L’intelligence émotionnelle au service du leadership !

 » Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas des hommes et des femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour dire où trouver chaque chose, si tu veux construire un bateau, fais naître dans le coeur des hommes et des femmes le désir de la mer ».

Antoine de Saint-Exupéry

Photo : Gerry Barry

Photo : Gerry Barry

Il y a quelques semaines j’ai participé à Paris à un séminaire tout à fait passionnant autour du thème de l’intelligence émotionnelle. Ce séminaire organisé par l’Institut Repère,  un organisme de formation en Programmation-neuro-linguistique, était animé par l’un des grands experts mondiaux de la discipline, le californien Robert Dilts. 

Robert Dilts

Robert Dilts

Robert Dilts, est un auteur, formateur et consultant américain expert de la Programmation-neuro-linguistique depuis sa création en 1975, à Santa Cruz en Californie. Ses sujets de prédilection sont depuis 40 ans, le leadership et les stratégies du génie. Il a modélisé le fonctionnement des leaders d’exception et a découvert que ces hommes et ces femmes, utilisaient avec succès une forme d’intelligence, qu’on appelle l’intelligence émotionnelle. L’intelligence émotionnelle est la capacité d’interagir avec les émotions, en les comprenant, en ayant une attitude bienveillante face à elles et en les sélectionnant de manière appropriée. L’intelligence émotionnelle a été popularisée et définie par le psychologue américain Daniel Goleman.

Robert Dilts conseille aujourd’hui partout dans le monde des patrons de très grandes entreprises.

C’est un homme charmant et tout à fait passionnant. Il a bien voulu répondre à mes questions et je l’en remercie.

Rencontre avec un homme qui bouscule les règles du management !

Robert Dilts en plein séminaire

Robert Dilts en plein séminaire

– Bonjour Robert Dilts. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par  » intelligence émotionnelle « ?

-Il y a deux mots-clés dans ce concept. L’intelligence et les émotions. Qu’est -ce que l’intelligence ? C’est la capacité à rassembler, collecter et sélectionner une connaissance ou un savoir-faire approprié. Qu’est-ce qu’une émotion ? C’est une réponse à des évènements de vie significatifs. Nous vivons tous des expériences et nous les éprouvons à travers notre corps via les émotions. Vivre une émotion est une expérience somatique, au sens grec du terme, elle se déroule donc dans le corps. L’émotion est relative au corps, ce n’est pas une expérience cognitive.

La raison d’être de nos émotions est d’apporter une certaine énergie dans le corps dans le but de répondre à des évènements extérieurs. Le mot émotion est issu du latin « motio » qui signifie  » action de mouvoir, mouvement« . L’émotion est un signal qui nous pousse à agir d’une certaine manière. Il y a des évènements qui peuvent entraîner de l’excitation, de l’inspiration, de la joie, et il y a des évènements qui produisent de la peur, de la colère, de la frustration. Ces émotions sont présentes en nous dès la naissance, nous n’apprenons pas à ressentir des émotions. Les neuro-scientifiques nous diraient qu’elles siègent dans notre système limbique, notre deuxième cerveau qui est connecté à notre cerveau reptilien, notre cerveau ancestral, qui gère les comportements de survie ( se nourrir, se reproduire ). Mais nous disposons également d’un troisième cerveau, le néo-cortex, c’est le siège de la créativité, de la conscience.

L’intelligence émotionnelle est donc la capacité à reconnaître et à accueillir, sans les juger, les émotions afin de les utiliser dans un but constructif et positif, pour interagir de manière efficace avec son environnement, en les exprimant de la meilleure manière qui soit.

-Pourquoi est-il si important au sein de l’entreprise, que les leaders soient intelligents émotionnellement ?

-Je travaille sur le thème du leadership depuis 40 ans. Le mot « leader « est issu d’un ancien mot anglais qui signifie  » aller vers « . Le leadership est donc l’action de guider. Un leader est une sorte d’éclaireur. Pour aller quelque part, il est nécessaire d’avoir d’abord une direction. Il faut savoir où on veut aller, mais pour aller quelque part, il faut aussi de l’énergie. Si vous n’avez pas d’énergie, même si vous savez où vous voulez aller, vous n’irez nulle part. Les émotions fournissent par définition de l’énergie. Cette énergie peut être débloquée en réaction à quelque chose. Par exemple lorsqu’on se sent menacé, la peur active le besoin de protection, la colère nous sert à contourner un obstacle. Mais l’énergie de l’émotion peut aussi être un moteur qui apporte du courage, de la détermination, de l’enthousiasme.

Un leader doit donc être capable de fournir à ses équipes une vision, de donner une direction , mais il doit aussi être capable de mobiliser ses troupes pour les mettre en action. Il doit aussi pouvoir faire face aux émotions des autres quand ils se sentent menacés, confus, notamment en situation de crise ou de grands bouleversements stratégiques. Il peut y avoir de la peur, de la colère, des conflits. Un bon leader doit donc être à l’écoute de ses propres émotions et de celles des autres, pour amener de la résilience.

Les êtres humains ne sont pas des robots. Les émotions jouent un rôle très important dans nos vies, on ne peut donc pas les nier au sein du monde de l’entreprise. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on doit se laisser dominer par nos émotions. L’intelligence, c’est plutôt d’apprendre encore une fois à accepter les émotions, et à les maîtriser. Un bon leader doit savoir quel type d’émotion est nécessaire pour faire face à des défis difficiles.

Je n’ai jamais rencontré aucun leader d’exception, qui arrivait à mener loin son entreprise, sans utiliser l’ intelligence émotionnelle.

-En France pourtant, ce concept n’est pas intégré. On l’a encore vu aujourd’hui au cours de ce séminaire, où une femme témoignait de ses années passées dans une école de commerce. Elle expliquait qu’ on demandait aux étudiants au contraire de  » laisser leurs émotions à la maison « .

-Le meilleur contre- exemple à cette façon de voir les choses est Steve Jobs. Il a toujours répété qu’il fallait avoir le courage de suivre son coeur et son intuition. Steve Jobs a mené très loin Apple sur la scène du business mondial. Il a toujours dit qu’il n’avait pas réussi cette prouesse en s’appuyant uniquement sur sa raison. Mais il a également dit que l’intuition et la passion ne servent à rien, si elles ne sont pas utilisées au service d’une vision. Pour accéder à son intuition il est nécessaire d’être en relation avec ses ressentis. Les émotions sont des signaux qui nous indiquent nos états internes. Les ignorer revient à s’ignorer soi-même. On se coupe de certaines informations qui nous indiquent des messages très importants.

-Pensez-vous que cette façon de penser est plus développée aux Etats-Unis qu’en Europe ?

-Cette façon de voir les choses est davantage enseignée aux Etats-Unis. Cela ne signifie pas que tous les grands patrons l’appliquent. Ce qui est important, c’est que les chefs d’entreprises réalisent davantage que l’intelligence émotionnelle a de la valeur. Elle est extrêmement importante pour développer le bien-être au travail. Aujourd’hui on sait que le stress est contre-productif. Il peut même tuer. Vous avez ici en France, des exemples marquants, avec près de 25 suicides qui se sont produits ces dernières années au sein d’une très grande entreprise. De mon point de vue, on ne peut pas ignorer les émotions, dire qu’elles n’existent pas. Ne pas tenir compte de l’état émotionnel de ses salariés, peut conduire à des drames.

Si Steve Jobs a fait d’Apple l’une des sociétés les plus innovantes et les plus brillantes de la planète, c’est bien parce qu’il a réussi à motiver, à inspirer les personnes qui travaillaient avec lui. Il n’a pas planifié le succès de manière rationnelle. Cela ne veut pas dire qu’il était irrationnel. La sensibilité, l’intuition n’ont rien à voir avec l’irrationalité.  Il s’agit avant tout d’être à l’écoute de ses ressentis.

– Le mot clé que vous avez beaucoup prononcé au cours de ce séminaire c’est « l’accueil ». Comment fait-on pour accueillir ses ressentis, ses émotions ?

-D’abord, il est nécessaire de créer de l’espace en nous pour observer sans les juger nos émotions. Ensuite, l’autre point important est de reconnaître l’intention positive de l’émotion. Les émotions ne sont pas uniquement des réactions à quelque chose. La peur, la tristesse, la colère, toutes ces émotions, que l’on juge « négatives », la plupart du temps, ont en fait une intention positive. L’intelligence serait donc de connaître l’intention positive de ces émotions pour les intégrer avec créativité et sagesse. L’intention positive de la peur, cela peut être  la protection. L’intention positive de la colère, cela peut être poser des limites, se défendre. L’intention positive de la tristesse, c’est le besoin de libération.

