Comment trouver son chemin ?

 » Il faut parfois toute une existence pour parcourir le chemin qui mène de la peur et l’angoisse au consentement à soi-même. À l’adhésion à la vie. »  Charles Juliet

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C’était l’année dernière. En septembre, plus précisément. Je venais de m’installer à Paris, de quitter un poste et une vie qui ne me convenaient plus pour plonger la tête la première dans l’inconnu. Je marchais dans la rue près de chez moi, quand mon regard a été happé par ce message inscrit au sol. Il semblait avoir été écrit pour moi, tant il résonnait avec ce que je vivais. Je venais d’arriver à Paris et hésitais à suivre un projet professionnel qui sur le papier semblait riche de promesses, mais qui au fond ne me satisfaisait pas pleinement. Le message était clair. Je n’étais pas sur le bon chemin.  Mon coeur le savait déjà, mais ma tête refusait de l’entendre. Il a fallu quelques pas dans cette rue un matin de septembre pour réconcilier ma raison et mon intuition. « Dans la vie il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » , nous dit le poète Paul Eluard.

Les mots des poètes ne sont pas justes beaux à écouter, ils ont vraiment du sens. Alors j’ai écouté ces mots laissés par un poète inconnu sur un bout de trottoir parisien avec attention et quelque chose en moi s’est détendu. J’ai donc refusé ce projet qui au fond ne me convenait pas mais auquel je m’accrochais car il n’y a rien de pire que l’incertitude. Dire non, sans savoir si autre chose de mieux se présentera est source d’anxiété. Nous sommes habitués à vouloir contrôler notre vie. Depuis deux ans que j’anime ce blog la révolution intérieure, j’ai appris pourtant, que s’attendre au meilleur crée des miracles. Alors j’ai fait un pas de plus vers la confiance. J’ai dit non à ce projet et je pense que j’ai bien fait.

Savoir ce qu’on ne veut plus est une chose plutôt facile à identifier. Tout votre corps dit stop. Arrive un moment où l’incohérence entre  qui on est et ce que l’on fait devient si insupportable que toute votre âme dit  » non « . Il n’y a plus d’envie, il n’y a plus de vie tout court. Tout en vous se serre. La gorge, le coeur, le ventre. Tout votre corps crie : » ça suffit ! » C’est ce  qui m’est arrivée un an auparavant.

J’étais journaliste, j’occupais un poste très bien rémunéré au sein d’une télévision régionale publique, je bénéficiais de la sécurité de l’emploi. Un statut en or que de nombreuses personnes m’auraient enviée. Pendant des années, j’ai travaillé à ce poste sans me poser de questions, heureuse d’avoir atteint l’un de mes objectifs de vie. Je bénéficiais de la sécurité de l’emploi et j’exerçais le métier qui me plaisait. J’aurai dû être heureuse. Accomplie. Remplie d’énergie. Cela a duré un temps.Et puis au fil des années quelque chose a changé.

J’ai commencé à m’intéresser à des tas de sujets : la psychologie, le développement personnel. J’ai travaillé sur moi. Beaucoup. J’ai appris à me connaître mieux, à m’accepter, à m’apprivoiser, à prendre conscience de mes besoins et de mes valeurs profondes. Ce genre de travail n’est pas sans conséquences, il bouscule votre petit monde intérieur et arrive un moment où si l’extérieur ne reflète pas ce changement, un conflit intérieur se met en place.

Pendant des années, j’ai été coupée en deux. Ma tête m’indiquait une direction, mon coeur me murmurait autre chose. J’ai mis du temps à vraiment écouter mon coeur. Je ne me fiais qu’à mon intellect, totalement déconnectée de mes émotions et de mes aspirations, je suivais la route qu’on m’avait apprise à suivre. La voie de la raison. Le problème c’est qu’au bout d’un moment, la raison ne vous aide plus. Le coeur sanglote de ne pas être entendu. Et la souffrance s’installe, sans que votre intellect ne comprenne pourquoi. Et puis un jour quelque chose s’est passé et a amorcé un changement qui allait s’avérer radical.

