Le réveil de la force

 « La planète n’a pas besoin de gens qui  » réussissent ». La planète a désespérément besoin de plus de plus de faiseurs de paix, de guérisseurs, de conteurs d’histoires et de passionnés de toutes sortes » – Le Dalai lama

C’est une chanson écrite avec les larmes de la colère. Ce que j’aime dans cette vidéo, c’est ce que nous transmet cet artiste amateur originaire de Tarbes en toute transparence : l’indignation, le courage, l’appel à l’unité. En quelques heures, elle a été vue près de 6 millions de fois sur les réseaux sociaux. Un homme indigné et une guitare. Un message qui voyage à la vitesse de la lumière comme en réponse à la tristesse collective qui a secoué la France après l’attentat qui a décimé l’équipe de Charlie Hebdo. Que sa chanson soit bonne ou pas, n’a pas d’importance. Ce qui est certain, c’est qu’il l’a écrite avec son âme.

Et ça c’est beau.

Certes, le réveil est brutal , en ce début d’année. Nous entrons dans une phase de chaos. La peur va s’infiltrer de manière insidieuse au coeur des débats. Le sentiment d’impuissance va peut-être nous paralyser. Les éléments qui conduisent au  développement du terrorisme nous dépassent par leur complexité. On peut se demander où va notre monde, quel sera l’avenir de nos enfants. On peut avoir peur. Peur de l’autre, de ses différences, de son indifférence, peur du chaos, peur de la violence, peur de l’être humain et de sa folie destructrice. La peur va alors insidieusement commencer à attaquer notre confiance, notre joie de vivre, notre foi dans l’humanité et nous nous sentirons encore plus impuissants. La division sera alors prête à s’installer, la méfiance va attiser la haine, les oiseaux de mauvais augure vont commencer à surfer sur la vague de chaos entourant nos coeurs d’un voile de plus en plus sombre,  mais nous aurons toujours le choix.

Le choix de renforcer la peur ou de renforcer la confiance.

En quelques heures, mardi, des milliers de personnes se sont rassemblées spontanément en France et à travers le monde pour défendre la liberté d’expression, la liberté tout court.

Nous sommes plus forts que ce que nous croyons.

Plus que jamais, c’est le moment de consolider nos fondations et de nous relier aux valeurs essentielles pour nous.

Egalité. Fraternité. Liberté. Ce ne sont pas des mots vides. Ce sont des mots pleins. C’est à nous de les rendre vivants à travers notre façon d’être. C’est à nous de les incarner au quotidien.

Nous n’avons pas besoin de la religion pour nous sentir relier. Ce qui nous relie c’est notre capacité à ressentir et à aimer. C’est ce qui fait de nous des êtres humains, au-delà de nos différences culturelles et sociales. L’empathie n’a rien à voir avec la morale. Ce n’est pas un concept. C’est un état d’être. Un état naturel que l’on nourrit avec de l’amour et que l’on tue avec de la haine.

Nous n’avons pas besoin des politiques pour penser. Il est urgent d’apprendre à penser par nous-même et d’apprendre à discerner ce qui est juste. Penser par soi-même, c’est identifier ce qui est juste en fonction de nos valeurs essentielles.

Si la mort des journalistes de Charlie Hebdo doit servir à quelque chose, c’est bien à nous réveiller. A réveiller notre force, notre créativité, notre énergie vitale.

A exprimer aussi le beau, le bien, le bon. A exprimer de l’amour surtout.

Face à la haine, l’amour doit être la seule réponse.

Nous sommes les cellules d’un même organisme vivant. Nous sommes tous reliés. Gardons confiance en notre humanité. Créons de la beauté. Restons bien ancrés. Donnons du sens à notre existence. Ne cédons pas à l’absurde.

Nourrir l’espoir, c’est déjà commencer à résister.

L’heure est au réveil de la force. Pas à la nuit noire.

Allumez votre lumière. Surtout ne vous éteignez pas.

Le monde a besoin de vous. Plus que jamais.