Faire ce travail, est un travail proche de la  » pleine conscience « . La conscience est le socle de l’intelligence émotionnelle. Cela permet d’intégrer nos différentes expériences de vie. Ce que j’ai pu observé en interviewant des centaines de leaders ces dernières années, c’est qu’ils ont tous en commun, une sorte de cohérence entre leur façon d’être et leur façon d’agir. C’est cela, le charisme, une cohérence entre l’être et le faire. Ils savent alors inspirer les autres, ils rayonnent, et attirent à eux ce dont ils ont besoin pour réussir. Ils ont une autorité humble, une confiance tranquille, une présence particulière. On n’obtient pas des autres de l’implication et de l’engagement sans être d’abord soi-même en relation avec sa sagesse profonde, sans être conscient de ce qui se joue à l’intérieur de soi. Que se soit dans le monde de l’entreprise ou dans la vie en général, l’accueil bienveillant de ses ressentis est un pas essentiel vers le leadership de soi-même et le leadership tout court.

Liens pour aller plus loin:

Un livre sur l’intelligence émotionnelle

L’intelligence émotionnelle au travail

Toutes les formations de l’Institut Repère

Photo : Découvrez le fabuleux travail de l’artiste irlandais Gerry Barry !

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Quand l’épreuve nous fait grandir !

 » Confronté à une épreuve, l’Homme ne dispose que de trois choix. Combattre. Ne rien faire. Fuir. »

Henri Laborit, neurobiologiste français ( 1914-1995)

22plante

Désert de Jordanie

La vie est jalonnée d’épreuves. Qu’est -ce qu’une épreuve ? C’est un événement douloureux, une rupture, un moment  qui vient bouleverser un ordre établi et qui engendre de la souffrance.  Une perte d’emploi, le décès d’un proche, un échec amoureux figurent parmi les épreuves les plus courantes, mais il y a en a une qui vient ébranler nos fondations en profondeur, c’est l’épreuve de la maladie, car elle nous met face à la mort. Aujourd’hui, malgré les progrès de la science,  le cancer reste la première cause de mortalité en France. Le cancer est un mal étrange, dont les causes restent encore floues. Il naît à l’intérieur de l’être humain et entraîne la dégradation du corps physique. Des cellules devenues incontrôlables, prolifèrent silencieusement autour d’un vaste programme d’auto-destruction de l’organisme.

Ce véritable  » mal du siècle », des sociétés occidentales est-il intimement lié à nos modes de vie ? Les causes de cette maladie sont-elles uniquement à chercher au sein de facteurs extérieurs comme la pollution ou l’hygiène de vie ? Quel sens donner à une telle épreuve ? Comment la surmonter ? Quelles sont les clés de la guérison ?

J’ai posé toutes ces questions à un homme passionnant qui propose des réponses tout à fait pertinentes.

Gustave-Nicolas Fischer, psychologue de la santé

Gustave-Nicolas Fischer, psychologue de la santé

Gustave-Nicolas Fischer est psychologue de la santé. Il vient de publier aux éditions Odile Jacob « Psychologie du cancer : Un autre regard sur la maladie et la guérison ». Il partage son temps entre la France et le Québec. Gustave-Nicolas Fischer collabore depuis de nombreuses années avec la psychologue  Johanne De Montigny au sein d’une unité de soins palliatifs à Montréal. Il accompagne les malades en fin de vie et leurs proches en s’appuyant sur les apports de la psychologie positive.

Rencontre avec un pionnier de la psychologie de la santé !

– Bonjour Gustave-Nicolas Fischer. Pourquoi était-il nécessaire pour vous de proposer un  » autre regard  » sur le cancer ?

– Aujourd’hui,  il existe un clivage très important entre les soins purement médicaux que nécessitent le cancer  et l’accompagnement psychologique du malade. En France, le psychologue intervient  pour soutenir le malade de manière ponctuelle. Tous les cancérologues n’orientent pas systématiquement les patients vers un psychologue. Il n’y a pas de cohérence dans les démarches. Il n’y a pas d’approche spécifique liée aux problématiques psychologiques du cancer. La vision occidentale de la médecine  a tendance à séparer le corps de l’esprit, or à mes yeux,  on ne peut pas aborder ce bouleversement qu’est le cancer sans prendre en compte la patient dans sa globalité.  Pour moi, le corps est le seul lieu où tout se passe. Nos malheurs et nos bonheurs s’expriment à travers lui. Le corps constitue donc le lieu de référence de compréhension de la maladie. Le cancer est certes un bouleversement biologique. Des cellules deviennent folles, dégénèrent et deviennent des cellules tueuses, mais ce chaos biologique ne peut pas être dissocié de la crise existentielle qu’elle provoque chez le malade. Le cancer apparaît  comme une rupture brutale dans un parcours de vie. Elle met le patient face à la mort. Le chaos psychologique est donc indissociable de la catastrophe biologique.

– On connaît aujourd’hui les facteurs de risques du cancer ( la pollution, l’hygiène de vie ), mais cette maladie peut-elle avoir des causes psychologiques ?

– Il nous est impossible aujourd’hui d’affirmer que les chocs émotionnels sont en mesure ,à eux seuls, de provoquer un cancer. Malgré tout, de nombreuses recherches étudient l’impact du stress sur le développement de la maladie. Ces études existent depuis près de 30 ans aux Etats-Unis. En France on en parle peu, car la majorité des médecins ne croit pas à l’impact du psychisme sur le cancer. Ce qu’on peut dire c’est que sur  400 recherches scientifiques, menées sur près de 20 000 personnes, on a pu mettre en évidence quel type de stress constitue un facteur de risque. Ainsi, le stress chronique, c’est-à-dire le fait d’être soumis à des tensions intérieures sur une longue période, sans espoir d’amélioration peut être à l’origine d’un cancer. On a pu valider ces travaux grâce à la psycho-neuro-immunologie. Ce nouveau champ de la psychologie  remet en question les modèles existants de la psychologie et de la médecine sur le fonctionnement du corps humain. Jusqu’à présent on pensait que le système immunitaire était indépendant et autonome. Aujourd’hui, on sait que le système nerveux central et le système immunitaire communiquent entre eux via les neurotransmetteurs et les cytokines. Ce sont des vecteurs qui font circuler les informations entre les états émotionnels et l’organisme. Il a été confirmé que le stress crée un état d’affaiblissement des défenses immunitaires.

-Comment les malades peuvent-ils surmonter une telle épreuve ? 

-Une épreuve est d’abord un énorme défi. Lorsqu’on est confronté à l’épreuve on n’est par définition pas préparé à la vivre. On se retrouve donc face à une réalité qui implique une autre façon de vivre et de penser, mais pour pouvoir intégrer cette nouvelle façon de vivre , il va falloir agir sur soi-même. Le cancer est une maladie mortelle. L’ombre de la mort engendre un impératif de vivre qui  pousse le malade à transformer son rapport à la vie et à lui-même. Vivre ne signifie plus la même chose que pour les bien -portants. De nombreux malades ont tendance à s’enfermer dans les questions. Ils se disent :  » Pourquoi moi ? « . Malheureusement cela ne sert à rien. Ces questions ne font que consolider nos propres défenses face à la réalité. Le plus important est donc de ne pas résister à la situation. Ma priorité est donc d’aider les malades à accepter la réalité de l’épreuve dans laquelle ils se trouvent. Accepter c’est la première forme d’adaptation et de transformation de soi-même. Ensuite, il est important ne pas rester passif, en puisant en soi des forces. Nous mobilisons nos ressources intérieures à la minute même où nous décidons de nous battre et de continuer à vivre.

-Quels sont les effets de cet état d’esprit sur le corps ?

– Des chercheurs américains ont étudié deux groupes de femmes souffrants de cancer du sein. Certaines réagissaient par le déni, d’autres par l’impuissance, d’autres ont montré un esprit combatif, le  » fighting spirit« . Après un an, il est apparu que les femmes à l’esprit combatif avaient un état de satisfaction plus élevé que les autres. Après 5 ans, on a également constaté que ces femmes avaient un taux de survie plus significatif que les autres. Il faut noter aussi que le fait de se battre, induit une transformation de ses valeurs et de son rapport à la vie. L’épreuve devient alors la clé de la transformation intérieure.

Mais comment rester positif quand l’ombre de la mort plane  ?

-Développer une vision optimiste par rapport à ce qui nous arrive n’est pas évident, c’est vrai. Etre optimiste, ce n’est pas dire que tout va bien, quand tout va mal. Etre optimiste, c’est se dire que la vie vaut la peine d’être vécue. L’optimisme ne relève pas de la croyance, c’est une force psychique. Elle doit cependant se concrétiser par des actes pour être efficace. Le cancer est un combat à la vie, à la mort.

Malheureusement,  parfois c’est la mort qui gagne. Vous collaborez avec la psychologue qui s’occupe des malades en fin de vie au sein d’une unité de soins palliatifs à Montréal, au Québec. Que se passe-t-il au sein de cette unité ?

