Les fabuleux voyages de Philippe Cap !

« Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange. »

Bill Brandt, photographe anglais ( 1904-1983)

BirmaniePhotographe: Philippe Cap

Birmanie
Photographe: Philippe Cap

Cette photo est juste sublime. On ne se sait pas où va ce vélo mais il avance. On discerne un pont d’apparence fragile. Mais cela ne trouble pas le cycliste qui poursuit sa route, le dos bien droit et le regard fixé vers le bout du chemin. Cette photo est à mes yeux une magnifique métaphore de la vie. On la doit à un homme qui sait regarder plus loin que l’horizon. Un jeune photographe parisien âgé de 28 ans qui m’a beaucoup inspirée et dont je partage l’histoire avec vous aujourd’hui.

Rencontre avec Philippe Cap, le photographe globe-trotter.

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Philippe Cap

Philippe Cap n’a pas choisi de devenir photographe. C’est la photographie qui l’a choisi. Tout commence lors d’un voyage en Inde. Il a alors 19 ans et vient de finir ses études. Il ne sait pas très bien ce qu’il veut faire de sa vie.  L’Inde lui soufflera les réponses qu’il n’attendait plus. «  J’y suis d’abord allé avec deux autres amis, puis j’ai décidé d’y retourner trois mois seul avec mon sac à dos. Ce pays m’a tellement fasciné que je m’y suis rendu plusieurs fois. En Inde, la rue est un théâtre. Les couleurs, les odeurs, les gens, l’ambiance mystique, tout cela a provoqué en moi des émotions très fortes »,  se souvient Philippe. Il ramènera ses premières photos, comme on ramène des souvenirs. Mais il faudra encore de nombreux voyages avant que l’artiste en lui prenne toute la place.

Entre deux séjours au bout du monde,  il suit des études d’architecture, se forme au graphisme, crée des sites internet. Mais chaque voyage en Asie lui rappelle  qu’il n’est pas fait pour rester assis devant un écran. Il a besoin de mouvement.  » C’est l’Asie qui m’a ouvert les yeux sur ma vocation », poursuit Philippe. Le jeune homme découvre qu’il est un nomade. Son passeport, c’est son appareil photo. A force d’ouverture, son regard s’affine. Ses photos témoignent de l’incroyable diversité des saveurs, des couleurs qu’il goûte avec les yeux.  » Je planifie très peu mes voyages. Je fais des photos à l’instinct, en fonction des rencontres« .

La rencontre avec l’autre est pour lui essentielle. Son appareil devient alors un pont qui le relie aux êtres qui croisent son chemin.  » Au Sud de l’Inde, il y a un village que j’affectionne particulièrement. J’y suis allé trois ou quatre fois. J’ai là-bas comme ma deuxième maman. Je m’y suis souvent improvisé photographe du village. C’est plus facile quand on connaît les gens. Quand je ne les connais pas, j’y vais un peu au culot. J’utilise un polaroid, c’est génial, les gens voient leurs visages et je leur donne systématiquement leur photo. C’est comme un tour de magie, quand la photo est révélée. Les enfants adorent ! », explique Philippe.

 » Le photographe est un passeur « 

 » Ce que j’aime, c’est l’idée d’être un passeur entre des mondes qui ne se connaissent pas. » Quand Philippe parle de ces motivations profondes, l’idée du pont revient toujours. « Si je peux éveiller la curiosité des gens et les inciter à s’ouvrir à d’autres cultures, je considère que j’ai accompli ma mission. Si mes photos peuvent éviter la xénophobie, j’aurai le sentiment d’avoir fait ma part dans ce monde », sourit-il.

Sa quête de photographe est profondément humaniste. Elle résonne avec sa curiosité naturelle. Philippe ne se lasse pas de regarder, d’apprendre et de transmettre. Il aime être le témoin de modes de vie très éloignés des nôtres.  » Ce que j’aime d’ailleurs, c’est le côté intemporel d’une photo.  » Et quand on les contemple, on plonge dans un univers fait d’authenticité et de magie.

Cette photo réalisée à Rangoon en Birmanie en est le meilleur exemple.

Le-Barbier-de-Rangoon-Philippe_CAP-Birmanie

Le barbier de Rangoon Philippe Cap

 » Rangoon est la capitale économique de la Birmanie. C’est une ville qui a gardé une âme un peu lavée par le temps. En me promenant dans les rues, j’ai remarqué ce petit barbier un jour. J’y suis retourné le lendemain et j’ai attendu les clients. J’aime ces hommes avec leurs habits traditionnels. Ils y sont très attachés. Dans notre monde uniformisé cette photo nous laisse entrevoir une autre dimension. Un monde intemporel et ouvert quand chez nous il n’y a que des vitres« , raconte Philippe.

Il y a une autre photo que je ne me lasse pas de contempler. C’est ce père birman qui tient du bout des doigts sa petite fille de 6 jours, à peine.

Fierté du père Philippe Cap

Fierté du père Philippe Cap

 »  J’ai pris cette photo en Birmanie. C’était à côté du lac Inlé. Un lieu assez touristique. J’ai pris un vélo pour visiter les villages alentour et je suis  tombé sur ce monsieur qui était négociant en ail.  Je me suis intéressé à son travail, il a d’abord été surpris puis m’a invité chez lui. J ‘ai alors découvert toute sa petite famille. Ce monsieur était très fier, car il venait d’avoir une petite fille. Il m’a offert un thé et en retour j’ai fait cette photo  pour lui, car il avait envie d’avoir un beau souvenir de lui et sa fille. C’est une photo que je trouve sublime. Il y a tant de tendresse dans son regard » , raconte Philippe.

