Les fabuleux voyages de Philippe Cap !

« Cela fait partie du travail du photographe de voir plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui quelque chose de la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois ou du voyageur qui pénètre dans un pays étrange. »

Bill Brandt, photographe anglais ( 1904-1983)

BirmaniePhotographe: Philippe Cap

Birmanie
Photographe: Philippe Cap

Cette photo est juste sublime. On ne se sait pas où va ce vélo mais il avance. On discerne un pont d’apparence fragile. Mais cela ne trouble pas le cycliste qui poursuit sa route, le dos bien droit et le regard fixé vers le bout du chemin. Cette photo est à mes yeux une magnifique métaphore de la vie. On la doit à un homme qui sait regarder plus loin que l’horizon. Un jeune photographe parisien âgé de 28 ans qui m’a beaucoup inspirée et dont je partage l’histoire avec vous aujourd’hui.

Rencontre avec Philippe Cap, le photographe globe-trotter.

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Philippe Cap

Philippe Cap n’a pas choisi de devenir photographe. C’est la photographie qui l’a choisi. Tout commence lors d’un voyage en Inde. Il a alors 19 ans et vient de finir ses études. Il ne sait pas très bien ce qu’il veut faire de sa vie.  L’Inde lui soufflera les réponses qu’il n’attendait plus. «  J’y suis d’abord allé avec deux autres amis, puis j’ai décidé d’y retourner trois mois seul avec mon sac à dos. Ce pays m’a tellement fasciné que je m’y suis rendu plusieurs fois. En Inde, la rue est un théâtre. Les couleurs, les odeurs, les gens, l’ambiance mystique, tout cela a provoqué en moi des émotions très fortes »,  se souvient Philippe. Il ramènera ses premières photos, comme on ramène des souvenirs. Mais il faudra encore de nombreux voyages avant que l’artiste en lui prenne toute la place.

Entre deux séjours au bout du monde,  il suit des études d’architecture, se forme au graphisme, crée des sites internet. Mais chaque voyage en Asie lui rappelle  qu’il n’est pas fait pour rester assis devant un écran. Il a besoin de mouvement.  » C’est l’Asie qui m’a ouvert les yeux sur ma vocation », poursuit Philippe. Le jeune homme découvre qu’il est un nomade. Son passeport, c’est son appareil photo. A force d’ouverture, son regard s’affine. Ses photos témoignent de l’incroyable diversité des saveurs, des couleurs qu’il goûte avec les yeux.  » Je planifie très peu mes voyages. Je fais des photos à l’instinct, en fonction des rencontres« .

La rencontre avec l’autre est pour lui essentielle. Son appareil devient alors un pont qui le relie aux êtres qui croisent son chemin.  » Au Sud de l’Inde, il y a un village que j’affectionne particulièrement. J’y suis allé trois ou quatre fois. J’ai là-bas comme ma deuxième maman. Je m’y suis souvent improvisé photographe du village. C’est plus facile quand on connaît les gens. Quand je ne les connais pas, j’y vais un peu au culot. J’utilise un polaroid, c’est génial, les gens voient leurs visages et je leur donne systématiquement leur photo. C’est comme un tour de magie, quand la photo est révélée. Les enfants adorent ! », explique Philippe.

 » Le photographe est un passeur « 

 » Ce que j’aime, c’est l’idée d’être un passeur entre des mondes qui ne se connaissent pas. » Quand Philippe parle de ces motivations profondes, l’idée du pont revient toujours. « Si je peux éveiller la curiosité des gens et les inciter à s’ouvrir à d’autres cultures, je considère que j’ai accompli ma mission. Si mes photos peuvent éviter la xénophobie, j’aurai le sentiment d’avoir fait ma part dans ce monde », sourit-il.

Sa quête de photographe est profondément humaniste. Elle résonne avec sa curiosité naturelle. Philippe ne se lasse pas de regarder, d’apprendre et de transmettre. Il aime être le témoin de modes de vie très éloignés des nôtres.  » Ce que j’aime d’ailleurs, c’est le côté intemporel d’une photo.  » Et quand on les contemple, on plonge dans un univers fait d’authenticité et de magie.

Cette photo réalisée à Rangoon en Birmanie en est le meilleur exemple.