©larevolutioninterieure.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’école de demain est à inventer !

Gabriel Michel est maître de conférences à l’Université de Lorraine à Metz située dans l’est de la France, à 50 km à peine de l’Allemagne. Diplômé de psychologie cognitive et d’informatique il travaille au sein du laboratoire de recherche Interpsy  ETIC.  Il y étudie  au côté d’autres chercheurs les mécanismes de l’apprentissage, de la perception, de l’attention et de la communication. A l’heure où le décrochage scolaire en France inquiète l’OCDE, Gabriel Michel nous éclaire sur les méthodes éducatives qui fonctionnent et partage avec nous le fruit de près de 10 années de recherche autour du thème de la transmission des savoirs. Pour lui, l’enfant doit revenir au coeur du système éducatif  français. Rencontre avec un humaniste optimiste!

« L’ignorant n’est pas celui qui manque d’érudition mais celui qui ne se connaît pas lui-même »

Jiddu Krishnamurti, philosophe indien ( 1895-1986 )

 

On apprend mieux  en collaborant !

 » Un prof arrive dans sa classe et dit Bonjour à ses élèves. Dans les pays nordiques , les élèves répondent Bonjour sur le même ton que le prof. En Angleterre, ils répondent Bonjour Monsieur. En France ils ouvrent leurs cahiers et ils écrivent Bonjour ». La plaisanterie est lancée sur un ton goguenard, mais elle en dit long sur le sentiment de Gabriel à propos du système éducatif français.  Depuis de nombreuses années cet enseignant étudie sous tous les angles possibles les mécanismes de l’apprentissage.  Pour examiner ce vaste sujet il s’est entouré de collègues psychologues, ergonomes,  informaticiens, ingénieurs et de spécialistes en sciences  humaines. » Dans ce laboratoire nous essayons de trouver de nouveaux modèles pour mieux comprendre les comportements humains« , explique-t-il. Comment  transmettre les savoirs ? Quelles sont les pédagogies qui fonctionnent ? Voilà le genre de questions que se posent les membres de cette équipe pluridisciplinaire. Au moment où le gouvernement français lance une vaste consultation sur l’avenir de l’école, leurs observations ne sont pas sans intérêt.

Pour Gabriel Michel les données récoltées ces dernières années ont le mérite d’être claires. La qualité de l’apprentissage est indissociable d’une bonne relation entre un maître et ses élèves. La transmission d’un savoir passe forcément par un échange. En France cet échange est bâti sur un modèle qui met l’enseignant au coeur du système.  » On considère l’enseignant comme celui qui sait et qui offre son savoir à des élèves priés d’intégrer des connaissances. Dans notre pays, les enseignants ont peu de temps à consacrer individuellement à chaque élève. Le savoir est donc transmis de manière globale or de récentes recherches  ont démontré que cette façon de procéder n’est pas très pertinente » , relève Gabriel Michel.  » On sait que l’apprentissage collaboratif est plus efficace. Prenez deux classes, par exemple.  La première est une classe avec un apprentissage dit frontal c’est -à -dire avec un schéma classique maître-élèves et une autre classe où l’on privilégie un apprentissage collaboratif, c’est-à-dire un apprentissage co-construit entre les élèves et entre le professeur et les élèves. Et bien,  les résulats d’un point de vue expérimental montrent que les enfants de la classe collaborative savent plus de choses que les enfants de la classe classique et s’en souviennent plus longtemps« , précise le maître de conférences.

La transmission d’un savoir serait ainsi plus efficace lorsqu’elle est enrichie par un échange constructif . « Lorsque vous avez une idée en tête, tant que vous ne l’évoquez pas oralement devant d’autres, ou que vous le n’écrivez pas , elle reste incomplète », détaille le chercheur. » On doit préciser les choses , aller dans les détails car transmettre un savoir , c’est aussi se confronter à l’autre . C’est cet échange qui fait avancer, parce que cet échange enrichit et affine les connaissances que l’on souhaite faire passer ».