Un jour donc où je me rendais sur le terrain pour réaliser un reportage tout à fait banal à la demande d’un de mes chefs, quelque chose de déterminant s’est manifesté en moi. A peine arrivée sur le lieu du reportage, j’ai commencé à sentir monter en moi une angoisse terrible qui m’a coupée le souffle. C’était totalement irrationnel. J’avais déjà fait ce genre de reportage des centaines de fois, sans me poser de questions, en bonne élève, j’éprouvais la satisfaction du devoir accompli. Mes chefs étaient contents de moi, c’était l’essentiel. Mais ce jour là, cette angoisse asphyxiante a pris toute la place. Et ce que j’entendais en moi disait : » Si tu continues, tu vas mourir « . Ce ne sont pas des mots anodins.  A ce moment, j’étais si fébrile, que je n’ai pas eu d’autre choix que  de m’asseoir en  laissant le soin à mon collègue caméraman de faire les images nécessaires à notre reportage . Et c’est là que mon collègue que ne je remercierai jamais assez, a fait une chose totalement irrationnelle lui aussi et que j’ai découvert une fois rentrée au bureau, en salle de visionnage.

Ce moment est resté gravé en moi. Alors que je regarde les images de ce sujet, une autre image est apparue.  C’est moi.  Je suis assise sur la marche d’un escalier, recroquevillée, les yeux vides, le visage pâle comme une vierge morte. Et cette image de moi-même habitée par l’angoisse m’a fait l’effet d’un électrochoc.

Nous vivons tous des moments d’angoisse à un moment ou à un autre, mais nous nous prenons rarement en photo à ce moment là. La sensation d’anxiété est avant tout une sensation intérieure, que l’on perçoit avec les yeux du dedans. Me voir dans cet état avec le recul de l’observateur a été une chance. Je me suis dis :  » Tu ne peux pas continuer à faire ça comme ça « . Quelque chose devait changer.

J’ai compris que le message intérieur qui venait à moi ne devait pas être négligé. Il était vital. Pourquoi mon collègue avait- t-il fait cela ? Pourquoi me filmer à ce moment là ? Lui-même n’a jamais su me l’expliquer. Il a agi comme par réflexe. Et m’a offert une belle occasion d’avancer sur mon chemin. J’ai donc  appris à dire non. Plusieurs mois après cette expérience, je négociais mon départ de cette entreprise et décidais de m’installer à Paris. Nouvelle vie. Nouvelles perspectives. Nouveaux défis. Une multitude de chemins possibles. Mais comment trouver le bon ?

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Marcher tout droit ?

La vie serait tellement plus simple, s’ il suffisait de suivre une ligne droite pour arriver à la plénitude. Notre éducation nous enseigne qu’ en respectant les règles nous arriverons à la réalisation : bien travailler à l’école, être discipliné, collectionner les diplômes, répondre en bon petit soldat aux demandes de nos supérieurs. Tout cela devrait suffire à nous épanouir.  Il suffit d’observer la réalité du monde du travail pour comprendre à quel point ce n’est pas  vrai. Des sur-diplômés ne trouvent pas d’emploi. Des employés dévoués qui ne comptent pas leurs heures ne sont jamais augmentés. Le sacrifice amène rarement à la reconnaissance. Quelque chose cloche entre la théorie et la pratique. L’expérience de la vie nous enseigne bien plus de choses.

Un chemin tout tracé nous éviterait bien des errances. Si les choses se passaient comme elles devraient se passer en théorie alors il n’y aurait pas de drames, pas de souffrances. Un chemin tout tracé n’est-il pas l’assurance de la sécurité maximum ?

