeurs de son âme et de son inconscient.

 Les murmures des Anges

Les anges sont ensuite entrés dans la vie d’Andrea. Par hasard. Si on peut encore appeler cela un hasard. Au fil de ses rencontres, elle découvre un jeu de carte  » Le message des Anges« . Et son intérêt pour ces créatures spirituelles, décrites comme des intermédiaires entre l’homme et le divin a pris une grande place dans sa vie. Les anges sont partout depuis toujours. Ils fascinent depuis la nuit des temps les artistes. Le cinéma et la littérature regorgent d’oeuvres évoquant les anges. Les Ailes de désir de Wim Wenders. L’Empire des Anges de Bernard Werber. Le Rire de l’Ange du conteur français Henri Gougaud. Pour ne citer qu’eux.

Andrea découvre ensuite Amma :  » Un ange incarné », sourit-elle. Cette femme, considérée comme une sainte en Inde est mondialement connue pour son étreinte. Elle a serré dans ces bras des millions de personnes à ce jour. Andrea s’est rendu plusieurs fois en Inde pour suivre ses enseignements.

Voyez ce reportage de Radio-Canada :

Le message des Anges

A force de chercher des guides, la réceptivité d’Andrea s’ élargit. Aujourd’hui, elle explique qu’elle peut ressentir la présence des anges, comme une énergie bienveillante. Et cela n’a plus rien a voir avec la religion catholique dans laquelle elle  a baigné enfant. Elle m’indique que ces êtres célestes lui délivrent des messages. Il lui arrive de les transmettre à ceux qui recherchent auprès d’elle un accompagnement spirituel.

Illustration : Angélique Tridot


 Ma curiosité est forcément piquée au vif. Que peut bien raconter un ange ? Et comment communique-t-il ? 

Andrea poursuit :  » Les anges  communiquent par le biais de notre intuition. Tout le monde a la capacité de les entendre. Tout le monde a déjà prêté attention à cette petite voix en nous qui nous conseille de prendre tel ou tel chemin. Il y a des choses que l’on sait qui ne passe pas par la raison. Pour moi les anges, c’est cette force qui nous guide intérieurement » .

Je m’interroge : A quoi peuvent bien servir les anges?  » Les anges sont là pour nous guider à accomplir notre mission de vie, explique-t-elle.Vaste projet !  C’est quoi exactement une mission de vie ?  » Le sens de notre passage sur terre, c’est l’évolution. Nous sommes là pour progresser et être heureux. Les anges apprécient que les humains fassent simplement ce qu’ils aiment. Ils nous demandent de rechercher le bonheur à chaque instant de notre vie, dans le moment présent « , précise la jeune femme.

 La poursuite de bonheur n’empêche pas de ressentir parfois des émotions négatives : le deuil, la souffrance, l’anxiété, les peurs sont aussi le lot quotidien de l’être humain et nous traversons tous des périodes sombres. Alors comment faire pour trouver la paix? Pour Andrea, les anges nous enseignent qu’il est possible de transformer les pensées négatives par le biais de la prière.

La prière est selon elle,  une manière de demander de l’aide et de se relier au sacré, sans forcément passer par le dogme religieux.  « Les anges , explique-t-elle,  répondent toujours lorsqu’on les appelle. Il suffit d’être réceptif à leurs messages. Une rencontre, un livre, ou un évènement inattendu peuvent nous aider sur le chemin. Il faut cultiver l’intuition, l’écoute de soi et de ses ressentis.  » Mon chemin spirituel n’ a toujours eu qu’un seul but :  trouver la paix intérieure. La seule vérité qui compte sur cette terre, conclut-elle, c’est l’amour de soi et des autres« .

Alors croire ou ne pas croire à l’existence des anges? Telle est la question. Chacun reste  libre de se forger sa propre opinion, en fonction de ses convictions et de ses expériences.

Il est cependant intéressant de constater que deux études épidémiologiques portant chacune sur près de 4 000 personnes sur une période de 6 ans tendent à démontrer un lien direct entre la pratique spirituelle (personnelle ou dans un cadre formel) et une meilleure santé et  une plus grande longévité. ( Sources : http://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=priere_th);

A méditer!

« La terre est au soleil, ce que l’homme est à l’ange ». » Victor Hugo « Les Contemplations »

Si vous souhaitez  contacter Andrea pour en savoir plus sur son expérience chamanique et sur les anges n’hésitez pas : darshanama@gmail.com

 
 
Liens pour aller plus loin :
 
Spirituality and Health
Ce numéro spécial (mai 2007) du Medical Journal of Australia traite en profondeur et avec rigueur des liens complexes entre spiritualité et santé.
www.mja.com.au
 
Un livre: Enquête sur l’existence des anges gardiens de Pierre Jovanovic