« L’argent fait tourner le monde  » : Rencontre avec l’écrivain Douglas Kennedy !

Juin 2012 : Metz ( France ) Festival l’Eté du Livre !

Interview de l’auteur américain Douglas Kennedy

      Douglas Kennedy est né à Mahnattan à New-York en 1955.  En 1977, il débarque à Dublin. Il écrit des pièces pour le théâtre, et devient journaliste free lance. Mais son vrai rêve c’est de devenir romancier. Après plusieurs échecs il déménage à Londres et publie des récits de voyage. Il connaît le succès sur le tard, à l’âge de 41 ans, avec son deuxième roman « L’homme qui voulait vivre sa vie « , traduit en 16 langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde. A ce jour il a publié près de quatorze livres . Il vit entre New-York , Paris et Berlin. Le voilà devant moi et il a beaucoup à dire. En français en plus. Douglas Kennedy est un américain francophone et francophile!

L’argent : au coeur de son dernier livre !

« Si quelqu’un me dit que l’argent n’est pas important dans sa vie , je le traiterai de menteur, c’est certain » : sourit Douglas Kennedy. « Largent fait tourner le monde, il peut rendre fou, il ne rend pas forcément heureux. Pour moi notre rapport à l’argent est surtout la métaphore de nos peurs, de nos besoins, de nos désirs , de nos souhaits, et de nos angoisses« , précise l’auteur américain.

L’argent est le personnage central du dernier livre édité en France  de Douglas Kennedy. Cet ouvrage a été  exhumé des années 90. Il a été écrit  et publié en Angleterre il y 20 ans. Le manuscrit  arrive en  France avec un certain retard, certes. Ce qui est étonnant c’est qu’ il reste  terriblement actuel. Dans ce livre, l’écrivain  américain se plonge dans l’univers des traders, du dieu dollar. Il y observe les rois de la finance , auscultent leurs âmes avec l’oeil d’un psy, et  nous offre  un véritable récit de voyage. Un tour du monde  des places financières de la planète. Ce livre résonne fortement avec les dérives et l’absurdité de notre  système économique centré sur les profits. Il  emporte le lecteur de Singapour, à New-York en passant par  Sydney, et nous plonge dans le  coeur des bourses. Douglas Kennedy  y  découvre les  acteurs d’une comédie humaine qui fait tourner le monde.  Des hommes et des femmes d’affaires dont ils sondent la conscience . »Je suis un romancier, je suis un peu voleur « , lance- t-il.   Des traders, poussés vers une interminable quête  du « toujours plus ». Des être humains déconnectés des autres, habités finalement par un grand vide, qu’ils cherchent à combler avec toujours davantage de zero.  » Il y a de la vacuité , toujours, derrière la poursuite de l’argent« , observe Douglas Kennedy.

 L’auteur américain aurait pu finir comme eux. « Mon père voulait que je sois avocat » se souvient-il. « Si je l’avais écouté, je sais aujourd’hui que j’aurai fini comme le héros de mon roman  » l’homme qui voulait vivre sa vie« , je serai  installé dans une confortable maison dans une banlieue chic de New-York  avec deux voitures, une femme, quelques enfants et beaucoup d’amertume ».

Douglas Kennedy écrit depuis l’âge de 24 ans. Il a commencé par rédiger des articles, mais c’était « du journalisme alimentaire ». A l’âge de 33 ans, il  dépasse sa peur de ne pas réussir à devenir romancier et choisit de suivre son rêve. Il publiera cette année là son   premier livre : « Beyond the Pyramids : Travels in Egypt ». Un carnet de route assez drôle au pays des pharaons.

La valeur de l’argent !