– Dans cette unité les malades restent en moyenne entre 8 et 15 jours. Quand ils arrivent, ils ne sont plus considérés comme des malades, mais comme des êtres humains qui terminent leur vie. Bien sûr on va s’évertuer à alléger la souffrance physique, pour aider les personnes à mourir dans la dignité. Mais mon rôle de psychologue relève avant tout de la présence plus que de la thérapie. L’objectif est d’être dans une ouverture qui permette au malade de se confier. Il livre ses secrets, les projets qu’il n’a pas pu réaliser. Donner des soins est une chose. Donner son coeur et sa présence en est une autre. L’unité de soins palliatifs est un endroit où l’on peut apprendre cela.

– Vous assistez donc au cheminement intérieur des malades confrontés à la mort ? 

– Cette maladie peut devenir un cheminement dans la mesure où l’on apprend à laisser des choses derrière soi. En Occident, nous avons terriblement peur de la mort. La mort n’est pas intégrée à la vie. Le cancer nous rappelle pourtant que nous sommes des êtres mortels. Nous naissons et nous mourrons. C’est un processus inévitable, qu’il faut intégrer pour vivre. Il faut apprendre à mourir tout au long de la vie. Je donne un cours à l’Université de Montréal sur la maladie grave et l’expérience du mourir. C’est une expérience qui est d’abord psychologique. Elle nous apprend à abandonner,  à renoncer, à lâcher ce qui n’a pas d’importance. Dans l’unité de soins palliatifs de Montréal, la psychologue avec laquelle je collabore m’a rapporté un jour sa conversation avec un malade. Elle lui avait demandé : « Que reste-t-il encore à l’intérieur de vous aujourd’hui ?« . L’homme a répondu :  » Rien« . Ma collègue a alors vu un dessin d’enfant au dessus de son lit. Elle l’a interrogé sur ce dessin. Elle lui a demandé ce qu’il signifiait pour lui. L’homme s’est mis à parler de cet enfant.  Ma collègue lui a dit alors : « Vous voyez ce n’est pas vide en vous. Quelqu’un qui vous aime a apporté ce dessin. Portez -le en vous. » Il a alors pris conscience qu’il pouvait encore donner quelque chose. On peut alors réinscrire le mourant dans un abandon, qui est le don de lui-même. Mourir, ce n’est pas perdre la vie, c’est être capable de donner sa vie. Le problème de nos sociétés, c’est que nous avons construit nos vies sur une conception matérialiste de l’existence. Cela engendre de la peur et un réflexe de protection.  Le cancer, les maladies graves et les épreuves en général ont ceci de positif qu’elles nous réveillent à la réalité de la vie. Elles nous ouvrent à la vie.

– Mais est-on obligé de passer par l’épreuve pour découvrir l’importance de la vie ?

– L’épreuve est un transformateur très puissant. Mais nous pouvons commencer dès aujourd’hui à nous débarrasser de tout ce qui nous encombre, en conscience. La plupart des gens construisent leurs vies sur des valeurs fausses. Nous sommes dans une période de transition collective. Les bouleversements économiques et sociétaux engendrent des réactions de peur et un désir d’une plus grande sécurité matérielle. Je crois qu’il est nécessaire de se libérer de ces peurs pour avancer. Il est important pour cela de s’appuyer sur sa vie intérieure. Aujourd’hui elle est défaillante chez de nombreuses personnes. On se focalise sur l’extérieur quand tout se joue à l’intérieur de nous-même. Qu’y a t-il à l’intérieur de nous ? De l’amour, une capacité à être juste, à être vrai, à aider les autres. C’est cela qui fait la vie et c’est cela que nous cherchons à réaliser à l’extérieur. Construire son chemin de vie , c’est donc d’abord se construire une vie intérieure.

Infos pour aller plus loin : 

-Un livre formidable sur la mort et la vie écrit par la psychologue québécoise  Johanne De Montigny : «  Quand l’épreuve devient vie « 

-Gustave-Nicolas Fischer animera une conférence ouverte au grand public intitulée  » La psychologie positive et les épreuves de la vie « , le jeudi 21 novembre à 18 h 30 au Congrès francophone de psychologie positive qui se déroulera à l’Université de Metz.

-Larevolutioninterieure.com est partenaire de cet événement. J’aurai le plaisir d’animer une table ronde autour du thème suivant : « Psychologie positive ? Un phénomène de mode ?

©larevolutioninterieure.com

Ce qui ne nous tue pas nous rend-il vraiment plus fort ?

 » Prenons le risque de vivre car c’est bien de risque qu’il s’agit : celui d’aller vers la lumière et de faire la lumière sur ce que nous ne voulons ni voir, ni savoir « .

Catherine Bensaïd, psychothérapeute française

Photographe : Anne Jutras

Photographe : Anne Jutras

 » Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ».

J’avoue que pendant longtemps cette phrase m’a laissée perplexe. Je la trouvais presque incongrue. Comment pouvait-on se sentir plus fort après avoir été confronté au deuil, à la maladie, à la souffrance ? Non vraiment, cette phrase avait bien du mal a sonné juste en moi.

Jusqu’au jour où j’ai rencontré Cécile, par l’intermédiaire d’une amie commune. C’est elle qui m’a révélée toute la profondeur qui se cachait derrière les mots de Nietzsche.

Cécile est une femme rayonnante de 43 ans, mère de trois enfants. Difficile en la regardant d’imaginer qu’elle revient de si loin.

Comme une femme sur huit en France, le cancer du sein est entré par effraction dans sa vie alors qu’elle n’avait que 28 ans. Une récidive, douze ans plus tard a totalement changé sa conception de l’existence. Touchée au coeur de sa féminité, elle a traversé des déserts de souffrance avant de renaître à elle-même, il y a seulement quelques mois.

Elle a accepté de me confier son histoire et je l’en remercie.

Voici donc l’histoire d’une reconstruction extérieure et intérieure.

Voici l’histoire de Cécile.

Photographe: Isabelle Debraye

Photographe: Isabelle Debraye

 Le cancer, de mère en fille 

« J’ai développé un cancer du sein, très jeune. J’avais 28 ans. Cela a été un choc pour moi, car deux ans auparavant, c’est ma mère, qui était touchée « , raconte Cécile d’une voix calme. « Heureusement la maladie a été détectée assez tôt j’ai donc été très bien prise en charge. J’ai suivi les traitements classiques et j’ai guéri sans problème particulier. J’ai eu trois enfants, sans complications. J’étais suivi de près par mon médecin », poursuit-elle.

Pendant douze ans le crabe va se tenir à distance. Douze années où Cécile va continuer sa vie au rythme des contrôles médicaux, toujours rassurants. Elle travaille dans l’industrie pharmaceutique, où elle occupe un poste de déléguée médicale. Des médecins, elle en voit tous les jours. Elle a l’habitude. Cécile aime son travail, elle s’entend bien avec ses collègues et son manager. Un état de grâce professionnel qui ne va pas durer longtemps.  Au fil des mois ses relations avec son supérieur hiérarchique se dégradent.  » Il  nous faisait faire des choses qui allaient contre notre éthique « , explique Cécile. L’ambiance est pesante et commence à influer sur sa santé : » J’étais constamment fatiguée à cette époque. J’ai eu des problèmes d’équilibre, on me disait que c’était à cause que d’ un virus. Avec le recul, je me demande si je n’étais pas déjà en train de tanguer dans ma vie « , se souvient-elle.

Cécile décide alors de suivre des formations pour changer d’air. Elle rêve de devenir formatrice. Mais en 2008, l’ombre de la maladie plane à nouveau sur sa vie. Elle apprend que sa mère fait une récidive.  » Cela m’a secoué. Lorsque j’ai appris la nouvelle, le soir en rentrant chez moi , je me suis effondrée en larmes.  Je me disais, si cela m’arrive, je ne le supporterais pas. Un an après c’était mon tour « , lance-t-elle, dans un murmure. » Cela m’a anéantie, je me suis sentie comme anesthésiée. Je savais ce que cela signifiait. Tout comme ma mère, j’allais devoir subir une mastectomie. Ma féminité était touchée en plein coeur. Il n’y avait pas d’autres solutions, je le savais. C’était l’amputation ou la mort ».

Cécile décide alors de se faire opérer par le même chirurgien que sa mère. Cette dernière vient de bénéficier d’une reconstruction mammaire avec succès. C’est alors que va débuter un long et douloureux combat. Comme ce palmier, elle va résister à un interminable hiver avant de pouvoir enfin retrouver sa place au sein d’un oasis verdoyant.

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Le combat commence 

«  Je ne suis pas restée abattue très longtemps. La maladie vous oblige à être dans l’action. Il y a plein de choses à faire, les rendez-vous chez le médecin, les radios, les contrôles. C’est plus compliqué pour l’entourage. Mes proches , mes amis, ma famille étaient eux très inquiets« , explique Cécile.