Si je suis cette ligne droite, il ne pourra rien m’arriver. D’ailleurs en existe-t-il une autre ? C’est peut-être probable mais il est risqué de sortir du cadre et de faire un pas de côté pour aller explorer le reste du monde pour la trouver. Et pourtant.  Tous les explorateurs font l’expérience de la peur. Leur courage est à la hauteur de leur angoisse d’affronter seul l’inconnu.

Qu’est- ce qui pousse les explorateurs à tenter l’aventure malgré tout ? L’inconscience ? Ou la conscience ? La conscience qu’un autre monde existe , une autre vie, une autre façon d’être au monde, un autre chemin qui mène à une terre fertile et abondante ? Comment en être sûr ? Il n’y a aucune certitude. Il faut donc apprendre à faire confiance ou s’arrêter. Mourir d’immobilisme ou mourir de peur ? A chacun de choisir sa mort. Quoiqu’il arrive, quelque chose va mourir.

Tout changement  entraîne la perte de repères, la déconstruction de nos croyances. Quelque chose doit mourir, pour que quelque chose d’autre puisse renaître. Je dis bien renaître et pas naître. Car tout est déjà en nous. Et tout le chemin consiste finalement à accoucher de cette autre partie de nous, qui désire être en cohérence avec le monde.

On peut l’appeler comme on veut. Moi je l’appelle l’âme. J’utilise ce mot en dehors de tout courant religieux spécifique. Le mot âme vient du latin anima qui signifie « animé« . Laisser parler l’âme , c’est libérer la voix de ce qui nous anime en profondeur. Le dictionnaire Larousse nous éclaire encore davantage avec cette définition :  » L’âme est le siège de l’activité psychique et des états de conscience de quelqu’un, ensemble des dispositions intellectuelles, morales, affectives qui forment son individualité, son moi profond ; esprit, intellect, cœur, conscience « .

L’âme est unité, pas séparation. Peut-être que le chemin consiste à relier des points lumineux pour lui faire de la place dans ce monde. Après avoir dit non à quelque chose, il est  nécessaire de dire oui à quelque chose d’autre. Pas un oui timide mais un oui qui vient du coeur. Le oui du coeur, c’est le cri de joie de l’âme.  Cela explose en-dedans comme un soleil. Cela éclaire vos yeux d’une étrange lumière. Il n’y a que les enfants qui offrent ce rayon au monde en toute innocence. C’est la lumière de l’émerveillement. De la joie pure.

Une fois approuvée l’idée du oui il faut cependant encore répondre à cette question : un oui d’accord, mais un oui , à quoi ?

 

Un petit pas lumineux

Un petit pas lumineux

Depuis ce  » non  » qui m’a invitée à respecter le rythme de ma quête intérieure de sens, de nombreuses choses positives se sont présentées dans ma vie. Le chemin que j’emprunte est toujours incertain, mais sur la route, des puits de lumière m’ont confortée dans l’assurance que j’avais fait le bon choix.

Cela ne signifie pas que le voyage est facile. Je prends des détours, j’avance, je recule, je me perds et d’un coup je retrouve ma route, comme si des anges bienveillants s’arrangeaient pour me faire rencontrer certaines personnes au bon moment juste pour m’aider à avancer. La liste des rencontres improbables et essentielles ne cesse de s’allonger.  La magie de la vie se déploie à mesure que je fais de la place à mon coeur.

La vie m’a fait de jolis cadeaux sur le chemin et en même temps j’ai été obligée avant de récolter ces fruits d’abondance de passer par une période de chaos où tous mes schémas se sont effondrés.  Il me faudrait plus d’espace pour tout vous raconter. Cela viendra sûrement.

