Rencontre avec Marc Vella : le pianiste nomade !

Sandra, Marc Vella et son épouse Cathy

Parfois la vie nous offre de belles synchronicités. Avant de partir au Québec fin octobre, j’ai découvert Marc Vella. Le parcours  de ce pianiste français m’avait alors vraiment enthousiasmé.  Le hasard a bien fait les choses. Alors que nos agendas respectifs  ne semblaient pas coïncider en France, c’est à Montréal que notre rencontre a eu lieu. Un très heureux hasard. Et une belle rencontre que je partage avec vous.

« Le hasard sait toujours trouver , ceux qui savent s’en servir  » Romain Rolland

Marc Vella est un artiste atypique. Un musicien virtuose au parcours singulier. Il commence le piano à 5 ans et se passionne dès lors pour cet instrument. A 17 ans, il intègre une classe préparatoire en hypokhâgne tout en poursuivant sa formation musicale. Le jeune homme est doué, il rejoint la classe de composition à l’Ecole Nationale de Musique de Paris et remporte un prix de composition à l’âge de 25 ans. Il enchaîne les concours internationaux, mais cette vie confinée au sein des salles de concerts et des conservatoires ne le satisfait pas pleinement.  Il a soif d’aventures. Il a envie de rencontrer l’humanité. Un projet fou naît alors dans son esprit. Il décide de mettre son piano sur une remorque et de faire  le tour du monde avec lui. Il  improvise  des concerts où bon lui semble :  des bidonvilles de l’Inde, en passant par le désert du Sahara ou encore les montagnes du Pakistan. Un improbable périple qui va éclairer sa vie d’une lumière nouvelle. La musique, ce langage  universel, va lui permettre de dialoguer avec l’âme des inconnus qu’il approche.  Au delà des mots et des différences culturelles, il comprend alors ce qui unit les êtres humains et en tire une philosophie de vie résolument positive.

A 50 ans passés, Marc Vella continue de voyager. A ce jour, il a traversé plus de 40 pays et parcouru 200 000 kilomètres. A présent, il partage ses aventures avec les autres.  Depuis 2004, il embarque ceux qui veulent bien le suivre au sein de sa Caravane amoureuse Un projet itinérant ouvert à tous dont l’objectif est de promouvoir la non-violence et la paix, à travers la musique. Marc Vella est également l’auteur de différents ouvrages dont le Pianiste nomade, l’Eloge de la fausse note et le Funambule du ciel.

Marc Vella : Le pianiste nomade

-Qu’est ce qui vous a poussé il y a 25 ans maintenant à partir sur les routes  avec votre piano ?

 » J’avais soif de rencontrer l’humanité. Je crois que c’était parce que j’avais une conscience aigüe de notre fugacité. La vie d’un être humain, c’est un battement de cil. Je ne voulais pas vivre ma vie assis. J’avais besoin d’être présent, de découvrir le mystère de l’être humain et de vivre le mystère de la musique. J’avais envie,  avant de quitter ce monde, de me sentir vraiment vivant. Alors bien sûr ce n’était pas simple, mais amener un piano à queue dans des villages en Afrique, dans la jungle ou dans les montagnes du Pakistan, c’était pour moi une façon très concrète d’étreindre cette planète, d’étreindre la vie. Je ne pouvais pas me contenter de regarder le monde à travers un écran de télévision. Pour moi cela n’avait pas de sens. « 

Qu’avez vous appris de ce tour du monde des hommes ?

 » Je me rends compte après toutes ces années d’errance, que les êtres humains ont soif de la même chose. Ils ont soif d’amour. Ils ont soif d’être entendu, reconnu, regardé, aimé. J’ai malheureusement constaté qu’il y avait aussi une sorte de chape de plomb, une sorte d’interdiction à la jouissance de la vie, une forme de culpabilité à exister. Cette insécurité existentielle a amené les êtres humains à douter de la vie elle-même, c’est ce qui les a conduit à la nécessité de croire. Après avoir traversé tous ces pays, toutes ces cultures et après avoir observé toutes ces façons de vivre et de prier, moi, ça m’a plutôt amené à m’abandonner. Je me suis rendu compte qu’il y avait quelque chose de plus grand que nous, qui s’appelle le mystère et auquel il faut se livrer. Du coup cela m’a libéré du besoin de croire. Cela m’a aidé à prendre conscience qu’il n’y avait justement qu’une chose à faire dans la vie : aimer.  Pas chercher à être aimé, mais aimer et avoir ce regard émerveillé sur toute chose. C’est cela qui va nous permettre de transformer notre vie quand parfois elle est difficile ».

-Justement comment peut-elle  s’opérer cette transformation ?