Son cercle relationnel se restreint, le cancer repousse comme un aimant de nombreuses connaissances. Elle doit aussi faire face aux propos maladroits des uns et des autres. L’institutrice de son fils , par exemple. Lorsqu’elle lui explique sa situation, cette dernière lui renvoie d’un air effrayé cette phrase qui la touche en plein coeur : « Vous allez vous en sortir ? ». Cécile n’en sait rien. Mais elle y croit.

Au travail, elle s’accroche tant bien que mal. Au fil de mois, elle apprend que deux autres de ses proches collègues ont eux aussi développé un cancer. « L’un d’entre eux en est mort, cela a été un vrai choc, d’autant qu’il ne nous a rien dit pendant très longtemps. Il avait à peine 40 ans « , relate-t-elle.

Le jour de la mastectomie, tout se passe bien. Elle gère la douleur comme elle peut et pense déjà à la prochaine étape. Très vite, elle insiste auprès du chirurgien pour qu’il lui installe une prothèse rapidement.  » Je voulais  retrouver ma féminité pour mes 40 ans « , sourit-il. Mais un obstacle va  bouleverser tous ses plans. A l’issue de cette seconde intervention, Cécile fait une septicémie : «  Mon corps était en train de lâcher, je n’arrivais plus à respirer, je me suis vue mourir. Le médecin n’a pas eu d’autre choix que de retirer la prothèse, ce que je refusais violemment « .

Elle se retrouve alors en soins intensifs, isolée du monde pendant trois semaines. Elle n’a pas droit aux visites. Son fils a contracté à la grippe A et son organisme fragilisé ne supporterait pas d’être au contact d’un quelconque germe. Elle n’arrive plus à distinguer le jour de la nuit. Ses journées sont rythmées par les soins des infirmières. Elle distingue à peine leurs yeux derrière leurs combinaisons d’astronautes. Seule face à elle-même, des pensées vont émerger :  » J’ai eu le temps de réfléchir sur moi, c’est certain. La seule chose qui revenait sans cesse dans mon esprit, c’était mon rapport avec ma mère. J’ai réalisé que nos histoires communes avec le cancer n’étaient pas anodines. Il fallait que je coupe le lien qui m’emprisonnait à sa propre souffrance. Vous savez, j’ai perdu mon père à l’âge de 14 ans et j’ai pris naturellement toutes les responsabilités à partir de ce moment là.  Je me suis dit alors que je ne voulais plus être la mère de ma mère et en même temps une partie de moi avait peur d’être rejetée « , poursuit-elle.

Photographe : Sunshine

Photographe : Sunshine

Une reconstruction intérieure et extérieure

Cécile finit par être hors de danger, mais en raison des complications qui sont intervenues, son chirurgien refuse de l’opérer à nouveau, pour lui installer une nouvelle prothèse. Elle ne baisse pourtant pas les bras. Elle toque à la porte de cinq médecins, tous lui expliquent que les risques sont trop élevés.  » C’est dur de se faire ainsi rejeter par le corps médical. Cela a été terrible de ne pas avoir été entendue », poursuit Cécile.

Elle est au bord du désespoir, lorsqu’elle rencontre enfin le chirurgien qui lui rendra son intégrité physique et morale. A l’évocation de cet homme, Cécile ne peut retenir ses larmes.  » C’est un médecin brillant qui est vraiment dans l’empathie. Il m’a écouté et surtout il m’a fait confiance. Nous avons vraiment travaillé ensemble à ma reconstruction. L’opération s’est très bien passée. Il m’a sauvé corps et âme« , explique -t-elle, submergée par l’émotion.

Aujourd’hui cette épreuve appartient au passé. Cécile a repris une vie normale mais elle est différente.  » Je me sens aujourd’hui beaucoup plus forte, c’est vrai. Moi qui pourtant n’avait pas vraiment confiance en moi. Je sais me dire aujourd’hui que la vie est belle. J’ai décidé de m’entourer de gens positifs. Quand je me regarde dans le miroir, je me demande quelle personne je veux être. Je sais aujourd’hui que ce choix m’appartient « , sourit-elle, pensive.

Après avoir passé 20 années de sa vie dans l’industrie pharmaceutique elle a décidé aujourd’hui d’écrire une nouvelle page de sa vie professionnelle. Cécile a profité d’un plan de départ dans son entreprise pour mettre sur un pied un nouveau projet. Elle suit un master d’éducation thérapeutique et espère animer des ateliers pour aider le personnel soignant à mieux communiquer avec les malades.  » Mon expérience m’a démontrée que les professionnels de santé ne savent pas toujours trouver les mots pour parler de la maladie avec leurs patients. Leur langage est technique et pas toujours suffisamment humain. Une meilleure communication permettrait selon moi d’améliorer la relation entre le médecin et le malade. Le processus de guérison passe aussi par la qualité de cette relation ».

Il y a dans sa voix de la détermination et de la conviction. Une envie d’aller de l’avant et de faire de son épreuve quelque chose de constructif.  » Je souhaite que mon expérience serve aux autres », conclut-elle.

Je la regarde et j’ai le sentiment qu’un arbre vigoureux et bien vert s’est niché au creux de sa poitrine meurtrie. Il semble puiser sa force dans la source souterraine et profonde de son âme.

Frederike Nietzsche avait raison.

 Tout ce qui ne tue pas une femme, la rend vraiment plus forte.

©larevolutioninterieure.com

NDLR : Merci à Anne Jutras au Québec, à Isabelle Debraye en France et à Sunshine aux Etats-Unis d’avoir accepté de collaborer à cet article en m’envoyant leurs merveilleuses photos. Merci les filles ! Thank you girls !

Liens pour aller plus loin :

Une association française qui aide les femmes opérées d’un cancer du sein 

Une association de soutien psychologique qui aide les malades à Paris

La ligue contre le cancer en France

Un livre : Reconstruire sa vie après un cancer aux éditions Frison-Roche 

Le projet de Cécile vous intéresse ? Envoyez-moi un mail larevolutioninterieure@gmail.com. Je vous mettrai en relation avec elle !

Les bienfaits de l’optimisme !

 « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit une opportunité dans chaque difficulté « .

Winston Churchill

Photographe : Isabelle Debraye

Photographe : Isabelle Debraye *

On l’appelle la  » science du bonheur »,  depuis une dizaine d’années la psychologie positive étudie les conditions et les processus qui contribuent à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des individus. Popularisée à la fin des années 90 par les travaux du chercheur américain Martin Seligman, cette discipline a beaucoup à nous apprendre car elle nous aide à comprendre scientifiquement ce qui nous rend heureux et ce qui favorise en nous le sentiment de bien-être.

Si ce sujet vous intéresse alors je vous invite à vous rendre au congrès francophone de psychologie positive qui se tiendra à l’Université de Metz du 21 au 22 novembre 2013. Ce congrès organisé à l’initiative du professeur en psychologie messin Cyril Tarquinio et de Charles-Martin Krumm,  président de l’association française et francophone de psychologie positive, réunira des chercheurs passionnants. Ils partageront leurs découvertes autour des thèmes de l’empathie, de l’éducation positive ou encore de l’optimisme. Le congrès est ouvert aux psychologues, aux thérapeutes et aux coachs mais aussi aux enseignants, aux éducateurs et à toutes personnes curieuses d’en savoir plus sur ces thématiques. Des conférences seront également proposées au grand public.

larevolutioninterieure.com étant partenaire de cet évènement, je partagerai avec vous dans les mois qui viennent mes rencontres avec les meilleurs spécialistes de la discipline. De beaux entretiens en perspective !

Pour vous faire patienter jusque là, je vous propose de découvrir l’un des organisateurs de ce congrès.

Charles-Martin Krumm, président de l'association française de psychologie positive

Charles-Martin Krumm, président de l’association française et francophone de psychologie positive

Le parcours de Charles-Martin Krumm est très inspirant. Cet ancien athlète de haut niveau,  a été membre de l’équipe de France junior d’aviron, avant d’enseigner l’éducation physique et sportive pendant 18 ans dans l’enseignement secondaire. Il s’intéresse depuis longtemps à la psychologie du sport. Il a d’ailleurs consacré une thèse à l’optimisme dans laquelle il a tenté de comprendre pourquoi certaines personnes étaient capables de rebondir après un échec dans le sport ou à l’école et d’autres non. Maître de conférences à l’Université de Rennes ( Bretagne ) en sciences et en psychologie du sport, Charles-Martin Krumm se passionne pour la psychologie positive depuis de nombreuses années et se rend régulièrement aux Etats-Unis et dans des congrès européens pour échanger avec les meilleurs spécialistes de la discipline. Rencontre avec un humaniste optimiste !

 » J’ai décidé d’être heureux, parce que c’est bon pour la santé  » Voltaire

  • Bonjour Charles-Martin Krumm. Comment l’optimisme est-il devenu un thème de recherche pour vous ? Qu’avez-vous découvert ?