Le-Barbier-de-Rangoon-Philippe_CAP-Birmanie

Le barbier de Rangoon Philippe Cap

 » Rangoon est la capitale économique de la Birmanie. C’est une ville qui a gardé une âme un peu lavée par le temps. En me promenant dans les rues, j’ai remarqué ce petit barbier un jour. J’y suis retourné le lendemain et j’ai attendu les clients. J’aime ces hommes avec leurs habits traditionnels. Ils y sont très attachés. Dans notre monde uniformisé cette photo nous laisse entrevoir une autre dimension. Un monde intemporel et ouvert quand chez nous il n’y a que des vitres« , raconte Philippe.

Il y a une autre photo que je ne me lasse pas de contempler. C’est ce père birman qui tient du bout des doigts sa petite fille de 6 jours, à peine.

Fierté du père Philippe Cap

Fierté du père Philippe Cap

 »  J’ai pris cette photo en Birmanie. C’était à côté du lac Inlé. Un lieu assez touristique. J’ai pris un vélo pour visiter les villages alentour et je suis  tombé sur ce monsieur qui était négociant en ail.  Je me suis intéressé à son travail, il a d’abord été surpris puis m’a invité chez lui. J ‘ai alors découvert toute sa petite famille. Ce monsieur était très fier, car il venait d’avoir une petite fille. Il m’a offert un thé et en retour j’ai fait cette photo  pour lui, car il avait envie d’avoir un beau souvenir de lui et sa fille. C’est une photo que je trouve sublime. Il y a tant de tendresse dans son regard » , raconte Philippe.

Autre voyage, autre décor. Ce paysage emprunt de mystère se situe au centre de la  Chine à Yang Gshuo. L’oeil éclairé de Philippe a capturé pour toujours ces pêcheurs traditionnels, accompagnés de cormorans.

Pêcheurs dans la brume Philippe Cap

Pêcheurs dans la brume Philippe Cap

 »  C’est une région située dans le centre de la Chine réputée pour ces montagnes. C’était l’été, tôt le matin. Ces  pêcheurs reproduisent des techniques de pêche ancestrale. Ils élèvent des cormorans et leur posent des bagues au niveau de la gorge. Le cormoran plonge et va récupérer le poisson. C’est une tradition qui est amenée à disparaître car la Chine avance à toute vitesse. Ces images sont rares » , précise Philippe Cap.

L’univers de Philippe Cap est fait de magie, de mystères, de brumes et de couleurs. Il nous invite au voyage et élargit nos horizons. Philippe ne sait pas où le vent le portera. Pour l’instant ses photos ne le font pas vivre. Il travaille dans un restaurant parisien entre deux voyages. Sans regrets. Car rien n’est plus fort que l’appel de l’ailleurs. Il replonge dans l’inconnu dès que ses finances le lui permettent. Une vie de nomade, profondément nourrissante qui nous pousse nous aussi à sortir hors des sentiers battus !

Si son univers vous plaît n’hésitez pas à le soutenir ! Ses photos sont disponibles sur son site internet à découvrir ici . Un beau cadeau à s’offrir !

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin  :

Le site internet de Philippe Cap

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Se souvenir des belles choses !

« Un souvenir heureux est peut-être sur terre, plus vrai que le bonheur »

Alfred de Musset ( 1810-1857 )

Bombay, février 2013Photo : Isabelle Debraye

Bombay, février 2013
Photo : Isabelle Debraye

Cette photo a été prise à Bombay en Inde, il y a seulement quelques jours, par mon amie Isabelle Debraye .  Elle vient à peine de rentrer en France, lorsque j’évoque avec elle l’idée de cet article sur le thème des « souvenirs heureux ». Tout de suite elle me parle de cette photo, prise au coucher du soleil, à la fin de son séjour. Comme par magie remontent alors à la surface  le grésillement des moustiques, le cri joyeux des enfants qui jouaient sur cette plage, la brise légère et chaude qui soufflait à ce moment précis. Cette photo a figé pour toujours un moment unique, c’est un instantané de bonheur. Isabelle me raconte que cette journée là, elle profitait de ses dernières heures en Inde auprès de ses amis.  Lorsqu’elle replonge dans ce moment déjà loin et pourtant si proche, ses yeux pétillent, son visage s’éclaire. Ce n’est pas de la nostalgie. Pas encore. Elle revit tout simplement la plénitude qu’elle a ressenti alors.