Honnêtement, quand j’ai créé ce blog la révolution intérieure, j’avais surtout besoin d’air, d’oxygène pour laisser libre cours à ma curiosité, à mon inspiration, à ma quête de sens. Je ne pensais pas une seconde à cet instant que ce titre « la révolution intérieure  » qui s’est présenté à moi , -un matin au réveil comme une évidence-, j’allais par la suite le vivre en profondeur dans différents  aspects de ma vie : sur le plan professionnel ET personnel. Mais c’est une autre histoire. Ou plutôt le prolongement de celle-ci. Et cet article est déjà bien long. Alors je vais m’arrêter là.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis pour le moment toujours journaliste. Je collabore avec un magazine positif et inspirant : Happinez. Vous pourrez lire certaines de mes contributions dans le numéro de juillet.  D’autres projets sont en cours et même incertains ils remplissent déjà mon coeur de joie. J’y crois ! Je crois qu’il est possible de vivre la vie qui nous ressemble !

Ce que je sais aujourd’hui c’est que l’artiste en moi à besoin d’exister. Créer est devenu pour moi aussi vital que respirer. Si vous me suivez sur Facebook vous comprendrez mieux mes inspirations du jour ! J’aime tant écrire ! J’aime tant partager. Il ne s’agit pas d’imposer une quelconque vérité. Ce monde est fait de vérités multiples. Il s’agit juste de partager un peu de lumière. Un peu d’énergie positive.

Je connais la valeur des moments heureux, des instants lumineux, car j’ai traversé de nombreuses ombres. J’ai été touchée par des gens qui ont affronté bien des épreuves et sont toujours vivants. Leurs témoignages m’ont apporté tant de lumière ! Tant de clarté ! A mon tour, j’ai envie de la partager.

J’espère vous transmettre cette énergie à travers mes mots. Vos nombreux retours positifs m’encouragent à poursuivre ce blog et surtout à continuer d’écrire. Mon rêve est de publier. Ecrire. Créer. Inspirer. Laissez- moi faire cela. Laissez -moi être cela et je rendrai grâce. Je serai heureuse. Je serai enfin totalement moi. Voilà ce que j’ai envie de dire à Dieu s’il existe ! Peut-être qu’il m’entendra ! Alors, je vais avancer pour concrétiser cette idée.

Et vous ? Où dort votre rêve ? Nous irons le chercher  pour le réveiller !

Nous sommes tous sur le chemin. Et je pars devant en éclaireur. Tout ce que je découvrirai. Je le partagerai. Pourquoi faites-vous ça me direz-vous ? Parce que quand je fais ça, je me sens en accord total avec l’Univers. En paix. En joie. Reliée à vous, reliée à tout. Et cette sensation, je vous le dis, pour moi, c’est ce que j’appelle, le bonheur.

Oui je sais,c’est un peu mystique tout ça, surtout n’ayez pas peur. J’ai les deux pieds bien ancrés dans la Terre. Je lève les yeux au ciel, parfois. Comme un arbre, je me déploie. Et vous êtes avec moi chers lecteurs. Entre ciel et terre. Une forêt de papillons lumineux. Voilà ce que nous sommes ensemble, lorsque nous nous permettons de rayonner notre lumière. N’est-ce pas cela que nous cherchons ici -bas ?

 

Lumineuses pensées à tous.

Sandra C.

©larevolutioninterieure.com

 

 

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Le fabuleux destin de Sandra Jayat !

 » Si tu ne sais plus où tu vas, tu dois savoir au moins d’où tu viens « .

Sandra Jayat, peintre et poétesse tzigane

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Ma rencontre avec Sandra Jayat a d’abord été littéraire. Il y a quelques mois, une amie m’a offert un livre «  La zingarina ou l’herbe sauvage « . Ce cadeau inattendu a vraiment ouvert bien des portes en moi.

J’ai été captivée par ce récit poétique et autobiographique, qui raconte l’incroyable parcours d’une jeune adolescente tzigane. A 15 ans, au début des années 50, Sandra Jayat fuit un mariage arrangé, quitte l’Italie et décide de rejoindre Paris, à pied, pour retrouver un cousin, le célèbre guitariste  Django Reinhardt.