-Initialement professeur d’éducation physique et sportive en collège et lycée, j’ai réalisé un travail de thèse reprenant des thématiques de terrain,  empruntées aux domaines de l’enseignement ou du sport. La question était de savoir  pourquoi certains individus étaient capables de rebondir après un échec alors que d’autres non.  Ce que les deux principales études de ma thèse ont montré sur les 1200 collégiens interrogés au cours de cette recherche, c’est que ceux qui avaient le meilleur niveau d’optimisme étaient moins anxieux et avaient plus de facilités à surmonter leur échec que les élèves pessimistes. Les optimistes avaient par ailleurs moins peur d’échouer et cette attitude leur a permis de rebondir plus facilement que les autres.  Le second volet de l’étude a montré que le fait d’avoir une vision optimiste du monde, permettait d’inhiber le fait de penser ne pas être bon dans un domaine particulier.  C’était intéressant de pouvoir mesurer cela scientifiquement car cela  nous aide à envisager de nouvelles réponses face à l’échec scolaire. Il y a bien une relation entre l’optimisme et la résilience et entre l’optimisme, la motivation et la performance.

  • Qu’est ce que la psychologie positive ? En quoi cette discipline est-elle différente des autres champs de la psychologie ?

-La psychologie positive est d’abord une science. En cela elle est différente de la simple « pensée positive « . Les chercheurs s’efforçent de mesurer et de comprendre les mécanismes qui mènent au sentiment de bonheur. Cette discipline est complémentaire des autres champs de la psychologie, car elle se focalise sur les aspects qui contribuent à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des personnes. C’est ce qui est novateur, car pendant longtemps la recherche en psychologie était centrée sur les pathologies, la souffrance psychique. Pour 21 études réalisées sur ce thème, une seule était consacrée au bien-être, à la joie et aux bienfaits des émotions positives . La psychologie positive permet de rééquilibrer la balance tout en gardant à l’esprit la prise en charge des troubles psychologiques.

  •  Que nous apprend cette discipline ? En quoi apporte-t-elle une autre vision du monde  ?

-Elle nous propose de focaliser notre attention sur nos forces et pas uniquement sur nos faiblesses. Elle nous aide aussi à comprendre les bienfaits qu’on peut tirer des bonnes choses qui nous arrivent dans la vie et que nous sommes parfois incapables de percevoir parce que nous sommes happés par  la négativité ambiante. En prenant conscience de cela nous ne sommes plus tournés vers  le passé et vers l’inconscient, mais vers l’instant présent et le futur.

  • Lors du congrès, une conférence sera organisée autour du thème de l’éducation. Que démontrent les dernières recherches en psychologie positive en lien avec l’éducation ?

-Des recherches récentes montrent qu’en développant le bien-être des élèves à l’école, nous pouvons les aider à progresser. Nous pouvons également leur enseigner à surmonter un échec, en les aidant par exemple à prendre conscience de leurs monologues intérieurs négatifs. On peut aussi les accompagner en leur proposant de se focaliser sur les solutions. Il existe différents programmes innovants dans ce domaine qui ont montré des résultats très encourageants. Des chercheurs comme Ilona Boniwell en Angleterre ou encore Michael Bernard en Australie, ont développé des programmes autour de l’éducation positive tout à fait intéressants. On constate que près de trois ans après la fin de ce type de programme on peut encore en mesurer les effets positifs sur les élèves.  En France, l’éducation positive pourrait répondre à un enjeu de santé publique, car une part importante de nos adolescents va mal.  Selon la dernière enquête PISA sur le bien-être des élèves à l’école, la France est à la traîne. De nombreux enfants et adolescents français traversent de plus en plus d’ épisodes dépressifs.  Le suicide est l’une des premières causes de mortalité des jeunes en France.  Par ailleurs plus généralement, les Français sont les premiers consommateurs au monde d’anti-dépresseurs et d’anxiolytiques. Une politique volontariste mise en œuvre tôt, dès l’enseignement primaire par exemple, aurait sûrement un impact sur le bien-être psychologique des adultes de demain.

  • En quoi la psychologie positive peut-elle nous aider au quotidien ?

– L’être humain semble s’habituer aux bonnes choses de l’existence. Il ne sait plus les reconnaître à leur juste valeur. La psychologie positive nous aide à prendre conscience de l’impact des émotions positives dans notre vie, mais elle peut aussi nous aider à mieux gérer les aléas de la vie. Elle nous enseigne qu’il est important de se focaliser sur nos réussites plutôt que sur nos échecs, elle peut aussi nous aider à interpréter différemment les évènements auxquels nous sommes régulièrement confrontés.

  •  Que faut-il retenir du fonctionnement humain vu sous l’angle de la psychologie positive ?

-Je dirai que l’être humain a longtemps fonctionné en réaction à des conditions environnementales difficiles. D’une certaine manière, c’est toujours le cas, puisque nos sociétés occidentales sont face à une crise économique que nous semblons avoir du mal à maîtriser. Je pense que l’être humain pourrait apprendre à rééquilibrer sa vision du monde qui l’entoure en regardant ce qu’il y a aussi de positif dans l’existence. A force de regarder les informations ( souvent négatives ) nous ne percevons  plus les belles choses autour de nous, qui existent pourtant.  De mon point de vue, il y a par exemple beaucoup plus de personnes dignes de confiance, gentilles, honnêtes que de personnes qui ne le sont pas. Pourtant, nous avons souvent une tendance à généraliser l’omniprésence “des méchants”.

  •  Comment voyez-vous l’avenir êtes -vous optimiste ?

-Je suis optimiste parce que je considère qu’il y a des solutions pour chacun à chaque niveau de la société. Certes il semble que nous n’ayons qu’un pouvoir limité sur ce qui se passe à l’échelle mondiale, en tous les cas en ce qui me concerne, mais  je considère que beaucoup de choses dépendent de moi : l’attention que je porte aux autres, ma manière de voir les choses. Force est de constater que le bien-être ou le bonheur deviennent des sujets à la mode. Il y a eu des émissions TV, il y a des programmes d’accompagnement qui se mettent en place dans les entreprises, le modèle de la santé semble petit à petit venir compléter le modèle de la maladie et même l’Education Nationale se penche sur les problèmes que rencontrent les élèves afin de proposer des solutions et de comprendre ce qui se passe. Alors oui, les choses me semblent avancer et cela me rend optimiste. On peut être réaliste et optimiste, ce n’est pas contradictoire !

* N’hésitez pas à aller encourager mon amie photographe Isabelle Debraye, qui a joyeusement accepté d’illustrer cet article. Son blog est ici !

©larevolutioninterieure.com

Liens :

-Le programme complet du congrès francophone de psychologie positive de Metz

Carl G. Jung : le psychanalyste de l’âme !

« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. »

Carl Gustav Jung ( 1875-1961 )

Carl Gustav Jung ( 1875-1961 )

Carl Gustav Jung

Carl Gustav Jung est un psychanalyste oublié. Sa pensée, ses concepts, sa façon même d’appréhender la psyché humaine sont restés ces dernières décennies, en particulier en France,  dans l’ombre du célèbre Sigmund Freud, dont il a été par ailleurs le disciple, avant de suivre sa propre voie.

Pionnier de la psychologie des profondeurs, Carl Gustav Jung n’a jamais cessé d’explorer la réalité de l’âme, en recherchant l’équilibre entre le monde matériel et le monde spirituel. C’est en m’intéressant à ce médecin suisse boudé par les facultés de psychologie françaises, au profit de Freud et de Lacan que j’ai découvert le centre européen d’études jungiennes, situé à Strasbourg. Cette association a pour objectif de faire connaître la pensée de Jung dans sa diversité et dans sa modernité.

J’ai profité d’une escapade dans la capitale alsacienne pour échanger avec le Président de cette association, Jean-François Alizon. L’oeuvre de Carl Gustav Jung éclaire son chemin personnel depuis près de 30 ans. Je le remercie ici d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Jean-François Alizon Président du centre européen d'études jungiennes

Jean-François Alizon Président du centre européen d’études jungiennes

-Bonjour Jean-François Alizon. Pouvez -vous nous présenter votre association ? Quelle est sa vocation?

– Le centre européen d’études jungiennes réunit un cercle de personnes issues de milieux très divers qui s’intéressent à l’oeuvre de Carl G. Jung . C’est une association qui compte une soixantaine d’adhérents et près de 150 sympathisants. Elle a été créée par la psychanalyste jungienne Brigit Soubrouillard il y a une quinzaine d’année. Nous comptons parmi nous des psychologues bien sûr mais aussi des étudiants en psychologie, en sociologie, des éducateurs et des artistes. Nous organisons régulièrement des conférences destinées à un public large. Cette année nous parlerons du célèbre « Livre rouge « de Jung. Le thème de cette année au CEEJ est “Folie et inspiration” la folie au sens des Grecs, dans ce qu’elle peut avoir de positif pour nous révéler à nous mêmes. Nous recevrons par exemple un égyptologue qui nous parlera du pouvoir symbolique des hiéroglyphes pour comprendre la folie dans l’Egypte ancienne. Notre objectif est de mettre la pensée de Jung en perspective avec d’autres disciplines.