Les souvenirs ne sont pas toujours heureux, c’est vrai. Il y a en a qu’on range dans des tiroirs que l’on ouvre plus jamais, tant ils sont douloureux. Il y en a d’autres en revanche qui méritent d’être exhumés du passé plus souvent, car ils contiennent un baume cicatrisant très efficace pour soigner les bleus de l’âme.

Ce que j’aime chez les photographes, c’est qu’ils ont toujours les yeux et le coeur ouverts, ils n’oublient pas de laisser entrer la lumière, quand elle se présente. La beauté s’offre à eux car ils savent l’embrasser sans retenue.

Je me dis que nous pourrions tous être comme ces artistes, lorsqu’un moment de bonheur, de plénitude et de sérénité, s’invite dans notre espace intérieur, on peut décider de le figer en nous avant de le ranger dans la boîte qui contient les souvenirs heureux. En faisant cela consciemment, il est plus facile de retrouver cette boîte dans le labyrinthe de notre mémoire. Alors lorsque la mélancolie coule en nous, il suffit d’ouvrir à nouveau cette boîte, en faisant cela, on s’offre alors la possibilité de les revivre pleinement. Mais pour accéder à ce coffre à trésor, encore faut-il utiliser la bonne clé.  Une odeur, une saveur, une couleur ont le pouvoir de nous ramener en un battement de cil au bonheur. Nos sens sont les clés qui mènent à nos souvenirs.

Parfois, il me suffit de sentir l’odeur des embruns salés pour remonter le temps et me revoir enfant sur une plage de Vendée. Quand je respire l’odeur de l’océan, je respire la liberté et l’insouciance de l’enfance.

L’autre jour, une cuillère d’un bouillon aux légumes a redonné vie à ma grand-mère. C’était d’une incroyable intensité. Ce n’était pas un simple potage que je goûtais, c’était le souvenir de sa tendresse. Le souvenir des repas du dimanche. Le souvenir de ses bras moelleux.

Chérissons donc les moments de bonheur, ne laissons pas la poussière s’accumuler sur les boîtes qui les contiennent. Quand la mélancolie, la tristesse ou le découragement pointent, c’est peut-être le signe qu’il faut ouvrir la boîte aux souvenirs heureux. Il y a en a toujours, mais on les oublie si vite, si occupés que nous sommes à toujours attendre le meilleur du futur.

Les autres souvenirs, les douloureux, ceux qui font mal, à quoi bon les déranger ? Ils dorment dans les cavernes de notre mémoire et quand on décide de jouer les spéléologues, mieux vaut se munir d’une bonne lampe frontale pour ce genre d’expédition-là.  Quand on est prêt pour l’exploration, c’est que le besoin de comprendre est plus fort que la peur de souffrir à nouveau. Biensûr, je ne suggère  pas qu’il faut nier les mauvais souvenirs, ils existent on ne peut pas les effacer, mais à quoi bon y revenir encore et encore ? Personnellement, je préfère me souvenir des belles choses, j’aime en parler, j’aime leur redonner vie, car elles me réconfortent les jours de pluie.

C’est pour cela aussi que j’aime les photos, elles me rappellent que ce qui compte ce n’est pas le monde qui nous entoure, c’est notre manière de le contempler.

Et vous ? Quels sont vos souvenirs heureux ? N’hésitez pas à les partager si vous en avez envie !

Liens pour aller plus loin :

Un test pour découvrir comment fonctionne votre mémoire !

Rencontre avec un chasseur d’étoiles !

 » Visez toujours la lune. Même si vous la manquez vous atterrirez parmi les étoiles ».

Les Brown, écrivain américain

Photo : Philippe Contal Saintes -Maries-de-la-mer Camargue

Photo : Philippe Contal Saintes -Maries-de-la-mer Camargue

Photo : Philippe Contal Saintes-Marie-de-la mer octobre 2011

Photo : Philippe Contal Saintes-Marie-de-la mer octobre 2011

J’ai découvert ces photos il y a quelques jours. Et j’ai été saisie par la beauté qui s’en dégageait. Je n’avais jamais vu un ciel pareil lors de mes séjours en Camargue. Et pour cause. Je ne suis pas du matin, contrairement à Philippe Contal, l’auteur de ces clichés. Lui n’hésite pas à se lever aux aurores pour converser silencieusement avec la lune et les étoiles.