Elle connaîtra, la solitude, le rejet, la peur, mais une bonne étoile veille sur elle. Sa vie sera jalonnée de rencontres essentielles et de hasards bienheureux.

Après un long périple d’une année qui ressemble à une véritable quête initiatique, Sandra Jayat arrive à Paris. Autodidacte, elle peint, écrit des poèmes, danse les couleurs de son âme.  Une vie de bohème et d’abondance qu’elle partage, avec d’autres artistes , tels que Marcel Aymé ou  Jean Cocteau qui seront de fidèles compagnons sur le chemin de la création. La vie et le parcours de cette femme montrent qu’il est possible de vivre une vie en accord avec les couleurs de la liberté, de la confiance et de l’intuition, à condition d’apprendre à lâcher le passé pour suivre l’appel de l’inconnu.

J’ai eu envie de rencontrer Sandra Jayat car au-delà de son parcours , j’ai aimé sa façon de peindre son monde intérieur, avec grâce et légèreté.

Très gentiment, Sandra Jayat a accepté d’échanger avec moi et je la remercie.

C’est une dame aujourd’hui âgée de 73 ans. Elle vit toujours à Paris. Grâce à elle, j’ai encore une fois beaucoup appris.

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Sandra Jayat : peintre et poète

Nous nous rencontrons au Cabinet de Paris, dans le 5ème arrondissement. Drôle d’endroit pour une rencontre. Le cabinet de Paris n’est pas une galerie d’art, mais une agence immobilière. C’est pourtant là que sont exposées de nombreuses toiles de Sandra Jayat. Et ce n’est pas un hasard. Dans les années 60, ce lieu était un club où défilait les plus grands poètes. C’est le fils des anciens propriétaires, aujourd’hui responsable de l’agence immobilière qui par attachement pour le passé bohème de ses parents, a décidé de rendre hommage aujourd’hui encore  au travail de l’artiste tzigane.

J’ai le sentiment d’explorer encore une fois une maison abandonnée, où la lumière n’a jamais cessé de briller malgré les années. L’époque a changé, mais les murs vibrent. Ils se souviennent d’un temps où des artistes idéalistes se retrouvaient pour créer un autre monde. Un monde d’une beauté nouvelle.

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Elle apparaît avec ses grands yeux bleus qui n’ont rien perdu de leur éclat mystérieux. Sandra Jayat est une dame élégante, le cou serti d’un ruban bleu. J’ai des dizaines de questions qui me viennent et qui s’entrechoquent entre mes lèvres tant ma curiosité est grande. Elle me regarde avec un sourire amusé. «  Vous savez, je sens les gens, je ne peux pas vous l’expliquer, c’est peut-être l’instinct, mais je sens les gens », me dit-elle. Je ris, soulagée. Si elle est restée, c’est qu’elle est prête pour la conversation. Le courant passe. Je suis comblée.

Qu’est-ce qui me fascine chez cette artiste ? Qu’est -ce qui m’a poussé à la rencontrer ? Voilà la véritable question. En lisant ses poèmes, en écoutant ses chants, en plongeant le coeur dans ses toiles, j’ai senti que l’art, la créativité était bien plus qu’un passe-temps ou qu’un don.

Créer aide à vivre. C’est aussi simple que cela. Et c’est le plus grand secret que m’a révélé Sandra Jayat.

Ses errances, sa solitude, son passé difficile, les souvenirs de la guerre, où ,enfant, elle est cachée pendant des mois dans un grenier avec son grand-père pour éviter les camps de concentration où les tsiganes seront amenés au même titre que les juifs, les homosexuels et tous les êtres jugés déviants, sous l’ère nazie, tout cela est resté figé dans sa mémoire. Elle m’en parle, avec émotion.  » Peut-on jamais guérir du passé ? Aujourd’hui à mon âge, les souvenirs douloureux refont surface », me lance-t-elle, le regard perdu dans ses pensées. J’ai envie de lui dire que oui, on peut guérir, mais je me tais. Je sais que je suis venue ici écouter comment cette magicienne, a transformé la douleur en lumière.