Comment Carl G. Jung est-il entré dans votre vie ? 

– On peut dire que Jung a éclairé mon chemin personnel et pourtant je ne suis pas psychanalyste. Je suis diplômé de théologie protestante et je suis musicien. Je joue de la flûte ancienne dans un ensemble de musique de chambre.  J’ai enseigné pendant de nombreuses années la musique au conservatoire de Strasbourg. Dans les années 80,  j’enseignais la musique et puis vers l’âge de 36 ans, j’ai vécu une sorte de crise de sens. Comme beaucoup de gens, à cet âge de la vie, je me suis remis en question. J’avais suivi une formation en théologie, mais elle ne m’apportait plus les réponses dont j’avais besoin. A cette époque je me sentais  » à côté  » de ma vie. J’avais besoin de réconcilier mon chemin spirituel et ma pratique d’enseignant.

Un jour, par hasard, je découvre dans une libraire un livre qui retient mon attention. C’était un livre de Jung  » Psychologie et alchimie« . Cela m’a interpellé. Pour moi, l’alchimie n’avait aucun rapport avec la psychologie.  Je n’ai pas compris grand chose à ce livre, mais il a aiguisé ma curiosité. Petit à petit j’ai découvert le symbolisme et surtout la démarche de Jung qui propose de réconcilier le matériel et le spirituel. Toute son oeuvre est une recherche d’équilibre entre des notions opposées : le masculin et le féminin, le bien et le mal, le conscient et l’inconscient. Jung nous invite aussi à écouter notre inconscient, à négocier avec lui. Ce processus permet de trouver des réponses à des questions insolubles.

-En quoi cette découverte  a-t-elle influencé votre vie par la suite  ?

– J’ai donné un autre sens à mon métier. J’ai réfléchi sur moi. J’ai décidé de donner autre chose à mes élèves qu’une simple technique et je me suis davantage concentré sur leur bien-être. Je me suis rendu compte que en étant davantage tourné vers ma propre sensibilité et en me concentrant sur ma façon d’être, je pouvais alors par symbiose leur offrir une autre relation avec la musique. Je me suis autorisé à vivre mon intériorité à l’extérieur.

jung livre

Quels sont les concepts qui vous ont aidé à réaliser votre propre alchimie intérieure ?

– Alors que pour Freud, l’inconscient est un placard où l’on aurait mis tout ce que l’on ne voulait pas, pour Jung au contraire l’inconscient est un espace qui contient une grande richesse. Il est constitué de nos difficultés mais aussi de nos potentialités niées.  Jung nous invite donc à nous mettre à l’écoute de notre inconscient afin de nous relier à une sorte de matrice vivante et créatrice. Lorsque nous nous écoutons, que nous nous tournons vers l’intérieur, nous donnons la possibilité à notre inconscient de dire des choses à travers les rêves par exemple. C’est fondamental pour un artiste d’être en contact avec ce champ là. Jung a mis des mots et des concepts sur ce que je cherchais à comprendre rationnellement et que je vivais intérieurement.

-Jung a été le disciple de Freud, avant de prendre ses distances. Qu’est ce qui les opposait ?

-Freud était  préoccupé de construire une théorie scientifique qui puisse rendre compte des mécanismes de l’inconscient. Il était marqué par le rationalisme et le scientisme de son époque. Jung au contraire était marqué par Kant et le romantisme allemand, ce qui l’a poussé à considérer avant tout son expérience intérieure. Il pensait que nous ne  pouvions nous connaître qu’à travers notre subjectivité. Il a observé son propre monde intérieur,  il était très réceptif, il avait conscience de la dualité. Ses concepts sont nés de sa propre exploration intérieure. Leurs divergences sont nombreuses.  Alors que Freud voit les rêves comme l’expression de nos désirs refoulés, Jung en revanche estime que les rêves nous révèlent notre vie intérieure et nous indiquent le chemin de notre réalisation profonde.

Jung a aussi beaucoup voyagé en Afrique notamment et il a compris que nous étions constitués de forces originelles, qui sont présentes dans chaque être humain au -delà de la culture, c’est ainsi qu’il a défini le concept d’archétypes.

C’est lui aussi qui a découvert ce qu’il a appelé la “synchronicité”. Lorsqu’une coïncidence se produit entre des faits matériels et un tournant important de notre évolution intérieure, on peut parler de “synchronicité ». Ce n’est pas une simple coïncidence, mais un évènement marquant, qui surprend et frappe la personne à ce moment là. Une rencontre, un livre peuvent arriver jusqu’à nous et répondre à nos préoccupations profondes et ainsi accélérer notre évolution.

Jung va donc très rapidement émettre des réserves sur la prédominance de la sexualité et des désirs refoulés de la théorie freudienne et Freud va regarder d’un très mauvais oeil le goût de son disciple pour l’irrationnel. Si Jung est accueilli les bras ouverts dans les pays anglo-saxons, un air de suspicion flottera toujours sur son oeuvre en France à cause de son intérêt pour le monde invisible, les expériences paranormales et le spiritisme, qu’il voit avant tout comme des manifestations de forces inconscientes et aussi à cause de la manière souvent déconcertante de ses ouvrages, qui sont souvent plus une descente dans l’expérience et une ouverture pluridisciplinaire que des écrits dans le mode universitaire en usage en France.

– En quoi la pensée de Jung peut-elle selon vous répondre aux interrogations de notre époque ?

-Nous constatons que de nombreuses personnes sont à la recherche de sens dans leur vie. Actuellement  notre société matérialiste est traversée par une crise économique et une crise intérieure. Quelque soit leur âge ou leur métier, les personnes qui viennent vers nous souhaitent retourner à la source de l’être humain. Jung apporte des réponses car il n’a jamais opposé le matériel et le spirituel, il a cherché au contraire à en faire des forces complémentaires. Ce qu’on constate également c’est que les personnes qui se tournent vers Jung réalisent un travail des profondeurs et ils deviennent ainsi plus créatifs. De nombreux artistes et pédagogues s’inspirent de sa pensée.

Je crois que le matérialisme de notre époque ne répond pas aux aspirations profondes de l’être humain. Il est peut-être temps de réinventer une religion qui n’est pas reliée à un Dieu extérieur à nous. Une religion où l’on apprendrait à lire à l’intérieur de nous-même pour vivre en relation avec nos  forces profondes. C’est peut-être cela le réel défi du 21ème siècle.

le point jung

Liens pour aller plus loin :

– Le programme des conférences du centre européen d’études jungiennes de Strasbourg

-Les associations jungiennes en France

-L’association des analystes jungien au Québec

-La biographie de Carl Gustav Jung

-Un site d’information sur Jung

Un livre pour découvrir Jung :  » Ma vie : souvenirs, rêves et pensées  »

8, 60 euros chez Folio

Le mystère de l’intuition !

 » Intuition. Force mystérieuse qui explique pourquoi des hommes sans pensées, sans culture et sans aucun bagage que leur petite spécialité prennent spontanément la décision la meilleure. »  

Jean-Charles Harvey , journaliste et écrivain québécois

Artiste : Leah Piken Kolidas

Artiste : Leah Piken Kolidas

* N’hésitez pas à visiter la galerie virtuelle de l’artiste américaine Leah Piken Kolidas. Elle vit près de Boston. Son travail est sublime et inspiré ! A voir

Nous avons tous eu, à un moment ou à un autre, de l’intuition. Mais ne nous faisons pas toujours confiance à ces informations qui se manifestent en dehors de tout processus rationnel. L’intuition (mot issu du latin intuitum qui signifie regarder attentivement ) reste un mystère pour beaucoup d’entre nous, elle effraye, elle interpelle, elle questionne. Comment discerner l’intuition de l’imagination ? Comment mieux se servir de ses capacités intuitives pour réaliser ses objectifs ? Comment les cultiver  ? J’ai posé toutes ces questions à un homme qui a mis sa raison au service de son intuition depuis près de 20 ans.

Michel Giffard

Michel Giffard

Michel Giffard est l’auteur de  » Votre intuition au service du succès », publié aux Presses du Châtelet en 2009. Diplômé d’HEC, il a exercé différents postes à responsabilité au sein de grandes entreprises avant de s’intéresser au développement personnel. Il a passé plusieurs années en Afrique noire ( Tchad, Burkina-Faso, Côte d’ivoire ) où il s’est ouvert à d’ autres visions du monde.  Il dirige aujourd’hui  la filière executive coaching au sein du groupe HEC. Michel Giffard donne régulièrement des conférences sur l’intuition. Son public est large : il comprend des chefs d’entreprises, des consultants, des coachs, des directeurs en ressources humaines et des artistes.