Philippe Contal est un photographe amateur de 46 ans, amoureux des mots et de la nature. Il vit dans le sud de la France, près de Montpellier. Philippe publie ses photos sur son site personnel voyage-immobile.com. Elles reflètent un fascinant voyage intérieur qui a éveillé ma curiosité. J’ai eu envie d’en savoir plus.

Très simplement, Philippe Contal a accepté de partager son parcours et son amour pour l’art de la photographie. Et je l’en remercie.

Rencontre avec un chasseur d’étoiles, inspirant et inspiré !

Photo : Philippe ContalDolmen de Lamalou, Hérault

Photo : Philippe Contal
Dolmen de Lamalou, Hérault

 » J’ai pris cette photo le 17 janvier 2013. Je m’en souviens très bien car j’ai vraiment eu très froid. J’étais congelé. J’avais repéré ce dolmen quelques semaines avant de prendre ce cliché. En général, je fonctionne comme ça. Je repère les lieux, et puis après il faut que la météo soit favorable. J’ai choisi de me rendre près du dolmen lorsque le ciel était suffisamment dégagé. Cette nuit là, j’avançais avec une lampe frontale et très vite, la lumière de la lune était si forte que je n’en ai plus eu besoin. Je peux vous dire, que lorsqu’on se retrouve seul, allongé au creux d’un endroit pareil, c’est un moment magique », raconte Philippe.

Cela fait plusieurs semaines, déjà qu’il joue à cache cache avec la lune. Ses dernières photos en témoignent. Elles ont toutes été réalisées la nuit dans le sud de la France :  » Sans doute parce que en ce moment, je suis dans une phase d’introspection, « , sourit-il. Son travail artistique est un véritable miroir de son monde intérieur. Il capture avec le même émerveillement la nuit et le jour, passant de l’ombre à la lumière, de l’introspection à l’ouverture, au gré de ses émotions du moment. Il explore ainsi toutes les facettes de lui-même en plongeant son objectif dans les yeux du monde. » Je suis un urbain. J’apprécie comme tout le monde la technologie, la modernité mais j’aime aussi me ressourcer dans la nature. J’en ai besoin« , explique-t-il.

Philippe est né à Belfort, mais depuis plusieurs années il vit donc dans le sud de la France. Il explore depuis longtemps les territoires mystérieux du Languedoc, de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône. Passionné d’histoire, il voue une passion quasi-mystique aux châteaux cathares et à l’Egypte ancienne. Il suit d’ailleurs des cours d’égyptologie en auditeur libre à l’Université de Montpellier.  » J’aime me plonger dans le passé, car cela m’aide à comprendre, le présent, à défaut de pouvoir prédire le futur« , glisse-t-il dans un éclat de rire.

Philippe est diplômé d’une école de commerce et pendant longtemps il a vécu une vie déconnectée de ses rêves et de ses passions.  Il a co- dirigé une petite usine de sous-traitance mécanique pendant de nombreuses années, avant de se remettre sérieusement en question le jour où  le PDG de l’entreprise est parti à la retraite. Il prend conscience alors que son métier ne le satisfait pas pleinement:  » C’était un homme de 55 ans pas du tout épanoui, triste, renfermé. Moi j’avais 33 ans, et je me suis dit que je ne voulais pas finir comme lui« .

Philippe, arrête tout pour se lancer dans un projet fou. Il reprend un musée en pays cathare.  » Un échec financier total. Avec le recul, je me dis que je me suis laissé piéger par mon ego. J’ai vu trop grand et j’ai perdu beaucoup d’argent« , explique -t-il. Philippe tombe de très haut, mais cette épreuve ne l’empêche pas de rebondir et de créer l’activité qui le fait vivre aujourd’hui. Il vend des reproductions historiques. Il a créé le site histophile.com, il y a quelques années : »C’est une petite entreprise qui suit son petit bonhomme de chemin«. Une façon de concilier ses compétences avec sa passion pour l’Histoire.