Qu’est-ce que le destin  ? Est-il menaçant, injuste où se présente-t-il simplement à nous lorsque notre âme ressent l’appel de la liberté  ? Sandra Jayat a répondu à cette question avec le recul de ses 73 printemps.

En quittant une vie sécurisée au sein de son clan, la jeune tzigane a suivi sa propre voie, au prix d’une grande  solitude. Chez les nomades  quand sonne l’heure du départ, aucun retour en arrière n’est possible. «  Le gitan part à ce signal que personne ne donne et auquel tous obéissent », me souffle-t-elle. L’ âme de Sandra Jayat  avait choisi un autre destin que celui que sa condition lui avait attribuée et elle a eu le courage de partir sans savoir où elle allait.

Commence alors une vie d’errance dans l’Europe des années 50. Elle est seule sur les routes,  elle sait qu’elle doit rejoindre Paris, c’est sans doute sa seule certitude. Le reste ne sera qu’infinie solitude.  Elle marche donc seule, rejetée par des villageois souvent cruels et ignorants. « Je pouvais passer de longues semaines sans croiser ou parler à quelqu’un, mais dans ma tête je n’étais pas seule. Je créais des tableaux dans mon esprit. Je parlais aux pierres et à la lune. J’écrivais déjà des mots sur le papier  invisible de mon monde intérieur.  J’ai appris la vie comme ça. Le grand livre de la vie, c’est la Nature« , m’explique-t-elle.

Un chemin solitaire qui sera malgré tout éclairé par des rencontres bienfaisantes. Dans les pires moments de désespoir, une âme charitable lui tend toujours la main. C’est quand elle n’attend plus rien, que le ciel lui envoie des anges terrestres qui la laveront, rempliront son ventre affamé, avant de la remettre sur la route, revigorée.

Un jour, elle rencontre un peintre. Il lui apprendra tout ce qu’elle ne sait pas encore. Elle se sent bien à ses côtés mais elle sait aussi qu’elle ne peut pas restée dans son ombre. Pas après pas, elle arrive à Paris. Ce souvenir, provoque une vive émotion :  » Quand je suis arrivée à Paris, je suis arrivée porte d’Italie. J’ai pleuré de découragement, après tout ce voyage, je croyais que je n’avais fait que tourner en rond, je pensais que je n’avais jamais quitté l’Italie« , poursuit-elle, dans un éclat de rire.

C’est pourtant là que sa vie commence.  Elle était venue pour retrouver son cousin Django Rheinardt mais il est déjà mort. Elle ne pourra pas compter sur lui. Elle erre seule. Une femme la recueille. Aussi incroyable que cela paraisse, cette dame qui a perdue sa fille dans les camps de concentration croit revoir sa chère enfant disparue dans les grands yeux bleus sauvages de la petite tzigane. Sandra Jayat jouera le jeu pour éviter à cette femme une douleur atroce. Mais très vite, elle sent, que ce mensonge ne pourra pas durer. Elle quitte alors encore une fois un foyer sécurisant mais malsain, pour l’inconnu.

Pour survivre, elle vend les pierres bleues qu’elle portait avec elle depuis sa fuite. C’est comme cela qu’elle gagnera ses premiers deniers. La jeune femme a un talent certain. Ses dessins se vendent. Elle écrit des poèmes chaque jour dans un café, puis les déchire aussitôt. Ecrire est une manière pour elle de vider son âme tourmentée par toutes les émotions traversées. Un jour un homme lui demande s’il peut lire ses poèmes. Cet homme, c’est Marcel Aymé. Le célèbre poète deviendra l’un de ses plus fervents admirateurs et un précieux allié.