Autre voyage, autre décor. Ce paysage emprunt de mystère se situe au centre de la  Chine à Yang Gshuo. L’oeil éclairé de Philippe a capturé pour toujours ces pêcheurs traditionnels, accompagnés de cormorans.

Pêcheurs dans la brume Philippe Cap

Pêcheurs dans la brume Philippe Cap

 »  C’est une région située dans le centre de la Chine réputée pour ces montagnes. C’était l’été, tôt le matin. Ces  pêcheurs reproduisent des techniques de pêche ancestrale. Ils élèvent des cormorans et leur posent des bagues au niveau de la gorge. Le cormoran plonge et va récupérer le poisson. C’est une tradition qui est amenée à disparaître car la Chine avance à toute vitesse. Ces images sont rares » , précise Philippe Cap.

L’univers de Philippe Cap est fait de magie, de mystères, de brumes et de couleurs. Il nous invite au voyage et élargit nos horizons. Philippe ne sait pas où le vent le portera. Pour l’instant ses photos ne le font pas vivre. Il travaille dans un restaurant parisien entre deux voyages. Sans regrets. Car rien n’est plus fort que l’appel de l’ailleurs. Il replonge dans l’inconnu dès que ses finances le lui permettent. Une vie de nomade, profondément nourrissante qui nous pousse nous aussi à sortir hors des sentiers battus !

Si son univers vous plaît n’hésitez pas à le soutenir ! Ses photos sont disponibles sur son site internet à découvrir ici . Un beau cadeau à s’offrir !

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin  :

Le site internet de Philippe Cap

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La vie est une danse !

Les flashmob sont à la mode et personnellement je trouve cela très revigorant, surtout lorsque comme ici aux Pays-Bas,  ils sont organisés pour une bonne cause ( une levée de fonds pour une école au Kénya ). Le spectacle de tous ces individus réunis l’espace d’un instant au sein d’un même corps mouvant donne un sentiment d’unité extrêmement réconfortant.

Danser, c’est s’abandonner. C’est une forme de libération jubilatoire à la fois pour celui qui se prête au jeu mais aussi pour celui qui assiste à ces chorégraphies improvisées. De tout temps l’être humain a dansé en groupe pour exprimer sa joie, pour célébrer le divin, pour raconter une histoire, pour honorer la tradition, et même pour régler des conflits.

J’ai eu envie de faire un petit tour d’horizon de ces moments à travers le monde où les gens dansent, juste pour le bonheur d’être ensemble, juste pour le plaisir de s’exprimer. L’énergie qui émerge de ces moments de  » communion  » est incroyable. J’espère que vous en ressentirez les bienfaits juste en regardant ces vidéos.

La vie est une danse chers amis et lecteurs. J’espère que ces danseurs du monde entier vous inspireront, comme ils m’ont inspirée !!!!

« Je loue la danse car elle libère l’homme de la lourdeur des choses et lie l’individu à la communauté. Je loue la danse qui demande tout, favorise santé et clarté de l’esprit et élève l’âme. »    Augustin d’Hippone

 

« L’état de danse : une sorte d’ivresse, qui va de la lenteur au délire, d’une sorte d’abandon mystique à une sorte de fureur. »  Paul Valéry (écrivain français, 1871 – 1945)

« Danser dans une ronde est magique ; la ronde nous parle depuis les profondeurs millénaires de la mémoire. »
Milan Kundera

Origines des vidéos : Pays-Bas, Guinée, Etats-Unis, France

Les pionniers du nouveau monde !

« Aucun journaliste ne sait plus ce qu’est une bonne nouvelle. » Le Dalaï Lama

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C’est un fait. C’est même devenu une ligne éditoriale. Nos journaux TV nous abreuvent au quotidien de ce qu’il y a de pire en ce monde. Loin de moi l’idée de dire qu’il ne faudrait plus traiter ni les guerres, ni les faits- divers, ni les scandales politico-financiers. Je m’interroge simplement sur la part qui est faite dans nos journaux à ses sujets. Et il faut bien constater que la balance entre les informations positives et négatives penche plutôt du côté du négatif. Cela ne laisse pas le téléspectateur indemne. C’est d’ailleurs la thèse que défend  le psychiatre lyonnais Patrick Lemoine dans son livre Le mystère du Nocébo, où il écrit » Certes, donner de faux espoirs est dommageable, mais ne jamais fournir d’informations optimistes peut aussi provoquer des désastres sanitaires . » Il explique dans ce livre que le  flux continu d’informations catastrophes a un impact sur notre santé et notre système immunitaire. Heureusement, au sein même de la profession de journaliste, des pionniers ont déjà ouverts la voie à une autre vision du traitement de l’information. Catherine Berthillier fait partie de ceux-là. Et j’adhère à 200 pour cent à sa vision des choses.

Catherine Berthillier, créatrice de Shamengo

Catherine Berthillier, créatrice de Shamengo.com

Catherine Berthillier est journaliste en France depuis près de 20 ans. Grand reporter elle a collaboré à de nombreux  magazines d’info tels que  Envoyé spécial ou des Racines et des ailes. Elle a longtemps réalisé des enquêtes de société à travers la planète. Elle était alors portée par l’idée que le rôle d’un  journaliste était avant tout de dénoncer les injustices et de mettre en lumière ce qui ne tournait pas rond dans ce monde.  Il y a trois ans pourtant, elle a décidé de changer de regard sur son métier. Lassée de décrire les problèmes de la société, elle a choisi de mettre en valeur les personnes qui oeuvrent chaque jour pour améliorer les choses.