« Le maître mot de la transformation pour moi, c’est l’accueil. Je ne dis pas que j’ai atteint cette attitude. Je ne suis pas un sage en la matière et je ne le prétends pas. Mais j’essaie d’incarner cela dans ma vie d’homme et de poser un regard aimant sur toute chose, quoiqu’il arrive. C’est ce que j’appelle l’état amoureux. C’est une façon de s’abandonner à ce qui est. Cela n’a rien a voir avec ce qu’on nous dit de l’amour. Pour moi l’état amoureux, c’est ce qui nous fait ressentir une infinie gratitude. Cela nous donne une énergie incroyable. C’est ce qui m’a donné d’ailleurs la force de traverser tous ces pays avec mon piano à queue. L’état amoureux, c’est aussi une forme de conscience. C’est ce qui fait que tout communique. L’arbre, le ciel, la rivière offrent des dialogues enchantés à ceux qui apprennent à les écouter. Ces dialogues-là nous échappent si on n’arrive pas à s’abandonner. C’est l’un des enseignements de mes  années d’errance à travers le monde. Quand la vie nous bouscule, on se demande quel sens donner à toutes ces souffrances et on finit par douter. Je crois aujourd’hui que les blessures et les épreuves de la vie nous aident à grandir et à ouvrir notre coeur, afin de nous apprendre à rester aimant quoiqu’il arrive. Aimer, c’est pour moi le seul véritable défi humain. Et c’est un exploit bien plus grand que de monter au sommet de l’Everest. Et puis l’amour c’est ce qui permet de réaliser l’alchimie intérieure. C’est ce qui transforme les ténèbres en lumière ».

-Qu’est ce que c’est pour vous, l’amour ?

« L’amour nous donne une force incroyable. C’est vital. Quand on diabolise l’amour on éteint le feu chez les gens et cela génère de la frustration et de la tristesse. Tout le drame de notre époque, c’est que l’on a instrumentalisé l’amour. Aujourd’hui on le confond avec le désir et il n’est qu’un outil pour vendre des choses, alors que pour moi l’amour est d’abord un souffle que nous devons laisser entrer en nous. L’amour, c’est l’abandon. « 

– Vous avez écrit l’Eloge de la fausse note et justement vous y regardez les erreurs avec beaucoup de bienveillance .

« Une musique sans fausse notes, ce serait insipide. C’est la même chose dans la vie. Une vie sans fausses notes cela n’existe pas.  Nous sommes tous porteurs de fausses notes, nous sommes tous maladroits, nous faisons tous des erreurs. Cela fait partie de notre expérimentation d’être humain. La question est : qu’en fait-on ? Une fausse note pour moi, c’est une fenêtre qui s’ouvre avec plein de nuit derrière dans laquelle, il nous faut mettre du jour. Nos erreurs servent à nous affiner. La meilleure manière de les transformer, c’est de les accueillir en restant bienveillant. On a tendance à se culpabiliser, à se juger sévèrement face à nos erreurs. C’est fatalement nocif et destructeur. On peut faire de nos erreurs une force si on apprend à faire confiance, à s’abandonner et à lâcher-prise. Quand la vie nous remue, on peut se relever en continuant à s’aimer, mais surtout à aimer. Sans rien espérer, sans rien attendre. Etre homme, être femme c’est avant tout un processus qui demande une bienveillance extrême. Condamner et punir cela amène à bâtir des malédictions. Cela fait des millions d’années que l’on utilise la condamnation et la punition et cela ne change rien. Moi je reste convaincu que c’est par l’accompagnement bienveillant, par la prise de conscience que ça va générer, que l’être humain peut se transformer.

Quand on dit à quelqu’un tu ne mérites pas ceci, de toute façon tu n’y arriveras jamais, tu te prends pour qui, c’est trop dur pour toi, quand on est dans cette attitude là de condamnation on empêche l’autre de rayonner et on finit par le détruire. Lorsqu’on pose un regard amoureux sur l’autre, on lui  permet de donner le meilleur de lui -même. Et puis lorsque on s’autorise enfin à aimer, pleinement,  on devient alors un véritable aimant et on attire encore plus  d’amour. L’abandon mène à l’abondance « .

– C’est peut-être plus facile pour vous de ressentir cela parce que vous êtes un artiste  ?

 » Pour moi, un artiste ce n’est surtout pas quelqu’un qui a un talent et qui se croit au -dessus des autres. A mon sens la véritable fonction de l’artiste, serait celle-ci : transcender la réalité en invitant les autres à le faire aussi à leur façon. Pour moi l’ artiste, c’est aussi celui qui va faire de sa vie une oeuvre d’art, avant tout. La grâce n’est pas réservée à Mozart, elle nous traverse tous.  Chacun peut y aspirer, pour peu qu’il croie en lui-même et en sa propre musique intérieure. Il est clair qu’il n’y a rien de plus extraordinaire que de voir une personne mise en confiance nous révéler sa richesse intérieure ».

