Les bienfaits du vide

 » Le vide est tout puissant parce qu’il embrasse la vacuité et que tout mouvement devient alors possible. Celui qui parviendrait à faire de lui-même un espace vide où autrui pourrait librement pénétrer serait maître de toutes les situations « .

Kazuzo Okakura extrait de  » Le livre du thé « 

" Flying to somewhere " de la photographe Isabelle Debray

 » Flying to somewhere  » de la photographe Isabelle Debray

Elle est si intéressante cette photo. Quand je plonge mon regard dans ce morceau de ciel, je n’ai qu’une envie, c’est de pousser ces immeubles gris, pour agrandir cette fenêtre d’azur, qui symbolise à mes yeux l’essence même de la liberté.

Quel magnifique sujet que le vide. Souvent, pourtant,  il nous fait peur.  Le vide donne le vertige. C’est peut-être pour cette raison que nous nous empressons de le remplir.

Pendant des années, j’ai vécu dans un appartement agréablement spacieux. Et pendant des années, j’ai capitonné les murs avec toutes sortes d’affiches et de souvenirs de voyage. J’ai abreuvé mes placards d’une multitude de vêtements. Ma bibliothèque était inondée de livres et à chaque fois que je la regardais je me disais que la noyade était proche. Et puis un jour, il n’y a pas si longtemps d’ailleurs, j’ai déménagé. Et ce déménagement a été salutaire.  Il m’a permis de faire de la place.

Quand un mouvement s’amorce dans notre vie, cela signifie qu’il est temps de laisser des choses derrière soi. Un déménagement, c’est toujours un moment de bilan. Qu’est-ce que j’emmène avec moi ? Qu’est-ce que je laisse ici ? Qu’est-ce qui est essentiel ? Qu’est-ce qui m’alourdit ?

Les objets ont un âme. Ils sont animés par les souvenirs que nous projetons sur eux. Les objets qui nous entourent racontent le film de notre vie, mais est-il sain de tous les garder ?

J’ai donc déménagé, il y a quelques mois. Et en déménageant, j’ai ressenti le besoin de faire de la place à l’espace. Sans regrets. J’ai pris chaque objet en tête à tête et j’ai fini par garder ce qui était vraiment important pour moi. Et la liste s’est réduite de jours en jours. Cela ne fait pas très longtemps que je suis installée dans mon nouveau chez-moi. Mais j’ai constaté qu’il n’a plus rien à voir avec l’ancien. Quelque chose a changé parce que j’ai changé.

J’ai vidé mes placards. Je n’ai conservé que les vêtements que j’aime vraiment porter. J’ai allégé ma bibliothèque  et elle ne porte plus aujourd’hui que les livres que j’ai vraiment envie de relire. J’ai également dénudé les murs et j’ai découvert que le vide ne me faisait plus peur. Au contraire. Je respire. En gardant l’essentiel, je me suis rendue compte que j’étais déjà comblée. Et prendre conscience de cela m’a fait un bien fou. Le vide amène au détachement et donc à la liberté.

Les souvenirs que je chéris le plus tiennent dans une boîte à chaussure. Mes petits trésors se composent de lettres, de photos d’enfance et d’adolescence. Je n’ai conservé dans cette boîte que les meilleurs moments de ma vie. Cette boîte a d’ailleurs une fonction très importante : elle me rappelle d’où je viens, qui je suis et ce qui m’anime. Elle est la gardienne de mon temple intérieur. Quand je doute, j’aime y revenir, elle m’aide alors à goûter à nouveau à la saveur des choses qui comptent vraiment : l’amour, l’amitié, la beauté, le partage.

Faire l’expérience du vide à l’extérieur, c’est aussi faire l’expérience du vide en soi. Lorsqu’on trie, range, nettoie ce n’est jamais anodin. Cela signifie que nous avons besoin de faire de la place à quelque chose de nouveau.

Dernièrement, dans mon nouvel appartement, j’ai ressenti le besoin de faire encore plus de place. Je me suis séparée de tous les objets dont je ne me sers pas au quotidien. L’espace s’est alors agrandi. L’énergie circule mieux. Ce qui est vraiment intéressant, c’est que juste après avoir fait de la place dans mon  » chez-moi », j’ai fait de nouvelles rencontres, dans mon quartier. En l’espace d’une semaine, j’ai fait la connaissance de plus de gens qu’en trois mois.

N’ayons pas peur du vide. Le vide nous lave. Il nous élague. Il nous prépare ainsi à accueillir le nouveau dans notre vie.

Et vous ? Que dit de vous votre  » chez-vous « ? Avez -vous besoin  de vider votre espace ou avez-vous besoin de le remplir ?

N’hésitez pas à partager avec nous.

PS : merci à mon amie Isabelle Debray pour avoir accepté d’illustrer cet article.

©larevolutioninterieure.com

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