Elle a créé le site shamengo.com pour donner la parole à  ceux qui participent au quotidien à la construction d’un monde meilleur. Elle réalise des portraits de pionniers, d’ inventeurs, d’ entrepreneurs sociaux à travers le globe. Elle nous offre ainsi une vision résolument positive d’un monde en mutation, dont on sait si peu de choses. Rencontre avec une pionnière du « Nouveau Monde « .

 

-Bonjour Catherine. Qu’est ce qui vous a  poussé à créer le site shamengo.com ?

-Il y a 3 ans, j’étais en Inde pour un sujet. Au cours de ce reportage je me suis retrouvée dans un petit village isolé qui n’avait pas l’électricité. J’ai observé que des enfants jouaient avec des petites lampes solaires. Ils étaient fascinés par ces lampes. Cela m’a tout de suite intéressée. Je me suis rendue compte que dans ce village perdu, la lumière était arrivée par le biais d’une technologie à la fois simple et innovante. J’ai voulu en savoir plus. J’ai appris que le créateur de ces lampes  portables à énergie solaire était un entrepreneur indien, Amit Chugh. Un parfait inconnu en Europe et pourtant son invention a révolutionné la vie de milliers d’habitants en Inde. J’ai eu envie de le mettre en valeur. Je me suis dit qu’on ne donnait jamais la parole à ceux qui apportent des solutions innovantes. On peut dire que c’est à ce moment là que ma  » conversion  » a eu lieu. Il y a eu une réelle prise de conscience.

Comment envisagiez-vous votre métier avant cette prise de conscience ?

-Avant, en tant que journaliste, je n’étais pas vraiment dans cet état d’esprit. Pour moi un reporter, un réalisateur de documentaire était avant tout là pour faire de l’investigation et pour dénoncer les injustices. C’est indispensable de faire de l’investigation, c’est laborieux , mal payé, mais nécessaire. J’ai adoré faire cela. Mais je me suis rendue compte que j’étais arrivée au bout d’un cycle à titre personnel. Je n’avais plus envie d’être dans cette confrontation brutale. J’avais besoin de développer une énergie plus constructive et j’ai choisi de me concentrer sur les solutions.  J’ai ensuite décidé de mettre mes compétences de grand reporter et mon réseau de contact au service de ces pionniers qui oeuvrent dans l’ombre. C’est ce qui m’a poussée à créer ma société de production Kaïa Prod et à fonder le site shamengo.com.

– Comment avez-vous réussi à monter ce projet  ?

-Au départ je suis partie sonner à la porte des chaines de télévision  avec un projet d’émission qui mettrait en lumière ces pionniers et leurs solutions innovantes. Aucune n’a accepté ce projet. On m’a dit que les sujets positifs ne feraient pas d’audience. Il ne faut pas se voiler la face : les grandes chaînes de télévision ont besoin des recettes publicitaires pour vivre. Les reportages qui font  appel aux bas instincts de l’homme font plus d’audience que les histoires positives. C’est comme ça. Mais cela ne m’a pas empêché d’aller au bout de mon projet. J’ai monté un partenariat avec la MGEN, une société d’assurance. C’est ce qui permet de financer nos frais de déplacement pour réaliser des interviews à travers le monde. J’ai auprès de moi une équipe motivée qui accepte d’être moins payée qu’ailleurs parce que ce que nous faisons a du sens.

-Qu’est ce que propose exactement votre site shamengo.com ? 

-C’est une plateforme qui propose de portraits de pionniers dans les domaine de l’économie, de la technologie ou même du bien-être. Nous réalisons des reportages  que nous diffusons sur notre site. Nous en avons déjà réalisé une centaine. Notre objectif est d’en proposer mille.  Nous mettons en ligne une vidéo par semaine. Cette vidéo est également diffusée sur LCI, l’un de nos partenaires.  A partir du mois de  janvier nous souhaitons proposer des versions longues de nos rencontres. Et nous souhaitons également créer une plateforme collaborative entre nos pionniers et le grand public. L’idée serait de mettre en réseau nos inventeurs à travers le monde et des écoles ou des collectivités. Par définition les pionniers sont souvent isolés. Ils ont besoin d’être encouragés. L’idée est de créer du lien, de fédérer des énergies autour de projets  positifs,  innovants et utiles dans  de nombreux pays. Certains de ces pionniers  sont déjà connus dans leurs pays , mais sont totalement inconnus en dehors. Ce qui les relie tous c’est qu’ils ont eu une idée insolite, une idée altruiste qui permet de faire bouger les lignes et qui va à l’encontre du fatalisme économique car elle peut apporter des solutions à moindre coût.

-Qu’est ce que ces pionniers nous enseignent sur l’état actuel du monde  ?

-Il y a une formidable créativité dans les pays en voie de développement. Dans cette partie du monde de nombreuses personnes cherchent des solutions car les défis à relever sont nombreux. Les pays en voie de  développement n’ont pas le choix. Je crois que les valeurs de l’occident, basée sur la compétition et la domination du système financier vont peu à peu être remplacés par d’autres valeurs : la collaboration, l’altruisme, l’innovation, l’harmonie avec la nature.  On constate que dans nos pays occidentaux nous sommes encore frileux face à certains choix, mais si les décisions ne sont pas prises en Europe, d’autres les prendront ailleurs. L’économie de demain naîtra dans les pays émergents, j’en suis convaincue.

-Aujourd’hui que vous a apporté ce projet sur le plan personnel ?

-Je suis très heureuse. C’est peut-être très égoïste mais mon plus grand bonheur c’est lorsque des personnes viennent vers moi et me disent qu’elles veulent rejoindre cette aventure. Nos moyens sont limités, mais notre motivation personnelle amène tant d’émotions positives que cela compense largement le manque d’argent. Ce que j’aime, c’est donner du sens à ma vie, en aidant à ma façon les autres. C’est peut-être une toute petite contribution mais j’ai l’impression que ce que nous faisons à notre modeste niveau permet de faire bouger les lignes et contribue à créer le monde de demain. Je crois que nous arrivons à la fin d’un cycle et j’ai envie de participer à l’émergence d’un monde nouveau.