 La richesse de ses photographies témoigne de la profondeur de sa recherche intérieure :  » Je me suis longtemps cherché, je me cherche encore. Ce qui est important pour moi aujourd’hui, c’est de donner du sens à ma vie, en prenant le temps de faire ce que j’aime « . Il poursuit :  » Je crois beaucoup au libre -arbitre. Nous sommes responsables de notre bonheur« . Longtemps, il a tenté de comprendre le monde qui l’entoure en étudiant le passé, mais aujourd’hui il semble construire son futur en s’abandonnant à l’instant présent. Lorsqu’il prend une photo ,il médite, il se confronte, il se perd et il se retrouve.

Cet homme est un alchimiste qui s’ignore. Grâce à la sensibilité de son regard, il capture de véritables instants de grâce et il nous permet ainsi de transformer nos soucis en lumière.

Photo: Philippe Contal Lever du soleil sur les étangs, chemin de Plagnol, Mauguio, Hérault, France le 3 juillet 2012

Photo: Philippe Contal Lever du soleil sur les étangs, chemin de Plagnol, Mauguio, Hérault, France le 3 juillet 2012

Philippe Contal est un artiste, mais certainement plus un amateur. Il rêve d’exposer un jour ses photos. Je lui souhaite de réaliser son rêve. Un homme qui vit la tête dans les étoiles mais qui sait garder les deux pieds sur terre, mérite que l’univers tout entier conspire pour l’aider à réaliser son rêve.

Cet homme est un éclaireur. Je lui souhaite le meilleur.

©larevolutioninterieure.com

Liens pour aller plus loin :

Le site de Philippe Contal à consommer sans modération !

Un autre chasseur d’étoiles entre ciel et terre : Nuits sacrées !

L’oeil de Mélanie !

Il est tôt, vous vous rendez au travail, vous marchez d’un pas rapide, les yeux perdus dans le vague. Vous n’avez pas assez dormi. Dans votre tête l’habituel monologue intérieur a commencé depuis le réveil. La liste des choses à faire, les soucis du moment, encombrent votre esprit.  Vous pestez peut-être contre le bruit assourdissant des voitures, contre l’odeur répugnante des pots d’échappement et contre la grisaille qui s’abat sur votre ville durant ce mois d’octobre. Cet univers urbain ne vous inspire rien de positif. Ne vous inquiétez pas, je suis comme vous. En ville, je râle et je rêve du calme et de la verdure de la campagne. A la campagne, le silence m’angoisse et j’ai hâte de retrouver la ville. Nous conditionnons souvent notre bien-être intérieur à notre environnement extérieur. Nous cherchons également régulièrement notre salut dans le futur. On se dit qu’on se sentirait beaucoup mieux si on était ailleurs.

Les sages nous disent pourtant que le sentiment de bonheur se niche au creux de l’instant présent. Vivre l’instant présent permet d’ appréhender tout ce qui nous entoure totalement. Les sens sont en éveil, et les pensées passent sans jamais complètement retenir notre attention. On devient alors capable d’ouvrir les yeux. Vraiment.

L’environnement urbain réserve ses trésors à celui qui prend le temps de le regarder. Il suffit pour cela de dissiper le brouillard de nos pensées négatives et de s’ouvrir aux surprises. On se rend compte alors que les murs parlent. Et ils ont beaucoup à dire.

Mélanie est une amie parisienne. Son oeil curieux, capture la beauté dissimulée dans les rues des villes. A chacune des ses escapades en France ou ailleurs en Europe, elle me démontre à travers ses photos que la beauté est partout, toujours. Je vous propose d’apprécier les dernières trouvailles de Mélanie recueillies sur les murs de Coimbra, Porto et Lisbonne au Portugal.

De la poésie à l’état brut !

« La beauté est indissociable du regard de celui qui voit. »  Heinz Pagels extrait de l’Univers quantique

Crédits photos : Princessoftheposse sur Instagram

MERCI MELANIE !

L’économie du don selon Ankur Aras !

Auto-portrait d’Ankur Aras : photographe à Bombay.

Ankur Aras, est un jeune photographe âgé de 30 ans. Il vit en Inde.

J’ai découvert il y a quelques semaines  son blog et ses photos à voir ici  :  http://fingersandfeet.wordpress.com/author/fingersandfeet/.