Au sein d’une classe collaborative, les enfants découvrent eux-même les exercices. Ceux qui comprennent plus vite sont chargés d’expliquer ce qu’ils ont compris aux autres. Ils choisissent les sujets  qu’ils souhaitent aborder en classe et avancent à leur rythme. C’est exactement ce que propose  des écoles alternatives comme les écoles Montessori ou Freinet. Ces établissements privilégient l’autonomie  et stimule le désir d’apprendre des élèves. En France ces écoles, toujours privées, restent encore confidentielles.

« L’éducation devient de la plus grande importance. L’éducation n’étant pas simplement l’acquisition de connaissance technique, mais la compréhension, avec sensibilité et intelligence, du problème global de vivre – dans lequel est inclus la mort, l’amour, le sexe, la méditation, la relation, et aussi le conflit, la colère, la brutalité et tout le reste – ce qui est la structure de l’existence humaine dans son ensemble »

Jiddu Krishnamurti

Et si l’école enseignait la connaissance de soi ?

Gabriel Michel m’explique que les résultats des chercheurs actuels sur les classes collaboratives ne font que valider les idées diffusées au  siècle dernier par le grand philosophe et pédagogue indien Jiddu Krishanmurti ( 1895- 1986). Il s’agit du  philosophe contemporain le plus connu en Inde.  Il est primordial selon ce philosophe  de stimuler la créativité des enfants car c’est la meilleure façon de favoriser l’émergence d’esprits libres et ouverts sur le monde.

Les 3 principes défendus dans son livre Réponses sur l’éducation sont les suivants :

1) L’éducation sert à trouver son chemin dans la vie

2) L’éducation, c’est l’apprentissage de la connaissance de soi

3) L’éducation doit être fondée sur le  plaisir d’apprendre et non sur  la peur du châtiment ou de la punition

En 1952, il s’adresse à de jeunes enfants en Inde en leur disant ceci : « L’éducation vraie devrait vous aider à être si intelligent qu’avec cette intelligence vous puissiez choisir un travail que vous aimez, quand bien même ne suffirait-il pas à vous nourrir, mais à ne pas faire quelque chose de stupide qui vous rendrait malheureux pour le reste de votre vie. »

Une philosophie qui semble bien éloignée de notre système éducatif, obsédé par les évaluations, les résultats et la compétition. L’école sert à décrocher un diplôme, ultime sésame destiné à obtenir un emploi rémunérateur. Au sein de notre culture matérialiste, la performance, le résultat, la compilation de connaissances sont mieux valorisées que la curiosité, les ressources personnelles ou la créativité. Mais ces diplômes nous permettent-ils pour autant de devenir des êtres humains accomplis et de trouver notre  place dans le monde ? Sommes-nous plus heureux lorsque nous accumulons les connaissances théoriques ? A quoi donc peut bien servir tout ce savoir ? Nous aide-t-il vraiment à nous sentir utile dans un travail épanouissant ?

 

Gabriel Michel  est depuis plusieurs années responsable d’un cursus franco-allemand à l’Université de Lorraine. Il explique qu’à chaque rentrée , il est abasourdi de constater le gouffre qui sépare les étudiants français et allemands.  « Vous connaissez  la différence entre étudiant français et allemand ? L’étudiant français est un étudiant, l’étudiant allemand est une personne » . Derrière cette boutade se cache un constat :  » Après le lycée un  jeune allemand sur deux  décide de voyager pendant un an. Il fait des stages de langues dans des pays étrangers ou alors il s’engage dans des associations pour savoir ce qu’il veut faire. En France, dès la seconde un lycéen doit se positionner. La Fac ou les Grandes écoles. Il faut être productif et performant. On conseille aux jeunes  de ne surtout pas prendre de break. Résultat tout le monde a peur. Les étudiants se battent pour rentrer dans le moule. C’est ainsi que l’on fabrique des étudiants soumis.  Voyager, c’est aussi s’ouvrir au monde et développer son esprit critique. Et visiblement la société française ne favorise pas cela » , développe Gabriel Michel.