Liens pour aller plus loin :

-3000 personnes aiment déjà Shamengo sur facebook et vous ?

 Une autre interview de Catherine Berthillier 

-Une interview du Dr Lemoine comment le mental agit sur notre santé physique !

L’étreinte de l’amour !

Amma est considérée comme une sainte en Inde. Son combat en faveur de la paix et sa lutte contre la misère et l’analphabétisme lui ont valu de recevoir en 2002 le Prix Gandhi -King pour la paix et la non-violence.

 Sa présence rayonnante et son sourire radieux ont illuminé le parc des expositions de Pontoise le week -end dernier. Pendant trois jours elle a offert son darshan, son étreinte, à des milliers de personnes quelque soient leurs religions, leurs croyances ou leurs origines. La compassion, l’altruisme et la tolérance sont au coeur de ses enseignements. Une grande âme dont certaines de mes amies m’avaient beaucoup parlé.

A ce jour, Amma a serré dans ses bras près de 31 millions d’être humains à travers la planète.

Je vais vous livrer ici mon expérience de cette étreinte mais aussi celle de tous les inconnus qui ont croisé mon chemin au cours de cette journée auprès d’Amma.  Pauline, Agnès, Anne-Gaëlle, Emilie, Julien, Stéphane, Aimé-Charles je vous remercie tous chaleureusement de vos témoignages.

 » La grâce c’est l’ouverture. C’est une connaissance spirituelle intuitive qui s’expérimente dans l’action » Amma

 » Il est impossible d’atteindre la perfection sans être prêt à s’abandonner  » Amma

A quelques mètres de la porte d’entrée, mon esprit ne peut s’empêcher de me torturer avec des questions. Vais-je réussir à m’abandonner dans les bras de cette femme ? Mon corps ne va-t-il pas résister à son étreinte ? Et si je ne sentais rien ? Mon mental s’ emballe. Il fait cela à chaque fois qu’il se confronte à l’inconnu, sans doute parce qu’il sait qu’il va devoir se taire, pour faire de la place à l’expérience. Les heures d’attente qui me séparent des bras d’Amma ont au moins cette vertu : elles m’obligent à lâcher-prise. L’ambiance est festive et familiale. Les couleurs, les odeurs et les sons de l’Inde sont partout et occupent mon esprit qui ainsi distrait, finit par se tenir tranquille.

Me voilà à présent dans la file qui mène aux bras d’Amma. Elle est composée de toutes sortes de personnes : des jeunes couples, des enfants, des adolescents, des personnes âgées, des handicapés. Il y a parmi eux de fervents disciples et de simples curieux. Nous sommes tous différents. Nous voici cependant réunis au sein de cette rangée mouvante, tels les affluents d’ un fleuve. Un fleuve qui coule doucement vers la mer. Amma. La mère divine en sanskrit. Nous nous apprêtons tous à plonger en elle.

Elle est maintenant à quelques mètres de moi. Curieusement, le volume de mon habituel monologue  intérieur baisse d’un ton à chacun de mes pas. Je ne pense plus à rien. J’observe. J’attends. Me voilà finalement à genoux face à elle. Les bénévoles qui l’encadrent se chargent de poser ma tête sur son coeur. Je suis comme enfouie en elle. J’ai l’impression d’être une poupée de chiffon. Je ferme les yeux, pour mieux apprécier toutes les sensations qui me viennent. C’est doux, enveloppant. Un puissant parfum de rose empli mes narines. Je suis anesthésiée par cette odeur et je suis comme plongée dans un profond sommeil réparateur. Je suis bien. Je savoure. Je ne m’inquiète plus de rien. Cela a peut-être duré quelques secondes ou une éternité, je ne saurai le dire. Dans cet espace, au creux de ses bras, le temps n’a plus de prise.

Les mains des bénévoles me relèvent et me soutiennent. J’ouvre les yeux et je tangue. Ma tête tourne. Je note qu’un sourire s’est imprimé sur mon visage. Je décide de m’asseoir sur le côté, pour continuer à observer les autres et prolonger cet état de bien-être. Je les regarde plonger un à un dans la mère. Et le spectacle de leur abandon fait monter une vague de joie en moi. C’est si beau l’abandon. Et si rare. Je contemple le visage d’ Amma et ne perçois aucun signe de fatigue sur ses traits. Cela fait presque quatre heures pourtant qu’elle ouvre et referme inlassablement ses bras autour de ces gens et de leurs âmes. Elle les berce, elle les enlace, elle leur murmure des mots au creux de l’oreille. Son sourire n’en finit pas de rayonner.

Derrière moi, des sanglots étouffés attirent mon attention. Une femme pleure. Son regard brouillé de larmes paraît captivé par le flux ininterrompu de ces dizaines d’étreintes. Elle semble bouleversée. Mon regard s’arrête ensuite sur le visage d’un jeune homme installé près d’Amma. Il a peut-être une trentaine d’années. Lui aussi a les yeux fixés sur cette rivière humaine. Je remarque ses petites lunettes en acier et sa chemise à carreaux. Un jeune homme bien sous tous rapports, comme on dit. Il retient quelque chose, mais sa bouche tendue révèle son émotion. Ses yeux brillent. Ce n’est plus un jeune homme, c’est un petit garçon. Un petit garçon qui s’apprête à lâcher toutes ses douleurs et toutes ses peines. Comme si la simple présence d’Amma permettait enfin cela, sans culpabilité et sans honte.