 » On tient pour suspectes l’induction et l’intuition : l’induction le grand organe de la logique. L’intuition, le grand organe de la conscience « . Victor Hugo 

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Bonjour Michel Giffard. Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel. Comment est né votre intérêt pour l’intuition ?

– Je suis sorti d’HEC dans les années 70. J’ai travaillé ensuite en tant que contrôleur de gestion puis en tant que directeur financier dans des grandes entreprises. Dans les années 80, j’ai changé de métier et je suis devenu consultant en organisation, puis je suis devenu directeur des services informatiques chez Bulh SA.  En 1989, j’ai été licencié et j’en ai profité pour créer mon activité de conseil et de formation en management et en développement personnel. J’ai ensuite créé l’école de coaching d’HEC en 2002. Parallèlement à ce parcours professionnel au sein de l’entreprise, j’ai suivi une psychanalyse jungienne. Je me suis intéressé aux rêves et aux symboles. Dans les années 80, j’ai rencontré Alexandre Jodorowsky, c’est lui qui m’a ouvert de nombreuses portes, grâce à l’étude des tarots de Marseille. Les symboles me parlaient. J’ai approfondi mes connaissances sur les archétypes et j’ai appris à écouter mon intuition.

– Quelle est justement la définition de l’intuition ?

– Il y en a plusieurs. L’intuition, c’est d’abord la perception d’une information qui ne passe pas par le rationnel. Elle est soudaine et certaine, même si on ne peut pas la démontrer. L’intuition permet également de communiquer avec son inconscient ou celui des autres, par le biais des rêves par exemple.

-Qu’est -ce qui facilite cet état intuitif ?

-Ce qui facilite l’état intuitif c’est ce qu’on appelle l’état alpha. C’est un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. On traverse tous cet état deux fois par jour : au moment de l’endormissement et juste avant le réveil. L‘état alpha est un état modifié de conscience. Les scientifiques ont démontré que ces ondes sont émises par notre cerveau lorsque nous sommes dans un état de détente. On peut donc développer son intuition en se mettant volontairement en état alpha. Par exemple en pratiquant le yoga, la relaxation, et même la course à pied. La méditation, les pratiques artistiques, une sieste, une simple promenade dans la nature mais aussi de profondes respirations favorisent également cet état.

Il faut comprendre que pendant le sommeil, nos défenses rationnelles sont plus faibles. La sagesse populaire nous révèle que la nuit porte conseil, de nombreux scientifiques  s’en remettent à l’intuition lorsqu’ils bloquent sur des problèmes. Dormir permet de se connecter avec son intuition, avec sa sagesse profonde.

– Comment se manifeste une information intuitive ?

-L’intuition, qu’on appelle souvent le 6ème sens, se manifeste curieusement à travers les 5 sens. Nous avons tous un sens dominant. Certains vont entendre des phrases, d’autres vont voir des images, d’autres encore vont ressentir des sensations physiques dans leur corps. Il faut donc apprendre à identifier l’information qui arrive par l’un de nos 5 sens et la valider, pour pouvoir s’y fier.

-Justement comment savoir que l’image, les mots ou les sensations que nous recevons relèvent de l’intuition et non pas de l’imagination ?

-Nous devons pour cela apprendre à nous écouter et à ressentir. Il faut bien comprendre également que si l’information qui arrive se révèle fausse alors c’est que ce n’était pas une intuition. Une intuition est toujours vraie, car c’est la meilleure partie de nous-même qui s’exprime par cette voie.

Pour identifier les messages intuitifs, il faut donc travailler d’abord sur ce que l’intuition n’est pas.

L’intuition, ce n’est pas une projection, c’est à dire le fait de projeter son monde intérieur sur les autres. L’intuition ce n’est pas non plus une émotion ( la peur par exemple ). Enfin, l’intuition n’est pas guidée par l’expérience, ce n’est pas parce que l’on a jamais fait quelque chose, qu’on ne peut pas le faire.

Il est donc très important d’apprendre à se connaître, de faire un travail personnel pour avoir sa propre grille de lecture. L’intuition semble être un outil trop facile pour certains, mais en fait son utilisation est difficile, car cela demande du courage. Le courage de travailler sur soi, de comprendre ses fonctionnements et ses schémas internes. Il faut d’abord réaliser un long travail de déconditionnement pour accéder à notre intuition.

– Votre livre est intitulé « Votre intuition au service du succès« . En quoi l’intuition est-elle pour vous la clé de la réussite ?

-Si vous discutez avec des personnes qui ont réussi leurs objectifs de vie, elles vous diront d’une part que rien n’aurait pu les empêcher de réaliser leurs désirs ou leurs idées et d’autre part, qu’elles se sont senties guidées par quelque chose : une conviction, une certitude, une foi qui s’inscrit parfois en dehors de toute logique. Le rationnel n’a jamais créé de nouvelles idées. Regardez les artistes, leurs oeuvres ne sont pas le fruit d’un long travail analytique, mais bien le fruit de leurs inspirations et donc de leur part intuitive. Einstein le premier a eu l’idée de la relativité en rêve avant de la démontrer rationnellement. A mes yeux, une personne qui ne sert pas de son intuition ne peut pas sortir du lot et obtenir ce qui lui convient dans la vie.

-Alors pourquoi en France en particulier, l’intuition est jugée moins fiable que la raison ?

-D’abord notre culture judéo-chrétienne a véhiculé l’idée que si quelque chose est facile, cela n’a pas de valeur. Il faut travailler dur pour réussir, gagner son salaire à la sueur de son front, enfanter dans la douleur. L’être humain serait sur terre pour souffrir. Si je vous dis que mon statut professionnel est le fruit d’une longue lutte et d’une longue réflexion, vous allez applaudir des deux mains, si je vous dis qu’au contraire ma position actuelle est le fruit d’intuitions, vous serez déstabilisée. Pourtant c’est bien le cas. Les choix que nous faisons et qui sont importants pour nous ne sont pas le résultat d’une longue réflexion. Quand vous tombez amoureux ou lorsque vous avez un coup de coeur pour une maison, ce n’est pas votre raison qui s’exprime, c’est votre intuition. Si votre relation s’avère un échec ou que des problèmes se succèdent dans votre maison, peut-être n’avez-vous pas alors suffisamment écouté votre intuition !

Ensuite, il y a des résistances liées à la construction de l’individu. A l’école on privilégie les capacités analytiques. Le système scolaire et l’éducation parentale n’encouragent pas l’enfant à développer son intuition. Pourtant avant 3 ans, les enfants sont très intuitifs.

Il faut admettre aussi qu’il y a eu certains abus, l’intuition a quelque chose de magique, certains en ont profité pour servir leur intérêt au détriment des autres.

Malgré tout aujourd’hui  les spécialistes en neurosciences nous indiquent que le cerveau droit est moins utilisé chez les occidentaux que le cerveau gauche. Pourtant le cerveau droit nous permet d’avoir une vision globale, il est créatif, il va vers le nouveau, le mouvement, il est à l’aise avec le changement, il est ouvert. Notre cerveau gauche en revanche est à l’aise avec les détails, le connu, le rationnel, il aime les catégories, il est plus fermé. Carl Gustave Jung ( 1875-1961) disait déjà que le cerveau gauche était le siège de la raison et le cerveau droit le siège de l’intuition. Nous devons apprendre à nous servir davantage de notre cerveau droit.

-Il est donc temps d’apprendre à faire davantage confiance à notre partie intuitive ?

-Oui, il est important de faire confiance à notre intuition, à condition de la fiabiliser. C’est en travaillant sur soi que l’on peut apprendre à faire cela. Et pour ceux qui doutent encore de l’ efficacité de l’intuition je proposerai cette citation d’Albert Einstein :  » Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel un fidèle serviteur. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et qui a oublié le don « .

Liens pour aller plus loin :

La voie du Tarot d’Alexandre Jodorowsky

Le site de Michel Giffard 

L’état alpha du cerveau

Un exercice audio pour contacter son intuition

Un livre : Les prodiges du cerveau

L’EMDR pour surmonter les traumatismes !

« Un traumatisme est défini comme tout évènement extérieur au sujet qui a eu un effet négatif durable sur le soi et la psyché »

 Francine Shapiro, psychologue américaine fondatrice de la thérapie EMDR

Le congrès international des praticiens EMDR

Il y a quelques jours, je me suis rendue au congrès international des praticiens EMDR qui se tenait à Metz ( Est de la France ). Le traitement des traumatismes de l’enfant était le thème central de ce congrès.

L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing ) est une thérapie popularisée en France, il y a quelques années par David Servan-Schreiber. Cette technique utilise la stimulation sensorielle via des mouvements oculaires pour traiter les souvenirs traumatiques. L’EMDR ne peut ni effacer, ni changer le passé, mais permet de le rendre moins douloureux émotionnellement. On devient alors capable d’évoquer un souvenir traumatisant sans ressentir avec autant d’intensité l’émotion ( peur, colère, tristesse ) qui s’est manifestée au moment où l’expérience a été vécue. Depuis juillet 2012, l’EMDR est une thérapie recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé pour le traitement du stress-post-traumatique.