Ses portraits lumineux de jeunes moines m’ont beaucoup touchée.  Je décide donc de faire sa connaissance via Skype. A des milliers de km de la France, je découvre un jeune homme souriant, plein d’humour, curieux du monde. Il me raconte son parcours, et partage avec moi sa philosophie de vie basée sur la gentillesse,  la joie, le partage, la confiance dans la vie et ses surprises. Ankur est un trentenaire de son temps, il n’est  attaché à aucune  religion, mais il pratique la méditation. Il fait partie d’un mouvement alternatif : l’Economie du don.

Qui est Ankur Aras ?

Ankur a étudié la comptabilité et le  commerce extérieur au Sydenham College of Commerce and Economie de Bombay. Il aurait pu être un de ces jeunes cols blancs qui travaillent dans les compagnies étrangères de la capitale économique  indienne. Mais son coeur avait un autre rêve: la photo. Il se souvient qu’il aimait marcher dans les rues et observer le monde autour de lui. «  C’est la nature qui m’a appris à devenir photographe« , sourit-il. Cela fait 10 ans  qu’il cultive son art. Au quotidien, son travail consiste à réaliser des portraits de famille : on l’appelle pour les mariages, les fiançailles. Mais lorsqu’il a le temps Ankur aime surtout se rendre dans les montagnes de l’Himalaya, pour saisir des instants de sérénité dans les monastères bouddhistes de cette région.

Trois petits moines et un moment de grâce !

La vie d’Ankur a basculé  il y a 1 an dans les montagnes du Ladakh au nord de l’Inde, dans une région qu’on appelle le petit Tibet, dans  l’État indien du Jammu-et-Cachemire.

En rouge le Ladakh

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ladakh

Il se trouve alors dans cette région  pour prendre des photos. Un groupe de jeunes moines l’invite à faire une partie de football. En se frayant un chemin vers leur terrain de jeu, il se retrouve sur un chemin sinueux au dessus d’une vallée. C’est alors que son pied glisse  sur un caillou. En quelques secondes, il  se retrouve en équilibre précaire sur une étroite corniche. Un faux mouvement et la chute peut être fatale. A peine a-t-il le temps de formuler une pensée que déjà il sent des petites mains le ramener avec vigueur en sécurité. Trois jeunes moines d’à peine 8 ans viennent de  former une chaîne et de lui  sauver la vie.

« Depuis ce moment sur la falaise, quelque chose a changé en moi » raconte-t-il.  Je lui demande : « Mais qu’est ce qui a changé ?  Il répond :  » Je ne saurais pas l’expliquer, mais instantanément, c’est comme si j’étais entré dans un autre monde. Avant cette expérience, je n’étais pas vraiment un idéaliste. Mais ces trois jeunes moines n’ont pas hésité à me sauver  et je me suis dit que ma vie devait à partir d’aujourd’hui être à la hauteur de leur geste. Ankur m’explique qu’avant cette expérience, il était  » égoïste, parfois malhonnête ». Il précise : « Je ne pensais qu’à l’argent, j’étais un arnaqueur, bref,  je n’étais pas très heureux ».


Une expérience qui l’a transformé !

Ankur a du mal a expliqué ce qui a changé fondamentalement en lui. Mais en frôlant la mort, il a comme redécouvert l’importance de la vie . Il raconte qu’aujourd’hui il mène son chemin  en faisant confiance à l’univers. Sa philosophie est simple :  » A quoi  bon vivre, si ce n’est pas pour donner, être heureux, généreux, gentil et compatissant ? Aujourd’hui, j’ose prendre des risques, m’embarquer dans des projets fous ! »

 » Je suis convaincu que la gentillesse peut changer le monde. Il suffit d’observer ce qui nous entoure avec le regard d’un enfant pour créer davantage de paix «  , me dit-il. Au quotidien Ankur a décidé de faire fructifier cette belle énergie en méditant et en appliquant au quotidien les principes de l’économie du don ( the gift economy en anglais).


Un mouvement alternatif : l’économie du don!

Après avoir été sauvé par les jeunes moines Ankur Aras décide qu’il va vivre sa vie le plus honnêtement possible. Cet état d’esprit a donc également changé son rapport à l’argent . Il découvre l’américain d’origine indienne Nipun Mehta qui a développé  le mouvement de l’économie du don.