Amma console encore et encore et j’ai la sensation d’être emportée  par ce flot d’amour inconditionnel. Je suis heureuse. Je suis émue. Je sais à présent que si Dieu existe, il loge certainement dans le coeur de cette femme. Je me lève, revigorée. J’ai envie de savoir comment les autres ont vécu cette expérience. Pour garder une trace. Pour comprendre. Pour mettre d’autres mots que les miens sur ce mystère. Et peut-être pour m’assurer que je n’ai pas rêvé toutes ces sensations nouvelles. J’ai envie d’interroger tout le monde et de demander : Et vous, qu’avez-vous ressenti ? C’est plus fort que moi. Je suis curieuse.

« Amma,  m’a ouvert le coeur « 

Je croise Aimé-Charles à l’extérieur du parc des expositions de Pontoise. Il semble avoir une cinquantaine d’années. Aimé-Charles est aveugle. Il marche tranquillement un sourire aux lèvres, les yeux cachés par d’imposantes lunettes noires. Il est guidé par son ami Stéphane. C’est lui qui lui a fait découvrir Amma, il y a quelques années. Stéphane m’ explique qu’il ne manque aucun darshan depuis 19 ans  » Je viens chercher ici une vision, du sens , peut-être de la lumière. Cette femme transmet une énergie incroyable. On la sent totalement imprégnée d’amour. Elle est limpide. Moi, elle m’a juste ouvert le coeur. J’ai l’impression qu’elle me nettoie à chacune de ses étreintes. Même si on ne croit pas à la grâce,  le don de soi qu’elle manifeste est juste hallucinant. Qui peut étreindre autant de personnes, avec une telle énergie ? « , lance-t-il. Son ami Aimé -Charles poursuit. Il explique qu’ il était un peu sceptique avant de venir ici, mais qu’il était néanmoins curieux.  » J’avoue que j’ai été émerveillé par cette femme. C’est quelqu’un qui met en pratique une sagesse universelle. Je suis d’origine africaine et les valeurs qu’elle défend résonnent avec les valeurs véhiculées par la sagesse de l’Afrique. J’ai été cueilli par ses bras. Je me suis senti à son contact inondé d’une chaleur intense. Cette énergie a traversé mon corps de haut en bas. Cela m’a laissé sans voix. Vous savez, j’ai perdu l’usage de la vue il y a quelques années. Progressivement. C’est une épreuve. Mais en perdant mes yeux, j’ai trouvé mon coeur. Mon ressenti s’est décuplé. J’ai beau vivre dans les ténèbres, cette femme, je la vois brillante. Quand on a plus ses yeux pour voir, on ne s’arrête pas aux apparences. On se fie à ses ressentis. On sent peut-être même plus facilement la sincérité des autres « . 

Ressentir. C’est bien la seule chose qu’Amma demande à ceux qui viennent à elle. Son darshan est totalement libre de tout enseignement religieux. Ses messages sont aussi universels que ceux délivrés par le Dalai-Lama.

 » Pour moi, Amma c’est un vrai miracle « . Voilà ce que me livre Anne-Gaelle quand je lui demande ce que la sage indienne représente pour elle. Elle est attablée à côté de moi dans la salle de restauration du parc des expositions et accepte avec plaisir de répondre à mes questions. Elle m’explique qu’elle vient à Pontoise pour la troisième année consécutive.  » Je ne connaissais pas Amma, il y a trois ans. C’est une amie qui m’en a parlé. La première fois où je suis venue j’étais très tendue, crispée au moment du darshan. Il faut dire qu’à cette époque -là j’avais de graves problèmes. J’étais mal dans ma vie, je me sentais constamment persécutée. Je me suis assise près d’Amma et puis je ne sais pas ce qui s’est passé. Elle a plongé son regard dans le mien pendant dix minutes. Je sentais son amour me transpercer. Mes yeux ont commencé à convulser. Je n’ai rien compris à ce qui m’arrivait. Tout ce que je sais c’est qu’après cette expérience , je me suis sentie mieux. Cela m’a donné le courage de tout faire pour me sortir de mes problèmes. » Anne -Gaëlle raconte tout cela d’une voix douce et posée. A ses côtés, son amie Agnès acquiesce :   » Lorsqu’on est près d’Amma, on ressent une réelle énergie de bien-être. On se sent régénéré. La première fois que j’ai reçu le darshan, j’ai senti de la chaleur à l’intérieur de moi. Comme si son énergie passait à l’intérieur de mes cellules « . Agnès et Anne -Gaëlle sont loin d’être des adeptes de l’hindouïsme, mais elles semblent avoir trouvé en Amma, le symbole du féminin sacré.  » Elle incarne pour moi le réconfort, la protection et l’amour. Le féminin sacré, c’est justement ce qui a été négligé dans toutes les religions« , précise Anne-Gaëlle. Des propos qui font écho à ceux de Pauline. Cette artiste parisienne ne manque aucune des visites d’Amma en France. Son sourire joyeux m’attire. Elle m’explique :  » Amma m’a ouvert le coeur. Avant ma vie était faite de batailles, de blocages, de noeuds et de douleurs. Aujourd’hui je vis dans la transparence, dans l’acceptation et dans la paix « , me glisse-t-elle l’oeil pétillant. Elle me confie que la seule présence d’Amma suffit à son bien-être. Et que les effets de sa rencontre annuelle avec elle se prolongent dans sa vie quotidienne.  » Ses enseignements nous poussent à écouter notre coeur. Et il ne nous déçoit jamais « , conclut-elle.