Justement, vous incitez les gens à venir improviser avec vous, durant vos voyages, que se passe-t-il durant ces moments là ?

« Les gens reprennent confiance, retrouvent la foi en eux. Ils s’ouvrent aussi au mystère de la grâce. Ils sont traversés. C’est bouleversant de vivre cela ».

Quelles sont les expériences de votre vie qui vous ont intimement convaincu que l’être humain est beaucoup plus que grand que ses erreurs et ses drames ?

« Mon regard en fait. Quand j’étais plus jeune, je tombais amoureux mille fois par jour. Les gens me touchaient. J’ai toujours été émerveillé par l’autre, les autres. Je ne comprenais pas pourquoi. C’était tellement à contre -courant de tout ce que les médias diffusaient sur l’humain. Alors j’ai approfondi mon regard et j’ai vu. Pour moi, chaque être humain est un soleil. Ce qui est terrible, c’est qu’aujourd’hui on lui interdit de rayonner. Dans nos sociétés, l’être humain ne peut pas être un soleil, on lui demande juste d’être un miroir. Un miroir qui réfléchit, qui est dans le mental et pas dans le coeur. Je crois qu’il est urgent de nous réconcilier avec notre feu intérieur. Et pour cela il faut faire plus de place à l’amour. L’amour de soi d’abord, puis l’amour des autres. Il est temps de faire ce chemin qui mène à la délicatesse et à l’humilité ».

Liens pour aller plus loin :

Le site de Marc Vella

La caravane amoureuse de Marc Vella :

15 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. guillaume
    Nov 14, 2012 @ 17:04:40

    un belle façon de voyager

    Répondre

  2. berger elisabeth
    Nov 15, 2012 @ 21:46:14

    J’adore ce pianiste nomade et son âme si belle. Il porte sa musique et son humanité profonde dans tous les coins du globe, parfois au péril de sa vie.
    Belle route à sa Caravane Amoureuse.

    Répondre

  3. Sandra C.
    Nov 16, 2012 @ 12:19:24

    merci de ton message elisabeth🙂 belle journée à toi !

    Répondre

  4. Oniric
    Nov 17, 2012 @ 15:55:22

    Merci de me l’avoir fait découvrir! Merci de consacrer du temps à ce qu’il y a de meilleur chez l’humain, on en a bien besoin!

    Répondre

  5. corniot
    Nov 18, 2012 @ 22:59:12

    Merci de me l’avoir fait découvrir. Il parle de l’abandon plutôt que le lâcher-prise, ce qui rejoint dans l’exercice un livre d’un philosophe handicapé que vous avez interviewé il y a peu. Et de vivre intensément chaque instant dans l’amour et le partage. Ce sont de belles expériences humaines. Et cela ouvre la porte à de nombreux possibles. Merci, Sandra de vous être orientée dans ce genre de journalisme.

    Répondre

  6. Anne-Gaëlle
    Nov 18, 2012 @ 23:01:27

    corniot
    nov 18, 2012 @ 22:59:12

    Votre commentaire est en attente de modération

    Merci de me l’avoir fait découvrir. Il parle de l’abandon plutôt que le lâcher-prise, ce qui rejoint dans l’exercice un livre d’un philosophe handicapé que vous avez interviewé il y a peu. Et de vivre intensément chaque instant dans l’amour et le partage. Ce sont de belles expériences humaines. Et cela ouvre la porte à de nombreux possibles. Merci, Sandra de vous être orientée dans ce genre de journalisme.

    Répondre

  7. maurtimer
    Nov 20, 2012 @ 11:49:55

    superbe article , hélas je l’ai loupé quand il et passé dans commune ( j’ai un ami qui la côtyé dans sa jeunesse , quelqu’un de vraiment chouette et qui reste modeste)
    bien amicalement

    Répondre

  8. eof737
    Nov 26, 2012 @ 01:47:46

    You look so haoppy!🙂

    Répondre

  9. lazulys
    Nov 28, 2012 @ 17:44:39

    Je ne connaissais pas du tout le personnage ! Je reviendrai lire, cela me paraît passionnant… @ bientôt – Anne

    Répondre

  10. Lectures au Coeur
    Jan 15, 2013 @ 13:54:53

    Fort belle interview ! J’ai pris plaisir à découvrir l’étonnant parcours de Marc Vella.
    Merci à vous🙂

    Répondre

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