Lors de ce congrès, j’ ai rencontré deux psychologues très intéressants. Le français Michel Silvestre *et sa collègue anglaise Joanne Morris -Smith*.

Michel Silvestre et Joanne Morris-Smith

Rencontre avec deux pionniers des psychothérapies EMDR  

-Bonjour Michel Silvestre. Vous êtes psychologue et vous travaillez essentiellement avec les enfants. Pour quels types de troubles viennent-ils consulter ?

– Je reçois beaucoup d’enfants qui ont des problèmes de comportement à la maison ou à l’école. Certains ont été victimes de violences domestiques ou d’abus sexuels. Je travaille avec les services judiciaires spécialisés qui m’envoient des enfants hébergés en foyer. Il y a des cas lourds liés à une histoire familiale compliquée, mais je vois aussi des enfants ou des adolescents qui présentent  des formes d’inadaptation scolaire. Certains d’entre eux sont aussi simplement mal dans leur peau, tristes ou présentent des troubles du sommeil et de l’apprentissage.

-Quelles sont les causes des troubles du comportement ou de l’attention chez l’enfant ?

-Il y a plusieurs types de traumatismes qui peuvent être à l’origine de ces troubles. Il y a les traumatismes majeurs : les accidents, les deuils, les agressions et les violences. Mais il y aussi des traumatismes dits « mineurs », qui naissent dans la vie quotidienne. Ce sont des blessures psychologiques qui paraissent anodines mais qui affectent l’estime de soi de l’enfant. Par exemple, si l’enfant entend régulièrement qu’il n’est bon à rien, qu’il n’y arrivera jamais, qu’il est gaucher des deux mains. A force d’être répétées ces phrases impriment  dans le psychisme de l’enfant la croyance irrationnelle qu’il est nul et qu’il n’arrivera à rien. Cela affecte sa confiance en lui. Il peut alors développer des troubles de l’anxiété, des cauchemars par exemple. Il faut bien comprendre qu’un commentaire négatif  isolé ne va pas affecter la confiance de l’enfant. C’est la répétition de ces phrases dévalorisantes qui va poser problème et perturber l’enfant.

-En quoi dans ces cas là, l’EMDR est-elle une thérapie pertinente ?

-Les troubles du comportement sont la plupart du temps la manifestation d’évènements traumatiques qui n’ont pas été digérés. Il y a des filtres dysfonctionnels qui ont été mis en place par le trauma et qui perturbent le développement de l’enfant, comme s’il revivait indéfiniment la situation traumatisante. L’EMDR, permet de modifier ces filtres. C’est une technique intéressante, car elle va permettre non pas de changer le passé mais plutôt d’aider l’enfant à vivre avec le passé et de s’en détacher émotionnellement. On va ainsi l’aider à mobiliser de nouvelles ressources qui vont lui donner la possibilité de ne plus être prisonnier de l’évènement traumatique.

La plupart du temps on ne traite pas l’enfant seul. Une thérapie familiale est souvent appropriée. On ne s’occupe pas d’un enfant sans avoir d’abord étudié la stabilité du système familial. Si les parents sont dépassés, il est souvent nécessaire de les traiter eux aussi pour les aider à gérer leurs propres traumas, afin qu’ils puissent mieux accompagner l’enfant. J’ai reçu par exemple un jeune garçon de 8 ans qui présentait un comportement violent. Il avait perdu son père un an auparavant. Il avait des crises de colère à la maison et à l’école. Nous avons d’abord traiter le souvenir traumatique du deuil de sa mère. Il n’a fallu ensuite que quelques séances pour aider l’enfant à se libérer de sa colère. L’enfant réagit aussi souvent aux émotions de son environnement familial. Il faut comprendre que plus tôt on agit avec les enfants, plus vite on lui permet de se reconstruire. On évite alors que la souffrance s’installe et se prolonge dans sa vie d’adulte. Le traumatisme s’imprime dans l’esprit et dans le corps de l’enfant. Ces souvenirs, les font se sentir parfois perdus, angoissés, rejettés ou dévalorisés. L’EMDR permet de cicatriser les blessures de l’estime de soi.

-Cela signifie que l’EMDR est plus efficace pour soigner les troubles du comportement des enfants que les psychotropes ?

-Pour moi la réponse médicamenteuse ne doit pas être la première réponse. Parfois les psychotropes peuvent être utiles pour soulager les souffrances de l’enfant ou de l’adolescent, mais cela doit toujours être temporaire. Pour moi la première chose à faire c’est un entretien familial. Puis il faut comprendre quels filtres doivent être changé et quelles ressources on doit mobiliser pour amener l’enfant ou l’adolescent à se sentir mieux dans sa vie. L’intérêt de l’EMDR c’est aussi son efficacité. Quelques séances suffisent parfois à soulager l’enfant.

Vous Joanne, vous utilisez l’EMDR depuis plus de 20 ans  en Angleterre. Cette technique est-elle plus développée  dans votre pays qu’en France ?

– Oui, il y a plus de praticiens en Angleterre, parce que notre pratique de cette technique est plus ancienne. Mais je viens régulièrement en France et dans d’autres pays en Europe pour former des collègues. L’EMDR est déjà recommandé par notre sécurité sociale pour le traitement des gros traumatismes. Pour l’instant il n’y pas suffisamment d’études sur l’efficacité de l’EMDR sur les enfants, mais les résultats que nous avons obtenu sont très encourageants . Il y a aujourd’hui de plus en plus de conférences et de publications en Europe dans ce domaine.

-Pourquoi la thérapie EMDR est-elle davantage proposée aux patients dans votre pays en comparaison à la France ?

– Je crois que cela tient à l’histoire de la France qui met l’accent davantage sur l’approche psychanalytique. En Grande-Bretagne notre approche est plutôt orientée vers les thérapies comportementalistes. Nous proposons différentes techniques. Le patient a le choix. Dans notre pays on se pose d’abord cette question : dans cette situation de souffrance psychologique quelle est la thérapie la plus appropriée ? C’est un avantage par rapport à la France où l’approche analytique est largement privilégiée. Nous n’avons pas chez nous qu’une seule corde à notre arc , nous en avons plusieurs.

Michel, vous êtes d’accord avec cette façon de voir les choses ?

– En France, la seule discipline enseignée à la Faculté de psychologie, est basée sur l ‘approche psychanalytique. On reste enfermé encore dans la vision freudienne ou lacanienne de la psyché humaine. On est influencé par cette vision analytique, c’est presque culturel. La psychanalyse a été présentée en France comme la seule voie de traitement possible. On nous a dit qu’en dehors de cela, il n’y avait point de salut. Quand j’ai présenté mon mémoire de fin d’ études en 1978 sur la thérapie familiale, le jury m’a dit : » Tu vas revenir dans le droit chemin d’ici 5 ans« . A l’époque, si on ne suivait pas les maîtres de la psychanalyse on était considéré comme déviant. En 1995, j’ai fait partie des premiers psychologues français à me former à l’EMDR. Le changement prend du temps, mais ça évolue. De nombreux  praticiens se forment à de nouvelles approches. Et c’est tant mieux. Freud a dit des choses intéressantes, mais c’était au siècle dernier. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses . Nous sommes en retard par rapport aux pays anglo-saxons. Mais de nombreux thérapeutes, pédopsychiatres et psychologues sont aujourd’hui formés à l’EMDR. La Faculté de Metz est pour l’instant la seule en France à proposer un diplôme universitaire d’EMDR. C’est une petite révolution dans notre milieu et c’est positif.

*Michel Silvestre est psychologue à Aix-en-Provence, c’est l’un des pionniers en France des thérapies familiales. Il est Vice-Président de l’association EMDR France et il utilise l’EMDR depuis 1995 avec les enfants présentant des troubles du comportement, de l’attention et de l’apprentissage ainsi que des enfants victimes de violences domestiques. Il forme aujourd’hui de nombreux praticiens à l’EMDR.

*Joanne Morris-Smith est également psychologue en Grande-Bretagne. Elle travaille avec  le Great Ormond Street Hospital, un hôpital pour enfants à Londres. Elle est médecin-conseil pour la Sécurité sociale britannique ( le NHS) .C’est une formatrice accréditée par l’association EMDR -Europe. Elle forme elle aussi de nombreux praticiens en Europe à cette technique pour soigner  les traumas spécifiques de l’enfant.

Liens pour aller plus loin :

Comment fonctionne l’EMDR 

Le parcours de Michel Silvestre

Un article de Joanne Morris-Smith

La liste des praticiens EMDR en France

Un livre :

Des yeux pour guérir : EMDR la thérapie pour surmonter l’angoisse, le stress et les traumatismes Francine Shapiro et Margot Silk Forrest

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