Le coeur. L’amour. L’acceptation. Le lâcher-prise. Ces mots reviennent souvent dans la bouche de ceux que j’interroge. Mon regard est attiré par un jeune couple d’une trentaine d’années. Julien et Emilie sont venus avec Quentin, leur fils de 15 mois. Julien m’explique que le darshan lui allège le coeur :   » On se sent bien. Les soucis s’évacuent. » Il partage avec sa compagne, Emilie, une philosophie basée sur la confiance en la vie. Emilie a découvert Amma en Inde. Elle a passé un mois au sein de son ashram dans le Kerala. Et ses enseignements ont résonné fort en elle  :  » Elle ne fait pas de prosélytisme. Elle incarne ce qu’elle dit. Elle nous apprend à nous respecter en profondeur. Si quelque chose ne va pas dans notre vie, elle nous suggère qu’il y a peut-être quelque chose à comprendre. Elle nous invite à nous poser cette question : qu’est ce qui n’est pas juste dans votre vie pour que se répète continuellement des choses négatives. Elle ne parle pas de justice divine, mais de justice pour soi-même. Elle nous explique aussi que c’est la paix intérieure qui amène la paix à l’extérieur « .

En relisant ces témoignages, je comprends que ce qui fédère toutes ses personnes autour d’Amma, ce ne sont ni des dogmes, ni des écritures, mais bien des valeurs universelles : l’amour, la compassion, la paix, la tolérance, le respect de soi et des autres. La spiritualité n’a pas besoin de temples, de divinités ou de textes sacrés pour exister, car elle naît et vibre dans  le coeur des hommes. Amma nous démontre que l’amour n’a pas besoin de la religion pour croître. L’amour se donne et se reçoit. Tout simplement.

  » La spiritualité demande d’abord une  culture du coeur, une immense force, une intrépidité sans faille. Les couards ne peuvent satisfaire à une morale «  Gandhi

 

A écouter les bhajans…les chants indiens d’Amma…magique…ensorcellant…un voyage gratuit en Inde !

 

Liens pour aller plus loin : 

La biographie d’Amma 

Ses oeuvres caritatives 

Sa reconnaissance internationale à l’ ONU

Le documentaire de Jan Kounen : Darshan

Amma vue par une dessinatrice de BD

Prochaines visites d’Amma en Europe :

23.10.2012 – 25.10.2012 – Londres, Grande-Bretagne
27.10.2012 – 29.10.2012 – Houten (Utrecht), Pays-Bas
31.10.2012 – 02.11.2012 – Toulon, France

NB : L’entrée est gratuite.

 

Mon voyage en Inde !

Imaginez . L’Inde. Un pays mythique. Des couleurs franches et chatoyantes qui accrochent la rétine. Des effluves épicées, l’odeur à la fois âcre et parfumée de l’encens.  Les murmures de la rue où se mêlent le brouhaha de la foule, les cris des enfants et des marchands ambulants. Au coin d’une ruelle s’échappent des mélopées enveloppantes. L’air est moite. Vous cherchez la fraîcheur, alors vous enlevez votre veste qui n’a plus son utilité dans cet environnement étouffant. Vous pouvez maintenant laisser votre respiration s’accorder au rythme de cette nouvelle atmosphère. La France n’est plus qu’un lointain souvenir. Ici, c’est une explosion de sensations nouvelles. Une vague de sérénité envahie chaque parcelle de votre corps. Vous avez plongé le coeur grand ouvert dans l’âme d’une des contrées les plus mystérieuses et sacrées du monde. Vous êtes en Inde. Et vous êtes arrivé dans ce pays sans avoir dépensé un seul euro.

Je vois déjà vos sourcils se froncer, votre nez se retrousser, et votre esprit affirmer que c’est impossible!

Et pourtant ! Tout cela est bien vrai.  Je suis dans un temple, à quelques mètres du Dieu Ganesh et je participe à une cérémonie organisée à l’intention de ce dieu protecteur au milieu de femmes drapées dans des saris soyeux et brillants. Mes vêtements sont   imprégnés de l’odeur de l’encens. Les fins bâtonnets se consument doucement  au pied de statuettes colorées représentant des divinités aux noms mystérieux.  Je picore des aliments inconnus. Mes papilles sont prises au piège par un incendie de saveurs piquantes et sucrées. Je suis bien en Inde, à 7000 km de Paris. Et je m’y suis rendue totalement gratuitement!

Comment ai-je pu réussir cette prouesse???

Grâce à mes 5 sens, et à mon goût pour l’aventure.

Il y a quelques jours, une amie m’a conduite en plein coeur du 18 ème arrondissement de Paris, à 2 pas du métro La Chappelle. Dans un autre monde, un autre temps. Nous avons assisté à une puja, une cérémonie hindoue dans le  Temple du Dieu-Eléphant Ganesh.

Ganesh a un pouvoir incroyable. Dans son ventre il contient tous les mondes, ses grandes oreilles n’entendent que les bonnes paroles, et rejettent les mauvaises. Ganesh est un Dieu plus attaché à la terre, qu’à l’ordre cosmique comme Shiva ou Vishnou. C’est ce qui le rend populaire. On le prie  pour obtenir le succès d’une entreprise, et donc pour enlever les obstacles.

Il y a quelques jours Ganesh a réussi à me faire voyager jusqu’à lui sans me faire quitter Paris!

Il m’a indiqué que c’était possible de réussir ce tour de magie,  juste en étant présent, à la vie, à l’instant, et à notre désir d’évasion.