Nipun Mehta  est né en 1975 , il a grandi en Inde dans l’ashram de Gandhi. A  l’âge de 12 ans  il quitte son pays  et émigre vers les Etats-Unis avec sa famille .   Il vit le reste de son adolescence en Californie et suit de brillantes études d’informatique à l’Université de Berkeley. Il commence à travailler dans la Sillicon Valley et débute une  carrière dans les nouvelles technologie. Insatisfait de la cupidité des entreprises dans les années 90, il choisit de donner de son temps dans un refuge pour sans abris. Il décide ensuite de mettre ses compétences d’informaticien au service des associations caritatives, il a réalisé des milliers de sites webs pour des organismes à but non lucratif. Il a ensuite lancé des projets comme « Dailygood« , une sorte de journal des bonnes nouvelles collaboratif, les cartes Smile et les restaurants associatifs les  « karmakitchen« . Il en existe trois aux Etats-Unis, notamment à Berkeley en Californie depuis  2007.  Le concept est simple. Pas de prix affichés dans ces restaurants, les repas sont faits par des bénévoles, et chaque « client »donne de l’argent pour le repas du prochain.

Voici ici en vidéo l’une de ses conférences données à Berkeley en Californie.

Et une autre vidéo où il parle de ses différents projets dont les « karmakitchen ».



L’économie du don : comment ça marche  ?

Revenons à Ankur. Comment applique-t-il l’économie du don?  » Dans ce système, explique t-il, c’est l’acheteur qui détermine le prix d’un service ou d’un bien. Quelque soit le prix proposé, le vendeur l’accepte avec gratitude ». Difficile pour quelqu’un habitué au système capitaliste européen d’imaginer une transaction où l’on ne fixe aucun prix. Mais comment fait-il pour vivre? S’ il accepte de vendre ses photos à des prix dérisoires, son système paraît incompatible avec un niveau de vie confortable. Il s’amuse de ma réaction  » Oui, j’accepte la transaction même si le prix est en dessous de la valeur de mon travail, parfois, des gens ne me payent pas . Mais je suis un homme riche! » sourit-il.  » En fait, c’est très rare que des gens ne me payent pas, la plupart du temps les acheteurs me donnent plus d’argent que ce que j’aurai pu imaginé.  »

Il explique que tout est basé sur la confiance. «  Il y a beaucoup de gens méfiants, et quand je dis que c’est à eux de fixer le prix, il sont surpris, ils se demandent où est le piège.  L’ultime révélation, c’est qu’il n’y a pas de piège« , sourit-il.  » Quelque soit la demande je donne le meilleur de moi-même, et j’accepte ce qu’on me donne avec gratitude » , précise -t-il. Et parfois des miracles se produisent.

Ankur raconte par exemple son séjour dans l’Himalaya:  » J’étais parti avec de l’argent en poche pour 7 jours, mais j’avais envie de rester là-bas un mois. Je suis parti quand même, guidé par le désir de passer du temps dans cet endroit magnifique. Sur place j’ai rencontré un jeune couple qui m’a demandé des photos. Ils m’ont donné suffisamment d’argent  pour financer le reste de mon voyage. C’était un cadeau inattendu ». « En fait j’ai l’impression que lorsque je ne demande rien, je reçois l’argent dont j’ai besoin au bon moment. Je n’ai pas eu de problèmes d’argent depuis que je pratique l’économie du don « , précise-t-il.

Pour Ankur  l’économie du don est un système alternatif d’avenir. Il croit profondément dans la force  des valeurs humaines comme  la gentillesse et l’honnêteté. Il a prévu de visiter la Finlande cet été. Il aime les pays froids. Coïncidence ou synchronicité ? La Finlande fait partie du top ten des pays où les habitants se sentent le plus  heureux dans le monde! Je me demande quelles rencontres il va encore faire. J’ai hâte aussi de voir ses photos!

Ankur pense sincèrement que la gentillesse peut changer le monde. Personnellement, je ne demande qu’à le croire.

Et vous, qu’en pensez -vous?

Très belles photos réalisées en Inde dans la ville du Dalai-Lama