Un autre système éducatif est-il possible ?

Longtemps vanté comme l’un des meilleurs au monde , le système éducatif français peine actuellement à réduire la fracture sociale. Selon le dernier rapport de l’OCDE sur l’éducation en Europe, les jeunes adultes dont les parents ne sont pas diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire ont toujours moins de chance de suivre des études supérieures. Pour Gabriel Michel, c’est bien la preuve que notre pays n’innove pas suffisamment :  » On est toujours au 18ème siècle. La classe dirigeante a intérêt à conserver le système actuel car il reproduit les inégalités sociales. Nous vivons ,comme le disait le sociologue Pierre Bourdieu, dans une société de caste. L’élite essaie de garder son capital social. On voit bien que si le système éducatif français était plus efficace, ça voudrait dire que les enfants défavorisés accèderaient plus facilement aux postes de pouvoir. »

Pourtant, certaines expériences ont démontré que le recrutement de jeunes issus de milieux sociaux dits « défavorisés » donnaient de bons résultats.  » A l’Université de Lorraine, nous avons créé un cursus avec obligation de recruter 50 pour cent de boursiers. La moitié des élèves était allemande, l’autre moitié française. Nous avons construit un programme où chaque étudiant passe obligatoirement  6 mois à l’étranger et anime des cours.  Les résultats ont été très prometteurs : de nombreux jeunes ont ensuite monté leur entreprise. L’un de ces étudiants est devenu le webmaster de Greenpeace à Amsterdam, un autre a ouvert une start up en Inde autour de l’apprentissage des langues », explique l’enseignant.

A l’heure où le nouveau gouvernement français affirme vouloir faire évoluer l’école, il serait peut-être temps que les spécialistes de la pédagogie et de l’apprentissage soient enfin entendus. On connaît la lourdeur de l’éducation nationale, ce « Mamouth » que certains jugent impossible à réformer. Pour Gabriel Michel, s’attaquer au système ne servirait à rien. Il faudrait  plutôt selon lui, le changer de l’intérieur. Philippe Meirieu, l’un des spécialistes français des sciences de l’éducation, professeur à l’Université Lumière de Lyon ne dit pas autre chose sur son site internet :  » Il est important que les militants pédagogiques s’inscrivent dans des réseaux et communiquent entre eux« , écrit-il. Cela signifie que les enseignants doivent s’entraider, échanger et se rassembler autour de valeurs communes pour innover et créer l’école de demain.

Le réseau européen COMENIUS propose déjà de fédérer les enseignants et les éducateurs de toute l’Europe. Ce projet a pour but d’étudier les meilleures pratiques pédagogiques. L’objectif  est de vraiment généraliser ce que l’on fait de mieux en matière d’éducation à tous les pays de la communauté européenne. L’idée serait ensuite de diffuser gratuitement des vidéos comprenant à la fois des outils théoriques et des études de cas sur internet, afin que chaque  enseignant qui le souhaite puisse accéder à une formation continue enrichie par les expériences de leurs collègues européens. Le projet prévoit également d’envoyer des enseignants français dans des écoles pilotes, dans des pays comme la Finlande, connus pour l’ efficacité de leur école publique.  Pour Gabriel Michel le salut éducatif de la France passera peut-être par des décisions à l’échelle européenne. Contrairement à certains de ses collègues il a décidé de ne pas céder au pessimisme ambiant. Il ose dire qu’il est confiant pour l’avenir ! Alors pourquoi ne pas commencer à y croire ?

Rêvons de cette école du future. C’est sans doute la meilleure façon de commencer à la construire !

Je vous suggère la lecture de ce livre : On achève bien les élèves de Peter Gumbel. Edifiant !

Liens utiles :

Regards sur l’éducation 2012 : l’étude de l’OCDE

L’éducation selon Jiddu Krishnamurti

L’histoire de la pédagogie

Le réseau européen COMINUS sur les meilleures pratiques pédagogiques 

L’école finlandaise un exemple pour la France ?