Il y a quelques mois mon coeur m’a murmuré son envie de découvrir l’Inde. Ma raison s’est empressée de le  sermonner en lui expliquant  que mon compte en banque ne lui permettrait pas cette folie. Mon coeur a insisté. Et il y a quelques jours une amie a fini par entendre son appel. Et comme cette amie est un peu magicienne,  elle  m’a amenée aux portes de ce temple dédié à Ganesh. Nous avons ôté nos chaussures, et sommes alors entrées dans un autre monde. Mon coeur a bondi de joie, revigoré. Mon esprit n’a rien compris. Et il n’aime pas cela, car il s’est fait berné, d’une bien belle manière.

Bien sûr mon esprit sait très bien que je ne suis pas en Inde. Dans ce temple pourtant, les chants hypnotiques des brahmanes, ont eu raison de ses dernières résistances. Et au bout d’un moment il s’est fait à l’idée. « Nous » étions bien en Inde, moi, mon coeur et mon esprit réunis dans l’harmonie de l’instant présent.

Mon esprit en a profité pour ancrer en moi une leçon essentielle :

Nos 5 sens sont des portes qui nous ouvrent la voie du coeur. Lorsque ces passages sont dégagés, le mental ne peut plus nous convaincre que ce que nous vivons n’est pas la vérité.

Qu’est ce que la vérité? C’est le sentiment d’être ici et maintenant dans la juste émotion, à la juste place,  dans l’instant présent. L’Illusion représente tout ce qui nous empêche de voir la beauté et la joie, là où elles se trouvent.

Il y a quelques jours mon coeur m’a fait un  magnifique cadeau. Il a contacté l’âme d’une magicienne qui m’a emmené en Inde. Et mon mental a approuvé cette affirmation car il ne peut rien contre le pouvoir des sens.

Cela m’a amené à construire cette réflexion :

Lorsque vous doutez et que vous ne savez pas si la vérité se situe du côté de la raison ou du coeur, du côté du mental ou des sensations, du côté de  l’analyse  ou des émotions ….Posez vous cette question….Si vous étiez privé de la vue, du toucher, du goût, de l’odorat et de l’ouïe, qu’est ce qui vous resterait pour vous représenter le monde qui vous entoure? Et si à l’inverse vous étiez privé de la faculté de penser, comment aborderiez-vous votre environnement?

La superbe leçon que m’a offert mon coeur avec le soutien du Dieu Ganesh, c’est que la réalité prend d’abord  forme dans notre corps à travers nos ressentis avant d’être conceptualisé par notre mental et non l’inverse!

Alors oui je suis bien allée en Inde , tout simplement parce que mon coeur en avait besoin!

Et vous ? Que vous dit votre coeur ? Allez-vous suivre son chemin?

 »

« La nature qui ne nous a donné qu’un seul organe pour la parole, nous en a donné deux pour l’ouïe, afin de nous apprendre qu’il est plus important d’écouter que de parler»  Proverbe turc

« Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût diffèrent et créent autant de vérités, qu’il y a d’hommes  sur la terre » Guy de Maupassant

L’économie du don selon Ankur Aras !

Auto-portrait d’Ankur Aras : photographe à Bombay.

Ankur Aras, est un jeune photographe âgé de 30 ans. Il vit en Inde.

J’ai découvert il y a quelques semaines  son blog et ses photos à voir ici  :  http://fingersandfeet.wordpress.com/author/fingersandfeet/.

Ses portraits lumineux de jeunes moines m’ont beaucoup touchée.  Je décide donc de faire sa connaissance via Skype. A des milliers de km de la France, je découvre un jeune homme souriant, plein d’humour, curieux du monde. Il me raconte son parcours, et partage avec moi sa philosophie de vie basée sur la gentillesse,  la joie, le partage, la confiance dans la vie et ses surprises. Ankur est un trentenaire de son temps, il n’est  attaché à aucune  religion, mais il pratique la méditation. Il fait partie d’un mouvement alternatif : l’Economie du don.

Qui est Ankur Aras ?

Ankur a étudié la comptabilité et le  commerce extérieur au Sydenham College of Commerce and Economie de Bombay. Il aurait pu être un de ces jeunes cols blancs qui travaillent dans les compagnies étrangères de la capitale économique  indienne. Mais son coeur avait un autre rêve: la photo. Il se souvient qu’il aimait marcher dans les rues et observer le monde autour de lui. «  C’est la nature qui m’a appris à devenir photographe« , sourit-il. Cela fait 10 ans  qu’il cultive son art. Au quotidien, son travail consiste à réaliser des portraits de famille : on l’appelle pour les mariages, les fiançailles. Mais lorsqu’il a le temps Ankur aime surtout se rendre dans les montagnes de l’Himalaya, pour saisir des instants de sérénité dans les monastères bouddhistes de cette région.

Trois petits moines et un moment de grâce !

La vie d’Ankur a basculé  il y a 1 an dans les montagnes du Ladakh au nord de l’Inde, dans une région qu’on appelle le petit Tibet, dans  l’État indien du Jammu-et-Cachemire.

En rouge le Ladakh

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ladakh

Il se trouve alors dans cette région  pour prendre des photos. Un groupe de jeunes moines l’invite à faire une partie de football. En se frayant un chemin vers leur terrain de jeu, il se retrouve sur un chemin sinueux au dessus d’une vallée. C’est alors que son pied glisse  sur un caillou. En quelques secondes, il  se retrouve en équilibre précaire sur une étroite corniche. Un faux mouvement et la chute peut être fatale. A peine a-t-il le temps de formuler une pensée que déjà il sent des petites mains le ramener avec vigueur en sécurité. Trois jeunes moines d’à peine 8 ans viennent de  former une chaîne et de lui  sauver la vie.

