Eloge de la sensibilité !

 » Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière « 

Michel Audiard

" Quiétude " Sandra C.

 » Quiétude  » par Sandra C.

J’aime bien cette toile. Elle reflète l’aspect mouvant de mes états d’âme. Du bleu au gris. Du gris au bleu. La palette de mes émotions change constamment comme la mer en mouvement. Il faut donc apprendre à aller avec le courant. Ne pas retenir mais laisser être ce qui a besoin de s’exprimer dans l’instant. Ce n’est pas toujours facile de mettre des mots sur ce que l’on ressent, encore moins de l’exprimer à un autre. De plus en plus, j’apprends à le faire et surtout à réhabiliter cette partie de moi qui m’aide à appréhender le monde d’une manière souvent beaucoup plus directe que ma raison : ma sensibilité.

Ma raison analyse, trie, catalogue , étiquette, range, les données que le monde m’envoie.  Ma sensibilité accueille, ouvre, embrasse  et me relie aux autres et au monde, sans filtres. Bien souvent, c’est elle qui m’aide à voir et à sentir le beau, le bien, le bon autour de moi et surtout en moi.

Quand je plonge dans un rayon de soleil, en ouvrant tous mes canaux sensoriels, le temps s’arrête et je deviens le soleil. C’est comme si je respirais le soleil et qu’il me nourrissait de l’intérieur de sa bienfaisante chaleur.

Longtemps, pourtant je me suis coupée de ma capacité à ressentir. Mon rapport au monde était essentiellement intellectuel. Je pensais le monde. Je me réfléchissais en permanence. En réalité, j’étais sous anesthésie. Je me suis lancée corps et âme dans les études, j’envisageais mon existence en terme de stratégie, j’étais très forte pour créer avec mon esprit des plans qui en toute logique devaient aboutir aux meilleurs résultats.

Bref, tout était sous contrôle par le seul pouvoir de ma volonté. Ce n’est pas que je ne ressentais rien. Je n’étais simplement pas à l’écoute de mes ressentis. Je les mettais de côté quand ils me dérangeaient afin que la réalité colle avec mes plans. Les émotions me faisaient très peur. Perdre le contrôle me terrifiait.

Jusqu’au jour ou cette façon de fonctionner a volé en éclat comme j’en témoigne dans le billet Les bienfaits d’une crise intérieure. Perdre tout contrôle a sans doute été l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’a faite.

En me découvrant, un potentiel artistique, j’ai compris qu’en fait, au plus profond de moi j’étais d’abord un être sensible avant d’être un être pensant.

Et que cette sensibilité était une force.

Longtemps, j’ai cru qu’elle était mon ennemie, voire un cadeau empoisonné, et même une compétence socialement inacceptable car souvent associée à la faiblesse d’âme.

Enfant, je me souviens, que les films tristes me faisaient pleurer à sanglots si forts que mes parents me sermonnaient en me disant : » Mais ce n’est qu’un film, tu es trop sensible ! « .

Depuis l’enfance , il n’y a pas de différences entre moi et un autre être humain. Je me sens spontanément reliée à ses émotions. Je peux les ressentir dans mon propre corps.

Cette empathie a longtemps été une sorte de boulet, car si en théorie tout le monde s’accorde pour dire que l’empathie est une qualité humaine positive, en réalité, elle est rarement accueillie à sa juste valeur par exemple dans le monde du travail qui manque de nos jours cruellement de bienveillance et donc d’empathie.

L’empathie et le chacun pour soi ne font pas bon ménage.

L’empathie est pourtant essentielle car c’est elle qui nous permet de nous mettre à la place d’un autre afin de le comprendre. Il s’agit de trouver le juste équilibre. Ne pas absorber les souffrances des autres, mais être capable de prendre en considération cette source d’information directe qui passe par le corps et non par la pensée.

La sensibilité n’a rien à voir avec la sensiblerie. Elle a été tant dénigrée que pour nous protéger de la moindre émotion, du moindre élan sincère de notre coeur, nous avons construits des armures qui nous amènent à nous combattre plutôt qu’ à nous rencontrer.

Aujourd’hui j’ai remis ma sensibilité au coeur de mon existence. C’est elle qui me permet de m’émouvoir de la beauté, c’est elle qui me guide quand mon esprit analytique ne sait plus très bien quelle direction prendre, c’est elle qui fait de moi un être humain et pas un robot calculateur et froid.

Je suis sensible. Je suis même hypersensible. La violence du monde a pu me faire vaciller. Parfois c’était si insoutenable, que j’ai prié de devenir une pierre pour enfin ne plus rien sentir. Mais ce n’est pas la bonne méthode.

La violence du monde existe c’est un fait. Mais suis-je obligée de m’y connecter en permanence ? Non. Aujourd’hui j’essaie juste d’être à l’écoute de mes émotions, de les accepter, de les accueillir, puis de les transformer à travers la peinture et l’écriture.

Ma sensibilité m’aide aujourd’hui à transmettre une forme d’énergie positive.

Si votre sensibilité est plus développée que la moyenne, soyez encouragez à la mettre au service des autres. Aujourd’hui je peux affirmer que c’est un don et pas un cadeau empoisonné. Un don qui fait de vous un être pleinement humain.

Et ce monde à besoin d’humain comme vous, pour se souvenir, que l’essentiel se trouve à l’intérieur de chacun, derrière les apparences.

Osez exprimez vos ressentis à travers des pratiques qui vous inspirent, car chaque expression est unique et apporte quelque chose aux autres.

La vie émotionnelle, c’est un peu une terre inconnue. L’exploration en vaut la peine. Au coeur de ce territoire réside pourtant notre intelligence intuitive, directe.

Dans un monde en perpétuel mouvement, il est plus que jamais important à mes yeux d’apprendre à l’utiliser et à en faire une force lumineuse.

Aujourd’hui les gens pensent trop et ne ressentent pas assez.

Sandra C.