En plein coeur des années 60, Sandra Jayat représente la femme sauvage, libre, authentique, elle devient alors une muse, crée, danse, inspire. Suivra alors une ascension créatrice qui fera d’elle une pionnière. Elle deviendra la première ambassadrice du peuple tzigane. Elle ira raconter son histoire dans des écoles, tout en poursuivant une prolifique vie créatrice à travers la poésie et la peinture.

La recherche de la liberté est à son apogée à cette époque de grand changement. Les années 70 célèbrent l’amitié, le partage, la créativité. Son histoire et sa personnalité fascinent tous ceux qui s’éveillent à cette nouvelle réalité, au moment où de nombreux schémas sociétaux s’effondrent.

Tout ce qu’elle me dit résonne avec justesse en moi. J’ai toujours ressenti ce même besoin de liberté. Malgré les désillusions, la période  » Flower Power »  a ouvert bien des voies et distillé des germes d’espoir, d’amour et d’unité qui continuent de vivre aujourd’hui dans de nombreuses oeuvres d’art.

Sandra Jayat me l’avoue. Elle n’aime pas notre époque, si éloignée de ce temps béni où la vie était fluide, les amitiés sincères, l’abondance toujours au rendez-vous malgré le manque d’argent. Elle s’affole des hoquets du monde tenté à nouveau par le repli, la xénophobie, la peur de l’autre, la peur de perdre. » Aujourd’hui les gens ont peur les uns des autres. L’autre dans ses différences est pourtant d’une incroyable richesse », médite-t-elle.

Elle conclut notre entretien, avec des vérités qui font trembler mon coeur de joie.

Voici ce qu’elle me confie :  » Il n’y a pas de liberté possible en dehors de soi-même. Il faut apprendre à se créer sa propre liberté intérieure. Etre libre, c’est apprendre à respirer seul. A chacun de définir son bonheur. Pour moi, le bonheur, c’est être soi-même, s’accepter. Il faut d’abord être bien avec soi-même, pour être bien avec les autres. J’ai vécu des moments difficiles, mais je peux vous dire, que c’est en tombant très bas, que j’ai aperçu la lumière. J’ai appris aussi qu’il ne fallait pas se laisser influencer par les autres. On doit se créer son idéal, s’entourer de personnes positives et surtout écouter sa petite voix intérieure. »

Tout est dit. Je suis prise d’une émotion à ces mots que je ne comprends pas moi-même. Mon âme sait. Aujourd’hui, je sens qu’il est possible de trouver la lumière dans l’obscurité. Il n’y a qu’à suivre les signes que l’univers a laissé pour nous dans le noir.

Je plonge mes yeux dans le regard bleu de Sandra Jayat et je vois alors avec une clarté nouvelle le monde qui m’entoure.

partir de ce jour, je comprends que moi aussi j’ai le droit de suivre ma voie. J’accepte le défi. Je continue le chemin, sans savoir où il me mènera, en acceptant de laisser derrière moi, mes peurs, mes blessures et tout ce qui me pèse. 

Je pars devant en éclaireur chers amis et lecteurs. Cela fait plus d’un an que je cherche ,via ce blog, des réponses. Je ne les ai pas toutes, mais j’avance, à vos côtés, dans la confiance, portée par votre bienveillante énergie.

Ressentez-vous vous aussi, ce puissant appel qui nous pousse à changer notre façon de vivre et d’être au monde ?

Quoi qu’il arrive, vous pourrez compter sur moi, pour transmettre toutes mes découvertes. Nous avançons ensemble, chacun à notre rythme. Et nous irons ensemble au bout du chemin.

N’avez-vous pas vous aussi envie de savoir où il mène ?

Sandra C.

©larevolutioninterieure.com

"Hiver" de Sandra Jayat

« Hiver » de Sandra Jayat

Liens pour aller plus loin :

La biographie de Sandra Jayat

Où trouver ses oeuvres ?