« Depuis ce moment sur la falaise, quelque chose a changé en moi » raconte-t-il.  Je lui demande : « Mais qu’est ce qui a changé ?  Il répond :  » Je ne saurais pas l’expliquer, mais instantanément, c’est comme si j’étais entré dans un autre monde. Avant cette expérience, je n’étais pas vraiment un idéaliste. Mais ces trois jeunes moines n’ont pas hésité à me sauver  et je me suis dit que ma vie devait à partir d’aujourd’hui être à la hauteur de leur geste. Ankur m’explique qu’avant cette expérience, il était  » égoïste, parfois malhonnête ». Il précise : « Je ne pensais qu’à l’argent, j’étais un arnaqueur, bref,  je n’étais pas très heureux ».


Une expérience qui l’a transformé !

Ankur a du mal a expliqué ce qui a changé fondamentalement en lui. Mais en frôlant la mort, il a comme redécouvert l’importance de la vie . Il raconte qu’aujourd’hui il mène son chemin  en faisant confiance à l’univers. Sa philosophie est simple :  » A quoi  bon vivre, si ce n’est pas pour donner, être heureux, généreux, gentil et compatissant ? Aujourd’hui, j’ose prendre des risques, m’embarquer dans des projets fous ! »

 » Je suis convaincu que la gentillesse peut changer le monde. Il suffit d’observer ce qui nous entoure avec le regard d’un enfant pour créer davantage de paix «  , me dit-il. Au quotidien Ankur a décidé de faire fructifier cette belle énergie en méditant et en appliquant au quotidien les principes de l’économie du don ( the gift economy en anglais).


Un mouvement alternatif : l’économie du don!

Après avoir été sauvé par les jeunes moines Ankur Aras décide qu’il va vivre sa vie le plus honnêtement possible. Cet état d’esprit a donc également changé son rapport à l’argent . Il découvre l’américain d’origine indienne Nipun Mehta qui a développé  le mouvement de l’économie du don.


Nipun Mehta  est né en 1975 , il a grandi en Inde dans l’ashram de Gandhi. A  l’âge de 12 ans  il quitte son pays  et émigre vers les Etats-Unis avec sa famille .   Il vit le reste de son adolescence en Californie et suit de brillantes études d’informatique à l’Université de Berkeley. Il commence à travailler dans la Sillicon Valley et débute une  carrière dans les nouvelles technologie. Insatisfait de la cupidité des entreprises dans les années 90, il choisit de donner de son temps dans un refuge pour sans abris. Il décide ensuite de mettre ses compétences d’informaticien au service des associations caritatives, il a réalisé des milliers de sites webs pour des organismes à but non lucratif. Il a ensuite lancé des projets comme « Dailygood« , une sorte de journal des bonnes nouvelles collaboratif, les cartes Smile et les restaurants associatifs les  « karmakitchen« . Il en existe trois aux Etats-Unis, notamment à Berkeley en Californie depuis  2007.  Le concept est simple. Pas de prix affichés dans ces restaurants, les repas sont faits par des bénévoles, et chaque « client »donne de l’argent pour le repas du prochain.

Voici ici en vidéo l’une de ses conférences données à Berkeley en Californie.

Et une autre vidéo où il parle de ses différents projets dont les « karmakitchen ».



L’économie du don : comment ça marche  ?

Revenons à Ankur. Comment applique-t-il l’économie du don?  » Dans ce système, explique t-il, c’est l’acheteur qui détermine le prix d’un service ou d’un bien. Quelque soit le prix proposé, le vendeur l’accepte avec gratitude ». Difficile pour quelqu’un habitué au système capitaliste européen d’imaginer une transaction où l’on ne fixe aucun prix. Mais comment fait-il pour vivre? S’ il accepte de vendre ses photos à des prix dérisoires, son système paraît incompatible avec un niveau de vie confortable. Il s’amuse de ma réaction  » Oui, j’accepte la transaction même si le prix est en dessous de la valeur de mon travail, parfois, des gens ne me payent pas . Mais je suis un homme riche! » sourit-il.  » En fait, c’est très rare que des gens ne me payent pas, la plupart du temps les acheteurs me donnent plus d’argent que ce que j’aurai pu imaginé.  »

Il explique que tout est basé sur la confiance. «  Il y a beaucoup de gens méfiants, et quand je dis que c’est à eux de fixer le prix, il sont surpris, ils se demandent où est le piège.  L’ultime révélation, c’est qu’il n’y a pas de piège« , sourit-il.  » Quelque soit la demande je donne le meilleur de moi-même, et j’accepte ce qu’on me donne avec gratitude » , précise -t-il. Et parfois des miracles se produisent.

Ankur raconte par exemple son séjour dans l’Himalaya:  » J’étais parti avec de l’argent en poche pour 7 jours, mais j’avais envie de rester là-bas un mois. Je suis parti quand même, guidé par le désir de passer du temps dans cet endroit magnifique. Sur place j’ai rencontré un jeune couple qui m’a demandé des photos. Ils m’ont donné suffisamment d’argent  pour financer le reste de mon voyage. C’était un cadeau inattendu ». « En fait j’ai l’impression que lorsque je ne demande rien, je reçois l’argent dont j’ai besoin au bon moment. Je n’ai pas eu de problèmes d’argent depuis que je pratique l’économie du don « , précise-t-il.

Pour Ankur  l’économie du don est un système alternatif d’avenir. Il croit profondément dans la force  des valeurs humaines comme  la gentillesse et l’honnêteté. Il a prévu de visiter la Finlande cet été. Il aime les pays froids. Coïncidence ou synchronicité ? La Finlande fait partie du top ten des pays où les habitants se sentent le plus  heureux dans le monde! Je me demande quelles rencontres il va encore faire. J’ai hâte aussi de voir ses photos!

Ankur pense sincèrement que la gentillesse peut changer le monde. Personnellement, je ne demande qu’à le croire.

Et vous, qu’en pensez -vous?