Douglas Kennedy a  connu le succès tardivement. Lorsqu’il explose sur la scène littéraire mondiale , il a 41 ans, et une vie d’échecs et de succès modestes derrière lui. Une chance, finalement. « Grâce à cela, j’ai compris que le succès était un vernis fragile, tout peut changer demain si j’écris de très mauvais romans « , explique-t-il. «  Le truc c’est ce que je n’ai jamais écrit un livre dans  le but de gagner beaucoup d’argent. Le succès m’a pris par surprise », dit-il. L’argent lui permet aujourd’hui de vivre confortablement. Il savoure cette liberté, qui lui permet de  naviguer entre New York, Berlin et Paris et de « voir venir » pour ses enfants, Max et Amélia. Mais pour lui, » l’argent reste un piège ».


 « La génération de mes parents ne parlait jamais d’argent , quand j’étais à l’université à New-York , un étudiant qui aurait eu comme unique ambition de devenir riche,  on l’aurait traité de connard « ,sourit-il . C’était dans les années 70. Dans les années 80, l’argent « devient sexy« , poursuit l’auteur américain.  » Reagan et Thatcher ont profondément changé le monde occidental en imposant l’ultra-libéralisme.  Cela a  transformé notre rapport à l’argent » , analyse-t-il.  » Aujourd’hui, à cause de la puissance  des bourses , toutes les grandes villes se sont transformées. New-York était une ville abordable pendant mon enfance. Les golden boys et les golden girls et leurs 40 millions de dollars annuels ont fait grimper les prix.  Le gouffre entre les très riches  et les autres s’est élargi. Beaucoup de grandes villes sont devenues hors de prix : comme Londres et Paris.  » Il regrette également que cette domination du monde de la finance se soit faite au détriment des professions intellectuelles, « elle ont été dévalorisées« , déplore-t-il.

Douglas Kennedy  soutient le mouvement  « Occupy Wall Street« , parce que « c’est nécessaire d’entendre d’autres voix « . Il souligne  que l’histoire est toujours faite de cycles. « Nous sommes actuellement dans un cycle hyper-capitaliste. Peut-être que ça va changer. « 

Il était à Montréal la semaine dernière. Sa nouvelle amoureuse y vit. Il a observé avec intérêt les manifestations des étudiants, les habitants de cette ville réputée tranquille défilant le soir avec leurs casseroles, s’indignant des décisions de leur gouvernement. « Je pense que c’est une chose très positive, que des gens se rassemblent et disent que trop, c’est trop ».

Il pense à New-York, rêveur : « On vit dans un monde où un homme peut dépenser 100 millions de dollars pour une résidence  secondaire dans un quartier de Long Island« . Cela donne le vertige. Douglas Kennedy est bien d’accord avec ce proverbe français un peu désuet : »L’argent ne fait pas le bonheur , mais il y contribue ». Je connais des hommes très riches et très malheureux, mais pour moi c’est toujours des choix personnels « , conclut-il. Douglas Kennedy, lui a fait son choix. Vivre ses rêves, c’est peut-être cela la clé du  bonheur !

Si votre curiosité vous pousse plus loin au sujet de l’argent :

Une vidéo d’un économiste argentin qui prédit la fin du système monétaire mondial :

Un reportage québécois sur la révolution silencieuse en Islande :

Un livre : La psychologie de l’argent de l’économiste Renaud Gaucher

Informations sur l’auteur :

Le site officiel de Douglas Kennedy

5 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Jean Luc Monsempes
    Juin 07, 2012 @ 11:00:30

    Bravo Sandra pour ce texte et content d’en savoir plus sur un auteur dont j’ai acheté 4 livres la semaine dernière. et que j’apprécie beaucoup.

    Répondre

  2. Les pieds dans le futur
    Juin 26, 2012 @ 20:32:38

    J’ai aussi découvert cet auteur il y a quelques mois, je sais ce que je vais mettre dans mes bagages pour lire à la plage cet été😉

    Répondre

  3. Marie
    Août 30, 2012 @ 12:56:36

    Jamais lu cet auteur! Un discours sain et une dédicace qui m’a fait sourire!
    Prochaine lecture?! Probablement!

    Répondre

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